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Full text of "Actes"

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/7ù 



RECUEIL 



DES 



ACTES DE L'ACADEMIE NATIONALE 

DES SCIENCES 
BELLES-LETTRES ET ARTS DE BORDEAUX 



AVIS 

L'Académie n'accepte aucune solidarité relative aux 
opinions émises dans le Recueil de ses Actes. 



L'Académie a décidé que l'insertion au compte 
rendu de ses séances devra être considéré comme un 
accusé de Péceplion des envois faits à la Compagnie. 



Bordeaux.— Impr. G. Gounouilhou, rue Guiraude, 9 & 11. 



ACTES 



DB 



L'ACADÉMIE" 



NATIONALE 



DES SCIENCES, BELLES-LEHRES ET ARTS 



DE BORDEAUX 



-• • - •* ■ 



L'Académie de Bordeaux a été établie sous le règne de Louis XIV par lettres-patentes 

du 5 septembre 1712, 
enregistrées au Parlement de Bordeaux le 3 mai 1713. 



3« SERIE. - 64» ANNEE. - 1902. 



PARIS 
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

FAIJLIS-ltOYAL, aAI^BII D'ORLÉANS 

1902 



y 












MISGELLANÉES 



PAR M. DE MÉORET DE BELUGHT 



ERATO 



A PROPOS DU PRIX SULLY-PRUDHOBfME 
A M. ÉBIILE MIGHELET 



Château Talence, 11 juin 1902. 

Vierges de rHélicon, le trouble est dans mon cœur! 
Sully, qui retrouva la lyre de Pindare, 
Donne la palme aux ve^s d*un poème barbare! 
Parnassides! venez consoler votre sœur. 

Poètes! la jeunesse est fille de Terreur. 
A rechercher le mieux plus d'un esprit s'égare, 
Et remplace le luth par la fade guitare 
Dont le son fait bondir Pégase de fureur. 

Vous voulez, insensés, pour combler la mesure, 
Qu'on proscrive des vers le rythme et la césure! 
Le Pathos est le dieu qui vous tient sous sa loi, 

Vous détourne des bords qu'arrose l'Hippocrène, 
Et des monts où la Muse est toujours* souveraine. 
J*ai rimmortalité. L'avenir est à moi. 



— 6 — 



SONNET REDOUBLÉ 



JUGURTHA A L'ENVOYÉ ROMAIN 

APRES SA TROISIÈME VICTOIRE 



Château Talence, 24 juia 1902. 

Va dire à ton Sénat, habile protecteur, 
Que trois consuls ont fui, comme des faons timides. 
Aux bords de la Tuska, mes centaures numides. 
Cité d^ courtisane et de gladiateur, 

Ta Rome, ville h vendre, attend yn acheteur (i); 
Mais je n*ai que du fer d^ns fî^e^ plaides arides; 
Qu'elle jette les yeux sur ses éphémérides : 
Son capitole a vu Breunus triomphateur. 

Jadis Taigle romaipe, &ux 3eri'es impavides, 
Elevait jusqu'aux cieux son vol dominsitf^ur, 
Dédaignait le vautour et ses instincts avides, 
Elle escopte aujourd'hui le sinistre guetteur. 

Le monde est aux Romains : Et les plaines l^umides 
Où vaguent les troupeaux du paisible pasteur, 
Et les sables brAlant^ des fières pyramides. 
Tout roi gui leur résiste est un usurpateur. 

(1) Paroles attribvées à Ja^rtha. 



— 7 — 
Ils veulent, au mépris de toutes lois humaines, 
Faire de Tunivers des provinces romaines! 
Le Numide périt sous le joug détesté. 

Le Sénat peut garder ses promesses hautaines. 
Par mon glaive j^aurai des faveurs plus certaines. 
J'attends ses légions. Telle est ma volonté. 

O Romains! c'est le sang qui teint vos laticlaves. 
Vous régnez par lui seul sur des peuples esclaves. 
Qui lavera ce sang? L'eau de la liberté! 

Des chaînes aux vaincus; leurs dépouilles aux braves! 
Va-t'en! à ton départ je ne mets pas d'entraves. 
Va reprendre à Cirta la nef qui t'a porté. 



-. 8- 



BOUTADE 



Château Talence, !•' juillet 1902. 



Uesprit est à la beauté 
Ce qu^est k diamant au métal qui Tenchâsse : 

L'un, éternelle clarté, 
L'autre est comme la fleur qui se flétrit et passe. 
Le métal perd bientôt Féclat des premiers jours; 
Mais le diamant brille, étincelle toujours. 



— 9 — 



A LYDIE 



Château Talence, 5 juillet 190S. 



Phébus dans Tonde bleue éteint les feux du jour, 

Et Vesper, triomphant, vient régner à son tour. 

Gynthie, à son déclin, achemine sans voiles 

Sa faucille d'argent à travers les étoiles, 

Et sa pâle lueur baigne le Parthénon. 

Qu'Eros soit notre guide, ô sirène au doux nom! 

Viens gravir le sentier qui monte à Tacropole. 

Seuls, loin du Pnix bruyant, sous Taltière coupole. 

Je veux, ô ma Lydie! à ses pieds prosterné. 

Offrir un sacrifice à Pallas-Athéné. 

Ou bien fuyons sa ville, elle n'a plus de charmes 

Depuis que tes rigueurs y font couler mes larmes. 

O vierge de Lesbos! Belle enfant, souviens-toi 

Que Vénus sait punir ceux qui bravent sa loi. 

Allons à TArchipel que le corsaire épie 

Recevoir les baisers de sa vague assoupie. 

Ou détourne de moi ton beau regard vainqueur; 

Cesse de me sourire ou bien rends-moi mon cœur. 

Folâtrant sur les bords que le Pénée arrose. 

Tu t'en souviens? Le front ceint de myrte et de rose. 

Tu semblais t'attendrir aux accents de ma voix. 

Ah! laisse ton amant, pour la première fois^ 

S*endormir dans tes bras, ô cruelle Lesbienne! 

Ecrasant sur ta lèvre un baiser de la sienne. 



— lO — 



PAQUERETTE ET NÉNUPHAR 



Légeadt raooatét à rAoadémie de Bordeanx 
par on Tieox client de Château -Talenoe le 10 Juillet 1902. 



Dans Talence, autrefois, au bord d*un clair ruisseau, 

On dit qu'une pâquerette, 

A la blaaehe gorgerette, 
S'agitait ^ouoefQpnt et se mirait Mm Teau. 

Etre simple est dans son rôle; 

C'est pourquoi, dans sal corolle, 

Un seul petit bouton d'or 

Relevait sa pâleur. Or, 

Peu prodigue de parole, 

Tout près d'elle, un nénupbar. 
Transplanté des jardins du seigneur Putiphar, 

Etalait avec délice 

Sa feuille vernie et lisse 
Sur l'agreste ruisseau, lequel n'existe plus. 

On Tarrôte, on l'accapare, 

Et c'est à qui s'en empare : 
Les fabriques, moulins, lavoirs, Bordeaux inclus. 

Ne veulent, oij peut m'en croire, 

Qu*un Talençais puisse boire. 

Mais reprenons notre histoire ; 



— n — 

Mignonne, dit Nénuphar 

A Pâquerette étonnée, 

Je vais te parler sans fard : 
J'adore la vertu, ma passion innée. 

Réponds, mignonne : veux-tu 

Que je veille sur la tienne? 

— Je la connais, cette antienne. 

J'en ai Tesprit rebattu. 
Je suis toujours, dit-elle, et tu le sais. Je pense, 

Dans le langage des fleurs, 

L'emblème de l'innocence. 

Chasse donc les enjôleurs 

Qui s'attaqueront à moi. 
Très bien, dit Nénuphar, je veillerai sur toi. 
Un grand étonnement lui coupa la parole. 

Un grillon audacieux. 

Sans doute, tombé des cieux, 

S'installait dana la corolle 
A De la pauvrette aux abois. 

C'était la première fois 
Qu'un tel événement troublait ces solitudes. 
Ce grillon avait fait d'assez bonnes études. 

Il était même lettré, 
Ayant chez des savants, comme gtte assuré. 

L'école de médecine. 

Au foyer d'une officine. 

Et Nénuphar, ébahi. 

Par un grand trouble envahi, 
Perdit presque aussitôt sa voix toujours hautaine, 

Presque même son haleine. 

Mes amis, dit le grillon, 

De sa voix de carillon : 

Que la paix vous accompagne. 

Je viens prendre à la campagne 



— la — 

Un peu d*air, car à Bordeaux 

On cuit... Et presque pas d*eau 

Pour s'abreuver à son aise. 
L*Âdministration la mesure, la pèse 
Comme on pèserait For le plus fin du TransvaaI. 

Ici, c'est un vrai régal. 
Il est vrai qu'à l'école où je passe ma vie 

Sans soucis et sans envie 

Dans mes foyers protecteurs. 
Je m'Instruis aux discours de mes savants docteurs 

Qui, sans rabat, longues robes, 

Traquent partout les microbes; 

Des animaux très subtils, 

Et féroces, disent-ils. 
Tourmentant l'univers depuis son origine, 

L'accablant de maux affreux. 
Je n'en ai jamais vu. S'ils sont si dangereux. 

Nous serions tous, j'imagine. 

Errants sur les sombres bords. 

Mais je viens pour me distraire, 

Non pour vous parler de morts. 

Sois propice à ma prière. 
Aimable Pâquerette, et cède à mes transports. 

Puis, accordant sa crécelle 

Pour un concert à sa belle. 

Comme un amant bien dressé, 

Il dit d'un air empressé : 

Ah! laisse-moi. Pâquerette, 

Chiffonner ta collerette. 
Mais, revenant à lui. Nénuphar dit : Holàl 

Le beau galant que voilà! 

Le grillon dégringola. 



— 13 — 



II 



Pâquerette, un peu calmée, 

A dire vrai désarmée. 
On excuse toujours, c'est même un peu suspect, 

Uamant qui perd le respect 

Pâquerette rassurée. 

Dans son for intérieur 
Plaignait, à son insu, le beau grillon rieur 

Dont la voix si bien timbrée 
S'éloignait, mais vibrait encor dans le lointain. 

Dangereuse rêverie 

Que Nénuphar, c'est certain, 

Taxerait d'effronterie. 

Un bourdon vint tournoyer 

Tout autour de Pâquerette, 

Voulant lui conter fleurette. 

Sans cependant l'effrayer. 

— Prends garde qu'il ne te trompe. 

Ce gros pacha vicieux. 

Dit Nénuphar soucieux. 
Déjà, pour t'étourdir, il prépare sa trompe 

Au bruit sourd et continu 

Qui fatigue les oreilles. 
C*est le prince consort des reines des abeilles 
Qui le chassent sitôt après l'avoir connu. 

Ohl* prends garde, ma mignonne! 

Mais le bourdon bourdonna : 

Plus belle que l'anémone, 

fleuri un dieu te donna 

Cette neigeuse couronne 



- i4 - 
Qui charme si bien les yeux. 
Depuis Taube matinale, 
J'ai parcouru bien des lieux; 
Mais ta beauté virginale 
Me fait suspendre mon vol. 
J*ai vu les plud belles choses, 
Savouré le nectar des œillets et des roses, 

Dti lirio de rEst)âgnol. 
Ah! laisse-moi, Pâ(]uerette^ 

Chiffonner ta collerette. 
Mais Nénuphar dit : Holà! 
Le vieux hâbleur que voilà! 
Et le bourdon s'en alla. 



llî 



Toute pensive, troublée, 

Car ce n*est jamais en vain 

Qu'une belle est adulée 
Par un adroit flatteur, fût-il stupide et vain, 

f^âquerette fit la moue; 

Mais la Fortune se joue 

De nos plus secrets désirs; 
Les pleurs, le plus souvent, succèdent aux plaisirs. 

Un léger bruissement d'aile. 

Aussi léger qu'un soupir, 

Léger comme le zéphyr. 

Caressait l'air autour d'elle. 

C'était un beau papillon, 
Lequel, toute la nuit, avait fait réveillon 

Chez une fleur peu cruelle. 
Notre héroïne dit, tout en se trémoussant: 



— i5 — 

Flore! et pourquoi me taire! 
Existe-t-il sur la terre 
Insecte aussi ravissant? 

Gracieux quand il vole on jurerait qu*il danse. 
Quels rubis, quels saphirs, que de riches atours 

âur ses ailes de velours! 

Contre lui quelle défense 

Pourrait avoir la beauté? 

Que j'aime sur son front ses deux belles antennes! 
Comme il doit triompher des fleurs les plus hautaines! 
On dirait à le voir qull a toujours été 
Une fleur aérienne. 

— Quelle aberration^ Pâquerette, est la tienne! 
Et n*as-tu plus ton bon sens? 
Ddt Nénuphar en colère. 

Quoi! sitôt oublier des périls si récents! 
Crains ce beau papillon échappé de Cythère, 

Insatiable coureur, 

Trompant la brune et la blonde. 

Si je me fâche, te gronde. 

Si je parle avec aigreur, 
C'est que je te voyais trop admirer ce drôle^ 

Ce conteur de faribole : 

Un bon averti vaut deux; 
Le papillon, craintif, mais toujours hasardeux. 
Voltigeait avec grâce, eb ses longues antennes 

Frôlaient amoureusement 

Pâquerette sensible à sot) empressement. 

— -O la plus belle des reines! 
Dit-il. Astre aussi beau que ceux brillant au ciel! 
Ton calice doit être aussi doux que le miel. 

Tu vois comme je frissonne. 

Prends pitié de moù amour;. 

Va, ramante qui se donne, 



^ i6 - 

Fait deux heureux en un jour. 
Le passé... ce n*esi qu*un rôve, 
C'est un beau jour qui s'achève. 
Le présent... c'est le matin; 
Le présent seul est certain. 
Fallacieuses paroles 
Qui changent en vierges folles 
Des belles qui jadis vivaient innocemment 
Et le beau séducteur, bien délicatement. 
Se posa sur Pâquerette 
Dans sa blanche gorgerette. 
Mais Nénuphar dit : Holàl 
Le beau menteur que voilà! 
Mais le papillon resta. 



IV 



Laisse-moi parler, vieux bonze! 

S'écria-t-il rudement. 
Crois-tiQ que, comme toi, tout le monde est de bronze. 

Aussi froid qu'un aldermann? 
Chaque plante connue a toujours, c'est notoire. 
Sa généalogie ainsi que son histoire. 

Te souviens-tu d'Abufar 

Qui prit soin de ta jeunesse? 
Le gardien du sérail du seigneur Putiphar? 

Je me tais par politesse; 
Mais, si tu m'y contrains, je vais faire rougir 

Ma divine Pâquerette 
Et, quoique ttx sois blanc, tu vas encore blêmir. 

Parle... si rien ne m'arrête, 
Je vais lui révéler ton histoire... secrète. 
C'est le roi des criquets, arrivé d'Orient 



— 17 — 

En nombreuse compagnie, 

Qui Ta contée en riant (i). 

De hauts faits elle est fournie, 

Et ce n*est pas dire peu; 
Mais Nénuphar, de blanc était devenu bleu. 
L'insecte, à sa façon, fut saisi d'un fou rire, 

Pâquerette eut un sourire. 
Bon! fit-il, c'est mon tour, et je te dis : Holà! 

Le bon gardien que voilà! 

Mais le Nénuphar plongea. 



Dans ces versiculets d'une allure inégale. 
Vous dites, souriant, où donc est la morale? 
Nénuphar hait l'amour, c'est son moindre souci. 
Pour lui, pour ses pareils, c'est un luxe inutile. 

La morale se trouve en ce vers que voici : 
Qui naît sans passion, a la vertu facile. 

Des criquets venaient d'envahir la Charente -Inférieare. 



1903 



— i8 — 



À MADAME DE L... 

GOURONnAe PB BLUCTS DANS UNB TBRTULIA 
f 



Santiago-de-Cuba, 7 juillet .1848. 



J aime le bleu dans un ciel sans nuage, 
J'aime le bleu A\xt Taile des oiseaux, 
J'aime le bleu quand, rêveur, sur la plage. 
Je Taperçois scintiller sur les eaux. 

Mais je Tadore au front de cette femme, 
Ange d^amour qui m'apparut un soir, 
Fleur de beauté qui reste au fond de l'âme, 
Lorsque les yeux ne la peuvent plus voir. 



- 19 — 



' 



A MARIE 



Château -Talence, 14 septembre 1851. 



Je b clivais les sentiers que rencontraient mes pas. 

Le calme, le repos régnaient dans la nature. 

Seul, pensif et rêveur, j'errais à Taventure; 

Le sommeil, quand on aime, ô Nuit! n'existe pas. 

Pour la première fois, je vis son doux sourire, 

Sous le ciel de l'Auvergne aux monts fiers et brumeux. 

Et mon esprit charmé subissait son empire. 

Pendant que j'admirais l'éclat de ses beaux yeux. 

L'oiseau qui se balance 

Sous la feuille des bois, 

La note qui s'élance 

Des accords d'une voix. 

Une onde jaillissante, 

La brise frémissante. 

Et le cygne qui chante 

Pour la dernière fois. 
Ne sauraient égaler le charme, qu'elle inspire. 
Rêver à sa beauté, l'aimer et le lui dire. 
Tressaillir de bonheur au seul bruit de ses pas, 
Chanter avec amour l'azur de sa prunelle, 
Voilà les seuls accents que la muse rebelle 

Ne me refuse pas. 



— 20 ^ 

Mon cœur, jusqu'à ce jour, ô jeune enchanteresse! 
Libre de tout lien, est soumis à ta loi. 
Je le mets à tes pieds, bel ange, avec ivresse, 
Pour un regard de toi. 



— ai — 



AU RÉVÉREND PÈRE MOUNIG 

VICAIRE GÉNÉRAL DE LA MARTINIQUE 
LE JOUR DE SA FÊTE 

Improvisé à bord da steamer « La Plata » le 29 Juillet 1859. 



Aujourd'hui, de la muse antique, 
En vain nous cherchons un accord. 
Sous rinfluence du tropique, 
Elle se tait... bâille... s*endort 
Amis! arrière la païenne! 
Invoquons la muse chrétienne 
Espérance, Foi, Charité, 
Qui toujours souriante, affable. 
Rend la vertu pour tous aimable, 
Gardant pour soi Taustérité. 
Cette muse que Ton révère. 
Qui nous a charmés tant de fois, 
Vous la connaissez bien, bon père. 
Elle parle par votre voix; 
Elle seule transporte, enflamme. 
Rappelle la foi dans notre âme 
Que TEspérance vient charmer. 
Quand votre image est retracée 
Dans notre cœur, notre pensée. 
Tout y murmure un mot,., aimer. 



— aa — 



AU PRÉSIDENT DU TRIBUNAL DE COMMERCE 

MONSIEUR CORTEZ 



Ytrs improTiBéf «Uns ua dîner qa*il offrait à ses eoUègoes en 1863. 



On dîne chez Thémis; 
Mais, chose déplorable! 
L'hôtesse, sous la table, 
Trépigne, fait le diable, 
Oubliant ses amis. 

— Madame, prenez garde! 
Que faites-vous donc là? 

— Au secours! à la garde! 
Je cherche, je regarde! 
Mon glaive, le voilà; 
Mais ma chère balance. 
Pour la première fois, 
N'est plus en ma puissance! 
Figurez-vous d'avance 

La Justice sans poids! 
Vous comprenez ma peine, 
Restant à la maison 
Sans mesure certaine. 
Il faut que je dégaine 
Sans rime ni raison. 

— Madame, sans reproche, 
Vous savez cependant 
Que l'attribut de gauche 
Est toujours dans la poché 
De notre président 



A PROPOS DE QUELQUES LETTRES 

INTÉRESSANT I4E 

COMMERCE DE BORDEAUX 

ET 

LA MARINE 

Pendant la Guerre de l'Indépendance des États-Unis 
d'Amérique (1779-1782J 

PAR M. GUSTAVE IjABAT 



I 



Tout le moAde sait que le célèbre capitaine anglais 
James C()ok(i) fut assassiné le 15 février 1779, à la fin 
de son troisième voyage, par les naturels d'Owy-hée (^), 
l'unç des îles Sandwich découvertes par lui; mais ce 

(}) James Cook était né à Morton, dans le Yorkshire, le 27 octobre 1728; 
fils d'un garçon de ferme, il commença par être matelot, il acquit sans 
maître les notions de mathématiques et d'astronomie nécessaires à la 
navigation et s'éleva au rang de capitaine de vaisseau. 

Il lit trois voyages autour du monde : le premier en 1768, sur VEndéa- 
vour; le deuxième en 1772, sur la Résolution et V Aventure; le troisième 
sur la Résolution Qt la Découverte. U avait cinquante ans quand il lut 
assassiné. A sa mort, )e commandement de l'expédition revint au capitaine 
ijle la Découverte^ Charles Glerke, officier très distingué, qui avait accom- 
pagné Cook dan9 ses précédents voyages; mais il mourut Iui*môme de 
consomption, le 22 août 177D, dans la relâche qu'il Ot au havre de Saint- 
Pieire et Saint-Paul, au Kamtchatka, où il lut inhumé. C'est Iç premier 
lieutenant Gore qui rumena les deux navires en Angleterre, le 4 octo- 
bre 1780, après une absence de quatre ans deux mois et vingt-deux jours. 

(*) l\ existe un certain nombre de tableaux et de dessins du temps 
rappelant ce tragique événement; un des plus remarquables est celui du 
peintre J. Webber, qui a été gravé par MathieU'-Glaude Fessard, avec une 
dédicace à M. de Bougainville, officier général des armées de terre et de 
mer, par Isabey, marchand d'estampes, me de Gévres, à Pai'is. 

— Cet Isabey était le père du célèbre miniaturiste de l'Empire et de la 
Restauration, et le grand-père d'Eugène, le peintre de marine disting^é 
sous le gouvernement de Louis- Philippe et le second Empire. 

Un des Ozanne, dessinateur de la marine du roi Louis XVI, en a tait 
aus^i le sujet d'un fort beau lavis que je connais chez un amateur 
bordelais. 



- a4 - 

qu'on ignore peut-être, c'est !a sollicitude du roi 
Louis XVI pour ce grand navigateur et son expédition 
scientifique, dont le but principal, qu'il avait atteint, 
était de prouver qu'il n'existait pas de passage prati- 
cable pour entrer dans l'Atlantique par l'extrémité nord 
du continent américain. 

Le dépôt des Archives départementales de la Gironde 
contient, dans le fonds précieux de la Chambre de com- 
merce, une lettre de M. de Sartines, ministre et secré- 
taire d'Etat de la marine, ea date du 27 février 1779, 
adressée à M. Le Moyne, ordonnateur de la marine à 
Bordeaux, qui fournit la preuve indéniable* de l'intérêt 
que prenait le roi aux découvertes du capitaine Cook. 

Louis XVI, qui devait, quelques années plus tard, 
tracer le plan du voyage autour du monde de l'infortuné 
Lapérouse, avait un goût marqué pour les choses de 
la mer et suivait attentivement les travaux de Borda (^), 
de Kerguelen {% de Duhamel - Dumonceau (3), de 

(1) Borda (Jean-Charles de), dit le chevalier de Borda, né à Daz (Landes) 
le 4 mai 1733, mort à Paris le 20 février 1799. 

Chef de division- dans la marine royale, géomètre et mathématicien, 
membre de l'Académie des Sciences. Il servit d'abord dans Tarmée de 
terre, puis il passa à plus de trente ans dans la marine, et embarqua pour 
sa première campagne en 1768; trois ans plus tard, il faisait sur la frégate 
la Flore l'essai des montres marines; en 1774 et 1775, il visitait les Âçores, 
les lies du Cap-Vert et la côte d'Afrique, Tannée suivante les Canaries ; 
c'est à ce voyage que l'on doit la belle carte de ces lies et de la côte 
d'Afrique, etc. 

En 1777, il fit exécuter son célèbre cercle de réflexion, etc. Borda doit 
être regardé comme un des hommes ayant le plus contribué aux progrès 
de l'art nautique. 

(*) Kerguélen-Trémarec (Yves-Joseph de), né à Quimper en 1734, mort 
en 1797. Navigateur français connu par ses voyages dans la mer du Nord 
(1767-68). On lui a contesté les découvertes qu'il avait faites dans deux 
voyages aux terres australes; il donna son nom à une île de Tocéan 
Indien qu'on appelle aussi l'île de la Désolation. 

(') Duhamel.du Monceau (Henri-Louis), inspecteur général de la marine, 
né à Paris en 1700, mort en 1782. Membre de l'Académie de Marine, de 
la Société de Médecine, de la Société royale de Londres, etc., etc., un des 
savants illustres du xviii* siècle; on peut le considérer comme le créateur 
de la météorologie pratique. 



— 25 — 

Sané (^) et autres savants distingués, qui aidèrent sous 
son règne à l'éclat scientifique de notre marine, relevée 
par les con\bats glorieux de Suffren (2) dans Tlnde, de 
d'Estaing (3), de Lamotte-Piquet (*) et de Guichen(5) 
dans la mer des Antilles et sur les côtes de l'Amérique 
du Nord. 



(') Sané (le baron Jacques Noël), ingénieur des constructions navales, 
né à Brest en 1740, mort à Paris en 1831, à près de quatre-vingt-douze 
ans; on l'appelle leVauban de la marine. Il s'occupa tout d'abord à per- 
fectionner les vaisseaux de guerre, dont il sut combiner les formes avec 
la mâture et la voilure ; la supériorité de ses constructions fut universel- 
lement reconnue. Depuis 1782 jusqu'à l'invention des navires à vapeur, 
tous les vaisseaux français furent construits sur les plans de cet illustre 
ingénieur. 

(*) Suffren-Saînt-Tropez (Pierre-André de), né le 17 juillet 1729 au 
château de Saint-Cannat au diocèse de Marseille, mort à Paris le 8 décem- 
bre 1788. Bailli, grand-croix de Tordre de Saint- Jean de Jérusalem, vice- 
amiral de France, chevalier des ordies du roi, etc. 

Suffren f st une des plus grandes figures de la marine, sa célèbre cam- 
pagne de l'Inde (1781-84) restera dans les fastes maritimes comme une 
des pages les plus glorieuses de notre histoire (Gustave Labat, Le Bailli 
de Suffren, documents inédits sur la campagne de l'Inde, 1781-84, in-4«, 
Feret et fils, Bordeaux, 1901.) 

(*) Estaing (Charles-Hector, comte d'), amiral français, né au château 
de Ravel, en Auvergne, eu 1729, mort à Paris en 1794. Il débuta dans 
Tarmée de terre; colonel, il servit dans l'Inde sous Lally-Tollendal; prison- 
nier des Anglais, il leur voua une haine implacable. Nommé en 1763 
lieutenant général des armées navales, il eut constamment à supporter le 
mauvais vouloir des officiers rouges (c'est ainsi qu'on appelait les officiers 
du gi'and corps), qui le considéraient comme intrus dans la marine, 
malgré sa valeur et son mérite. En 1778, vice-amiral et chevalier des 
ordres, il fut chargé de conduire en Amérique une escadre pour recon- 
naître et assurer l'indépendance des États-Unis; il s'y couvrit de gloire et 
chassa les Anglais de la Grenade (ile Saint-Vincent). Rentré en France 
en 1780, il fut accueilli en triomphateur. 

A l'époque de la Révolution, quoique dévoué au roi et à la reine, il 
embrassa avec ardeur les nouveaux principes; mais il en fut victime et 
mourut surTéchafaud le 28 avril 1794: c Quand vous aurez fait tomber ma 
3» tête, dit-il à l'exécuteur, envoyez-la aux Anglais : ils vous la paieront 
) cher. » 

(*) Lamotte- Piquet (Toussaint -Guillaume, comte de), né à Rennes 
eu 1720, mort à Brest en 1791 ; lieutenant général des armées navales. 
C'était un manœuvrier des plus distingués; peu de marins ont montré plus 
d'intrépidité et de promptes résolutions que cet officier général. 

C) Guichen (Luc-Urbain de Bouçxic, c'omte de), lieutenant général des 
armées navales, né à Fougères en 1710, mort à Morlaix en 1790, marin 
distingué qui marqua surtout pendant la guerre de l'Indépendance des 
États-Unis d'Amérique. 



- a6 ^ 

Voici la lettre de M. de Sartine : 

Lettre de Monseigneur de Sartine , ministre et secrétaire 
d'État de la marine^ à Monsieur Lemoytie, ordonnateur 
de la marine à Bordeaux {^), 

Versailles, le 27 février 1779. 

Le capitaine Cook, qui est parti, Monsieur, de Plimouth 
au mois de juillet 1776, sur le vaisseau la Résolution^ avec 
le projet d'aller reconnoître les costes, les isles et les mers 
situées au nord du Japon et de la Californie, ne doit pas 
tarder à revenir en Europe. Il a sous ses ordres un autre 
navire, nommé la Découverte, commandé par le capitaine 
Ch. Clerke, qui, comme celui qu'il monte, est d'environ 
500 tonneaux, et l'un et l'autre ont un peu plus de cent 
hommes d'équipage. 

Comme les découvertes qu'une pareillo expédition donne 
lieu de faire espérer intéressent généralement toutes les 
nations, l'intention du Roi est que le capitaine Cook soit 
traité de même que s'il commandoit des bâtiments de 
puissances neutres et amies, et qu'il soit recommandé à tous 
les capitaines de navires armés en course ou autrement qui 
pourront le rencontrer à la mer, de faire connoître à ce 
navigateur célèbre les ordres qui ont été donnés à son 
égard, en lui observant que, de son côté, il doit s'abstenir 
aussi de tout acte d'hostilité. 

Je vous recommande expressément de donner à ma lettre 
le plus de publicité possible à Bordeaux. Faites-en distri- 
buer sur-le-champ des copies, et prenés vos mesures pour 
qu'aucun des armateurs et des capitaines de navires, qui 
arment en course ou autrement, ne puissent en prétendre 
causes d'ignorance. Vous recommandrés même à ces .der- 
niers de faire connoître les ordres du Roi sur l'objet dont 
il s'agit à tous les capitaines de corsaires ou autres navires 
françois qu'ils pourront rencontrer à la mer. 

Je suis, etc. 

De Sartine. 
Pour copie conforme, 
Lemoyne. 

(1) C. 4341. — (Liasse.) 94 pièces (Chambre de commerce de Bordeaux). 



— 27 — 

Les termes mesurés et bienveillants de cette lettre 
sont d'autant plus à remarquer que, depuis Tagression 
inqualifiable, en pleine paix, le 17 juin 1778, de la fré- 
gate française la Belle-Poule, que commandait le brave 
Chadeau de la Clocheterie (i), par la frégate anglaise 
VArethusa, de l'escadre de l'amiral Keppel, la guerre 
avait éclaté entre la France et l'Angleterre. 

Et, puisque j'ai parlé incidemment de la Belle-Poule, 
dont le nom, porté par sa sœur de 1840, est double- 
ment et à jamais célèbre dans les fastes de la marine 
française, laissez-moi vous dire qu'elle avait été cons- 
truite à Bordeaux en 1766. 

On trouve, en effet, aux Archives de la marine de 
notre ville, divers documents relatifs à cette frégate, 
— je n'en citerai qu'un, intéressant surtout au point de 
vue d'une industrie artistique illustrée par Puget et qui, 

(}) Chadeau de la Clocheterie fut tué dans la matinée du 12 avril 1782 
&u combat de la Dominique, où il commandait le vaisseau V Hercule, de 
soixante-quatorze canons. 

Agression de tK Belle- Poule : 

Les frégates la Belle-Poule et la Licorne, la corvette VHirondelle 
et le lougre le Coureur sortirent de Brest le 15 juin 1778 pour croiser 
dans la Manche; ces bâtiments étaient placés sous les ordres du lieu- 
tenant de vaisseau Chadeau de La Clocheterie, commandant la Belle- 
Poule; le 17, dans la matinée, la petite division se trouva en vue d'une 
escadre anglaise. Bien que la guerre ne fût pas déclarée entre la 
France et VAngleterrCf La Clocheterie, par prudence, fit prendre à ses 
navires la bordée les rapprochant d'Ouessant. Les Anglais, de leur côté, 
détachèrent aussitôt plusieurs bâtiments, qui furent bientôt dans les 
eaux des Français. La Clocheterie donna alors à la Licoime et à VHiron- 
delle liberté de manœuvres pour leur permettre de s'éloigner sous 
l'allure la plus favorable à leur marche, conservant auprès de lui le 
loagre le Coureur, A six heures et demie, VArethusa, commandée par le 
capitaine Marshall, parvint à portée de voix de la Belle- Poule et l'invita à 
se rendre auprès de Tamiral Keppel ; sur le refus de la Clocheterie, 
VArethu$a lui envoya sa bordée et un combat très vif s'engagea en vue 
de Tesçadre anglaise, distante de quelques lieues; vers onze heures et 
demie la mâture et la voilure de la frégate anglaise étant dans le plus 
grand désordre, le capitaine Marshall manœuvra pour rallier son escadre. 
La Qocheterie continuii sa foute et, à minuit, il jetait Tancre dans Tanse 
de Cap-Louis, sur la côte de Plouescat; le lendemain 18, la Belle-Poule 
entrait à Brest, au milieu des acclamations enthousiastes de tous les bâti- 
ments mouillés sur la rade. 



— 28 — 

florissante au xviii* siècle (on n'a, pour s'en convaincre, 
qu'à consulter les admirables dessins d*Ozanne), n'existe 
plus, hélas! de nos jours, — je veux parler de la sculp- 
ture décorative des navires, disparue avec nos chantiers 
de constructions navales. 

C'est l'acte passé en septembre de la dite année 1766 
avec un sculpteur nommé Cessy, qui eut l'entreprise de 
tous les ouvrages de sculpture à faire à la Belle-Poule. 

Aux termes de son engagement, il devait suivre exac- 
tement les plans et les devis qui lui seraient donnés, et 
recevoir pour prix une somme de huit cent cinquante 
livres, sous déduction des quatre deniers par livre attri- 
bués aux Invalides de la marine. 

L'acte porte les signatures de Cessy, de M. d'Auben- 
ton, commissaire général ordonnateur à Bordeaux, de 
M. de^ Gourtandière, contrôleur, et du duc de Praslin, 
ministre de la Marine. 



II 



L'événement maritime le plus considérable de la 
guerre de l'Indépendance des Etats-Unis d'Amérique est 
certainement le malheureux combat de la Dominique (i), 
livré le 12 avril 1782 par le comte de Grasse (2) à l'ami- 
ral anglais RodneyP). 

(^) La Dominique, une des petites Antilles, entre la Martinique, au nord, 
et la Guadeloupe, au sud, 15» 48" 23' latitude N., 63° 45" 3' longitude O.; 
elle est aux Anglais. 

(«) Grasse (François-Joseph-Paul, comte de), marquis de Grasse-Tilly, 
comte de Bar, lieutenant général des armées navales, né à La Valette, 
près Toulon, en 1723, mort à Paris en 1788. On ne peut lui contester une 
bravoure à toute épreuve; mais on peut douter de son habileté comme 
chet d'escadre. Prisonnier des Anglais «près le combat malheureux de la 
Dominique, il fut traité très honorablement par eux et contribua, dit-on * 
à la paix qui fut signée l'année suivante, 1783, entre la France, l'Angleterre 
et les États-Unis d'Amérique. 

(3) Rodney (Georges-Bridge), amiral anglais, né à Londres en 1717, 



— 39 — 

Les Français n'avaient que trente vaisseaux, dont 
un seul à trois ponts, la Ville de Paris, h opposer à la 
flotte anglaise, composée de trente-six vaisseaux, parmi 
lesquels trois à trois ponts. 

La France perdit cinq vaisseaux, au nombre desquels 
était la Ville de Paris, monté par le comte de Grasse, 
qui fut fait prisonnier des Anglais. 

Le pays entier fut ému de ce désastre, qui blessa le 
juste orgueil de la nation, mais qui surexcita son pa- 
triotisme. Le corps de la ville de Paris (comme on disait 
alors), les Etats de Bourgogne, les armateurs des prin- 
cipaux ports de commerce, les négociants des grandes 
villes votèrent des sommes considérables, auxquelles 
vinrent se joindFe de nombreuses souscriptions particu- 
lières, pour construire de nouveaux vaisseaux. 

C'est encore dans Timportanf fonds de la Chambre de 
commerce de Bordeaux, déposé aux Archives du dépar- 
tement de la Gironde, que j'ai trouvé les diverses lettres 
écrites au sujet de la funeste bataille de la Dominique 
dont j'ai l'honneur de vous entretenir. La première en 
date est du 28 mai 1782; elle est écrite de Paris aux 
directeurs du commerce de Guienne par Caron de Beau- 
marchais (^), qui s'empresse, en sa qualité d'armateur, 



mort en 1792. î\ eut le roi Georges I«f pour parrain. I! bombarda le Havre 
en 1759; deux ans après, en 1761, il enleva à la France les îles de Saint- 
Pierre, Sainfe-Lucie, La Grenade et Saint-Vincent ; en 1780, il battit la 
flotte de don Juan de Langara et le 12 avril 1782 le comte de Grasse à la 
Dominique. 

(*) Beaumarchais (P.-Aug. Caron de), né à Paris en 1732, mort en 1799, 
était fils d'un habile horloger et se distingua d^abord dans l'état de son 
père en inventant une nouvelle espèce d'échappement. U avait beaucoup 
de goût pour la musique et excellait sur la harpe et la guitare, ce qui le 
fit admettre à la Cour où il donna des levons à Mesdames, filles de 
Louis XV. Lié avec le financier de la cour Paris-Duvernay, il se lança 
dans des spéculations commerciales et y déploya une aptitude et une 
activité qui lui firent acquérir en peu de temps une grande fortune ; ce 
fat surtout lors de la guerre de l'indépendance des États-Unis d'Amérique 



«-So- 
dé souscrire à cette œuvre patriotique. Le célèbre au- 
teur du Mariage de Figaro s'exprime ainsi : 

Messieurs, 

Au milieu des succès qui nous allaient donner une paix 
glorieuse, la malheureuse issue du combat de M. de Grasse 
ne pouroit que retarder cette paix, après laquelle nous 
soupirions tous; mais il y a tant de patriotisme en France 
que tous les bons sujets du Roi doivent se réunir pour 
réparer promptement la perte de quelques vaisseaux qui 
nous manquent. Déjà les souscriptions s'établissent en foule 
dans lai capitale pour ce grand objet 

Dans la persuasion où je suis, Messieurs, que les villes de 
commerce maritime ne resteront pas en arrière, je vous prie 
de bien vouloir me coucher, en ma qualité d'armateur, pour 
cent louis, dans la souscription que je vous invite à ouvrir. 

Il me semble qu'un vaisseau de ligne offert au Roi et 
portant le nom de la ville qui en fera Thommage ne peut 
qu'être agréable à' S. M. Donnons-lui de nouveau la satis- 
faction de connoître que si nous avons le bonheur d'avoir 
un excellent maître, il a le bonheur de régner aussi sur une 
excellente nation. 

Je suis, avec le plus profond respect. Messieurs, votre 
très humble et très obéissant serviteur, 

Garon de Beaumarchais. 

MM. Testart(i) et Gachet (2) sont chargés par moi de 
consigner la somme de ma souscription. 

A Messieurs de la Chambre de Commei^ce de Bordeaux {^). 

qu'il s'enrichit en approvisionnant les Américains d'armes et de munitions* 
Ses factums ou mémoires judiciaires lui firent une grande réputation 
dans le monde; mais ce sont surtout ses deux comédies le Barbier de 
Séville (1775) et la Folle Journée ou le Mariage de Figaro (1784) qui 
firent sa réputation littéraire; cette dernière ne fut représentée qu*avec de 
grands obstacles. Le nom de Beaumarchais est resté à un boulevard de 
Paris percé à travers des jardins qui lui appartenaient. 

(*-*) Négociants à Bordeaux. 

X^) Cette lettre a été publiée il y a plus de vingt ans, mais sans corn* 
mentaires, par notre collègue et ami, M. Raymond Céleste, dans le 
XTX« volume des Archivet historiques de la Gironde* 



— 3i — 

A cette lettre, qui témoigne des sentiments patrio- 
tiques de Baumarchais, MM. Letellier aîné, A. Lavaud 
et Grammond de Castera, directeurs du commerce, 
alors en exercice, répondaient quelques jours après au 
spirituel écrivain pour le remercier de son initiative et 
rinformer que M. Gachet, son mandataire, avait signé, 
en son nom, un des premiers sur la liste de souscrip- 
tion ouverte pour offrir un vaisseau au roi, et ils ajou- 
taient : « Si nos négociants eussent eu besoin d'encou- 
ragement, c'en eût été un bien grand pour eux que de 
vous voir arriver de 150 lieues pour y réclamer votre 
place comme armateur. » 

Le maréchal Philippe de Noailles, duc de Monchy (i), 
commandant en chef dans le gouvernement de la Pro- 
vince de Guienne, écrivait de son côté de Paris, le 4 juin 
suivant, à la Chambre de commerce : 

Comme je ne doute pas, Messieurs, de votre cruelle in- 
quiétude du combat malheureux de M. le comte de Grasse, 
je crois vous faire plaisir de vous faire part des nouvelles 
exactes, qui sont arrivées par M. le vicomte de Mortemart, 
qui a été envoyé par M. le marquis de Vaudreuil (2), à pré- 
sent commandant la flotte da Roy. 



(}) Philippe de Noailles, duc de Mouchy, maréchal de France, né 
en 1715, mort sur Téchafaud révolutionnaire. Après avoir commandé la 
Guienne pendant Tabsence lu maréchal duc de Richelieu, il se démit 
à la fois de son commandement militaire dans cette province et du 
gouvernement de Vejrsailles pour vivre dans la retraite; arrêté dans son 
château de Mouchy, il fut jngé, condamné à mort et exécuté en 1794; 
il avait soixante-dix-neuf ans : on l'accusait d'avoir donné asile à des 
prêtres réfractaires. 

(') Vaudreuil (Louis-Philippe Higaud, marquis de), lieutenant général 
des armées navales, inspecteur général des classes, né à Hochefort en 
1724, mort à Paris en 1802. Entra dans la marine fort jeune; ofGcier 
supérieur, il sacrifia son vaisseau au combat de la baie d'Audieme pour 
sattverle convoi qu*il escortait : il tomba alors dans les mains des Anglais; 
rendu à la liberté, il se distingua au combat d'Ouessant en 1778; Tannée 
suivante, 1*279, il fit éprouver de grandes pertes aux Anglais et conquit la 
colonie du Sénégal ; il se signala sous le comte d'Estaing dans la campagne 



— 3a — 

• 

M. de Grasse a voulu retirer le Zélé des mains de Tamiral 
Rodney; il a été entouré par quinze vaisseaux ennemis; cinq 
des nôtres, qui ont été à son secours, ont été pris avec luy; 
Ton ne scait que 1,300 hommes tués ou blessés; M. le mar- 
quis de Vaudreuil s'est retiré avec la flotte à Saint-Domin- 
gue (1), où notre convoy est arrivé très heureusement. (Il 
était composé de deux cents navires de commerce.) 

Tout le monde s'empresse de donner au Roy des marques 
de son zèle et de son amour dans cette triste circonstance. 

Monsieur [^) a montré, avec Monseigneur le comte d'Ar- 
tois (3), un bien bon exemple, etc. 

Enfin, le désir exprimé dans la lettre de Beaumarchais 
pour que le vaisseau offert au roi portât le nom de la 
Ville de Bordeaux fut réaKsé, et le 19 juin i786 M. le 
maréchal de Castries, ministre de la Marine, écrivait 
de Versailles la lettre suivante aux Directeurs du com- 
merce de Guienne : 

Je vous annonce avec plaisir, Messieurs, que le Roy a 
donné des ordres à Toulon pour que l'un des deux vais- 
seaux mis à Teau en dernier lieu en ce port, soit appelé 
le Commerce de Bordeaux. Sa Majesté s'est portée avec 
d'autant plus de satisfaction à vous donner ce témoignage 
de sa sensibilité, que le nom de ce vaisseau rappellera 
le zèle et le patriotisme que vous avez montrés, en faisant 



d'Amérique. En 1783, il fut promu lieutenant général. Il siégea aux États 
généraux de 1789 comme député de Casteinaudary, et dans la nuit du 5 
au 6 octobre exposa courageusement sa vie pour sauver la famille royale; 
en 1791, il émigra en Angleterre. Rentré en France, il mourut en 1802 
dans une retraite absolue. 

(*) Saint-Domingue (Santo Domingo), ville de l'île d'Haïti, capitale de 
la République dominicaine sur la côte S.-E. de l'île, à l'entrée de l'Ozama, 
fondée par Christophe Colomb en 4496. Avant la fin du xviii» siècle (1791), 
Saint-Domingue était la plus riche colonie de la France; le commerce de 
Bordeaux lui dut son incontestable prospérité. Par 18° 28' de latitude N. 
et 72o 12' de longitude 0. 

(«) Plus tard Louis XVIII, en 1814-1815. 

(') Charles X, qui succéda à son frère en 1824. 



— 33 — 

verser à cet effet une somme de neuf cent mille livres au 
Trésor royal. 

Je suis, Messieurs, votre très humble et affectionné ser- 
viteur. 

Le maréchal de Castries(i). 



N. B. — Trois lettres écrites de Bordeaux par Beau- 
marchais les 6 octobre, 19 novembre et 10 décembre 
de Tannée 1782, complètement inédites, m'ont été signa- 
lées comme existant au dépôt des Archives du Minis- 
tère des Affaires étrangères, à Paris. J'en ai demandé 
les copies qui, si elles me sont communiquées, me 
permettront de donner une suite à cette publication, 
qui atteste d'une façon incontestable les intérêts com- 
merciaux qu'a eus le célèbre écrivain dans notre ville. 



(}) Charles-Eugène Gabriel de la Croix, marquis de Caslries, maréchal 
de France, né en 1727; mort à Wolfenbûttel en 1801, pendant l'émigration. 
Il fut ministre de la marine en 1780. 



igoa 



XjE mobilier 

ET 

LA BIBLIOTHÈQUE DE YERGNUUD 

-A. BORI>lCA.UX 

PAR M. AURËLIEN VIVIE 



Dans une lettre en date du 20 décembre 1788, Ver- 
giiiaud écrivait à son beau-frère, Alluaud, à Limoges : 

« ...Je suis enfin pleinement installé dans mon nouvel hôtel, 
rue du Hâ. Je n'y couche que depuis avant-hier. Ainsi, vous 
voyez que c'est très récent. Mon logement est très joli pour 
un garçon. Vous, qui connoissez mes fonds, vous imaginez 
bien que je ne l'ai pas meublé pour m'endetter, mais la Pro- 
vidence et puis le travail y pourvoiront. Les affaires prennent 
une bonne tournure au Palais, et s'il ne survient pas de nou- 
veaux troubles, j'espère dans deux ans être pleinement au- 
dessus die mes affaires... » 

On le voit par ce passage, Vergniaud s'était mis dans 
ses meubles. 

Il avait marqué sa place au barreau de Bordeaux et 
un appartement garni n'était plus convenable pour l'avo- 
cat qui voyait s'accroître, à mesure que sa réputation 
grandissait, le nombre et l'impoiiance de ses clients. 

Vergniaud s'était installé rue du Hâ, n"* 44, dans la 
maison portant aujourd'hui le n°41, et qui est la pro- 
priété de MM. Pommez ou de leurs héritiers. 

Dans les deux volumes substantiels et si intéressants 



— 36 — 

qu'il a consacrés à Vergniaud, M. Vatel dit, tome II, 
p. 348 : 

c Indépendamment des immeubles qu'il possédait à Li- 
moges, Vergniaud avait à Bordeaux son mobilier, son cabi- 
net^ sa bibliothèque. L'administration du district dut se 
mettre en possession peu de temps après le 30 octobre, si 
l'on en juge par l'empressement du district de Limoges. 
Nous avons fait chercher les traces de la mise sous le séques- 
tre, aux Archives départementales de la Gironde. On n'a rien 
trouvé jusqu'ici. » 

Plus heureux que M. Vatel, nous avons eu la bonne 
fortune, après de longues et patientes recherches, de 
mettre la main sur l'inventaire du mobilier de Ver- 
gniaud, et nous nous empressons de le pubKer, afin de 
combler la lacune que l'honorable avocat, mort depuis, 
avait dû forcément laisser dans son livre. 

Cette publication est de nature à piquer la curiosité 
des érudits toujours en éveil, et des psychologues qui 
ont la prétention d'analyser et de juger les hommes illus- 
tres d'après le milieu matériel dans lequel ils ont vécu. 

On avait déjà, grâce à M. Vatel, le catalogue de la 
bibliothèque de Vergniaud; voici maintenant l'inventaire 
de son mobilier dressé à la date du 3 janvier 1792. 

Le secrétaire de Dupaty avait été élu député à l'As- 
semblée législative, et il avait dû se rendre à Paris pour 
remplir le mandat que lui avaient confié les électeurs 
de la Gironde, et pour monter le calvaire politique qui 
devait le conduire à la gloire et à l'échafaud. 

Il laissa à Bordeaux son mobilier de garçon; mais 
désireux de le retrouver quand les affaires publiques 
le rendraient à la barre où avait commencé sa renom- 
mée, il chargea son ami Ducos de l'inventorier et de 
le donner, en pleine jouissance, sous les réserves que 



-37-- 

ron lira tout à J'heure, à une dame Mellet-Lafaye, qui, 
aux termes de sa police, devait en conserver la libre 
disposition jusqu'au 3 avril 1794. M. Pic de Père, qui 
a été membre de TAcadémie de Bordeaux, crut devoir, 
en qualité de propriétaire de la maison rue du Hâ, 44, 
faire au Comité de surveillance la déclaration suivante : 

f Le soussigné, propriétaire de la maison rue du Hâ, n° 44, 
en cette ville, déclare que feu Vergniaud occupait un appar- 
tement au second de la dite maison; que depuis son départ 
pour la Convention nationale, le citoyen Ducos père, chargé 
de sa procuration, a sous-loué le dit appartement à la citoyen- 
ne Lafaye, à Texception d'une chambre du susdit apparte- 
ment, que le dit citoyen Ducos a réservé (sic)'pouT le dit Ver- 
gniaud, et dont il a la clef; que le déclarant, dans Tidée qu'il 
pourrait y avoir dans cette chambre réservée des effets 
appartenant au dit Vergniaud, dont les biens sont confis- 
qués au profit de la nation, croit devoir faire la présente 
déclaration. A Bordeaux, ce 17® Brumaire, Fan 2 de la Ré- 
publique française, une et indivisible (7 novembre 179^). 

» Signé : Pic de Père(*). » 

Ce même jour, Léard, membre du Comité de surveil- 
lance, dressait le procès-verbal suivant : 

f Je, soussigné, Jan Léard, membre du Comité révolution- 
naire de surveillance, me suis transporté à la maison du 
citoyen Pic de Père, sut la déclaration qu'il a faite au Comité 
qu'il y avait un cabinet où étaient déposés des effets appar- 
tenant au sieur (sic) Vergniaux (sic), député à la Convention 
nationale, et ai apposé les scellés sur ce dit cabinet et un 
placard qui se trouve à côté, et ce, en présence des citoyens 
Pic de Père et Tessières, lesquels ont signé avec moi. Bor- 
deaux, le 17* jour de Brumaire de Tan 2 de la République 
française. 

» Signé : Léard, Pic de Père et Tessière ('). » 



(1) Archives de la Gironde, série L, portef. 43, liasse 1. 
(*) Archives de la Gironde, série L, portef. 47, liasse 3. 



— 38 — 

A (*e procos-Ycrbal, qui fut remis au Comité de sur- 
veillance, Léai'd ajouta le document ci-après, qui le dis- 
pensa, en c()m|)iï?tant son appositicm des scellés, de la 
longue nonïonclaUne à laquelle il aurait été tenu; nous 
reproduisons ce document textuellement et in extenso : 

d Copie de Vinvenlaire des meubles meublans, usîansiles 
(sic) de ménage^ etc., qui se sonl trouvés dans Vapparle- 
ment du citoyen Vergniaud et dont il demeure propriétaire : 

» 1° Dans le cabinet de toilette, nous avons trouvé une 
table, une boete contenant divers objets propres à la toilette 
et une table suspendue au mur. 

» 2^ Dans la chambre à coucher, tapissée en papier peint, 
il y a un lit, dqux matelas, une paillasse, une couette, une 
couverture de laine, une dito de coton et une courte pointe 
conforme à la garniture de camayeux (sic), les rideaux gris 
de cotonnade. Un bureau de bois d'acajou, une table de nuit, 
un fourneau de fer. La garniture de cheminée complette, 
un petit bafai de crin, un chauffe-lit, un poêlon, une poôle 
à café, une casserole pour le chocolat,- trois caffetières de 
fer blanc, une boete à café, une cruche, un pommier, une 
clisse, une bouilloire, une gardalle(i), une rappe de fer 
blanc, une paire brosses. 

» 3° Dans le salon tapissé en papier peint, il s'est trouvé 
une armoire, deux tables, deux banastres (2), un petit coffret, 
une cage. 

» 4® Dans la salle tapissée en papier peint, il y avait un tru- 
meau, une table de marbre à pieds dorés, surmontée d'une 
grande glace ù cadre doré, une table à jeu de trictrac avec 
trois cornets de dés et les dames, une table à jeu pliante, 
quatre rideaux aux fenêtres. 

3) Dans un placard de la dite salle, il y a deux porte-mou- 
chettes, deux grands flambeaux d'argent haché, deux petits 
ditto d'argent haché et deux ditto de cuivre, un porte- 
huillier plaqué et les huillicrs de crislal, un porte-huillier 
de cristal, quatre salières plaquées avec leurs cristaux 
blancs, deux ditto de cristal ordinaire, un chandelier plat, 

(1) Grand vase en terre en usage dans les ménages du Midi. 
(*) Grande corbeille en osier. 



-39- 

une grande terrine de grai (sic); une théière (sic), deux pots 
au lait, un sucrier, six tasses et six soucoupe^, le tout en 
porcelaine, avec le chiffre V. Un panier à argenterie, six 
petits verres à liqueur, deux plateaux pour les bouteilles, 
trois grandes bolles (sic) et quatre dritto petites de grès 
blanc avec cinq plateaux idem, deux saladiers et une jatte de 
grès blanc, six plats longs ditto, huit ditto ronc}s, sept 
douzaines et quatre assiettes ditto. 

y> Quatre fauteuils garnis de camayeux conforme au lit, 
cinq fauteuils de paille de couleur, dix chaises communes, 
dix solitaires de grès, un balai de crin, une chiffonnière 
d'acajou. 

î 5<> Au grenier, environ 320 bouteilles vides, un lit de 
sangle composé de paillasse, matelas, oreiller et couverture 
de laine, une mauvaise malle et douzaine de faissonnats, 
dont nous conviendrons du prix, lequel sera payé en sus du 
prix. 

i^Noie, Pans la chambre à coucher, il y a deux carreaux 
de vitre de 'cassés, et dans la salle, il y en a un. 

» Les serrures sont garnies de leurs clefs; en outre, il y a 
deux passe-partout pour la porte de la rue. 

» Arrêté le présent inventaire en double, lequel ne sera 
copié sur la police de location qu'après que le citoyen 
Vergniaud aura annoncé qu'il entend comprendre dans les 
meubles meublans tous les ustansiles mentionnés dans ledit 
inventaire, étant convenu entre nous d'en excepter les arti- 
cles que le citoyen Vergniaud ne voudrait pas y comprendre. 
» Bordeaux, le 3 janvier 1792. j> 

€ Nous exceptons, d'après la lettre de M. Vergniaud, du 
10 janvier courant, la théyère (sic), les deux pots au lait, le 
sucrier, les six tasses et les six soucoupes de porcelaine, 
plus les quatre salières plaquées avec leurs cristaux blancs, 
plus enfin les porte-huiliers plaqués et les cuilliers en cristal. 
Laissant tout le reste à la disposition et aux soins de 
M"« Lafaye. 

> Bordeaux, le 26 janvier 1792. 

» Signé : Ducos, MIllet-Lafaye. :► 



^ 4o — 

Tel était le mobilier de Vergniaud à Bordeaux. Il pou- 
vait être confortable, mais il n'était pas à coup sûr 
luxueux, et le moindre mobilier de nos jours le dépas- 
serait en somptuosité. 

On a pu remarquer que la bibliothèque de l'illustre 
Girondin ne figure pas dans cet inventaire : — son cabi- 
net et sa bibliothèque, en effet, constituaient une réserve 
naturelle, et il ne les avait pas livrés à M"** Mellet- 
Lafaye, aucun étranger ne devant pénétrer dans le 
sanctuaire où son génie avait grandi dans le travail et la 
méditation. 

Nous allons la retrouver toutefois dans un document 
dressé le 21 pluviôse an 2 (9 février 1794) par les 
citoyens Maguelin et Dutroulleau, commissaires nommés 
par le Directoire du district de Bordeaux, afin de lever 
les scellés au domicile du Girondin et de préparer un 
inventaire définitif, préalable à la vente publique qui 
devait être faite conformément à la loi (^). 

Dans le cabinet, disient les commissaires dont nous corri- 
geons l'orthographe toute de fantaisie, s'est trouvé une 
glace et son tableau, deux chenets, une pelle et pincettes, 
à la fenêtre deux rideaux de cotonille bleu et blanc avec sa 
tringle, un fauteuil et quatre chaises foncées en paille, un 
autre fauteuil en triangle, foncé en paille, le siège et les 
tours du dossier en cuir rouge, un grand secrétaire en bois 
d'acajou à dix tiroirs fermant à clé, garni en cuivre et son 
dessus en marbre blanc, dans lequel se sont' trouvés plu- 
sieurs lettres et divers mémoires et plaidoyers, un étui ren- 
fermant huit couteaux à manches argentés. Au-dessus de la 
bibliothèque se sont trouvés 8 paires de draps, tant gros 
que fins, et une enveloppe, une serviette remplie de lettres 
dont la plus grande partie est datée de Limoges; à la der- 
nière tablette au-dessus se sont aussi trouvés divers impri- 
més, liasses de procès et mémoires, un damier, une boîte à 

(1) Archives de la Gironde, série L, portef. 225. 



- 4i - 

jeu et un jeu d'échecs; 46 volumes de différentsi auteurs à 
la tablette d'en haut 

A la seconde tablette, 23 volumes d'Hisloire naturelle, 
de Buffon, et 16 volumes de VHisloire des oiseaux, par le 
même; 4 volumes Histoire de la Grèce; 9 volumes de la Cou- 
tume de Bordeaux; 3 volumes de VEgypte; table de VHis- 
toire moderne en 2 volumes; Discours sur V Histoire uni- 
verselle, en 2 volumes; 2 Essais sur la société civile; 
3 volumes sur la Philosophie de la Nature; 2 volumes sur 
la Vicompte (sic); 2 volumes intitulés Le Portefeuille; 4 vo- 
lumes sur la Recherche des Qbeilles; Recherche de la 
Vérité, 3 volumes; Des cours de province (sic), 5 volumes; 
Histoire des Minéraux, 2 volumes; Esprit de Montaigne, 
2 volumes; Commentaire sur les Ordonnances, 3 volumes; 
des Plaidoyers de Loiseau de Mauléon; 5 volumes des œu- 
vres de Cochin; 7 volumes des œuvres de de Pothier; 
7 volumes de jurisprudence; 2 volumes du Droit canon; 
2 volumes du Dictionnaire de pratique; 2 volumes des Con- 
férences de L. (sic) quatorze; 3 volumes du Dictionnaire de 
r Académie française; 2 volumes Bérigius codinemé (sic); 
5 volumes du Droit canonique; 5 volumes Pratique des 
Terriers; 4 volumes du Code et institution criminelle; 3 vo- 
lumes du Traité des testaments; 76 volumes in-folio et 
autres; 2 volumes de VOdyssée, d'Homère (i); 2 volumes 
Poétique française; 3 volumes des œuvres de Racine; 6 vo- 
lumes des œuvres de Molière; 2 volumes Synonimes fran- 
çais; 2 volumes de VHisloire des Sept sages; 2 volumes de 
VHisloire de Suède; 3 volumes de la Révolution de l'Histoire 
romaine (sic); 10 volumes Poésie italienne; 16 petits volu- 
mes dépareillés, 120. volumes et brochures diverses. 

On peut rapprocher ce catalogue de celui publié par 
M. Vatel (L II, p. 349). 

Dans un placard attenant au scellé du ctibinet, les 
commissaires trouvèrent plusieurs liasses de procès 
appartenant à divers clients; 15 nappes, 4 douzaines 
de serviettes, 8 torchons et 1 peignoir, puis les tasses, 
soucoupes, pots au lait, sucrier, théière, en porcelaine, 
marqués au chiffre V; et quelques autres objets figurant 

• 

(*) Le Scribe écrit : Laudlce Daumére. Le reste est à l'avenant. 



- /,3 - 

dans l'inventaire drossé par Ducos, et enfin une robe 
d'avocat et un vieux chapeau à mettre sous le bras. 

Le 24 messidor an 2 (12 juillet 1794), Foumier, tapis- 
sier, fut chargé de procéder à lestimation des nieubles 
et effets de Vergniaud, non compris les livres compo- 
sant la bibliothèque. Cette estimation s'élève à 2,310 li- 
vres 5 sols. 

Le 18 thermidor an 2 (5 août 1794,) et sous la direction 
du citoyen ArbouUié, officier public, la vente aux enchè- 
res publiques du mobiher de Vergniaud commença dans 
la maison rue du Hâ, n** 44, en présence de Joseph 
Nérac, délégué du district, et de Bernard Bazignan, 
délégué du bureau municipal. 

Trois séances furent consacrées à cette vente. 

La première eut lieu le 18 thermidor, la deuxième 
le lendemain 19, et la troisième le 8 fructidor suivant 
(25 août 1794). 

Il ne sera certainement pas sans intérêt de faire con- 
naître les prix qu'atteignirent, aux enchères publiques, 
comparés aux prix de l'estimation faite par le tapissier 
Foumier, les objets ayant appartenu au conventionnel : 

Un pied doré à dessus de marbre estimé 36 fr. — Adju- 
gé 52 fr. 

Un bureau d'acajou estimé 60 fr. — Adjugé 151 fr. 

Une armoîfe estimée 50 fr. — Adjugée 88 fr. 

Une table à jeu pliante estimée 30 fr. — Adjugée 45 fr. 

Une chiffonnière bois d'acajou estimée 30 fr. — Adjugée 
50 fr. 

Un trictrac avec ses dames estimé 30 fr. — Adjugé 47 fr. 
10 sols. 

Six chaises communes estimées 10 fr. — Adjugées 17 fr. 

Quatre fauteuils garnis en camaïeu estimés 30 fr. — Adju- 
gés 40 fr. 10 sols. 

Cinq fauteuils et huit chaises de paille de couleur esti- 
més 36 fr. — Adjugés 46 fr. 

Une mauvaise malle estimée 3 fr. — Adjugée 5 fr. 5 sols. 



- 43 - 

Deux tables estimées 8 fr. — Adjugées 10 fr. 10 sols. 

Un fourneau de fer estimé 5 fr. — Adjugé 14 fr. 5 sols. 

Un porte-huilier plaqué et ses burettes en cristal estimé 
20 fr. — Adjugé 31 fr. 10 sols. 

Quatre salières et leurs verres en bleu estimées 12 fr. — 
Adjugées 17 fr, 10 sols. 

Deux porte-mouchettes et leurs mouchettes estimés 6 fr. 
— Adjugés 9 fr. 

Deux chandeliers de cuivre argenté très petits estimés 
6 fr. — Adjugés 11 fr. 

Deux petits flambeaux d'argent haché estimés 6 fr. — 
Adjugés 9 fr. 5 sols. 

Un fauteuil et quatre chaises foncés en paille estimés 
12 fr. — Adjugés 18 fr. 10 sols. 



Le lendemain 19 thermidor, la vente recommença; en 
voici le résultat : 

Une table estimée 5 fr. — Adjugée 6 fr. 

Un étui renfermant huit couteaux manches argentés esti- 
mé 5 fr. — Adjugé 7 fr. 5 sols. 

Un petit bougeoir et sa bobèche en cuivre argenté estimé 
2 fr. — Adjugé 2 fr. 5 sols. 

Un panier à argenterie, six verres à liqueur, deux pla- 
teaux pour bouteilles, trois grandes bolles (sic) et quatre 
petites en grès blanc, cinq plateaux, deux saladiers et une 
jatte deux plateaux à déjeuner en grès estimés 6 fr. — 
Adjugés 7 fr. 

Deux grands flambeaux d'argent haché estimés 15 fr. 
— Adjugés 16 fr. 10 sols. 

Une paire bras de cheminée, une paire à deux bobèches 
chaque estimés 15 fr. — Adjugés 18 fr. 

Un damier, une boîte à jeu et un jeu d'échecs estimés 
12 fr. — Adjugés 18 fr. 5 sols. 

Six plats longs et dix-huit ronds, sept douzaines et qua- 
tre assiettes le tout en grès, estimés 63 fr. — Adjugés en 
sept lots 95 fr. 5 sols. 

Une poêle à café, une casserole pour le chocolat, trois 
cafetières de fer blanc, une boîte à café et un panier 
d'osier, un falot de fer blanc dont une vitre cassée, estimés 
12 fr.— Adjugés 17 fr. 

Un petit balai de crin estimé 5 sols, un pommier, une 



- 44 — 

clisse, une rappe de fer blanc et une paire de brosses» 

estimés 30 sols. — Adjugés 2 fr. 10 sols. 

Une robe d'avocat et un vieux chapeau à mettre sous 
le bras estimés 2 fr. — Adjugés 2 fr. i 

Dix solitaires, un pot à eau, deux pots au lait, une théière, 
le tout en grès, estimés 10 fr. — Adjugés 11 fr. 5 sols. 

Deux rideaux de cotonille bleu et blanc estimés 40 fr. 
— Adjugés 55 fr. 15 sols. 

Quatre rideaux estimés 120 fr, — Adjugés en deux lots 
149 fr. 10 sols. 

Une paire de rideaux à carreaux rouges et blancs esti- 
mée 50 fr. — Adjugée 75 fr. 10 sols. 

Un lit composé d'une couette, une couverture de coton, 
une courtepointe garniture de camaïeu, rideaux de coton- 
nade grise, estimés 400 fr. — Adjugé à l'extinction des feux 
410 fr. 

Un lit de sangle estimé 25 fr. — Adjugé 5 fr. 

Une boîte contenant divers objets de toilette et une 
tablette suspendue au mur, estimés 2 fr. — Adjugés 2 fr. 
5 sols. 

Deux banastres, un petit coffre et une cage, estimés 
2 fr. — Adjugés 2 fr. 5 sols. 

Une bibliothèque estimée 15 fr. — Adjugée 21 fr. 

Un peignoir estimé 5 fr. — Adjugé 7 fr. 

Un écran vieux, en soie verte, estimé 3 fr. — Adjugé 3 fr. 

Une douzaine faissonnats estimée 6 fr., prix maximum. — 
Adjugée 6 fr. 

Trois cents bouteilles vides estimées 90 fr. — Adjugées 
en six lots 151 fr. 5 sols. 

Cette vacation produisit 1,191 francs 15 sols. 

La troisième, composée des objets eximés aux deux 
premières séances, eut lieu le 8 fructidor an 2 (25 août 
1794), dans l'après-midi, par les soins du même officier 
public, assisté des mêmes commissaires du district et 
de la municipalité; elle comprenait les Qbjets suivants : 

Une glace et son tableau estimée 60 fr. — Adjugée 119 fr. 
Une autre glace et son tableau estimée 50 fr. — Adjugée 
100 fr. 
Six tasses et six soucoupes, deux pots au lait, un sucrier 



- 45- 

et une théière, le tout en porcelaine marquée V, estimés 
52 fr. — Adjugés 52 fr. 

Huit paires de draps estimées 156 fr. — Adjugées en cinq 
lots 341 fr. 15 sols. 

Qiiinze nappes, quatre douzaines de serviettes et huit 
torchoiis estimés 144 fr. — Adjugés en huit lots 230 fr. 
15 sols. 

Cette vacation produisit 843 francs 5 sols. 

Les trois séances présentent les résultats suivants : 

!'• 663fr. 15sols. 

2« 1,091 15 

3« 843 C5 

Total 2,598 fr. 15 sols. 

Tout était terminé; il ne restait plus rien de celui 
que ses contemporains avaient surnommé V Aigle de la 
Gironde, rien — que le vers de Chénier : 

Vergniaud dont la tribune a gardé la mémoire ! 

Sa tête avait roulé, le 31 octobre 1793, sur l'échafaud 
révolutionnaire ; moins d'un an après, son mobilier était 
dispersé au feu des enchères publiques! 

N'est-ce pas le cas de dire ici, avec Fénelon, que le 
malheur ajoute un nouveau lustre à la gloire des grands 
hommes? 

Les amateurs et les curieux nous sauront gré d'avoir 
publié les documents qui précèdent. Ils reconstituent 
l'intérieur où Vergniaud a vécu de 1788 à 1791, prépa- 
rant sa destinée et marchant inconscient vers une pos- 
térité prochaîne. 

Qui sait si quelque hasard heureux ne permettra pas, 
quelque jour, à ceux qui cherchent les reliques pré- 
cieuses, de mettre la main sur des objets ayant appar- 
tenu au plus grand, au plus illustre des Girondins! 



- 46 - 

Pour compléter notie travail, nous croyons devoir 
donner la nomenclature des meubles et effets laissés 
sans estimation et qui paraissent n'avoir pas été vendus. 
Ce sont : plusieurs lettres, mémoires et plaidoyers, des 
impHmés, des liasses de procès et mémoires, 3i99 volu- 
mes reliés, de différents formats, et 120 volumes et 
brochures, un placard et 2 tapisseries en papier peint. 

Un dernier mot- L'Administration municipale de Bor- 
deaux, si intelligente et si dévouée aux intérêts publics 
aussi bien qu'à nos gloires nationales, ne jugerait-elle 
pas à propos, imitant en cela des exemples donnés par 
Paris et par d'autres grandes villes, de consacrer le 
souvenir de Vergniaud, qui n'a pas encore de statue à 
Bordeaux, malgré la colonne des Girondins, par l'appo- 
sition sur la maison rue du Hâ, n° 41, d'une plaque 
de marbre noir oortant en lettres d'or : 

P.-V. VERGNIAUD, 

MEMBRE DE L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE ET DE LA CONVENTION NATIONALE, 

A HABITÉ CETTE MAISON DE 1788 A 1791. 

Cet hommage rendu à la mémoire de l'une^de nos 
illustrations locales ne grèverait pas considérablement 
nos budgets et honorerait à coup sûr l'Administration 
municipale de la grande cité bordelaise. 

L'Académie, dans sa séance du i8 décembre iOOS, 
après avoir entendu la lecture du travail qui précède, a 
émis un vœu conforme aux conclusions de Vauteur, 



LE MARÉCHAL PHILIPPE DE NOAILLES 

DUC DE MOUCHY 



ET 



LE PEINTRE F.-J. LONSING 

. (Noies inédites 1785-1799) 
PAR M. GUSTAVE LABAT 



Les amateurs de bonne peinture qui visitent les salles 
du Musée de Bordeaux, ne sont pas sans avoir remar- 
qué deux toiles du peintre belge François-Joseph Lon- 
sîng : Tune, où il s'est représenté le pinceau à la main; 
l'autre, qui est le portrait d'Emmanuel-Célest6-Auguste, 
duc de Duras, dernier seigneur de Blanquefort, fait 
entre les années 1783 à 1790. 

Trois lettres du maréchal Philippe de Noailles, duc 
de Mouchy, commandant en chef dans le gouvernement 

« 

de la province de Guienne, concernant cet habile 
artiste, ayant été mises à ma disposition par un collec- 
tionneur bordelais, je profiterai de l'occasion qui m'est 
offerte de vous les communiquer, pour parler de ce 
peintre, complètement oublié de nos jours. 

François-Joseph Lonsîng est né à Bruxelles en 1743, 
d'après M. Jean Goethals, son compatriote et ami(i); 

(}) Jean-Ignace-Joseph-Hyacinthe Goethals, membre de TÂcadémie des 
Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, fondateur en 1801, avec 
Rodrigues, du Muséum d'Instruction publique (Athénée) de cette ville, né 
à Gôurtrai (Belgique) le 23 novembre 1760, mort à Bordeaux le 14 juin 
1841. Archéologue et amateur éclairé des Beaux-Arts, il était venu vers 
la fin du xviii* siècle se fixer à Bordeaux; il fut protecteur des artistes, 
notamment de Lonsing et plus tard de Brascassat. Voir la notice histori- 
que de J.-F. Lonsing, Bulletin Pohfmathique, 3« année, 15 fructidor 
an XIII (2 septembre 1805). 



— 48 - 

destiné d'abord par son père à l'état militaire, il e^itra 
au service en qualité de cadet; mais son goût naturel 
pour les arts se manifesta tellement qu'il obtint de 
fréquenter l'Académie royale, que venait de rétablir 
le prince Charles de Lorraine, gouverneur des Pays- 
Bas (^). Ses progrès y furent rapides; /en 1759, il avait 
seize ans, il concourut pour le premier prix, qu'il 
obtint; élève ensuite de Geeraerts (2), qu'on peut con- 
sidérer comme le dernier maître de l'Ecole de Rubens, 
il partit pour l'Italie en 1761, avec une pension de 
400 florins que lui accorda le prince Charles. 

Arrivé à Rome, il entra dans l'atelier du chevalier 
Mengs(3), où il puisa la grande théorie de son art; on 
ignore complètement quelles furent ses principales 
productions pendant son séjour en Italie, on sait seu- 
lement qu.'il peignit et dessina beaucoup, et grava à 
l'eau-fôrte. 

De retour d'Italie, il séjourna cinq ans à Lyon, où 
il peignit son portrait, œuvre des plus remarquables,, 
qu'il apporta à Bordeaux en 1783. 

Ce portrait n'est pas celui que l'on voit au Musée, 
qu'acheta la Municipalité bordelaise .^n 1848 et qui lui 
est bien inférieur. 

Le portrait de Lyon, dont je parle, fut vendu à Jean ' 



(0 Le prince Charles-Alexandre de Lorraine (1712-1780), gouverneur 
des Pays-Bas en 1759. 

Il était fils de Léopold le"", duc de Lorraine, et d'Elisabeth-Charlotte 
d'Orléans; il se distingua dans la guerre contre les Turcs, et lutta quel- 
que temps avec Frédéric II de Prusse; mais, battu à Lisse, il abandonna 
la carrière militaire et se relira dans son gouvernement des Pays-Bas où 
son nom, de nos jours, est encore populaire. 

(2) Geeraerts (Martin-Joseph), né à Anvers en 1706, mort dans la même 
ville en 1791, élève de Eyckens, directeur de l'Académie d'Anvers en 
1771; il avait un talent remai-quable pour la peinture des bas-reliefs. 

(3) Mengs (le chevalier Antoine-Raphaël), premier peintre du roi d'Es- 
pagne, né le 12 mars 1728 à Danfzig (Bohême), mort à Rome en 1779. 
L'œuvre de ce célèbre artiste est des plus considérables. 



-49- 
Goethals par le fils du peintre, en 1807, ainsi que le 
constate la quittance que j'ai eue en main; il appartint 
ensuite au chevalier de Bouglon, à La Bastide-d'Arma- 
gnac (Landes); il est, de nos jours, à Paris, chez M"* la 
baronne de Bouglon. 

A Bordeaux, Lonsing fit un certain nombre de por- 
traits, parmi lesquels on distingue ceux du maréchal 
duc de Mouchy (1); de M. Dassier, attaché à la maison 
du maréchal; du duc de Duras, qui est au Musée (2); 
de M. le premier président au Parlement Le Ber- 
lhon(3); de M. Dudon, procureur général en la même 
Cour(*); de M. de La Rose, lieutenant général au séné- 
chal die Guienne, ce dernier portrait est à l'hôtel de 
Ruât, rue de Ruât, à Bordeaux, dans le salon de W^ la 
baronne de Labat de Savignac, où j'ai eu la bonne for- 
tune de le voir; c'est un des mieux réussis du maître 
et une véritable toile de musée. 

M. de la Rose est assis dans un fauteuil, dont le bois 
est doré, le corps de trois quarts à droite, tandis que la 

(*) Duc de Mouchy (Philippe de NoaiUes), maréchal de France, né 
en 1715, mort sur réchafaud révolutionnaire. Après avoir commandé 
en Guyenne pendant l'absence du maréchal duc de Richelieu, il se démit 
à la fois de son commandement militaire dans cette province et de son 
gouvernement de Versailles pour vivre dans la retraite; arrêté dans 
son château de Mouchy, il fut jugé, condamné à mort et exécuté en 1794. 
n avait soixante-dix- neuf ans; la duchesse sa femme, Anne Claude-Louise 
d'Àrpajon, née en 1719, fut exécutée avec lui et mourut en montrant un 
admirable courage. C'est la duchesse de Mouchy, que la reine Marie- 
Antoinette appelait : Madame V Etiquette, 

(•) Duc de Duras (Emmanuel-Céleste-Âugustin de Durfort), fut général 
en chef des gardes nationales de la Gironde ; il émigra^ sei^it dans l'armée 
de Condé, et mourut en Angleterre en 1800. 

O Le Bei-thon (And ré- Jacques-Hyacinthe), né à Bordeaux en 1713, 
mort à Paris en 1800; premier président au Parlement de Bordeaux en 
1766, député de la noblesse aux États généraux de 1789. Son portrait par 
Lonsing a été gravé par F. Beauvarlet; les épreuves en sont fort rares. 

(*) Dudon (Jean-Baptiste-PieiTe-Jules baron), né à Bordeaux en 1750, 
procureur général au Parlement, arrêté comme suspect, condamné à 
mort et exécuté à Bordeaux le 22 novembre 1793; \\ était marié à 
DU* Désirée de Marbotin. 

Uj02 k 



— 5o — 

tète, légèrement tournée à gauche, regarde du même 
côté; perruque de parlementaire poudrée, rabat, dentel- 
les, robe rouge, — le bras droit est appuyé sur une con- 
sole et la main gauche tient des papiers; au fond, à 
droite, une statue de bronze symbolisant la justice avec 
ses balances et sa hache de licteur; la gauche du fond 
est remplie par une draperie bleue aux fleurs de 
lis d'or. 

Ce portrait, très soigné et cependant largement 
peint, est d'une allure extraordinaire. 

Le duc de Mouchy, qui s'était déclaré le protecteur 
de Lonsing, voulut attirer l'artiste à Paris et écrivit en 
conséquence, pour le recommander, la lettre suivante, 
la première des trois que j'ai citées en commençant, 
adressée à M. le comte d'Angivillers, directeur des 
bâtiments et jardins du roi : 

A Bordeaux, ce 5 septembre 1785. 

Touvés bon, monsieur le Comte, que j'aye l'honneur de 
vous recomander le S' Lonsing, peintre en tableaux d'his- 
toire et supérieurement en portraits, je crois que le S' Du- 
plessis (1) ne travaille plus, ainsi vous trouvères dans mon 
protégé de quoi le remplacer, il a été 28 ans à Rome et 
qn Italie, il a de grandes conoissances, il n'a de défaut 
qu'un peu trop de modes^tie; mais il faut espérer qu'il s'en 
corrigera à Paris et à Versailles; je m'y intéresse très 
vivement et s.eroi très reconoissant des bontés que vous 
voudrés bien avoir pour le dit S' Lonsing; il a fait ici les 
plus beaux portraits et parfaits pour la ressemblance. 

Vous conoissés depuis longtemps la tendre amitié que 
je vous ai voué et avec laquelle j'ai l'honneur d'être pluh 



(4) Duplessis (Joseph-Silfrède), né à Carpenlras (Vaucliise) le 20 sep- 
tembre 1725, mort à Paris le 11 germinal an X (7 avril 1802). Ce fut un 
portraitiste des plus distingués du xvm* siècle; il était de TÂcadémic 
depuis 1774. 



— 01 — 

que personne, monsieur le Comte, ^otre très humble et 
très obéissant serviteur. ., ,- , «, .. 

N. W^ D. DE MOUCHY. 

Mes tendres et respectueux hommages à M™« la comtesse 
d'Angivillers (*). 

Sur le point de se rendic aux désirs de son protec- 
teur et faire le voyage de Paris, Lonsing en fut empêché 
par la maladie. La Révolution, qui éclata plus tard, le 
força d'ajourner son projet; ce ne fut que dans le cou- 
rant des années 1798 et 1799 qu'il se décida à faire un 
séjour de quelque temps dans la capitale. 

Ce retard explique suffisamment les deux autres 
lettres du duc de Mouchy, écrites, celles-là, de Paris 
à Lonsing, à Bordeaux, les 25 novmbre et 13 dé- 
cembre 1785, dont voici les copies : 

A Paris, ce 25 novembre 1785. 

Le S' Grandidier (*) me mande, monsieur, que vous ne 
revenés qu'au mois de février, et que vous désirés faire 
la copie de mon portrait que je destine à la ville; dès que 
cela vous fait plaisir, j'y consens de bon cœur, je voui^ 
prie donc en conséquence de la comencer tout de suito, 
vous prendrés une toile pareille à celle du portrait de 
M. le Duc de Chartres à l'hôtel de ville, en conséquence, 
vous ferés le visage plus petit et en proportion, je ne 
doute pas que vous n'y donniés toute votre attention, en 
conséquence j'enverrai le portrait de M° la M^^ et le cadre 
pour le mien au S' Grandidier, et vous lui remettrés votre 
copie, d'abord qu'elle sera finie, pour qu'il la mette dans 



(^) D'Angivillers (comte Charles -Claude La Billarderie), directeur- 
général des bâtiments et jardins de Louis XVI (1785), membre des Acadé- 
mies des sciences, peinture et sculpture, mort en 1810; il doit être compté 
au nombre des protecteurs les plus éclairés des artistes, des savants et des 
gens de lettres. Son influence sur Louis XVI étsiit fort grande ; il émigrii 
en 1791, passa quelque temps en Russie, et mourut en Allemagne. 

(') Le S' Grandidier était l'intendant du duc de Mouchy à Rordeaiix. 



— Sa- 
le cadre et la porte avec le portrait de M« la M»** à l'hôtel 
de ville : ne doutés pas des sentimens d'estime et de consi* 
dération avec lesquels je vous honore, monsieur, très par- 
faitement 

N. il^^ Duc DE MOUCHY. 

et quelques jours après, 

A Paris, ce 13 décembre 1785. 

J'envoye incessament le portrait de M« la M/^* à Bordeaux, 
c'est la copie de son portrait fait par Wanlo(i) à 30 ans. 
J'espère que M. Lonsing m'aura un peu rajeuni dans la 
copie pour que je n'aye pas l'air de son grand-père, les 
cadres sont beaux, simples et nobles. 

M. Lonsing connoit les sentimens d'estime et de consi- 
dération que j'ai bien véritablement pour lui. 

N. Maréchal Duc de Mouchy. 

Le maréchal avait alors soixante-dix ans, et son por- 
trait peint par Lonsing était de l'année précédente, 
1784; or, celui die la duchesse, fait par Carie Van Loo 
en 1749, la représentait dans la beauté de ses trente 
ans, — facilement le maréchal eût pu paraître le grand- 
père de sa femme; il faut donc lui passer charitable- 
ment celte coquette faiblesse de vieillard! 

Les portraits du duc et de la duchesse de Mouchy, 
qui se trouvaient, au moment de la Révolution fran- 
çaise, dans les salles de l'Hôtel de Ville de Bordeaux, 
et qui, le 12 pluviôse an IV (31 janvier 1796), étaient 
déposés dans les magasins de la Commune, ont dis- 

(1) Van Loo (Charles-André, dit Cailes), né à Nice le 15 juillet 1705, 
mort à Paris le 30 juillet 1765, premier peintre du roi Louis XV, cheva- 
lier de Tordre de Saint-Michel. 

Ce peintre a beaucoup pi o<1uit. On voit de lui au Louvre un déjeuner de 
chasse sous Louis XV; le portrait en pied de la reine Marie Leckzinska,etc. 
Il y a de Carie Van Loo, au château de Chambord, un portrait en bu&te de 
cette princesse qui est tort remarquable. 







ï^ 



— 53 — 

paru; ils ont dû être anéantis avec bien d'autres (*), et 
c'est d'autant plus regrettable qu'étant connues les rela- 
tions de Tartiste avec son illustne protecteur, il avait, 
sans aucun doute, donné tous ses soins à cette copie du 
portrait du maréchal. 

Celui de Lonsing, fait à Lyon, dont j'ai déjà parlé, 
qu'il porta à Bordeaux en 1783, a été gravé au trait 
par Lacour fils, pour le numéro 10 de la troisième an- 
née du Bulletin Polymathique, 15 fructidor an XIII 
(2 septembre 1805). M. Jean Goethals, qui acheta, en 
1807, ce portrait au fils de Lonsing, en fit faire, plus 
tard, à Paris, une lithographie par un dessinateur de 
talent nommé Dupré. Les épreuves en sont aussi belles 
que rares; elles ont été imprimées chez Lemercier. 
Les dimensions en sont : hauteur, 29 centimètres, sur 
24 centimètres de largeur, non co^ipris les marges. Au 
bas, on lit l'inscription suivante : 

FrANCISCUS JoSEPHUS LONSINg, PICTOR, 

Natius Bruxelus, anno 1743. 
In memoriam amici sui celeberrimi, Joann Goethals, Burd. 

^CAD. SOCANO EfFIGIEM PatRI^E RESTITUENS, 

LAPmE FIDEUTER DELINEANDAM EXCUDEMDAMQUE CURAVIT. 

D. D. DEDICAVITQUE GaNDAVENSI, LiB. ART. SoCIETATI. 

DuPRÉ, delineavit. F.-J. Lonsing, pinxit. Lemercier, excudit. 

Dont voici la traduction : 

François-Joseph Lonsing, peintre, né à Bruxelles en 
Tannée 1743. 

Jean Goethals, membre de rAcadémie de Bordeaux, voulant 
honorer la mémoire de son célèbre ami, a pris soin de faire 
lithographier ce portrait qu'il a offert et dédié à la Société des 
Beaux-Arts de Gand, rendant ainsi Lonsing à sa patrie. 

H. de la Ville deMirmont, Histoire du Musée de Bordeaux, 1. 1, p. 32. 



/ 



- :>./» - 

Jean Goethals, dont Lonsing avait fait le portrait (*), 
possédait de son ami bon nombre d'études et de des- 
sins, notamment : 

Le tailleur de plumes, eau-forte très belle, dans la 
nianièro de Rembrandt, qui osl introuvable; 

Hébé offrant le nectar à Jupiter, tableau que l'artiste 
exposa au Salon de Paris de 179(?); 

Enfant jouant avec des hannetons; 

Deux portraits, pastiches de Rembrandt; 

Une marine représentant un port de mer, dans le 
genre de Van de Velde. 

On connaît de Lonsing le portrait d'un ancien 
juge consulaire, M. Gobert, dont la maison de com- 
merce était, à la fin du xviu^ siècle, rue de la Rousselle; 
cette toile, qu'on dit fort belle, a appartenu depuis à 
un amateur habitant le Lot-et-Garonne, j'ignore son 
nom. 

A Bordeaux, M. de Meurville, le collectionneur distin- 
gué, possède un portrait de femme très solidement 
peint, qui mérite une mention toute particulière. 

Il serait bien fâcheux de ne pas signaler aussi le 
beau portrait de h. grand'mère de l'éminent directeur 
de rObservatoire de Bordeaux, M. Ravel membre de 
l'Académie, que j'ai vu dans son salon à Floirac. En 
voici la description : 

Marie-Anne Langoiran (née à Bordeaux en 1769, 
morte en 1852), épouse de Guillaume-Simon- Jude Rayet, 

(*) Ce portrait n*est pas banal ; Lonsing a drapé son ami dans un man- 
teau, la tète couverte d'un chapeau de mousquetaire, les cheveux longs, 
la chemise ouverte et garnie de dentelles au coi et aux poignets; de la 
main droite il tient une bille d'ivoire. Le périrait original est à Jarnac 
(GharenleX chez un membre de la famille (îoethals, mais il en existe une 
assez bonne co(»ie à Bordeaux; le fils de Jean Goethals, Raymond-Eugène, 
mort en 18t>l, laissant la réputation justifiée d'un bon peintre de marine, 
a fait de ce portrait une lithographie intéressante et surtout très i are, car 
j.e n'en connais qu'une épreuve. 



— 0.1 — 

est peinte à mi-corps, la tête et le buste légèrement 
tournés à gauche; elle regarde en face; corsage décol- 
leté, bleu foncé, avec dentelles; robe bleu de ciel; des 
fleurs dans les cheveux, et, dans les mains, un bouquet 
qu'elle semble montrer. 

(Hauteur, 99 centimètres; largeur, 79 centimètres.) 
La tête, très expressive, est bien vivante. C'est un 
excellent portrait. 

Un document précieux pour Tauthenticité de cette 
jolie toile, qui, du reste, n'est jamais sortie de la famille 
Rayet, est la quittance de l'artiste que m'a montrée 
notre honorable collègue : 

J'ai rescue de Madame Rayet la SQme de deux cent franq 
pour avoir fait son portrait en grand avec les mains, en foie de 
quoie je me sousigne. 

Bourdeaux, le 23 avril 1792. 

F.-J.-L. LONSING. 

Il convient de rappeler encore que Lonsing a peint un 
portrait de Mirabeau au moment où le grand tribun, se 
tournant vers te marquis de Dreux-Brézé, envoyé par 
Louis XVI, prononce ces célèbres paroles : « Allez dire 
au roi^ votre maître, que nous sommes ici par la vo- 
lonté du peuple et que nous n'en sortirons que par la 
force des baïonnettes. » 

Ce portrait, superbe d'expression, a été lithographie; 
les épreuves en sont fort belles: 

Mais l'œuvre que je crois être la plus considérable 
de l'artiste, dans la Gironde, est, avec le portrait de 
M. Jean-Baptiste Mareilhac (*), la décoration qu'il avait 

(}) Mareilhac (Jean-Baptiste), né à Bordeaux en 1750, moi*t à Léognan, 
au château de La Louvière, en 1838. Magistrat consulaire pendant plus de 
trente ans; maire de Bordeaux en 1796; membre de la Chambre de com- 
merce, du Conseil général de la Gironde. Le 4 floréal an II il donna 
20,000 livres pour la construction d'un navire de pruerre. Véritable 
mécène, il aimait beaucoup Lonsinor. 



r 



efitreprise du grand salon du château de La Louvière, 
à Léognan, représentant les Amours* de Psyché, que 
malheureusement, la mort l'empêcha de terminer. 

Je trouve, dans une lettre de Lonsing adressée de 
Paris à son ami Goethals, à Bordeaux, le 11 février 
1798, que m'a communiquée M. Georgei^ Lafargue (i), 
petit-fils de ce dernier, que l'artiste comptait exposer 
au Salon parisien le portrait de M. Mareilhac, et fon- 
dait de grandes espérances dans le jugement du public 
et des artistes. 

« Greuze (2) et Hubert-Robert (3) l'ont vu, écrit-il, et 
ils en sont charmés. » 

J'ai eu l'occasion de voir, au château de La Louvière, 
ce portrait ou plutôt ce groupe, dont l'effet est en tous 
points ravissant : M. Mareilhac, dans le costume de 
cheval de l'époque du Directoire, coiffé, botté, épe- 
ronné, la cravache à la main, met pied à terre dans îa 
cour du château, dont la silhouette élégante forme le 
fond du tableau; sa jeune femme, joyeuse de son arri- 
vée, court au-devant de lui et l'embrasse avec effusion. 
C'est une toile de maître, pleine de naturel, de senti- 
es) Lafargue (Georges), né à Bordeaux, secrétaire général du Conseil 
des prud'hommes. 

(2) Greuze (Jean-Baptiste), Tun des plus célèbres peintres de genre du 
xviiP siècle, né à Tournus (Saône-et-Loire) en 1726, mort en 1805. Son 
début : Le Père de famille expliquant la Bible à ses enfants, est un 
chef-d'œuvre. Admis en 1769 au nombre des académiciens, Greuze n'a 
pas eu de rival dans les scènes de famille; ses compositions sont de petits 
drames intimes. U mourut très pauvre et très délaissé. Quand on apprit à 
Napoléon que Greuze était mort misérable : Que ne parlait-il, dit l'em- 
pereur, je lui aurais donné une cruche de Sèvres pleine d'or pour payer 
toutes « ses cruches cassées », faisant allusion à l'immortel tableau de la 
Cruche cassée de l'artiste. 

(') Robert (Hubert), peintre français, né à Paris en 1733, mort le 
15 avril 1806. C'était un artiste lettré, profondément archéologue; il se 
plaisait à reproduire les débris pittoresqu s de l'antiquité, les ruines 
héroïques de Rome, les temples et les musons de Pompéi et d'oUercu- 
lanum. C'est Joseph Vernet qui décida sa famille à l'envoyer en Italie, où 
il séjourna douze ans, de 1753 à 1765. Emprisonné pendant la Terreur, il 
fut conservateur du Musée du Louvre sous le Pireçtoire, 



-57 - 

ment et de bon goût; la couleur en est claire et d'une 
fraîcheur surprenante malgré ses cent cinq ans révolus. 

La vue de cette œuvre charmante augmente encore 
les regrets sincères qu'éprouvent les amateurs d'art 
du plafond inachevé du grand salon de La Louvière. 

Dans une seconde lettre de Lonsing à Goethals, je lis, 
au milieu de détails intimes, qu'il a eu des rapports à 
Paris avec le célèbre graveur Bervic (*), l'auteur de la 
planche tant estimée du portrait de Louis XVI; il 
parle aussi de ses relations avec le peintre décorateur 
Annoni (2), artiste italien fixé à Bordeaux; dans la même 
lettre je remarque encore sa préoccupation du vernis- 
sage de ses toiles : il demande à Goethals l'effet pro- 
duit par le portrait qu'il a fait de lui depuis qu'il est 
verni; il lui annonce avoir verni son petit tableau du 
Médecin aux urines, que l'on trouve, ajoute-t-il, admi- 
rable par la couleur. 

Re\ienu à Bordeaux dans les premiers mois de 1799, 
il reprit ses travaux au château de La Louvière, chez 
M. Mareilhac. C'est là que la mort terrassa le vaillant 
artiste. Lonsing souffrait fréquemment de coHques in- 
supportables; cela, joint aux symptômes qui ont accom- 
pagné sa mort, permet de supposer qu'il a bien pu 
s'empoisonner dans les recherches chimiques qu'il fai- 
sait pour l'épuration de ses couleurs. Ses dernières 
paroles furent pour l'art, qui avait rempli sa vie : 



(*) Bervic (Charles-Clément), graveur français, né à Paris en 1756, mort 
dans la même ville en 1822. Il eut pour maître le célèbre Georges Wille, 
et fut reçu à TAcadémie en 1784. Son portrait de Louis XVl, d'après Callet, 
fonda sa réputation. 

Bervic fut nommé membre de l'Institut en 1803. Il y a de lui un portrait 
de Louis XVIIl qui n'a été tiré qu'à trois exemplaires. 

(') Annoni (Félix), peintre décorateur, né à Milan, mort à Bordeaux 
vers 1810. Venu à Bordeaux à la fin du xviii» siècle, il travailla aux déco- 
rations du Grand-Théâtre et aux fresques de l'église Saint-Bruno avec le 
peintre Berinzago. 



- 7^8 — 

(( Comment Irouvez-vous mon plafond? » demandait-il 
h M. Mareilhac, qui lui serrait affectueusement la main, 
ot il expira... 

Il mourut le 22 germinal an VII (11 avril 1799) et fut 
inhumé dans le cimetière de Léognan-en-Graves, à côté 
de Téglise, à droite, il y a de cela pïus d*un siècle. 

Depuis quarante et quelques années, Téglise de ce 
joli village a été agrandie, le cimetière changé de place, 
les tombes enlevées, et ce qui pouvait rester encore 
du pauvre artiste, forcément déposé dans la fosse com- 
mune du nouveau cimetière... 

Lonsing était modeste et indulgent, deux qualités 
très rares, difficiles à rencontrer chez les artistes* Ses 
entretiens, dît Goethals, étaient de précieuses leçons 
pour les élèves, car il possédait à fond les connais- 
sances de son art, dont il aimait à parler, et parlait 
toujours en savant. Jamais il ne fut jaloux du talent 
des autres peintres; il en disait du bien, même de ceux 
qui critiquaient injustement ses ouvrages; aussi jouis- 
sait-il de l'estime de tous ceux qui eurent l'occasion de 
le connaître et d'apprécier ses talents et son mérite 
personnel (i). 

Il me reste, en terminant, à exprimer le vœu d'avoir 
pu vous intéresser par cette rapide esquisse à l'œuvre 
presque exclusivement bordelaise de cet excellent pein- 
tre, .beaucoup trop oublié, je le répète, de la généra- 
tion présente. 

(*) Maurice de Villeneuve, dessinateur et graveur de talent, établi à 
Bordeaux à la fin du xviiie siècle, a, dans la planche si rare aujourd'hui : 
« De l'incendie arrivée à la charpente de l'église-cathédrale de Saint- 
André de Bordeaux, le 25 aoust 1181^ à dix heures du matin, » fait 
la caricature de Lonsing, que l'on trouve au piemier f)lan, à gauche, sa 
palette sous le bras, donnant la main à un enfant et suivi d'une cham^ 
hrière qui ptirte son chevalet. 

C'est vraiment curieux. 



r 



SÉANCE PUBLIQUE 



DU 2P> JUIN 1902 



Frittidencê de M. ànrélien de SÈZE, président 



Une assistance brillante, où dominent en grand 
nombre des dames en toilettes claires jetant une 
note élégante et gaie, remplit le grand amphi- 
théâtre de r Athénée. 

Monseigneur le cardinal Lecot, M. le Préfet de 
ia Gironde, M. le Maire de Bordeaux, M. le Géné- 
ral en chef, ainsi que quelques autres hauts 
fonctionnaires, expriment leurs regrets de ne 
pouvoir assister à la séance de l'Académie. 

Aux premiers rangs, on remarque M. Bayssel- 
lance, ancien maire de Bordeaux; M. le colonel 
Peletingeas (le bravé général de là guerre de 
187Ô); M. le baron de Verneilh, l'un des fils de 
notre regretté collègue; M"® de Verneilh, M. le 
baron de Marbotin, ancien préfet, beau -frère 
de M. de Verneilh-Puyrazeau ; M"® la baronne de 
Marbotin, M. le chanoine Jarris, M. le chanoine 
J. Callen, directeur du journal l'Aquitaine; M""® Jul- 
lian, fille de notre regretté collègue M. le docteur 



-^ 6o — 

Azam ; M. le pasteur Cadène, président du Consis- 
toire de l'Église réformée; des fonctionnaires 
des postes et télégraphes, des avocats, parmi 
lesquels nous remarquons M. Brazier, ancien 
bâtonnier, et M. Forsans; M. Maigrot, directeur de 
la Société générale; M. Baboulet, ingénieur des 
télégraphes à Toulouse; plusieurs ingénieurs du 
groupe du Sud-Ouest de l'Association des anciens 
élèves de TÉcole centrale, et notamment M. J. Avril, 
président, et M. Gazes, ancien président; des notai- 
res, MM. Bediou, Dartige, Duchêne; M. Couronne, 
agréé, et un nombre con^dérable de personnages 
appartenant au monde politique, administratif, 
religieux, artistique et littéraire de la ville de 
Bordeaux. 

La séance est ouverte à huit heures et demie, 
et le Président donne la parole à M. Emile 
Durègne, élu membre résidant en remplacement 
de M. le baron J. de Verneilh-Puvrazeau, décédé. 

M. Durègne, dans une langue élégante et claire, 
a fait revivre sous les yeux d'un auditoire charmé 
le vieux Bordeaux qui s'en va, chaque jour, 
remanié et rajeuni par les grandes voies qui 
s'ouvrent de toutes parts et qui répondent aux 
besoins de l'activité moderne et aux règles 
d'hygiène que la science préconise avec une haute 
autorité. Puis il fait l'éloge, en termes excellents, 
écoutés avec un visible plaisir, de son prédé- 



— 6i — 

cesseur, M. de Verneilh-Puyrazeau, archéologue, 
dessinateur, graveur, littérateur, et qui avait su 
conquérir par sa grâce charmante, par son amabi- 
lité et par son esprit, l'estime et l'amitié de tous 
ceux qui l'ont connu. Son discours a été chaleu- 
reusement applaudi. 

M. de Sèze répond à M. Durègne; il rappelle le 
nombre, l'importance et la diversité de ses tra- 
vaux, justifiant le choix de l'Académie, qui l'a 
appelé dans son sein, et il salue en lui le poète et 
l'artiste; il trace en terminant un portrait du baron 
de Verneilh-Puyrazeau, aussi fin et aussi délicat 
dans la forme qu'au fond. 

M. J. Manès obtient ensuite la parole et pro- 
nonce, non sans émotion, l'éloge de M. le docteur 
Azam. Il cite les nombreux travaux de son pré- 
décesseur, ses découvertes dans l'hypnotisme, ses 
communications si remarquées à l'Académie des 
Sciences, sa haute situation dans la cité borde- 
laise et l'estime que lui avait méritée la dignité de 
sa vie. Il clôture son discours par une élude très 
intéressante et très documentée sur l'enseigne- 
ment technique. 

Des applaudissements accueillent le discours de 
M. Manès. 

M. Aurélien de Sèze lui répond; il retrace sa 
carrière toute de travail et énumère avec un grand 



— 63 — 

bonheur d'expression les titres qui lui ont valu 
son élection à l'Académie. 

Les deux discours de M. de Sèze ont été tout 
particulièrement applaudis par l'assistance. 

M. Fabbé Ferrand lit un poème ornîthologique 
intitulé La Perdrix, et obtient, ainsi qu'il en a 
l'habitude, un succès qui se traduit en chaleureux 
applaudissements. 

M. le Président remercie l'élégant auditoire qui, 
pour répondre à l'invitation de l'Académie, a bien 
voulu braver les chaleurs de la saison et ajouter 
par sa présence à la solennité de notre fête 
littéraire. 

La séance est levée à dix heures et demie. 

Le Secrétaire général^ Le Président, 

AURÉLIEN \IV1E. A. DE SÈZE- 



DISCOURS DE RÉCEPTION 



DE M. DURÈGNE 



Messieurs, 

Bordeaux est en ce moment dans toute la fièvre des 
démolitions hygiéniques et, en attendant que la fameuse 
« grande voie » vienne jeter sa note moderne dans le 
réseau du Castrum antique, religieusement conservé 
idepuis l'an 300, l'œuvre du xx* siècle, fidèle à la tradi- 
tion des intendants du xvni^ vient de nous doter, pour 
commencer, d'une nouvelle et heureuse perspective tra- 
versant en écharpe ce qui fut naguère le vaste et maré- 
cageux domaine des primats d'Aquitaine. 

Juste en face de l'implacable ligne droite qui, depuis 
si longtemps, le menaçait, s'élevait un hôtel très grave 
dans la pureté de son style, et que les gracieuses fan- 
taisies de ses balcons forgés avaient bien souvent 
signalé à ma respectueuse attention. 

Cette aristocratique demeure n'est plus qu'un sou- 
venir; on a démoli, il y a quelques jours à peine, un 
pavillon qui en dépendait et sur la porte duquel s'éta- 
laient deux écussons timbrés d'une couronne comtale; 
où allait-on par là?. . . dans un atelier. 

Cet atelier ne se composait que d'amateurs et, seul 
peut-être en son genre, il groupait intimement des 
hommes aussi différents que vous pourrez l'imaginer : 
tous épris de cet idéal artistique, de cette fleur de 



- 64 - 

culture littéraire, tradition bien démodée depuis le jour 
où les solides humanités, chères aux « honnêtes gens » 
de jadis, ont fait place à la méthode intensive qui 
fabrique industriellement les diplômés. 

Les fervents de ce cénacle n'ont pas eu la douleur 
d'assister à sa ruine, ou du moins ceux qui survivent 
s-eftacent avec respect devant les figures aimées autour 
desquelles ils se groupaient dans le ravissement : c'est 
là que Léo Drouyn ressuscitait le vieux Bordeaux sous 
son merveilleux crayon, à moins que sa prodigieuse 
mémoire de chercheur ne lui donnât occasion de ra- 
conter ce qui se passait il y a quatre siècles en tel carre- 
four de la capitale anglo-gasconne. 

II y en avait encore un, un surtout, qui était l'âme 
de ce groupe de cœurs et d'intelligences; esprit d'une 
rare culture, poète original, artiste jusqu'aux moelles, 
dont l'ambition se bornait le plus souvent à jeter sur 
les dessins de Drouyn d'exquis petits personnages pour 
donner l'échelle. Ce gentilhomme, qu'on reconnaissait 
de dos rien qu'à voir comment il s'inclinait devant une 
femme, portait avec une aimable simplicité, encore 
une tradition qui s'en va, le nom d'une antique maison 
du Périgord, c'était le baron de Verneilh-Puyrazeau. 

Excusez, Messieurs, ce long préambule, mais je suis 
sous l'obsession d'une comparaison : au moment où 
Bordeaux s'industrialise et renverse l'ancien hôtel de 
Gervin, votre Compagnie choisit pour remplacer le 
poète, l'artiste, l'archéologue, un ingénieur spécialisé 
dans la plus moderne des applications scientifiques. 

A peine esquissée, je reconnais que cette comparaison 
n'est pas juste : à Dieu ne plaise que la mémoire de mon 
regretté prédécesseur soit victime d'une expropriation; 



~ 65 — 

quant au titre d'ingénieur, il joue un rôle tellement 
secondaire dans les suffrages dont vous avez bien 
voulu m'honorer que je compté dans tout ce qui va 
suivre tâcher de le faire oublier. 

Attaché depuis dix-neuf ans à la résidence de Bor- 
deaux, entré dans une intimité de plus en plus étroite 
avec la grande ville qui me donnait l'hospitalité,- l'Aca- 
démie, très indulgente pour les titres que je lui sou- 
mettais, a surtout voulu considérer en moi le collabora- 
teur de la plupart des œuvres de décentralisation 
scientifique qui concourent à la prospérité intellectuelle 
de la métropole du Sud-Ouest. 

Il est difficile, Messieurs, àe rester dans la note 
juste en vous remerciant comme il convient de m'avoir 
admis dans votre Compagnie : il ne me sied pas plus 
de me frapper humblement la poitrine que d'entonner 
un hymne triomphal; mais si je ne puis être juge en ma 
propre cause, je suis bien près d'affirmer que, depuis 
l'époque trop lointaijie de mon élection, mon exemple 
a pu contribuer, pour le plus grand bien de l'Académie, 
à vaincre certains scrupules vraiment excessifs; par 
contre, j'ai le sentiment très net de ma présomption si 
j'envisage d'un peu près ce que fut la personnalité très 
complète, essentiellement sympathique, de mon regretté 
prédécesseur. 

Affectueusement lié avec quelques amis du baron de 
Verneilh, je n'ai malheureusement pas eu la bonne for- 
tune de le connaître. 

Il se dégage de sa mémoire un parfum si exquis, 
mais aussi si délicat, que j'ai scrupule à vouloir ana- 
lyser devant vous le côté personnel de ce charmeur. 

D'ailleurs, pour pénétrer dans sa vie intime, dans le 



■m • 



— 66 - 

milieu qU il ^ vécu, cette société dont les t-ppr^ de VsPr 
tique primatj^le p*ombr^gent plus guêpe qiie le sou- 
venir, il jurait fallu d'^iitries titres que peux auxquels 
je dois ma présence dans cette enceinte; fppt heqreu- 
sppfient pour la mémoire de cejui qjii n'est plus, et aussi 
ppur pet auditoire, le talisman qui m'avait fait défai||; 
est eptre bonnes mains, je puis donc sans inquiét^ie 
me borner à parler du savant et dp Tartiste tpls qu'ils 
se révèlent dans une peiivre aussi fécopde que variée. 

Ay^nt de niettre la dernière main à cette étude, j'ai 
tenu à faire un pèlerinage ^u pays natal du barqn de 
Verneilh. 

Pittoresquempnt posée en amphithéâtre sur un prp- 
mpntoire aux flancs escarpés, la gentijle ville de Nqn- 
trofl e3t un de ces singuliers pqints frontières on la 
fi^tur? géplpgique du sol détermine très nettement la 
limit-e des groupements humains; le granit du massif 
central s'y arrête, et, avec lui. Je dialecte limousin; 
avep les calcaires jurassiques commence, au contraire, 
Ip pérlgQurdin, autrp rameau de la langue d'pc; enfm, 
si on descerK}, dans la direction du nord, le. cours du 
Bandi^t, cette rivière étrange dont les eaux limpide^ 
vont se perdre dans de mystérieux abîmes pour réap- 
paraître aux sources fameuses de la Touvre, pn atteint 
bientôt la région de la craie, coïncidant exactement 
avec le parler charcutais, langue d'pïl. 

Dès la sortie de Nontrpn, la nature est nettement 
limousine; le sol granitique, fortement ondulé, forme 
une suite die gracieux vallons où brillent les étangs; 
sur toutes lies pentes ce sont de plantureuses prairies 
et deç jailliss.emenls de sources, partout les châtaigniers 
eu quinconces forment de majestueux ombrages, mal- 



-67 r- 
h(5Hr^usjBpien|. vou^s h une prochaine destruotjqp par 
h complicité d*une contagion sans remède et des exi- 
gences d'une industrie nouvelle. 

^p^ lofi} des sources du Bandjat, sur une longue 
crpupe mpllement inclmée^ éipergeant de Tépaisse frpn- 
dai^pp (}6s chapes, brille la toiture ardoisée de Puyra- 
zeaq. 

Ces), dans cette demeure, irrépiédiablemept a^tristép 
par un double deuil, que je reçus, avec la simplicité 
cordiale qui se transmet ^vpç le sang, rhospitaljté de 
quelqiie^ jipstants; toyt y porte lia trace (^ij cjier dis- 
paru qui y ayait concentré l'activité de ses multiples 
facultés, depuis la cheminée qu'il a sculptée de ses 
ipains jusqu'aux niurs dont il se plaisjait à faire lui- 
même la décoration. Là se retrouvent crayons, fusaips, 
eaux-fortgs, aquarelles et tableaux flont l'hôtel de Ger- 
yin ^ fj^it tous Jps frais; les apiis de jadis reviyeut ipi 
dans la ipême étroite intimité. 

Vn angle est ppcupé p^r la bibliotjièque, vaste cabinet 
de chercheur, égayé pourtant par (}e larges baies dpp- 
nanj sur upe pelouse immense, seniée de bouquets de 
chênes et de sapins, avec, pour fond de tableau, la caui- 
pagne verdoyante et |es hprizpps qui s'étagept bleui^- 



Tout autour de cette silencieuse retraite, ep cette 
région où |es lointaines traditions sopt restées implan- 
tées s^ffs subir l'influence des modes pai^çagères, 
chaque mppumént des sièclps (Jisparu^ est pn livrp 
largement ouvert, qu'il s'élance pn fipes aiguilles dp 
granjt pn que la piprre splendide de Brantônie pu de 
Chancela^e s'y arrondisse en coupoles; nous spmmes 
au ppBijf de l'inflijence byzantine, à mi-chemin de Limo- 
ges, peutrie de la polQpje vénitieppp au x' siècle, et (le 



- 68- 

Périgueux, où s*élève une admirable copie de Saint- 
Marc. 

La famille de Verneilh tirait son origine du Limousin; 
elle vint s'établir dans le Nontronnais à la fin du 
xvui* siècle. Né le 6 février 1823, on peut dire que le 
baron de Puyrazeau passa toute sa vie sur cette marche 
de deux contrées dont il fit le but principal de ses 
études archéologiques et artistiques. 

Tout enfant, ses dispositions extraordinaires pour 
le dessin faisaient l'étonnement charmé de son entou- 
rage; aussi fut-il bien naturel que pendant ses études, 
à la fois courtes et brillantes, une part très large fût 
donnée au développement du côté artistique de sa 
nature. 

Licencié en droit à dix-neuf ans, tous ses loisirs pari- 
siens, si mal employés en général, Tavaient lancé dans 
le milieu si sain et si fécond où venait d'être fondée la 
science archéologique, et ses amis s'appelèrent de Cau- 
mont, Guilhermy, Didron, VioUet-le-Duc. 

Il faut dire que les portes s'étaient largement ouvertes 
devant son nom : son frère, Félix de Verneilh, venait 
de s'affirmer comme un savant 'de premier ordre, 
comme une autorité qui ne fit que s'accroître jusqu'à 
sa mort prématurée. 

Une voie semblable, tracée sous un tel patronage, 
était trop séduisante pour que Jules de Verneilh ne s'y 
engageât pas avec toute l'ardeur de la jeunesse; il y 
resta fidèle toute sa vie. 

Il était à bonne école; il le prouva dès le début en 
mettant en œuvre les côtés séduisants de sa nature 
dans sa collaboration à l'œuvre magistrale de son aîné : 
h celui-ci les questions doctrinales, les thèses scienti- 



-69- 
fiques; à celui-là le côté historique, artistique, humain; 
^vec Jules de Verneilh, Tarchéologie se fait aimable 
^t gracieuse, tout en reproduisant les monuments avec 
^ine scrupuleuse exactitude : ses eaux-fortes sont à la 
fois des documents et un régal des yeux. 

C'est à ce moment qu'il devint Bordelais d'adoption. 
Dès lors, il était destiné à l'Académie, car votre tra- 
dition. Messieurs, est de former votre Compagnie à 
l'image de la grande cité qui retient avec tant de puis- 
sance les immigrés que son charme a souvent attirés 
de bien loin. 

Archéologue et artiste, Jules de Verneilh était tout 
désigné pour devenir Y aller ego de Léo Drouyn. Je n'ai 
pas à m'étendre longuement sur cette féconde intimité 
qui confondit en quelque sorte leur œuvre tout entière. 
Drouyn dressait la scène, plantait les décors, et de 
Verneilh y apportait immédiatement la variété et la 
vie; je ne puis comparer ce qu'il appelait simplement 
ses bonshommes qu'aux figures si extraordinairement 
vivantes et spirituelles dont Viollet-le-Duc a parsemé 
son œuvre. 

L'artiste, cependant, ne doit pas faire oublier l'écri- 
vain; beaucoup de manuscrits sont restés inédits, et 
néanmoins on peut énumérer quatre-vingt-sept notes ou 
mémoires parus dans diverses publications, sous sa 
signature. La majeure partie se rapporte, bien entendu, 
à l'archéologie de son cher Périgord; mais un esprit 
aussi cultivé, une âme aussi ouverte pouvait aborder 
les sujets les plus variés. Aussi, dans la liste bibliogra- 
phique de ses œuvres, trouve-t-on plusieurs articles 
de critique artistique; son mémoire sur Y avènement des 
nouvelles couches sociales sous Vancien régime, faisant 
suite à ses Etudes sur les anciennes Forges du Limousin 



- 7b- 

ei du Périgord, est une très intéressante incuréiori slllt* 
le domaine économique. On pourrait même le rattacher 
à la géologie par son mémoire sur Viniluencb dû granit 
dans Vdrchitecture ilmôusihe. 

Une telle abondance de titreâ devait lui olîvnr toutes 
grandes les portes de l'Académie, et pourtant, lorsqu'il 
se décida, le 10 avril 1875, à poser sa catididatiire, on 
sent percer dans toute sa correspondance là Véritable 
modestie dé l'homme de mérite, qu'il est impossible de 
confondre avec les artifices d'un solliciteur très coiïtënt 
de lui-même. Le rapporteur de sa cause était un ami 
intime, Jules de Gères,- et je né résisté pas au plaisir 
de vous lire l'épître, encore inédite, qui vous donnera, 
avec l'état d'âine du candidat, un échantillon de sa 
verve poétique. 

Permettez que j'écrive en vers, 
Le sujet en vaut bien la peine, 
Puis, je crois me sentir eh veine... 
Qui ti*a pas ses petits travers? 



A l'Académie on m'invite 

A me porter en candidat ; 

Quel honneur! j'accepte au plus vite, 

Non sans redouter le combat. 

Pour triompher chacun s'agite, 
Presse ses amis, se débat, 
Fait mousser son petit mérite... 
C'est si dur d'être échec et mat!,.. 

Six concurrents sont là pour occuper trois places, 

Professeur, médecins, gens à grandes surfaces, 

.' ■ . ' ' 

Comme on dit (il en est même un de décoré!). 



^ 7» - 
Que vais-je dè^ëiiiY, ttibi pauvret^ dans la liitte, 
Si vous ne vénei pdè m'ëfiargAei» Une chute^ 
Vous, Drouth, Tâbbé Girot fet le docteur Oré!..: 



C'est sur vous, cher ami, et sur eux que je comptis. 
Je compté sur Villet, sur Lacolonge aussi; 
Et Minier le poète, à ce qu'on me raconte, 
M'accepte, ainsi que le docte Dezeimery, 

Cela fait bien huit voix. C'est un fameux acompte^ 
Et plus d'un candidat a, dit-dn^ réussi 
Sabs en avoir autant... l'illusioù est î)i'bmptej 
Maiâ aU fond tout cela me dbnne dU souci; 

Ef si vous h'àidez pas fortement le félibre 
Félibrant, qui vous prie, en Un vers un peu libre, 
Dfe i'acdler pour lui des votes bienveillants, 

Tout est perdu!... Adieu l'illustre Académie, 
Où d'être admis bientôt, j'avais l'âme ravie!... 
Il me faudra rester Gros -Jean comme devant. 



Veuillez donc vous mettre en càhipagne, 

Si Vous en avez le loisir; 

A vos collègues, sans mentir $ 

Parlez de moi — l'éloge gagne 

Venant de juges compétents. 

Vous savez nies petits talents : 

tin peu de vers, un |peu de prose, 

Des crayons, des burins... je n'ose 

En vérité ih'appesantir 

Sur tant de choses si légères 

Aiix yeux de vos doctes confrères; 

Et de ce pas... je vais dormir. 



— 72 — 

Va donc, rêve de palmes vertes 

Âspirant^au fauteuil !... et certes 
Quel que soit du scrutin le verdict solennel, 
Pour celte nuit, du moins, tu seras immortel!... 

Elu à Tunanimité le 13 mai 1875, le baron de Verneilh 
eut l'honneur de prononcer l'éloge de Guillaume-Henri 
Brochon dans la séance publique du 10 juin 1876, 
honneur dont il supporta très heureusement le poids, 
bien que la solennité du style académique s'éloignât 
quelque peu de ses aptitudes natives. 

Son prédécesseur se présentait sous de multiples 
aspects, dont il sut avec élégance et justesse faire 
valoir le haut caractère; le talent de l'avocat, bien digne 
de générations successives de jurisconsultes et d'ora- 
teurs, attira tout d'abord son attention. Il termina en 
retraçant le rôle du créateur de la Société de Sainte- 
Cécile, de celui qui fut « le dilettante par excellence, le 
protecteur né des artistes, et, en quelque sorte, le 
grand maître de la musique à Bordeaux. » 

Dans la partie de l'éloge réservée au Maire de Bor- 
deaux se retrouve tout entier le baron de Verneilh; il 
est dans son élément lorsqu'il analyse l'œuvre édilitaire 
de l'époque, et, après une description des splendeurs 
de Bordeaux au xvm* siècle, splendeurs dont il cons- 
tate, non sans quelque ironie, l'influence sur la démar- 
che native des habitants, nous pénétrons avec lui au- 
tour des églises et des clochers dans la cité du Moyen- 
Age. 

Savant impeccable, il ne laisse échapper aucune des 
fautes des architectes chargés de l'œuvre si délicate 
des restaurations; artiste plein de fantaisie, son amour 
du pittoresque poussé jusqu'au paradoxe lui dicte cette 



-73- 
page charmante, en marge de laquelle il ne manque 
plus qu^une eau-forte savoureuse : 

« Ici, Messieurs, sera-t-il permis à un simple faiseur 
de croquis d*exprimer timidement une opinion que la 
grande majorité ne partage pas, et qui,, chère à un 
petit nombre d'artistes, risquerait d'indigner le suffrage 
universel s'il était appelé à trancher ces questions-là? 
Ces grands déblaiements autour des édifices du Moyen- 
Àge n'étaient pas dans les intentions de leurs archi- 
tectes primitifs, ni dans les habitudes de l'EgHse. Elle 
laissait volontiers, en outre des bâtiments à son usage, 
s'élever à l'ombre des cathédrales, et en quelque sorte 
sous leur protection, une foule d'édifices secondaires, 
de maisons, d'écoles, de boutiques. L'enlèvement de ces 
constructions, s'il a pour effet de laisser circuler plus 
librement l'air et la lumière, ne favorise pas autant 
qu'on pourrait le croire l'aspect des monuments. Débar- 
rassés des logis qui les environnaient dans un désordre 
pittoresque et donnaient une excellente échelle de pro- 
portions, les contreforts et les tours paraissent plus 

• 

petits. La grandeur et l'élévation ne sont, après tout, 
' que relatives et disparaissent faute de termes de com- 
paraison. Le fouillis de vieilles maisons et dé bâtiments 
conventuels groupés autour de Saint-André donnait plus 
de hauteur apparente aux lignes verticales de son 
architecture, en masquait certains défauts, et fournis- 
sait en tout cas aux dessinateurs des premiers plans 
et des repoussoirs qui leur manquent aujourd'hui. 

"Mais je reconnais, Messieurs, que ce n'est ni des 
aquarellistes ni des antiquaires que les municipalités 
prennent conseil dans leurs projets d'embellissement, 
et pour cause. Car si elles en pouvaient tirer parfois 



de salutaires avis, elles risqlleràiéht préStiUë tbujotirs 
de mécontenter la foùlè, rrioiiis pénétrée en riotre pats 
que dans d'autres du sentiment artistique et du respect 
des vieilx monuments. Si ce respect, je dirais presque 
ce fcùltei existait bHez nous bdmrtié ëh Angleterre OU eh 
Italie, sbyfez certains que 16 cloître de Saint-André, 
l'hôtel dé la Prévôté et la porté Tdscartan servaient en- 
core debout, et que la rue d'Alsacé-Lbrràine aurait 
trouvé le moyen de conserver sur son passage des 
fragments du réiîipart romain qui, avec le Palais- 
Gallien, attestait l'antique origine et l'importance dé 
Bordeaux (i). » 

On sent. Messieurs; à travers ces lignes, combien le 
baron de Vemeilh avait rapidement aimé Bordeaux et 
combien son expression était heureuse lorsque, dans 
son discours de réception, il remerciait l'Académie de 
lui àvdïr « octroyé ses lettrés dé gratidé naturalisation » ; 
le Périgord resta sa terre de prédilection, le champ par 
excellence de son activité, mais Bordeaujt né cessa 
d'avoir une large part dans ses études archéologiques 
ou historiques. 

II vous donna, en 1879, un très intéressant travail, 
modestement intitulé : Les Anciens Voyageurs à Bor- 
deaux. 

Le chercheur infatigable aurait votilu, dans les rela- 
tions si rares et si espacées des Voyageurs de distinc- 
tion qui ont visité notre ville depuis le xvi^ siècle, des 
indications précieuses sur les monuments à jamais dis- 
parus; il fallut malheureusement y renoncer. 

De Thou, -par exemple, qui traversa Bordeaux 
en 1851, « qui avait le goût des voyages; et qui ne crai- 

(1) Discours de réception, Éloge de Guillaume-Henri Brochon, 1875, 
p. 427428. 



-75- 
^àlt pas la fàtigUfe dès Ibriguès fcHèvàucHèes pdtif voit 
dès bhbsës ilbtivèlles... iî'aTàit fas àssëz le goût dès 
dëSfcHptioné >i: Il ne dit rien de Libdtimè, rien d'Agertj 
riëh de Nfiràc, où il accompagna lé roi de Navarre. Il 
iië pëMè de BdMèâuX (Jtiè poût citer* une certain nom- 
bre de personnages Illustres; « iiiiè description dès 
Piliël^s de Tutelle, qui étaient alors dèbôlit et qUl àttl- 
rèréht fcértàlrièîhèrit Tâttention du savant magistrat^ 
ferait biëfi ihiëlix hoirë affaire », ajoute mélahcolique- 
méiit ndtt^è cher arbhéologue. 

L'ànai^sè des imprëssibtis cefnâignéès par les « an- 
ciens vdyëgeul'S, » si différents de goûts, de qualités, 
d'origihëS, n'ëh est pas itiôihs des t)lus intéressantes; 
elle fourmille de remarques ingénieuses, et le passage 
de Tallëtnàiit deé Réàux, èii 1634, nous fournit même 
quelques « historiettes ». 

Le Style, d'ailleurs, n*est plus ici sous l'influètice des 
graves préoccupations académiques; le hiémbirè du 
baron de Vèrnèiîh est uiié agréable bausèrië tjUi nous 
tient stiUs le charme, et à côté du BbrdëleiiS d'adoption 
ôé retrouve le digne filS de la plahtureuse terre péri- 
gbilrdiriè, lbrS(|Uè nous arrivons à la SfîiritUéllé cotiblu- 
sibtl que voici : 

« Certes, à*ll s'était trouvé parmi ces vbyagèurs Uii 
di'chëbIdêUë de l'école moderhë, où iln observàtëUi- 
pittoresque à la façon d^ Théophile Gautier, qUl lUl 
aussi, a parlé de notre ville, mais trop r*ëcèmment pour 
figurer dans bëtté reviie rétrospective, là moiSsoîi eût 
été piUs àbbridàiltè et l'intérêt {iluS puissant. Nous 
aUHdris ëU fbrbè descriptions et tablëaUx au moyen dës- 
ijUëls la tihysiohbmiè de Bordeaux dans les siècles 
passés nous eût apparu avec une fidélité et un relief 



-76- 
étonnants. Mais il faut bien prendre les gens comme 
ils sont et nous contenter de ce qu'il leur a plu de nous 
transmettre, tout incomplet que ce soit. Il est un point 
cependant qu'aucun d'eux, excepté Cagliostro, n'a né- 
gligé et que ne négligeraient pas non plus les touristes 
modernes, c'est celui de la bonne chère et du bon vin. 
De Thou savourant les huîtres d'Arcachon; le guide 
belge goûtant les vieux vins dans les Tabemas vinarias 
des quais; Tallemant à la table fastueuse de son cousin, 
où s'assoiront bientôt Chapelle et Bachaumont, aussi 
gourmets que lui; Saint-Simon appréciant avec convic- 
tion les festins plantureux et délicats de Boucher l'in- 
tendant, et Marmontel la chère exquise du fermier gé- 
néral .Gaulard et des riches négociants ses amis; Arthur 
Young, à l'hôtel des Princes des Asturies, tous célèbrent 
à l'envi Bordeaux comme la terre promise des gour- 
mets, et se rencontrent sur ce terrain de la bonne 
chère et des grands vins qui, justifiant cette fois une 
parole célèbre, « est celui qui nous divise le moins (*). )> 
Correspondant du ministère de l'Instruction publique 
et des Beaux-Arts, inspecteur divisionnaire de la Société 
française d'archéologie, membre de plusieurs Sociétés 
savantes locales ou régionales, le baron de Verneilh, 
que je n'ai voulu envisager, je le répète, qu'au point 
de vue de son œuvre, a pu atteindre la fin de sa longue 
carrière avec la conscience de l'avoir fructueusement 
remplie et, ce qui n'arrive pas toujours, d'en avoir 
recueilli le bénéfice dans le cœur de tous ceux qui l'ont 
approché; tous les monuments de sa région, conservés 
ou restaurés grâce à sa persévérance éclairée, portent 
la trace de son savoir et de son activité; mais un monu- 
ment impérissable élevé à sa mémoire, c'est le trésor 

(}) Les Anciens Voyageurs à Bordeaux, 1879, p. 43 et 44. 



- 77 ~ 
moral qu*il avait accumulé, Tunanimité des sentiments 
cjui s*est manifestée avec tant d'évidence à mes yeux 
c3ès que j'ai contemplé cette figure, dès que j'ai pro- 
noncé ce nom. 

N'avais-je pas raison de dire. Messieurs, qu'une telle 
succession était bien lourde à recueillir, et que l'énumé- 
ration des titres du baron de Verneilh mettait dans une 
tien délicate situation celui que vous avez choisi pour 
le remplacer? 

Cependant deux liens étroits nous unissent : D'une 
part, cet amour de l'ancien art français que les classi- 
ques avaient traité avec un si profond dédain qu'ils en 
étaient arrivés à mutiler indignement la merveille qui a 
abrité les premières années de ma vie : Notre-Dame de 
Paris; art si essentiellement national, puisque sept 
siècles avant les productions de ce qu'on a coutume 
d'appeler art moderne,- les humbles imagiers de nos 
cathédrales puisaient dans l'étude de la nature, dans 
l'observation des bourgeons et des feuillages des forêts 
de la terre celtique leurs inspirations les plus hardies 
et les plus sincères. 

Et puis, avec le baron de Verneilh, j'aime profon- 
dément ma patrie d'adoption, cette Aquitaine dont le 
rivage m'a rendu, il y a bien longtemps déjà, les forces 
et la santé; cette province si attrayante dans l'histoire 
de ses races primitives, dans les manifestations de la 
vie sous toutes ses formes, depuis les mystérieuses 
profondeurs océaniques jusqu'aux étincelantes ondula- 
tions de ses dunes vagabondes. 

Il me semble. Messieurs, que, pour ces deux seules 
raisons, l'homme si profondément affable dont je viens 



(ie yous entretenip m'eût accueilli les bras pi^verts; \^ 
me place donc, en cet|.e solennelle circof^st^nce, so]4S 
le patrppagp dé sa ipéfnoire vénépép, et je jui dem^n^e 
de m'aider à vous dire : merci! 



RÉPONSE DE M. LE PRESIDENT 

A M. DURÈGNE 



Il y a, Monsieur, dans vqtre façon d'entrer en niatière 
et d'éviter le double écueil d'une humilité affectée et 
d^un amour-propre toujours malséant, quelque pbose 
de cavalier et de fier qui sent son gentilhomme d'une 
lieue; et si yous ne voulez pas être juge dans votre 
propre cause, il ne vous convient pas non plus de lais- 
ser l'opinion s'égarer dans ses appréciations sur votre 
œuvre et sur vous. 

Vous êtes ingénieur, et, en cette qualité, chef d'un 
service qui, tous les jours, acquiert une importance 
plus considérable; mais il faut se garder de s'en sou- 
venir, car yous pourriez penser que vos fonctions sont 
pour quelque chose dans nos suffrages, et, semblable 
à ces jeunes filles qui, rêvant d'être aiméps pour elles- 
mêmes, dissimulent leurs richesses avec le même soin 
que d'autres mettraient à les étaler, vous glissez discrè- 
tement sur vos titres officiels, sans trop vous insurger, 
d'ailleurs, à l'idée que quelqu'un pourrait vous en dé- 
couvrir d'autres. 

Laissons donc de côté votre carrière, cependant si 



— 79 — 
brillante, et notons seulement qu'à l'exemple de votre 
prédécesseur, Jules de Verneilh, vous êtes de ces privi- 
légiés — je jjevrais dire de ces vaillants — dont l'origine 
aristocratique n'a ni énervé le talent ni enrayé l'essor. 
De cela il fiaut vous jpuer, et aussi d'avoir §u cprppren- 
dre que le travail étant dp nécessité sociale s'impose 
à tous comme un devoir et hoppre copipie un acte de 
vertu, et que par lui seul se perpétuent, §u cour§ des 
ères pacifiques, les véritables traditions des grandes 
races, puisque lui seul permet qu'on soit utile à ji* 
patrie, et qu'on ne peut vivre noblement qu'à cette 
condition. 

Il est des natures partjculièremeiit actives et des Intel- 
ligences largement ouvertes qui ne trouverpnt jamais 
dans le travail prpfpssionnpl un aliment en rapport 
avec leurs énprgfes et leurs aspirations. Ai^x unes il 
faut les saînes distractions et le§ pures joies que pro- 
curent l'art sous toutes ses formes; pu I3. littérature; 
h d^autr^s, ayidps de tput connaître et insatiables de 
science, la nature réserve le phamp inépuisable 4^ ses 
secrets, de sa constitutipn, de ses fprpes, de sa vie 
végétale ou animale; et c'est à cultiviBr ce champ, ^(^^' 
sieur, que, travailleur infatigable, vous consacrez de- 
puis vingt ans toutes vos heures de loisir. 

Vous étiez jeune encore lorsque, en apparence 
absorbé par l'installation de vos lignes télégraphiques, 
vous observiez les spécimens de flore et de faune spus- 
marines que vous offraient les profondeurs sillonnées 
par vos câbles. Vous étiez jeune aussi lorsque, attaphé 
par vos fonctions au littoral tunisien, vous y décquyriez 
une plante inconnue jusque-là dans ces régions, 
Vlpomaea sagittata, l'Ipomée à forme de flèche. Vous 
aviez trouvé votre voie : l'histoire naturelle avec son 



- 8o - 

infinie variété de connaissances, la botanique d^abord, 
puis la zoologie, et, plus spécialement dans ces der- 
nières années, la formation de notre littoral et This- 
toire de la succession de ses habitants, Tanthropologie 
ayant naturellement suscité la curiosité du géologue. 

Une énumération est toujours fastidieuse et je ne 
pourrais que citer, sans avoir le temps d'en donner 
même un aperçu, les publications que vous inspiraient 
tour à tour les sujets que je viens d'indiquer. Les Actes 
de la Société linnéenne, le Journal d'histoire naturelle 
du Sud-Ouest, le Bulletin de la Société de géographie 
commerciale de Bordeaux, la Revue philomathique, 
les Bulletins du Club alpin français, les procès-verbaux 
des séances de la plupart des sociétés savantes de la 
région sont là pour attester le nombre, l'importance et 
la diversité de vos travaux. Il faut se borner à signaler 
ceux qui paraissent, plus encore que les autres, avoir 
fixé l'attention du public, soit à cause de l'intérêt qui 
s'attache à l'objet traité, soit par le caractère vraiment 
original de vos conceptions appuyées sur l'érudition la 
plus soHde et présentées sous une forme heureuse et 
toujours attachante. 

Arcachon avait bien mérité de votre adolescence, et 
vivait dans vos souvenirs, paré de cet incomparable 
attrait que donne à certains lieux le sentiment exquis de 
la résurrection. C'est là que, puisant à longs traits aux 
sources pures de l'existence, vous aviez restauré votre 
corps épuisé par une enfance délicate et retrouvé l'en- 
durance physique nécessaire pour supporter l'effort 
d'une préparation à l'Ecole polytechnique. La recon- 
naissance vous y appelait; mais bientôt la science allait 
vous y fixer et en faire le centre de vos préoccupations 
et de vos recherches extra-professionnelles. 



- 8t - 

Vous débutez en 1886 par une Etude sur la formation 
des crassats du bassin d'Arcachon, présentée à la So- 
ciété linnéenne. Puis vient une série de communications 
faites à l'Académie des sciences, à la Société linnéenne, 
à la Société des sciences physiques et naturelles, à la 
Société de géographie commerciale de Bordeaux sur 
la distinction qui doit être faite entre les âges de deux 
systèmes de dunes des côtes de Gascogne, distinction 
basée sur les discordances de formes topographiques 
que présentent ces deux systèmes. Vous accompagnez 
Tune de ces communications d'une étude historique 
sur les forêts antiques du littoral. Guidé par la flore 
et le relief du sol, vous retrouvez, c'est vous qui nous 
le dites, épargnés par l'invasion des sables, les vestiges 
de cette forêt boïerine, asile impénétrable où vivaient de 
« pauvres tribus sauvages armées de délicates flèches 
en silex », à l'heure même où, « par un de ces con- 
trastes qui se retrouvent aujourd'hui sous d'autres 
latitudes, le Burdigala d'Ausone brillait de toute sa 
splendeur. » 

C'est à Arcachon encore que vous organisiez ce labo- 
ratoire maritime resté votre œuvre — j'allais dire votre 
création, — tant vous l'aviez remanié, transformé et 
amélioré, y attirant par le prestige et l'autorité de votre 
nom un essaim de laborieux collaborateurs, et assurant, 
grâce à l'élan donné, le succès complet et définitif de 
cette institution scientifique. Enfin, on n'a pas perdu 
le souvenir, à la Société scientifique d' Arcachon, de 
vos observations sur une actinie retirée des grands 
fonds du golfe de Gascogne, le Chitonaciis Richardi. 

Je m'arrête, afin de ne pas m'écarter du programme 
que je me traçais tout à l'heure et de ne pas retomber 
dans la nomenclature; mais je m'en voudrais de ne pas 

1902 6 



l 



— 82 — 

mentionner encore vos communications à la Société lin- 
néenne sur Yaire de dispersion des arbousiers, le très 
intéressant article que vous adressiez en 1898 à la 
Revue philomathique sur les noms de lieux terminés 
en os dans le Sud-Ouest, et votre excellente Carte de la 
Grande Montagne ou forêt usagère de La Teste, publiée 
en 1901. 

Seriez-vous, Monsieur, poète et artiste comme votre 
prédécesseur? Question qui peut paraître étrange adres- 
sée à un ingénieur en chef des postes et télégraphes, 
mais qui devient presque une impertinence quand, dans 
votre œuvre, on a eu la bonne fortune de trouver et de 
lire Au Pays de la résine. Comme vous savez peindre la 
saisissante majesté de ce paysage sylvestre! Comme 
vous la comprenez et Taimez d*un amour profond et 
grave « la grande forêt sans ombre » ! Quel sentiment 
et quelle mélancolie dans les réflexions que vous inspire 
Texistence qui, comme la dune, a toujours ses deux 
pentes : « l'une où la route est longue, l'autre où la loi 
inéluctable précipite sans merci quiconque se sentirait 
si bien sur les hauteurs et ne peut, quoi qu'il fasse, s'y 
maintenir plus qu'il n'est permis. » 

Vous descendiez alors! Le fardeau était lourd aux 
épaules du voyageur, et il semblait que plus jamais 
vous ne dussiez revoir les clartés des sommets. Les 
fléaux succédaient, sous votre plume, aux cataclysmes : 
l'ouragan, le sable, le feu s'abattaient tour à tour sur 
votre forêt, et leurs ravages arrachaient à votre âme 
angoissée d'éloquentes lamentations. 

Mais voici que vous recommencez à gravir la pente 
et que peu à peu l'ombre qui s'épaississait dans les bas- 
fonds s'éclaircit à vos yeux. L'espérance luit à nouveau, 
« et sur ce sol noirci, qui semblait frappé d'une stérilité 



— 83 — 

sans espoir, les graines qui tourbillonnent, dirigées par 
une frôle membrane, hélice à la savante courbure, vont 
enfanter une nouvelle forêt qui resplendira dans trente 
ans... » 

Et sur votre vie un instant assombrie reparaît aussi 
le soleil; je salue avec vous sa récente aurore! N*est-elle 
pas à peu près celle du jour qui vous vit entrer à TAca- 
démie? 



Plus heureux que vous. Monsieur, j'ai beaucoup 
connu le baron Jules de Verneilh à une époque de ma 
vie où, très jeune encore, j'appréciais moins en lui 
l'archéologue et l'artiste que le parfait gentilhomme 
—l'honnête homme, pour parler comme au siècle de 
Louis XIV — et l'homme d'esprit. 

Il était alors dans tout l'éclat de sa maturité et bril- 
lait par l'exquise distinction de ses manières, le char- 
me de sa conversation, la finesse et l'originalité de ses 
aperçus, une gaîté qui ne s'écartait jamais du ton de 
la bonne compagnie, et une grâce naturelle dont tous 
ceux qui l'ont approché pourraient attester la séduction. 

Ces qualités, jointes à la plus solide réputation d'hon- 
neur et de vertu et relevées par une incontestable 
supériorité intellectuelle, lui assuraient sur les hommes 
de ma génération un ascendant que ne suffiraient pas 
à expliquer la race et l'élégance. Je le revois souvent, 
pour ma part, tel qu'il m'est apparu pour la première 
fois, type achevé de l'homme de cour du xviu** siècle, 
ornant un salon à l'égal, que dis-je? mieux encore que 
le plus délicieux des objets d'art. Toute sa personne 
physique prêtait à l'illusion : Iç port, le geste, la démar- 



- 84 - 

che, les cheveux et la barbe poudrés à blanc par la 
nature, le rouge dominant dans la coloration du teint, 
le sourire malicieux, bien que le regard myope fût très 
doux, la taille faite pour la révérence, la main cherchant 
involontairement la garde ciselée d^une épée. C^était 
bien la vivante image d'un de ces marquis Louis XV 
aussi polis à Fontenoy qu*à l'OEil-de-Bœuf, fleurs de 
France aux couleurs éclatantes, au parfum délicat, dont 
la terre féconde du Périgord nous tiendrait en réserve 
les derniers rejetons, si elle tendait à disparaître du 
reste du monde. 

Vous nous avez, Monsieur, tracé de Tacadémicien, 
de Tarchéologue, de l'artiste et du poète un portrait 
ressemblant. Je voudrais, à mon tour, donner une idée 
de l'homme d'esprit, et pour cela, je ne saurais mieux 
faire que d'emprunter quelques extraits à sa corres- 
pondance. 

De cet atelier oii se sont écoulées les heures les plus 
gaies de sa vie, il nous revient comme un écho lointain 
dans plusieurs de ses lettres : 

« Nous voilà, écrit-il un jour, bien près de retrouver, 
avec les choux du Carême, les fumeries et les parlotes 
de la rue Desfourniel (on se réunissait alors chez Léo 
Drouyn). Je ne serai pas fâché de voir quelles nouvelles 
teintes aura bien pu prendre votre célèbre paysage. 
J'ai des idées pour son achèvement, après quoi je 
compte m'en emparer et le faire royalement encadrer. » 

Et faisant allusion à un ami renommé pour la vigueur 
exceptionnelle de ses bras : 

« Il m'apprend qu'on s'occupait beaucoup dans cette 
brillante colonie... de l'enlèvement d'une jeune miss 
ravissante, ' richissime, soixante-quinze quartiers de 
noblesse, une perle enfmj devinez par qui? par un pro- 



— 85 — 

fesseur de gymnastique qui n'a d'autre mérite que deâ 
biceps. Et moi donc, ajoute notre ami, est-ce que je 
n'en ai pas? 

))Je lui ai fait une obligation de nous rapporter une 
héritière (peu importe la nationalité) à bras tendus, 
dût-il, pour se faire apprécier, ouvrir un cours de tra- 
pèze à Tusage des dames. 

» Allons, bonsoir, c'est assez de bêtises pour aujour- 
d'hui, surtout quand nous aurons dans quelques jours 
de si fréquentes occasions d'en dire. » 

On disait, en effet, des bêtises; c'est-à-dire que, dans 
cette réunion d'élite, on dépensait à profusion l'esprit 
et les bons mots. On ne s'exagérait, d'ailleurs, ni son 
propre talent ni sa mission d'artistes et il n'était pas 
rare que, sur les lèvres des uns ou des autres, se trou- 
vassent des confidences du genre de celles que Jules de 
Verneilh fait à un ami à l'occasion d'une aquarelle qu'il 
vient de terminer : 

«Je vous avouerai que j'en étais assez content m 
peHo, comme vous disiez à Rome, et que je me tressais 
mentalement quelques lauriers, lorsque mon ami Ma- 
zerat, profitant des vacances de la Chambre, est venu 
pour vingt-quatre heures ici et m'a déclaré que c'était 
tout bonnement affreux. J'ajoute que M. de Malet, qui 
vint l'autre soir dîner avec nous, eut l'air de partager 
cette opinion. Mais ce sont des critiques qui ne m'inspi- 
rent aucune confiance, et il me tarde d'en posséder de 
plus experts... ou de plus indulgents. » 

Et une autre fois : 

« L'atelier ne tardera pas à me voir poindre dans ses 
murs; j'y compte plus que jamais faire de longues séan- 
ces, et le dessin sur bois à la loupe me donne de fu- 
rieuses envies de peindre avec un balai des décorations 



— 86 — 

d'opéra. Ainsi, achetons des couleurs en gros et pré- 
parons des pots. La palette ne sera admise que pour les 
quelques touches de la fin. C'est ainsi, j'en suis per- 
suadé, que peignaient ces grands Vénitiens quand ils 
entreprenaient des hectares de tableaux. C'est bien le 
moins que nous ayons avec eux ne fût-ce que ce 
rapport!... » 

Toute sa correspondance est parsemée de ces mots 
vifs, spontanés et charmants, qui émaillaient d'ordi- 
naire sa conversation et lui donnaient tant d'imprévu 
et tant d'attraits. 

« Ce cher marquis, écrit-il un jour, va revenir des 
eaux avec une provision de santé; le difficile maintenant 
sera de l'empêcher de la dépenser avec son cuisinier. » 

A propos de la fille d'un académicien devenue son 
alliée : 

« Elle était charmante de toute façon, mais en même 
temps poitrinaire, si bien que, trois ans après son ma- 
riage, elle mourait à Nice, au grand désespoir de ses 
parents et de son mari qui, depuis, a cherché des conso- 
lations dans un second mariage... et les a trouvées, le 
misérable! » 

(( Cinq cent mille livres de rentes, écrit-il encore, les 
plus illustres parentés... et un extérieur d'héritière! De 
semblables aubaines sont faites pour exalter les jeunes 
gens à marier. » 

« Ce vin de raisin sec, dit-il une autre fois, dont vous 
me faites venir Yeau à la bouche. » 

Et ce trait, en annonçant la naissance d'un des jeunes 
Drouyn : « Les couches furent heureuses, l'accouchée... 
et son beau-père en sont remis! » 

S'il voyageait, il réservait pour ses amis des récits 
amusants entremêlés de descriptions de vieux monu- 



-87- 

ments ou de paysages, et semés d'anecdotes alertement 
contées dans le goût de celle-ci : 

« Dans le voisinage, le très curieux château de X..., 
style de la Renaissance la plus ornée. Ce château était, 
dans le principe, à huit kilomètres de la ville. La fan- 
taisie d'un riche négociant en eaux-de-vie l'a fait trans- 
porter pierre par pierre dans la banlieue. Vous pensez 
si cette fantaisie a été coûteuse. Ce qui me frappe, 
c'est combien le goût des arts vient vite aux gens qui 
font fortune! Ce Monsieur a fait là un tour de force d'un 
genre tout à fait nouveau. Qu'il eût acheté ce manoir 
dont les sculptures lui plaisaient et fût allé l'habiter, 
tout le monde eût fait cela. Mais le faire transporter en 
un site choisi et s'y installer en le meublant de meubles 
anciens, de tapisseries, de bibelots, voilà qui n'est pas 
commun et augmente ma considération déjà très dis- 
tinguée pour le commerce des alcools. » Jusqu'où n'eût 
pas été cette considération s'il avait pu prévoir les des- 
tinées de ce commerce!... 

A un ami, qui lui demandait un jour son opinion sur 
une jeune femme fort appréciée dans une petite ville, 
il répondait avec une mimique expressive : « Célimène... 
de chef-lieu de canton. » 

Tel était cet esprit si essentiellement français, résul- 
tante d'une intelligence très vive, d'une nature excep- 
tionnellement aimable et d'une inaltérable bonne hu- 
meur. 

Les années ont passé sur lui sans porter atteinte à 
l'optimisme de son caractère et à la sérénité de son 
âme. 

De plus en plus attaché à sa terre de Puyrazeau, où 
le retenaient ses affaires, sa famille et le soin d'une 
santé déjà chancelante, il ne venait plus qu'à de rares 



— 88 - 

intervalles passer quelques jours à Bordeaux. On le 
voyait cependant encore quelquefois, appuyé sur le 
bras du dernier ami de sa jeunesse, s'acheminer len- 
tement vers ce square Pey-Berland où, dans le cadre 
qu'il avait choisi lui-même, il retrouvait l'effigie de 
Drouyn, et là, près de ce bronze aimé, à l'ombre de 
l'antique cathédrale, il songeait doucement. Artiste, 
il contemplait la grande œuvré des hommes^ philoso- 
phe, il méditait, au pied du monument séculaire, sur 
cette humanité représentée par ses deux âges extrê- 
mes, lui, qui allait bientôt disparaître du présent, et 
les petits enfants insoucieux de l'avenir qui s'ébattaient 
dans les allées voisines; chrétien, il élevait son cœur 
et se préparait à la mort, mais sans frayeur, sans 
amertume, presque sans regrets, comme un voyageur 
qui se voit près du port où beaucoup l'ont déjà précédé 
et où tous iront le rejoindre. 

Pardonnez-moi, Monsieur, d'avoir eu la témérité d'ap- 
porter ma pierre au monument que vous éleviez à sa 
mémoire. Je ne pouvais passer indifférent près du 
souvenir de mon vieil ami. 



DISCOURS DE RÉCEPTION 



DE M. MANES 



Messieurs, 

Oubliant la faiblesse de mes titres, vous m'avez fait 
le grand honneur de m'admettre dans votre savante 
Compagnie et de m'y accueillir avec une bienveillance 
dont je sens de plus en plus tout le prix. Permettez-moi 
tout d'abord de vous en témoigner publiquement aujour- 
d'hui mon entière reconnaissance, et de vous exprimer 
une seconde fois combien j'ai été touché des sentiments 
qui ont entraîné votre décision à mon égard, et sur les- 
quels ont agi de tout leur poids, non seulement le sou- 
venir laissé dans vos rangs par mon regretté père, 
mais plus encore le désir exprimé à son lit de mort par 
l'éminent collègue dont vous avez bien voulu m'accorder 
le fauteuil. 

Cette dernière preuve venant s'ajouter à tant d'autres, 
de la vieille et constante amitié du vénéré docteur Azam, 
ro'a trop profondément ému pour que je n'aie pas à 
cœur de rempUr ce soir, aussi complètement qu'il me 
sera possible, l'obligation qui m'est faite de rappeler 
devant vous, dans cette séance solennelle, sa laborieuse 
et brillante carrière. Ce n'est pas, d'ailleurs, sans de 
justes appréhensions que j'entreprends l'accomplisse- 
lïient de ce devoir, connaissant mon ignorance sur 
toutes les questions qui se rattachent à la médecine et 
à la chirurgie, et me rappelant avec quelle éloquence 



— 9û — 

des voix d'une haute compétence vous ont déjà résumé, 
en un jour de deuil, les excellents services de mon 
honoré prédécesseur. 

Eugène Azam naquit le 28 mai 1822 à Bordeaux, où 
son père, Jean-Sixte Azam, originaire de Cologne-du- 
Gers, était venu se fixer. Docteur en médecine de la 
Faculté de Montpellier, à laquelle il avait présenté, 
en 1815, une thèse très remarquée sur Y Aliénation men- 
tale, M. Azam père, décédé en 1864, après une longue et 
des plus honorables carrières, avait été chirurgien, 
puis chirurgien honoraire de l'asile des femmes alié- 
nées de notre ville; il avait aussi eu l'honneur d'être 
chargé, pendant la construction du pont Deschamps, 
du service médical de cette importante entreprise. 

Son fils, Eugène Azam, fit d'abord au Collège royal, 
aujourd'hui Lycée de Bordeaux, de solides études, à la 
suite desquelles il obtint les diplômes de bachelier es 
lettres et es sciences. II se décida ensuite pour la car- 
rière médicale, où le chemin lui avait été brillamment 
montré, non seulement par son père, mais aussi par 
son grand-père maternel, le chirurgien Fabas, l'un des 
fondateurs de la Société de médecine et de chirurgie de 
Bordeaux. 

Eugène Azam fit ses premières études médicales à 
l'Ecole de médecine de notre ville; il les compléta à 
l'hôpital Saint-André, où il fut admis en qualité d'interne 
dans le service du docteur Péreira; il devint ensuite pro- 
secteur à l'Ecole de médecine, et, quelques années plus 
tard, le 12 juillet 1848, il obtenait le titre de docteur en 
médecine de la Faculté de Paris. 

A partir de ce moment, le jeune docteur partagea 
entre ses études et ses malades son zèle et son dévoue- 
ment. Dans ses observations personnelles auprès de 



- 9ï — 
ces derniers, il excellait à trouver des sujets intéres- 
sants et originaux pour ses travaux scientifiques, 
Promptement et justement apprécié, il devint, quelques 
années après, professeur suppléant à l'Ecole prépara- 
toire de médecine et de pharmacie de Bordeaux, et y 
occupa d'abord en cette qualité la chaire d'anatomie et 
de physiologie, puis celle de chirurgie. Trois ans plus 
tard, il était nommé professeur adjoint, et dix ans 
après, professeur titulaire de chnique externe. 

Le docteur Azam était encore possesseur de cette 
chaire lorsque, en 1875, encouragé par ses amis, il 
sollicita l'honneur d'être nommé, en remplacement de 
M. l'ingénieur Linder, membre de votre éminente Com- 
pagnie. À ce moment, il avait déjà vingt et un ans de 
professorat à l'Ecole de médecine et sept années de 
services en qualité de médecin adjoint à l'asile public 
des femmes aliénées. 

Les travaux qu'il vous présentait à l'appui de sa 
candidature étaient nombreux et importants et avaient 
principalement pour objet la chirurgie, la physiologie et 
la pathologie du système nerveux, l'instruction publi- 
que. 

Au point de vue chirurgical, nous nous bornerons à 
mentionner, parmi plusieurs brochures qu'ont gran- 
dement appréciées ses collègues en médecine et en chi- 
rurgie, celles qu'il a publiées sur la mort subite par em- 
bolie pulmonaire dans les contusions et les fractures^ 
et sur un nouveau mode de réunion des plaies d'ampu- 
tation et de quelques autres grandes plaies. 

Il a fait paraître ensuite, au point de vue de l'alié- 
nation mentale, deux captivants mémoires, l'un sur la 
folie sympathique, et l'autre sur le sommeil nerveux ou 
hypnotisme. 



— 92 — 

Ces derniers travaux n'étaient, d'ailleurs, que le 
prélude de la remarquable et persévérante étude entre- 
prise par le docteur Azam, à la suite d'un débat engagé 
devant la Société médico-psychologique de Paris, et qui 
devait lui acquérir plus tard une juste célébrité. Le 
premier en France, il a eu le courage de reprendre les 
expériences du docteur Braid, de Manchester, et le 
grand honneur d'arracher ainsi l'hypnotisme à la cré- 
dulité et au charlatanisme. Grâce à lui, cet hypnotisme, 
que les Sociétés savantes et l'Académie de médecine 
elle-même avaient condamné, faisait son entrée dans la 
science. 

Les publications du docteur Azam concernant l'ensei- 
gnement n'étaient pas moins remarquables. Sa bro- 
chure de 1871, et qui a pour titre : De la décentralisa- 
tion universitaire et pourquoi Bordeaux doit avoir son 
université? honore grandement son patriotisme. 

« Quand un malheur est arrivé, dit-il au début de ce 
travail, le seul profit raisonnable qu'on en puisse tirer, 
c'est d'user de la leçon qu'il donne; il est donc permis 
d'espérer qu'en toutes choses où la Prusse nous a mon- 
tré sa supériorité, nous n'oublierons pas une expérience 
douloureuse, et que la France modifiera certaines de 
ses institutions. » Puis, laissant à d'autres le soin de 
rechercher les modifications à apporter dans celles qui 
ne touchent pas à l'Université, il expose d'une manière 
générale la nécessité de décentraliser l'instruction pu- 
blique en créant en France plusieurs Universités indé- 
pendantes, dont l'une aurait son siège à Bordeaux. Son 
désir était d'attirer sur ce sujet l'attention publique, 
« certain, dit-il, qu'une réforme est bien près d'être 
adoptée par les gouvernements quand elle est générale- 
ment consentie. » Il montre qu'il n'existe à l'étranger 



-93- 
« aucun corps analogue à notre Université de France », 
dont Forigine remontait au premier Empire, et tout en 
conservant la pensée « qu'il n'existe pas hors de notre 
pays des savants au-dessus des nôtres, et des institu- 
tions au-dessus de nos grandes écoles », il constate, 
d'après des chiffres empruntés au rapport du général 
Morin, au rapport de M. Hippeau et à d'autres encore, 
qui étaient alors entre les mains du ministre de l'Ins- 
truction publique, notre infériorité sur la plupart des 
autres pays au point de vue de cette instruction. 

« Pourquoi, ajoute-t-il, la France s'intéresserait-elle 
à un corps dont la tête est à Paris, qui reçoit tout de 
Paris, — fonds, professeurs, esprit, — qui, soumis à 
une règle uniforme, ne tient compte ni des aptitudes 
locales, ni des différences des populations entre elles, 
et contraint l'esprit vaillant et le corps turbulent de 
l'enfant du Midi à la règle qui dirige les calmes natures 
du Nord? Et cette loi, une pour tous, fait passer sous 
les yeux des élèves et des familles des séries de pro- 
fesseurs appelés tour à tour par la hiérarchie à des 
positions lointaines et sans racines dans un pays dont 
ils ne verront pas grandir les enfants. Là est un intérêt 
plus grand qu'on ne pense : quand le maître fixé dans 
une ville a vu ses élèves devenir des hommes, il suit 
leur carrière d'un œil attentif, gémit ou s'honore du 
résultat de ses efforts, et la reconnaissance et l'estime 
créent entre ces générations et ceux qui les ont ins- 
truites un indissoluble lien. » 

« Ces idées, dit-il en terminant, ont déjà fait du che- 
min et l'on s'en occupe en haut lieu; les enquêtes faites 
à l'étranger portent leurs fruits, et nous attendons 
avec confiance le jour des réformes. » 
Il devait cependant, et la France avec lui, attendre 



plus de vingt-cinq ans; mais le 26 janvier 1897, il a pu 
enfin éprouver la grande joie d'assister à Tinaugura* 
tion de TUniversilé de Bordeaux, et d'y entendre le 
Président de la Société des Amis de l'Université rendre 
publiquement justice à sa brochure de 1871, « qui res- 
semblait à une prédiction. » 

Vers la même époque, dans la Gironde des l** et 4 no- 
vembre 1871, et celle du 4 janvier 1872, le professeur 
Azam publiait sous le titre : Quelques réformes néces- 
saires, Les petits enfants, d'intéressants articles sur les 
méthodes applicables à Tinstruction de l'enfance, et 
dans lesquelles, après avoir recherché si « le dévelop- 
pement intellectuel des petits enfants est aidé comme 
il doit l'être par les habitudes de famille », il étudie 
ce qui se fait avec succès hors de France pour en tirer, 
au point de vue des réformes possibles, des conclusions 
utiles et pratiques. 

Divers autres travaux appelaient encore votre atten- 
tion sur le docteur Azam. Dans le Journal de médecine 
de Bordeaux, il avait publié, en 1854, sur YOrganisation 
des ambulances mobiles dans les chemins de fer, et, 
en 1885, sur YHygiène des ateliers du chemin de fer du 
Midi et le choléra, des articles remarqués. 

Nommé en 1864 médecin principal de la Compagnie 
du chemin de fer du Médoc, il avait rédigé, en cette 
qualité, pour le service médical de cette Compagnie, une 
précieuse circulaire indiquant à ses agents « les pre- 
miers soins à donner aux blessés dans les accidents 
et ceux que réclament les maladies spontanées ou su- 
bites les plus communes. » 

De plus, en 1865, au nom d'une commission dont il 
était le rapporteur, il publait sous le titre : Projet d'un 
hospice général à Bordeaux, un intéressant rapport sur 



— 9^ — 

« la translation des hospices de Bordeaux dans le do- 
maine de Pellegrin ». Enfin, en 1871, il adressait au 
journal la Gironde (i) un article très apprécié sur Y Am- 
bulance néerlandaise à Bordeaux. Les détails donnés 
parlai sur cette grande ambulance, envoyée dès le début 
de la guerre sur le théâtre des hostilités par le Conseil 
central de la Société de la Croix-Rouge, et dont une 
partie était venue s'établir à Bordeaux à la fin de 1870, 
ont montré bien des points à imiter dans cette organi- 
sa, tion due à Tinitiative privée; ils ont aussi fait ressortir 
aotre inoubliable dette de reconnaissance envers la 
HCoUande et envers ceux de ses sujets « qui n'ont pas 
hésité, dit-il, à quitter leur pays, leurs affaires, pour 
vonir à notre secours, n'ayant qu'un but : faire le bien; 
lia 'un mobile : la charité ». 

Nous ne pouvons oublier, enfin, la part qu'a prise 
te docteur Azam aux décisions qui ont fait choisir notre 
vaille pour le siège, en 1872, du premier Congrès de 
l'Association française pour l'avancement des sciences. 
Secrétaire du Comité local, il s'est complètement dévoué 
^ la réussite de ce Congrès, dont il a largement contri- 
t>ué à assurer le succès. 

C'est encore à son initiative qu'est due la création 
d'un Groupe girondin de l'Association française pour 
l'avancement des sciences, dont le but a été de conserver 
le souvenir du passage à Bordeaux de cette grande ins- 
titution et à établir entre elle et la région bordelaise un 
lien permanent. Deux années plus tard, lorsque la sec- 
tion d'économie poHtique de ce groupe se transformait 
en Société de géographie commerciale, sous l'impulsion 
de M. Foncin, il devenait l'un de ses plus actifs colla- 
borateurs. 

W Numéro du 26 mars 1871. 



- 9t> ~ 

Son concours était, d'ailleurs, acquis à toutes les 
œuvres locales; il était membre de la plupart des so- 
ciétés scientifiques et autres de. notre ville, administra- 
teur de la Société des Amis des Arts, et à toutes (*) il 
apportait sans compter sa part d'intelligence, d'activité 
et de travail. 

Plusieurs œuvres du dehors avaient tenu à honneur 
de l'avoir pour correspondant; il faisait partie à ce titre 
de la Société médico-psychologique et de la Société de 
chirurgie de Paris. Il avait, enfm, été honoré en 1861 du 
titre de membre associé national de la Société d'anthro- 
pologie, et, l'année suivante, de celui de correspondant 
national de la Société de chirurgie de Paris. 

D'autres distinctions honorifiques plus officielles Pa- 
vaient également récompensé. Nommé officier d'Acadé- 
mie en 1856, de l'Instruction publique en 1869, il obte- 
nait enfin, en 1872, après vingt-cinq ans de services 
dans l'enseignement, et pour s'être particulièrement dis- 
tingué dans le service des ambulances, la croix de 
chevalier de la Légion d'honneur. 

L'ensemble de ses travaux, la situation élevée qu'il 
s'était acquise, les distinctions qu'il avait obtenues, ne 
pouvaient que lui concilier vos suffrages, et, le 10 juin 
1875, sur le rapport présenté par M. le D' Dupuy, au 
nom de la Commission qu'elle avait chargée d'examiner 
sa candidature, l'Académie lui accordait l'honneur de 
l'admettre dans ses rangs. « Peu d'hommes, disait votre 
rapporteur, méritent autant que M. le D' Azam de venir 
siéger parmi vous, vu le nombre et la valeur de ses 
travaux, l'excellente direction d'esprit dont ils font 

Q) Société de médecine de Bordeaux, Société des sciences physiques et 
naturelles, Société d'archéologie. Société Philomathique, Société d'ao-ri- 
culture, Société de secours aux blessés, etc. 



- 97 - 
preuve et leur caractère vraiment scientifique. » M. le 
D' Dupuy ajoutait : « L'Académie s'honorera elle-même 
en admettant M. le D' Azam au nombre de ses membres 
résidants. » 

Depuis, vous l'avez vu de plus près à l'œuvre, et 
vous l'avez apprécié encore davantage. Dans cette se- 
conde partie de sa carrière, lorsque est enfin créée, 
en 1878, la Faculté de médecine de Bordeaux, il y reste 
professeur titulaire de pathologie externe et il conserve 
ces fonctions jusqu'au 30 juillet 1892, date à laquelle 
admis à faire valoir ses droits à la retraite, il reçoit le 
litre de professeur honoraire. 

Entre temps, il avait été nommé juge du Concours 
d'agrégation des Facultés de médecine, délégué can- 
tonal de l'instruction publique, et avait obtenu le titre 
de médecin de l'hôpital auxiliaire de la iSociété de 
secours aux blessés. 

Travailleur infatigable, il continue ses observations 
et ses recherches. Dans le domaine de la chirurgie, il 
publie trois brochures nouvelles : la première avec 
planche, sous le titre : Réunion primitive et pansement 
^^s grandes plaies^ donne la description du pansement 
dit de Bordeaux, dont l'application par les chirurgiens 
de l'hôpital Saint-André produisait, dès cette époque, 
de si excellents résultats; les deux autres se rapportent 
aux troubles intellectuels et sensovieU provoqués par 
fe* traumatismes du cerveau. Il consacre d'autres pu- 
blications à son sujet de prédilection : Amnésie pério- 
àiquBy Double conscience et altération de la person- 
wa/^ Hypnotisme, sont par lui traités en maître, et 
i' y ajoute sur le caractère dans la santé et dans la 
ff^Mie et sur les toqués ou déséquilibrés d'intéressan- 
tes études dans lesquelles brillent d'une façon piquante 

1902 7 



-98- 

et originale ses heureuses qualités d'observateur et 
d'analyste. 

Ces divers travaux se trouvent réunis dans un dernier 
volume qu'ont honoré d'une préface MM. Paul Bert, 
Charcot et Th. Ribot. L'auteur y rappelle ses expé- 
riences de 1858, le mouvement d'opinion qu'elles pro- 
voquèrent, les encouragement^ qu'elles reçurent d'illus- 
tres médecins tels que Broca, Verneuil, Mesnet; puis le 
silence qui se fit sur elles pendant près de vingt ans 
et que ne put faire cesser une savante conférence 
donnée en 1870 à la Sorbonne par son éminent ami 
Paul Bert. Il y raconte l'impressionnante histoire de 
Félida X..., cette jeune fille hystérique dont il suivait la 
maladie depuis vingt-cinq ans, et dont la vie était bal- 
lottée entre deux états si différents. Déduisant de ses 
observations des faits réels dignes d'être étudiés et 
utilisés par la science, il y constate avec une joie bien 
légitime qu'après les expériences faites par Gharcot 
à la Salpêtrière en 1878, ses efforts n'ont point été 
perdus et que la vérité a fini par triompher. « Aujour- 
d'hui que l'hypnotisme est arrivé à conquérir définiti- 
vement sa place parmi les faits de la science positive, 
il y aurait injustice, ainsi que le déclare le D' Gharcot 
lui-même dans la préface, à oublier les noms de ceux 
qui ont eu le courage d'étudier cette question à un 
moment où elle était frappée d'une réprobation univer- 
selle; )) et il ajoute : « M. Azam a été l'un de ces initia- 
teurs; aussi devons-nous, ^près avoir relevé la parenté 
de ses recherches avec celles de la Salpêtrière, convier 
notre éminent collègue à prendre part au succès d'une 
œuvre à laquelle il a contribué. » 

Le docteur Azam, dont la puissance de travail sem- 
blait inépuisable et qui était doué d'une surprenante 



- 99 - 
variété d'aptitudes, ne bornait pas d'ailleurs ses 
études aux questions de médecine et d'enseignement; 
volontiers il pénétrait dans d'autres domaines; il nous 
l'a prouvé par plusieurs travaux qui font honneur à ses 
non moins précieuses qualités de viticulteur et de collec- 
tionneur. Il nous a laissé, au point de vue vitjcolp, sur 
le phylloxéra dans la Gironde, une brochure avec carte 
qui montre les invasions successives de cet insecte dW3 
notre département en 1873, 1874 et 1875, ainsi que s.^ 
prédominance dans les terrains argilo-calcaires; puis, 
50US le titre : Pourquoi la vigne plantée dans le sable 
pur résiste au phijlloxera; conduite à tenir dans la 
Girpruie^ il produit une intéressante étude qu'il venait 
de présenter au Congrès phylloxérique de Bordeaux. 
Ses recherches sur cette matière lui avaient valu d'être 
alors nommé membre de la Commission de surveillance 
du phylloxéra dans la Gironde. 

Au ppii)t de vue artistique, son remarquable volume 
de 1880 sur f^es ancienne^ faïences de Bordeaux, par 
un collectionneur, pt l'article qu'il a publié dans la 
Gironde scieritifique et littéraire (i) sur « la céramique 
dans les galeries de l'art ancien à la XII' Exposition 
de la Société philomathique », prouvent, sur toutes 
le$ questions qui se rapportent à l'art ancien, son indis- 
ci|t4ble supériorité. 

H n'épiait pas seulement, d'ailleurs, un amateur d'art, 
il était aussi un collectionneur émérite et sa collection 
de );ableaux et d'objets d'art, ajoutép à celle que lui 
ayait léguée son oncle, M. Fabas, qui aimait particu- 
lièrement les arts, et qui avait pu réunir au commen- 
cement du siècle, grâce à ses relations dans la Hol- 

0) Naméro du 3 septembre t9$2. 



' j ^ s •• 



— 100 — 

lande, un grand nombre de tableaux, est Tune des plus 
belles et des plus rares de notre ville. 

Le docteur Azam trouvait encore le temps de faire 
de fréquentes communications à la Société de médecine 
et aux autres Sociétés dont il était membre, ainsi que 
dans plusieurs Congrès, notamment dans ceux tenus 
à Lyon, Nantes, Clermont-Ferrand, Pari3, La Ro- 
chelle, etc., par T Association française pour l'avance- 
ment des sciences. 

Les services qu'il a rendus à la Société Philomathique 
et à la Société de géographie ont été trop importants 
pour n'être pas particulièrement rappelés. 

Dans la première de ces Sociétés, ses connaissances 
spéciales lui valurent d'être mis à la tête des Comités 
des Expositions de l'Art ancien organisées en 1858, 
1865, 1882 et 1895; et chaque fois il s'est acquitté de 
cette mission avec un tel succès que M. Tisseyre, prési- 
dent de la Société Philomathique, a pu dire sur sa 
tombe en toute vérité que « son goût délicat et sûr, son 
autorité, sa compétence donnèrent à chacun de ces 
Salons un caractère spécial et une valeur que Paris 
seul a dépassés ». 

Pendant qu'il présidait lui-même cette Société, en 
1879 et 1880, le docteur Azam n'a cessé de témoigner 
le plus cordial intérêt à l'œuvre de l'enseignement po- 
pulaire qu'elle dirige, et lorsque, en 1879, il eut à prési- 
der, au Grand-Théâtre, la distribution solennelle des 
récompenses, le remarquable discours qu'il prononça, 
et dans lequel, à propos des mérites qui distinguent les 
ouvriers dans l'exercice de leur profession, il insistait 
sur le sentiment du goût « qu'une éducation bien faîte 
agrandit et perfectionne », laissa dans l'esprit de tous 
une profonde et durable impression. 



• - V - 



— lOI — 

A la Société de géographie, qui Tavait nommé en 1878 
président à vie du Groupe géographique du Sud-Ouest, 
il apporta pendant vingt-cinq années un concours des 
plus utiles et des plus appréciés. Les articles qu'il 
publia dans son Bulletin sur « l'enseignement de la 
géographie dans les écoles de Morcenx », et sur d'au- 
tres sujets témoignent de l'intérêt qu'il portait à 
cette œuvre; mais c'est surtout en sa qualité de prési- 
dent du Groupe qu'apparaissent dans toute leur valeur 
ses longs et éminents services. Pendant' vingt ans il* 
présida sans interruption ses séances publiques an- 
nuelles, et les allocutions qu'il présenta dans ces occa- 
sions, tout en faisant ressortir l'importance de l'œuvre, 
lui donnaient chaque fois l'impulsion nécessaire pour 
une nouvelle étape. 

Ses discours dans des circonstances extraordinaires, 
telles que la venue à Bordeaux de M. de Lesseps en 
1879; le dixième anniversaire de la Société, en 1884; la 
réception de la mission Maistre, en 1893; de même que 
ceux qu'il prononça en 1882 et 1895, à l'ouverture des 
sessions tenues à Bordeaux par le Congrès international 
des Sociétés françaises de géographie, doivent aussi 
être rappelés, car ils se signalaient toujours par une 
sobriété pleine de tact et d'à-propos qui n'en excluait ni 
là distinction ni le charmé. Les deux allocutions qu'il 
adressa le 23 février 1897 et le 25 mai 1899 au regretté 
M. Gebelin et au Secrétaire général en leur remettant 
la médaille de la Société, ne peuvent être oubliées, 
ayant été l'une et l'autre, la seconde surtout, la demièi'e 
qu'il fit entendre à la Société de géographie, empreintes 
d'une affectueuse et touchante cordialité. 

Enfin, Messieurs, pendant vingt-cinq années il a été 
des vôtres, et vous avez encore dans la mémoire les 



— 103 — 

savantes communications qu*il fit à voire Cbrripàghie. 
C'est à vous les premiers qu'il fit connaîti^è les résultats 
de ses principaux travaux, et vous avez pu apprécier 
dans quelle large mesuré il a réalisé les espérantes 
qu'il vous avait données lorsque, sous la présidence 
de M. Vallat, l'Académie l'accueillit pour la Jiremière 
fois à ses séances. 

En 1887, vous l'avez choisi pour votre Président et, 
eti bette qtialité, il eut à prendre la parole soit dàiis 
vos réunions privées pour les réceptions intimes de 
MM. JuUian, Prévôt et Millardet, soit dans vos séances 
publiques pour y recevoir solennellement MM. Julliàri 
et Hautreùx, et vous savez avec quelle charmante bon- 
homie et quelle distinction il s'acquitta de la tâche que 
vous lui aviez confiée; vous vous rappelez surtout l'ab- 
ciièil bienveillant et si paternel qu'il fit en votre nom 
au jeiirié et distingué professeur qui devait devenir son 
gendre et plus tard l'un de vos plus brillants collègues. 

Vous vous souvenez aussi du remarquable discours 
qu'il fit sur « le merveilleux » à votre séance publique 
du 20 décembre 1888. Enfin, il a eu sous sa présidence 
lé triste devoir d'adresser à votre regretté collègue, 
M. le conseiller Brivies-Cazes, le dernier adieu de l' Aca- 
démie, puis de vous rappeler (i) la mort de l'Un de vos 
anciens présidents, Mgr Bellot des Minières, alors évê- 
què de Poitiers, et vous avez partagé l'émotion qu'il 
ressentait en exprimant, avec les regrets de l'Académie, 
ceux qu'il éprouvait lui-même de la perte douloureuse 
de ces camarades et amis de plus de cinquante ans. 

Depuis son entrée à l'Académie, d'autres distinctions 
ou titres honorifiques sont venus prouver ail docteur 

(i) Sëahçe du 12 avriH888. 



_ io3 — 

Azàm ie degré de considération et de haute estime dont 
il jouissait auprès des Corps èavants et des œuvres 
diverses auxquelles il apportait sa collaboration et son 
dévouement. Dès 1876, il était élu correspondat natio- 
nal de TAcadémie de médecine, et vingt ans plus tard il 
obtenait le rare privilège d'en être nommé l'associé 
national; et, dans riritérvàlle, la plupart des Sociétés 
dont il faisait partie tinreftl à honneur de l'avoir pour 
jprésidènt. , 

Telle a été, Messieurs, Ja longue et laborieuse car- 
rière du regretté docteur Azam; en la passant en revUe, 
on est surtout frappé de la somme dé travail qu'il a 
fournie, de la multiplicité des œuvres dont il a été le 
collaborateur, de la variété des études auxquelles il 
s'est livré, donnant ainsi le trop rare exemple, dans 
Une situation de fortune privilégiée, d'une vie utilement 
et nobleinent empiloyée. Médecine, chirurgie, psycholo- 
gie expérirhehtslle, enseignement, agriculture, archéo- 
logie, géographie, arts, ont trouvé une large place dans 
ses préoccupations intellectuelles. Deux fois dans sa Vie 
il a eu l'honneur d'être un précurseur, la joie d'assister 
après une longue attente au triomphe des idées qu'il 
avait soutenues, et cependant sa modestie n'en fut point 
altérée. 

C'était liri sage. Sous une apparence plutôt froide, le 
docteur Azartl cachait des trésors de bienveillance, de 
iJonté, de simplicité que connaissaient si bien ses inti- 
flies et tous ceux qui l'otit approché d'assez près pour 
apprécier ses belles et solides qualités. S'il êe livrai! 
peu, il était persévérant dans ses sympathies et dans 
ses amitiés et n'aVait jamais un mot désobligeant pour 
personne. Aussi, le 19 décembre 1899, les nombreuses 
aflëctioils qu'il s'était acquises dans toutes les blaéses 



— io4 — 

de la société vinrent-elles se grouper autour de son 
cercueil pour rendre un dernier hommage à sa vie si 
honorablement remplie et prouver aux siens, qu'il lais- 
sait dans le deuil et dans les larmes, combien leur 
douleur était partagée. 

Messieurs, puisque vous avez daigné faire à un mo- 
deste représentant de l'enseignement technique le grand 
honneur de l'admettre dans vos rangs, vous voudrez 
bien lui permettre de vous donner ici quelques détails 
sur les progrès accomplis dans notre pays par cet 
enseignement depuis 1870. 

Pris dans son acception la plus large, et d'après la 
définition qu'en a donnée, en 1889, le Congrès de Paris, 
« renseignement technique a pour objet l'étude des 
Arts et des Sciences en vue de leur application à une 
profession déterminée. Il peut comprendre deux parties 
distinctes : l'une théorique, l'autre pratique et faisant 
appel aux exercices manuels; à cette dernière ressortit 
plus particulièrement l'apprentissage. » 

Cette définition, d'une rigoureuse exactitude, aurait 
certainement le défaut d'étendre un peu trop loin les 
frontières de l'enseignement technique, si le Congrès 
n'avait en, même temps émis le vœu que « dorénavant, 
dans le langage international, les mots enseignement 
technique, lorsqu'ils ne sont suivis d'aucune épithète, 
désigneront l'ensemble des deux enseignements indus- 
triel et commercial ». Ce seront donc ces deux ensei- 
gnemonis, et surtout l'enseignement commercial, qui, 
si vous le voulez bien, retiendront encore pendant quel- 
ques instants votre bienveillante attention. 

Avant 1870, l'enseignement technique était déjà, mais 
principalement au point de vue industriel, as$ez large- 



— io5 — 

ment organisé. Il avait à son sommet le Conservatoire 
des Arts et Métiers, remontant à 1794, célèbre à la fois 
par ses riches collections et par son haut enseignement 
qui en font la première des écoles françaises pour 
l'application des connaissances à l'industrie. Auprès 
de lui, l'Ecole centrale des Arts et Manufactures, qui 
date de 1829, et dont ses fondateurs firent, en 1857, 
donation à l'Etat, formait des ingénieurs pour toutes 
les branches industrielles, et, au-dessous, correspon- 
dant à l'enseignement secondaire, les trois grandes 
Ecoles d'Arts et Métiers d'Angers, de Châlons-sur- 
Mame et d'Aix, ouvertes en 1804, 1808 et 1863, prépa- 
raient pour la même carrière et par une solide instruc- 
tion de bons contremaîtres et d'habiles chefs d'atelier. 
Un établissement spécial, l'Ecole d'horlogerie de Cluses, 
qu'avait fondé en 1848 le gouvernement sarde et qui 
était devenu français après l'annexion de la Savoie, 
en 1860, complétait avec les précédents l'ensemble de 
nos établissements nationaux d'enseignement industriel. 
Autour d'eux rayonnaient, principalement dans les 
grandes villes et dans quelques centres industriels, une 
^cinquantaine de fondations spéciales, dues soit à des 
municipalités, soit à des associations ou à des particu- 
liers, et dans lesquelles l'instruction technique, à des 
degrés très divers, était donnée, non sans succès, dans 
des écoles de jour ou dans des cours du soir aux jeunes 
gens et aux adultes de la classe ouvrière. Les plus 
anciennes de ces fondations sont l'Institut des Frères 
des écoles chrétiennes, la Société libre d'éducation de 
Rouen, la Société créée à Paris pour l'encouragement 
de l'industrie nationale et la Société Philomathique de 
(Bordeaux, qui remontent à 1789, 1790, 1802 et 1808. 
L'enseignement était surtout dirigé vers les connais- 



— io6 — 

sances professionnelles et leurs applications générales; 
quelques écoles cependant, comme TEcole de dentelle 
de Bailleul et TEcole dés maîtres coiffeurs de Lyon, 
étaient plus spéciales. 

L'enseignement commercial, dû contraire, n'était ré- 
présenté que par les six écoles suivantes : 

Deux écoles supérieures : celle de Paris et celle de 
Mulhouse; deux écoles d'enseignement moyen : TEcole 
conimerciale dé Paria et l'Ecole de commerce pour 
jèuiiës filles de Lyon. 

Enfin, deux écoles pliis spéciales : TEcole Pigier de 
Paris et l'Ecole pratique de commerce et de comptabilité 
de Lyon. 

Quelques cours commerciaux et de langues vivantes, 
notamment ceux de l'Assôciatiori des comptables du 
coinmerce et de l'industrie du département dé la Seine, 
complétaient, avec ceux de la Sdciété Philomathiquëi 
et ceux qui ont été organisés en ISfeSl par la Chambre 
syndicale dés employés de commerce de Boî'dëaux, 
la part prise dans tiot^è enseignement, avant 1870^ par 
les études commerciales. Mais après la guerre, dans le 
mouvement d'opinion qiii se manifesta en faveur des 
nombreuses réformes reconnues nécessaires au relève- 
ment économique de notre pays, celles qui cohcemaierit 
l'instruction, et plus particulièrement l'enseignemerit 
technique, ne furent point oubliées. 

Les principaux changements introduits dans les éta- 
blissements d'enseignement supéi^ieur industriel se bor- 
nèrent, d'ailleurs, pour le Conservatoire des Arts et 
Métiers, à la fondation de chaires nouvelles et à dés 
modifications de réglementation dont la plus heureuse 
fut celle qui accorda à cet établissement là persbnnaHté 
civile; et pour l'Ecole centrale des Arts et Manufacturés^ 



— 107 — 



qiiî se trouvait trop à l'étroit à l'hAtel de Jùigrié, qu'elle 
occupait depuis sa fondation, à sa tt'arislation dans ses 
magnifiques locaux actuels dé la riiè Montgolfier. 

Dans l'enseignement secondaire officiel, les réforitieè 
furent plus considérables. Elles se signalèrent particu- 
lièrement par des remaniements de programmes pour 
les mettre en harmonie avec les progrès de l'industrie 
et (tirent complétées par la création d'une nouvelle 
école d'Arts et Métiers, celle de Lille, et par la trans- 
formation, plus récent*?, en école d'Arts et Mélifers, de 
l'Ecole nationale d'ouvriers et contremaîtres de Cluny. 
Enfin, deux écoles d'un caractère particulier, l'Ecole 
(l'apprentissage de Dellys en Algérie et l'Ecole d'horlo- 
gerie de Besancon, furent rattachées, en 1881 et eh 
189i, au niinstère du Commerce et prirent le nom 
d'Ecoles nationales. 

De son côté, l'enseignement primaire industriel a Eté 
institué par la loi du 11 décembre 1880, qui appiela le 
ministère du Commerce à prêter son concours au 
Département de l'Instruction publique pour l'organi- 
sation du travail manuel dans les écoles d'apprentis- 
sage. IJês qu'elle fut promulguée, l'Etat créa successi- 
vement les Ecoles nationales professionnelles dé Vier- 
zbtl, d'Armëhtières, de Voiron et de Nantes, comportant 
trois années d'études primaires supérieures, et dans 
lesquelles une forte part est faite aux exercices iha- 
nuel^. Placés d'abord sous la double autorité du Mi- 
nistre du Commerce et du Ministre de l'Instruction pu- 
blique, fcés quatre établissements, qui contiennent en- 
semble phès de douze cents élèves, ne dépendent plus 
^lie du itiîhistèrfe du Commerce. 

La loi du 11 décembre 1880 avait aussi assimilé aux 
écoles d'apprentissage les établisseniehts publics d'en- 



— io8 — 

seignement complémentaire, dont le programme com- 
prend des cours professionnels, et les avait placés, 
comme les précédents, sous la double autorité des 
ministères du Commerce et de Tlnstruction publique. 
Mais cette situation fut, quatre ans après, modifiée par 
une loi de finances (i) qui lïiit toutes les écoles supérieu- 
res professionnelles dont renseignement était principa- 
lement industriel et commercial, sous la seule dépen- 
dance du ministre du Commerce, et leur donna le nom 
d'écoles pratiques d'industrie ou de commerce. 42 éco- 
les de ce genre, dont 7 pour les filles, existent actuelle- 
ment dans différentes villes et, comme dans toutes les 
écoles primaires publiques, leur enseignement est 
entièrement gratuit. 25 sont à la fois commerciales et 
industrielles, 15 seulement industrielles et 2 commer- 
ciales. Ensemble elles réunissent aujourd'hui près de 
sept mille élèves. 

A ces écoles officielles est venu s'ajouter, depuis 
1870, un très grand nombre d'écoles et dé cours fondés 
non seulement par les Départements, les Municipalités 
ou les Chambres de commerce, mais encore par des 
Associations, Chambres ^ndicales. Syndicats ouvriers, 
Bourses de travail, etc., de sorte qu'il existe mainte- 
nant, au point de vue de l'instruction professionnelle 
des jeunes gens et adultes des deux sexes, des moyens 
d'enseignement très développés pour presque toutes 
les branches de l'industrie. Dans plus de 400 écoles 
ou cours techniques — et dans ce chiffre ne figurent 
pas les nombreux établissements fondés par les Frères 
des écoles chrétiennes et autres communautés reli- 
gieuses, — les connaissances les plus variées et les 

(i) Loi du 22 janvier 1892. 



mieux appropriées aux besoins de leur profession sont 
mises à la portée des élèves. Les hommes y trouvent 
non seulement des cours de dessin appliqué, de stéréo- 
tomie, de menuiserie, charpenterie, forge et ajustage, 
serrurerie, modelage, etc., ou ceux de mécanique, de 
chauffage, conduite et entretien de machines, mais 
encore des cours de robinetterie et de plomberie, de 
fumisterie et de charronnage; des cours d'horlogerie, 
de bijouterie et de ciselure ; de tissage, de bonneterie 
et de coiffure ; des cours pour tailleurs, pour passemen- 
tiers, cordonniers, selliers, etc. Ils peuvent y suivre 
aussi des cours de photographie, de typographie, de 
reliure et de dorure; des cours de meunerie, de boulan- 
gerie et de brasserie, etc., et, de leur côté, les femmes 
y trouvent en grand nombre des cours de coupe de 
vêtements, de lingerie, de broderie, de couture et de 
raccommodage, de repassage, de buanderie, d'éco- 
nomie domestique, de pâtisserie, de cuisine ménagère, 
comme aussi des cours de décoration céramique, de 
peinture sur éventails, fleurs artificielles, etc. 

Parmi ces écoles ou cours dus à l'initiative privée, 
l'enseignement commercial s*est fait une large place, 
et s'il s'y trouve souvent, comme dans la plupart 
des écoles pratiques officielles, donné conjointement 
avec l'enseignement industriel, il n'en existe pas moins 
un grand nombre de fondations dans lesquelles on ne 
s'occupe que d*études commerciales. Les matières qui 
y sont le plus généralement enseignées sont la compta- 
bilité, la sténographie et la dactylographie, la géogra- 
phie et le droit commercial, les langues étrangères. 

Dans son organisation actuelle, l'enseignement com- 
mercial ne comporte pas de division correspondant à 
l'enseignement primaire qui, pour cette branche, doit 



— tio — 

rester général. L^enseignement moyen est donné dans 
les écoles pratiques de commerce, dans les sections 
commerciales de quelques écoles priniaires supérieures 
et professionnelles placées sous la loi de 1880 et dans 
certaines fondations privées déjà mentionnées. Quant 
à l'enseignement commercial supérieur, qui antérieure- 
ment n'avait été que trop 4iégligé, c'est sur lui que §e 
portèrent, aussitôt après 1870, les premiers efforts. 
Grâce au concours des Départements, des Municjpajjtés 
et des Chambres de commerce, et souvent h rinitjative 
de groupes de négociants, des écoles supérieures de 
commerce furent successivement créées au Havre et çi. 
Rouen en 1871, à Lyon, à Lille et à Marseille en 1872^ et 
à Bordeaux en 1874. L'Ecole de Lyon n'était, (J'^tilleurs, 
que l'ancienne école de Mulhouse, qui fut transportée 
dans cette ville avec tout son personnel. Deux de pe9 
écoles, celles de Lille et de Rouen, disparurent tputefqjs 
après quelques années. La Chambre de commisrcp ç^e 
Paris fonda depuis, en 1881, l'Ecole des Hautps Etudes 
commerciales, et un groupe de négociants, en 1884, 
l'Institut commercial de Paris, qui a particulièrement 
pour objet la préparation au commerce d'exportation. 
Toutes ces écoles étaient indépendantes de l'Ptat, 
qui se bornait à donner à la plupart d'entre elles dp§ 
allocations sous forme de bourses ou quelques subven- 
tions. Mais en 1889, lorsque fut promulguée la Ipi mili- 
taire qui accordait la dispense d'une année de servipj? 
aux élèves diplômés des écoles supérieures de com- 
merce reconnues par l'Etat, elles demandèrent et obtin- 

• 

rent leur reconnaissance et, depuis cette date, le minis- 
tre du Commerce, sous l'autorité duquel elles furent 
placées, exerce sur l'application de leurs programipe? 
et la délivrance de leurs diplômes un contrôle perpia- 



— m — 

nent. Le nombre des écoles supérieures de commerce 
reconnues augrnenta, d'ailleurs, rapidement. En 1892 
et 1896, les écoles de Lille et de Rouen furent d'abord 
reconstituées, puis cinq écoles nouvelles furent fon- 
dées : h Nancy et Montpellier en 1897; Dijon et Nantes 
en 1900, et Alger en 1901; de sorte qu'il existe aujour- 
d'hui 14 écoles de ce genre^ayant un effectif d'environ 
1,500 élèves. 

Toutes ces institutions sont actuellement régies par 
le décret du 11 juin 1898 et l'arrêté ministériel du 
23 mars 1899 qui les soumettent à des dispositions com- 
munes réglementant les concours d'entrée, les condi- 
tions d'attribution des JDourses de l'Etat, l'enseignement 
et le régime des études, le régime disciplinaire, les exa- 
mens et la délivrance des diplômes. Leurs programmes 
ne sont pas cependant identiques; si toutes ces écoles 
ont des cours de commerce et comptabilité, de langues 
anglaise, allemande et espagnole, de marchandises, 
d'histoirp du commerce, de géographie économique, 
de législatipp commerciale, maritime et industrielle, de 
législation ouvrière, fiscale et douanière, d'économie 
politique et de calligraphie, il existe des matières qui 
ne sont prqfessées que dans certaines d'entre elles, et 
dont la plupart se rapportent plus spécialement aux 
besoins de la région. C'est ainsi, pour ne signaler que 
'fis plus caractéristiques de ces dernières, que des 
cours d'armements maritimes ne sont donnés qu'au 
Havre, Marseille, Rouen et Bordeaux; d'italien qu'à 
Lyon jBt Marseille; de russe qu'à Nancy et Marseille; 
de grec moderne qu'à Marseille, et d'arabe qu'à Alger. 
.C'est encore ^insi qu'il y a seulement à Lille un cours 
de chimie organique; à Rouen un cours de microscopie 
cpmmercjaîp; à Montpellier un cours d'industrie et 



commerce des soies, et à Lille un cours de commerce 
des textiles, etc. On trouve de plus, à Lyon, des sec- 
lions pour le commerce des soieries et pour les produits 
chimiques, et, à Marseille, une section de la marine 
marchande. Enfin, dans ces dernières années, rensei- 
gnement colonial a été introduit à TEcole de Lyon et 
à TEcole de Marseille, qui" en a fait, en 1900, Tobjet 
d'une section à part. Suivant l'exemple de cette der- 
nière, l'Ecole de Bordeaux est elle-même en instance 
pour avoir, à la rentrée prochaine, sa section coloniale. 

Il ne suffisait pas. Messieurs, de créer et de multi- 
plier des écoles, il fallait aussi se procurer les maîtres 
nécessaires. Cette obligation présentait pour l'ensei- 
gnement technique secondaire quelques difficultés. Le 
ministère du Commerce les a tranchées en instituant, 
en 1892, des concours pour l'obtention de certificats 
d'aptitude au professorat de l'enseignement commercial 
et au professorat de l'enseignement industriel; puis, 
en fondant pour la préparation des candidats trois 
sections normales qui fonctionnent actuellement, la 
première à l'Ecole pratique du Havre, pour préparer 
au professorat dans les écoles pratiques de commerce 
et d'industrie de jeunes filles; la seconde à l'Ecole des 
Arts et Métiers de Châlons pour les écoles pratiques 
d'industrie, et la troisième à l'Ecole des Hautes Etudes 
commerciales, pour la formation des professeurs de 
commerce et de langues étrangères des écoles prati- 
ques de commerce. 

Quant à l'enseignement technique supérieur, il re- 
crute facilement et sans qu'il soit besoin d'une organi- 
sation spéciale, son personnel enseignant soit parmi les . 
personnes compétentes ayant une situation dans l'indus- 
trie ou dans les affaires, soit parmi les membres ou 



— ii3 — 

anciens membres de l'Université, soit encore parmi les 
anciens élèves diplômés des écoles supérieures techni- 
ques. Il y a lieu, cependant, de signaler, comme ayant 
rendu, à l'origine, de grands services à l'enseignement 
commercial, le Comité d'encouragement des études 
commerciales en France, qu'a fondé M. Bamberger 
en 1871. Ce Comité, qui fonctionne encore, accorde 
des bourses de voyage et de séjour aux maîtres de 
l'enseignement secondaire, pour faire un stage dans des 
maisons de commerce, en vue du professorat dans 
l'enseignement supérieur commercial. 

Il fallait aussi s'occuper des élèves à leur sortie 
des nouvelles écoles, leur venir en aide pour la recher- 
che d'une position, soutenir en attendant qu'ils trouvent 
un emploi les camarades nécessiteux, et cette tâche 
a été utilement remplie par les Associations amicales 
fondées de tous côtés par les anciens élèves de ces 
établissements. La première de ces Associations, en ce 
qui concerne l'enseignement commercial supérieur, a 
été l'Union des anciens élèves de l'Ecole supérieure de 
commerce de Paris, fondée en 1872; peu à peu, toutes 
les écoles similaires ont suivi cet exemple et, après 
avoir reconnu les avantages qu'offriraient à leurs adhé- 
rents un groupement de leurs efforts et de leurs inté- 
rêts, elles ont fondé entre elles en 1898, à l'instigation 
de celle de Paris, l'Union des Associations des anciens 
élèves des Ecoles supérieures de commerce reconnues 
par l'Etat. Cette Union, que préside avec une haute 
sollicitude M. Jacques Siegfried, l'un des fondateurs 
des écoles de Mulhouse et du Havre, réunit aujourd'hui, 
à l'exception d'une seule, l'Ecole des Hautes Etudes 
commerciales, qui a préféré rester officiellement en 
dehors de ce groupement, toutes les écoles supérieures 

1903 8 



- ii4 - 
de commerce existantes, et elle rend tes plus grands 
services à ses adhérents. 

Enfin, Messieurs, il fallait encore procurer aux diplô- 
més de renseignement technique les moyens de faire un 
apprentissage commercial ou industriel dans nos colo- 
nies ou à rétranger et contribuer, par des encourage- 
ments effectifs, à favoriser pour certains d'entre eux: 
leur établissement hors de France. De nombreuses 
bourses de voyage ou de séjour ont été créées dans ce 
but depuis 1870. Les premiers diplômés des écoles 
supérieures de commerce ont pu ainsi chaque année, 
grâce aux libéralités de leurs fondateurs, et principale- 
ment de leurs Chambres de commerce, obtenir les sub- 
sides nécessaires pour leurs voyages d'études; mais 
cette institution a été complétée par T initiative privée et 
par le ministère du Commerce. On doit à la première 
la bourse Justin Worms, que déUvre chaque année la 
Chambre de commerce de Paris. De son côté, le minis- 
tère du Commerce met annuellement au concours, 
depuis plus de quinze ans, des bourses industrielles et 
des bourses commerciales de séjour à l'étranger, dont 
la valeur maximum peut atteindre trois ou quatre mille 
francs, et qui sont renouvelables pendant deux années 
si les boursiers méritent cette faveur. Malgré leur petit 
nombre, ces bourses ont déjà produit d'excellents ré- 
sultats. 

Il est, en outre, une Association qui a rendu aussi 
les plus importants services à l'enseignement technique, 
et qui ne saurait être oubliée dans une revue, même 
sommaire de cet enseignement, c'est la Société d'encou- 
ragement, fondée à Paris à la fin de 1883 par la Cham- 
bre syndicale du commerce d'exportation. Depuis près 
de vingt ans, la Société d'encouragement pour le com- 



— ni) — 

merce français d'exportation, dont l'idée première est 
due à l'honorable M. Marc Maurel, alors membre de la 
Chambre de commerce et président de la Société de 
géographie commerciale de Bordeaux, s'efforce de pro- 
curer de nouveaux débouchés à notre industrie natio- 
nale en facilitant le placement à l'étranger ou dans 
nos colonies de jeunes Français reconnus dignes de son 
patronage et justifiant de connaissances industrielles 
ou commerciales. Elle a déjà dirigé vers nos posses- 
sions coloniales et vers la plupart des pays étrangers, 
plus de 550 patronnés auxquels elle a accordé non 
seulement son appui moral, mais encore, le plus sou- 
vent, son concours libéral; et parmi ses patronnés aux- 
quels ont déjà été distribués sous forme de bourses de 
stage, d'avances ou de subsides plus de 365,000 francs, 
elle compte de nombreux anciens élèves des écoles 
supérieures de commerce et de nos autres établisse- 
nients d'enseignement technique. 

Le développement et les succès de cet enseignement 
étaient déjà, en 1886, assez considérables pour décider 
'e gouvernement à créer au ministère du Commerce 
une direction de l'enseignement technique qui dispose 
actuellement, pour les établissements de l'Etat et pour 
•es encouragements à donner aux établissements privés 
«l'enseignement industriel ou commercial, d'un budget 
de près de cinq millions. 

C'est aussi dans cette même année que la Société 
Hiilomathique de Bordeaux organisa dans notre ville 
le premier Congrès international de l'enseignement tech- 
nique, et cette heureuse institution, qui s'est depuis 
continuée par les Congrès de Paris 1889, Bordeaux 
1895, Londres 1897, Venise 1899 et Taris 1900, a donné 
une impulsion nouvelle à cet enseignement et peut à 



— ii6 — 

juste titre revendiquer une bonne part dans ses progrès. 

Il suffit, d'ailleurs, de jeter un coup d'oeil sur les 
trois dernières Expositions universelles de Paris pour 
se rendre compte de Timportance qu'ont eue ces pro- 
grès dans notre pays. 

En 1878, les exposants de l'enseignement technique 
étaient peu nombreux et leurs envois, loin d'être grou- 
pés de façon à permettre des études comparatives, 
se trouvaient disséminés un peu partout et, placés à 
côté de voisins mieux partagés, ils restaient le plus 
souvent inaperçus. 

A l'Exposition de 1889, l'enseignement technique 
avait été plus favorisé. Après avoir été d'abord inter- 
calé dans les classes des enseignements primaire, se- 
condaire et supérieur, on s'était décidé, vu l'impor- 
tance des envois de ses cent huit exposants, à lui faire 
une place à part de 1,200 mètres carrés à l'entrée du 
palais des Arts libéraux, et l'ensemble de son exposi- 
tion « a surpris plus d'un membre du Jury ». 

Enfin, en 1900, l'enseignement technique a pu jouir 
pour la première fois de son autonomie : au Champ-de- 
Mars, il a eu son pavillon spécial, et son exposition a 
été officiellement inaugurée par le ministre du Com- 
merce. Quatre cent trente-neuf exposants y avaient pris 
part, et les travaux et documents exposés s'y trouvaient 
méthodiquement classés et témoignaient par leur nom- 
bre, leur diversité et leur valeur des efforts considé- 
râbles faits pendant les dix dernières années par cet 
enseignement. 

On peut donc affirmer, Messieurs, que l'enseignement 
technique a pris en France depuis 1870 un ample déve- 
loppement et qu'il y a maintenant une véritable orga- 
nisation. Il reste cependant beaucoup à faire pour le 



— 117 — 

mettre à la hauteur des services croissants qu'en atten- 
dent le commerce et Tindustrie. Bien des villes sont 
encore dépourvues d'écoles ou de cours techniques, et 
dans les fondations existantes, bien des réformes appa- 
raissent qui leur assureraient une meilleure utilisation; 
mais ce sera l'œuvre de l'avenir. Ce que nous avons 
particulièrement à retenir aujourd'hui dans les progrès 
de l'enseignement technique, c'est, ainsi que le deman- 
dait mon savant prédécesseur dans sa brochure de 1871, 
l'augmentation croissante des écoles et des cours dus 
à l'initiative privée; c'est aussi l'introduction plus com- 
plète dans leurs programmes des connaissances qui se 
rapportent directement aux besoins commerciaux et 
industriels des localités et des régions. 

A ce double point de vue, le regretté docteur Azam, 
dont la mémoire restera vivante à l'Académie, a mérité 
une fois *de plus le titre de précurseur. 



REPONSE DE M, LE PRÉSIDENT 



A M. MANES 



En rappelant tout à l'heure. Monsieur, les liens de 
parenté et de cœur qui vous rattachaient dès long- 
temps à l'Académie, votre modestie excessive laissait 
volontairement dans l'ombre les titres personnels que 
vous aviez à nos suffrages : c'est à moi qu'il appartient 
maintenant de les exposer devant cet auditoire vrai- 



— ii8 — 

ment intéressé par le discours qu'il vient d'entendre 
Quelqu'un qui a lu toutes vos œuvres a fait de vous, 
en les appréciant, co bel éloge : « Ne demandez pas à 
Tauteur des effets de stvle. Dans toutes ces études, 
il dit ce qu'il veut dire très simplement, très nettement, 
très posément. C'est une rare qualité que de savoir 
écrire une phrase adéquate à la pensée qu'elle exprime 
ou au fait qu'elle énonce : M. Manès a cette qualité 
par-dessus toutes les autres. Puisqu'il est convenu que 
le style c'est l'homme, son style est la simpUcité, l'exac- 
titude, l'honnêteté même. » 

Je me reprocherais d'autant plus de ne pas débuter 
dans l'appréciation que j'ai à faire de vos travaux et de 
votre carrière par cette citation, qu'elle traduit exac- 
tement l'impression que laissent la biographie consx 
ciencieuse et complète que vous venez de consacrer 
au docteur Azam et ces pages oii vous exposez en 
maître l'histoire, les progrès et les destinées de cet 
enseignoment technique qui fut le grand intérêt de 
votre vie avant d'en devenir l'honneur et la récompense. 
Ei ce qui achèverait de vous peindre, c'est la façon 
tout impersonnelle dont vous nous entretenez de l'ins- 
titution sans sortir de ses généralités, si bien qu'il 
faut chercher au milieu des réformes législatives et 
des nombreuses créations dues à des corps constitués 
ou à des groupements privés, pour trouver à son rang, 
sobrement indiquée d'un mot, l'Ecole supérieure de 
commerce et d'industrie, fondée à Bordeaux par le 
Département, la Ville, la Chambre de commerce et la 
Société Philomathique, dont vous êtes le directeur 
depuis le 22 octobre 1873. 

C'est là, Monsieur, le premier et le meilleur de vos 
titres. C'est celui dont vous êtes le plus justement fier. 



- 119 — 
C'est par lui que vous avez conquis une notoriété qui 
n'a même plus pour limites les frontières de la France; 
et, lorsque vous signaliez à notre attention l'impulsion 
donnée à l'enseignement technique par les Congrès 
internationaux, nous nous souvenions à propos, sup- 
pléant ici encore à votre silence, que le Comité per- 
manent qui organise ces Congrès yous a depuis long- 
temps nommé son secrétaire. 

Il y aurait présomption de ma part à revenir sur ce 
que vcTus avez dit au sujet de l'enseignement commer- 
cial supérieur et à constater après vous ses rapides 
progrès et son utilité. 

A une époque oii la concurrence effrénée, la produc- 
tion intensive jusqu'à Texcès, la rapidité des communi- 
cations et la facilité des échanges déjouaient toutes les 
traditions anciennes et exigeaient impérieusement de 
nouvelles méthodes, les peuples ont compris qu'il était 
temps d'introduire dans l'enseignement du commerce 
des innovations analogues à celles que les découvertes 
scientifiques et la transformation de l'outillage avaient 
dès longtemps rendues nécessaires dans l'enseignement 
industriel. De là toute cçtte activité et cette belle ému- 
lation dont vous nous parliez tout à l'heure, se tradui- 
sant depuis trente ans dans notre pays par des fon- 
dations officielles, par la fréquente intervention du 
législateur, par l'association féconde des administra- 
tions locales et des Chambres de commerce, et, enfin, 
par les généreux efforts dus à l'initiative des parti- 
culiers. 

Bordeaux, la ville commerciale entre toutes, devait 
être à la tête de ce mouvement, et, bien avant qu'il fût 
question d'organiser l'enseignement technique, des 
cours commerciaux et de langues vivantes y avaient été 



lao — 



fondés par la Société Philomathique, toujours en 
vedette lorsqu'il s'agît de ravancement des sciences 
ou des progrès du commerce et de Tindustrie. 

Il restait à créer une école supérieure; mais, avant 
tout, il s'agissait de trouver un homme, car nul ne se 
dissimulait l'influence décisive qu'exercerait sur l'ave- 
nir de la nouvelle institution le choix de son premier 
directeur. Il y aura bientôt trente ans, Monsieur, que 
ce choix est fait. Il tombait sur un ingénieur des arts 
(it manufactures qui avait vivement franchi toutes les 
étapes qui conduisent aux plus hautes situations de 
l'industrie. Bien que ses affaires l'eussent autrefois 
retenu longtemps hors de France, il jugeait nécessaire 
de voyager encore et d'étudier sur place les écoles du 
même genre fonctionnant non seulement à Paris, mais 
(m Belgique et en Alsace; et, fort de ce qu'il avait 
observé et confiant dans ses vues et ses idées person- 
nelles, il allait présider à l'une des fondations les plus 
considérables et les plus florissantes qu'ait suscitées 
la faveur légitime dont jouissait à ce moment l'ensei- 
gnement technique. Que dis-je? il allait s'imposer à 
ceux-là mêmes qui avaient été, dans le principe, ses 
initiateurs, et devenir à son tour un modèle que Paris 
et l'étranger nous envieraient bientôt. Quand il n'aurait 
fait que cela, Monsieur, et alors même qu'il n'eût pas 
mérité par d'autres travaux que notre attention se fixât 
sur lui, l'Académie, qui se pique d'encourager tous 
les efforts tendant au progrès de l'esprit humain, ne fût 
pa^ sortie de ses traditions en lui ouvrant ses portes. 

Mais il est une autre œuvre à laquelle M. Manès 
collabore, depuis sa fondation, avec bon nombre d'entre 
vous, mes chers Collègues : je veux parler de la Société 
de géographie commerciale de Bordeaux dont il fut, 



— 121 



dès Tabord, le secrétaire, pour devenir, trois ans plus 
tard, son secrétaire général. 

Il faut lire dans le Bulletin de cette Société — la pre- 
mière incontestablement des revues géographique3 de 
province et qui n'a d'égales que celles qui se publient 
à Paris — les articles que notre nouveau collègue veut 
bien lui réserver de temps en temps. C'est d'abord l'his- 
toire même de la Société résumée dans une série de 
comptes rendus et de rapports, et particulièrement 
dans ceux de 1884 et de 1900, qui embrassent des 
périodes de dix et de vingt-cinq ans. C'est un article du 
plus haut intérêt sur les musées commerciaux. C'est 
un mémoire sur le Congrès d'Alger où l'auteur, emporté 
par son patriotisme, s'élève au-dessus de son habituelle 
correction didactique pour célébrer l'armée et la 
science : « les deux forces qui s'unissent en Algérie 
pour tenir ensemble les grandes assises de la paix «t 
de la civilisation. » Ce sont, enfin, d'utiles pages consa- 
crées au port de Bordeaux. 

Et ainsi tous les ans, et même plusieurs fois par 
chaque année, tantôt le Bulletin de la Société de géo- 
graphie commerciale, tantôt celui de la Société Philo- 
mathique publient de bons et solides articles, toujours 
documentés, toujours intéressants, écrits en un style 
sobre, facile, adapté aux sujets; et l'ensemble de ces 
études forme un bagage équivalant à la matière de 
plusieurs gros volumes et suffisant, à coup sûr, à 
justifier toutes les distinctions. Elles ne vous ont pas 
manqué, Monsieur, puisque, en dehors des récompenses 
telles qu'une médaille d'argent à l'Exposition univer- 
selle de 1889 et d'une médaille de vermeil décernée par 
la Société de géographie commerciale, vous êtes officier 
d'Académie, officier de l'Instruction publique, chevalier 



de la Légion d'honneur et officier de l'ordre du Cam- 
bodge. 

Nous pouvons maintenant interroger sans crainte 
vos antécédents et nous souvenir tout à Taise de vos 
affinités; saluer en passant le nom respecté de votre 
père, rendre hommage à celui de votre savant allié 
M. le professeur Raulin, nous incliner devant le vœu 
suprême du regretté docteur Azam. Nous voilà rassurés 
sur l'entraînement toujours redoutable d'aussi puis- 
santes influences; si elles ont contribué à vous faire 
élire, ce n'est qu'en vous désignant à un choix que 
vous auraient certainement valu, sans elles, vos réels 
mérites, votre vie laborieuse et l'ensemble de vos tra- 
vaux. 

Vous succédez. Monsieur, à un homme dont le nom 
évoque le souvenir d'une de ces brillantes générations 
de médecins que le sol fécond de notre Gironde ne se 
lasse pas de produire. A ceux qui prétendraient que 
Bordeaux est la ville exclusivement matérielle et qui 
contesteraient l'intellectualité de notre race, il serait 
facile de répondre que les Bordelais ont peu de rivaux 
à la barre, et que leur corps médical compte, en tout 
temps, des sommités, c'est-à-dire que dans les deux 
carrières où triomphent surtout l'esprit, l'imagination 
et la science, leur supériorité s'affirme, bien loin qu'ils 
aient à redouter la comparaison. Quels beaux noms 
— pour n'en citer que quelques-uns et au hasard — 
que ceux d'Henri Gintrac, Mabit, Denucé, Oré, Dupuy, 
Moussons, et, parmi eux, s'il en est un qui brille du 
pur éclat que donne la science, c'est bien celui d'Eu- 
gène Azam, Bordelais de naissance, et dont la vie s'est 
tout entière écoulée à Bordeaux. 

On est toujours frappé, quand on considère ces exis- 



— 123 

tences de médecins, de la puissance cérébrale que 
supposent des connaissances aussi vastes et une telle 
variété d'études et de travaux. Cette réflexion s'impo- 
sait, j'en suis sûr, à l'esprit de tous, pendant que vous 
énumériez, presque sans avoir le temps de vous arrêter 
à aucun, les titres du docteur Azam à notre' admiration. 

Alors qu'il professait l'anatomie, la physiologie, la 
chirurgie, la gynécologie et bien d'autres choses encore, 
toutes se rattachant à l'art de guérir; tandis qu'il pu- 
bliait dans cet ordre d'idées et sur les sujets les plus 
divers de nombreuses brochures, et que, pour ne pas 
sortir du domaine de la médecine, il se créait une célé- 
brité par ses expériences et ses théories en matière 
d'hypnotisme, de double conscience et d'altération de 
la personnalité, il trouvait encore le temps de mener 
campagne contre la centralisation excessive de l'ins- 
truction publique, et d'attirer l'attention sur certaines 
réformes utiles, d'après lui, pour faciliter le dévelop- 
pement intellectuel des petits enfants. 

Rien de tout cela cependant n'épuisait son activité. 
Après avoir largement contribué au succès du Congrès 
organisé dans notre ville en 1872 par l'Association fran- 
çaise pour l'avancement des sciences, il s'occupait d'en 
perpétuer les effets salutaires par la création d'un 
Groupe girondin. Il collaborait avec joie à la fondation 
de la Société de géographie commerciale, et en demeu- 
rait jusqu'à son dernier jour l'un des membres les 
plus dévoués et les plus utiles; et cela ne l'empêchait 
pas d'appartenir à la Société d'archéologie et de pren- 
dre à ses travaux une part active ; de faire partie de la 
Société Philomathique et de lui rendre d'éminents ser- 
vices à l'occasion de ses Expositions; de suivre assidû- 
ment les séances de la Société d'agriculture de la 



— 124 — 

Gironde; d'être un des administrateurs de la Société 
des Amis des Arts, et, enfln, de présider notre Compa- 
gnie, vous savez tous, Messieurs, avec quelle dis- 
tinction. 

Par une sorte de coquetterie, il se plut, dans l'exer- 
cice de cette dernière fonction, à se révéler apte aux 
belles-lettres comme il Tétait à Tart et aux sciences, et 
l'Académie n'a pas perdu le souvenir de ses discours 
publics pas plus que de $es allocutions privées. 

Chez lui, l'art de bien dire se résumait dans la défi- 
nition qu'il en a donnée : « Charmer ses auditeurs par 
un langage élevé, présenter à leur imagination des 
tableaux saisissants de vérité, et leur donner, sur des 
sujets qu'ils ignorent, des notions d'un intérêt puis- 
sant. » Il avait horreur de ces <( hommes qui cachent 
sous le charme de la parole la nullité de leurs pensées 
et de leurs actions », et pour lesquels, nous a-t-il dit, 
« a été fait le proverbe arabe : La parole est d'argent 
et le silence est d'or ». Il s'en distinguait, en tout cas, 
car ses discours sont précis, intéressants, substantiels, 
mais on y chercherait vainement un mot inutile. S'il 
n'a plus rien à dire, il s'arrête, sans se donner la peine 
de recourir à un de ces tours oratoires, décorés du 
nom de péroraison, et qui, dans la réalité, ne sont trop 
souvent qu'une adroite et vaine formule destinée à 
prendre congé de l'auditeur. 

Comme président de l'Académie, le docteur Azam eut 
le rare bonheur de recevoir, en séance privée et plus 
tard solennellement et en public, son fils d'élection. Ce 
serait mal le connaître que de penser qu'il se départit, 
dans cette circonstance, si touchante pourtant, de sa 
sobriété habituelle. Un vœu, une crainte exprimés dans 
chacun de ses discours: «Vous garderons-nous?... 



Puissiez-vous nous demeurer attaché pendant de lon- 
gues années! » furent, avec un peu d'attendrissement 
dans la voix, le seul indice de son émotion paternelle. 
Sa joie était double cependant, car il aimait notre Com- 
pagnie et se réjouissait d'y voir entrer une des plus 
hautes personnalités de ce corps de professeurs dont 
Bordeaux est justement fier, et dont le livre d'or se 
confondra bientôt avec le nôtre. 

Enfin, comme vous Tavez dit, Monsieur, une de ses 
dernières pensées fut pour nous, et de celle-là nous 
garderons une pieuse reconnaissance, puisque c'est à 
elle que nous devons, en partie, le plaisir de vous 
souhaiter ce soir la bienvenue. 



^ ^ 



IjA 



PERDRIX 

: POÈME ORNITHOLOGIQUE 
PAR M. L'ABBÉ A. FERRAND 



« il y a mieux pour le gourmand, 
mais non pour le chasseur. » 

(TOUSSBNEL.) 



I 



Le bon Dieu, parfois trop indulgent à nos vices, 

Pour faire, ici -bas, les délices 

Des braconniers et des gourmets. 
Un beau matin, créa l'espèce « Perdrix »... Mais, 

Craignant à bon droit que, peut-être, 
L'Homme n'eût le fusil indiscret et la dent 

Meurtrière à l'œuvre du Maître, 
Il pensa qu'il serait expédient de mettre 

A l'abri de tel accident 
(Surtout en France, où l'homme est plus indépendant), 
Certain lot de Perdrix rares. 

C'était prudent. 

Et Dieu, lâchant la Bartavelle 
Vers les rocs du Morvan, du Jura, du Cantal, 
Lui fit cacher son nid au flanc du mont natal, 
Avec défense de dévaler de chez elle, 
Sous peine de tomber dans le panneau fatal ; 






— 128 ■— 

Puis, Dieu, plus haut encor, par-delà ravalanche 

Alpestre, dans la neige et sur les glaciers froids 

Poussant le Lagopède à la fourrure blanche. 

En fit le compagnon farouche du chamois; 

Puis, sur ces pics lointains dont le nom seul vous gèle, 

Devant qui le Mont-Blanc même s'humilia, 

Aux cimes de FHimalaya, 
Il accrocha le vol tremblant de la Nigelle... 

Quant aux autres genres «Perdrix», 

De quelque façon qu'on les nomme, 
Comme si pour son goût ils fussent de nul prix. 
Le Créateur les mit à la merci de l'Homme : 
Il prit la « Grise », il prit la « Rouge », et, par milliers, 

Le9 deux espèces pullulèrent 
Et par tous les pays du monde s'envolèrent. 
Quant le Maître aux époux saintement mariés 

Dit : « Croissez et multipliez ! » — 

Et c'est depuis cette heure antique et solennelle 

Que l'on voit tant de Tartarins, 

Au quinze août, inonder les trains. 
Courir à travers champs, boire sous la tonnelle; 

C'est depuis ce jour, ô Berchoux, 

Que tant de Dianes novices 
Accrochent leur péplum aux buissons d'écrevisses. 

Et que Ton aime tant les choux!... 



II 



Dame Perdrix, charnue et de taille ragote, 

Tel un bourgeois que moule une ample redingote, 

S'avance, le bec recourbé. 
L'aile ronde, la queue en bas, le dos bombé. 



— 129 — 

La tribu des « Grises )> se flatte 

D'avoir iris noir, œil de feu 
Cerné d'orangé pâle et sourcil écarlate, 
I^laslron rougeâtre en fer à cheval, tarse bleu, 

Flancs striés de vives maillures 
Et manteau gris zébré de brunâtres rayures : 

Bref, elle a de riches atours, 
IMais modestes, discrets, et, par un art unique 
C^ui lui permet de les dissimuler toujours, 
Dans la gamme roux brun de l'obscure tonique, 
t c'est drapée ainsi qu'en Flandre, dans l'Artois, 
travers la Bretagne, et la Brie, et le Maine, 
/Orléanais, l'Anjou, la Beauce, la Touraine, 
usqu'au fleuve de Loire, en évitant les bois, 
lElle s'en va, courant, volant de plaine en plaine... 

La caste des « Rouges » se plaît 
Aux pays d'en deçà la Loire : 
<Zl'est dans le Gâtinais, la Sologne, qu'elle est 
-Au centre de l'empire où rayonne sa gloire; 

Et c'est bien à tort que le Mans 
I^rélend détrôner Gien dans le cgeur des gourmands. 
Tandis que sa sœur Grise aime les terres grasses 
Ht les larges guérets aux horizons sans fin, 
La Rouge, pour tromper sa faim 
Et reposer ses jambes lasses, 
ïréfère les versants abrupts, vierges encor, 
Xes landes où fleurit la bruyère, et s'endort 
Sous les bouquets de houx piqués de genêts d'or, 
là, quand, pour sa femelle accroupie, elle pose, 
Il fait beau la voir se cambrant. 
Tête haute, l'air conquérant, 
Bec, et jambes, et pieds teintés de rouge rose : 
Un bandeau àe jais, par-dessus ses jolis yeux 
Passe, encadre la joue et la gorge d'ivoire, 

190a 9 



— j3o — 

Et s'égrène, collier soyeux, 
En larmes dont chacune est une perlô ftOiiré. 
Les ailes, le manteau sont unis, roux cendrés, 
Mais les dessous, exquis, s'éclairent, colorés 
De jaune -orangé brun, et, parmi les grisailles 
Du col, des flancs, un beau réseau de fiïïeâ lUdillés 
Rouge brique s'estompe en fdets mordorés... 



III 



La Perdrix, fort agile eh fait de coursé plate. 

Lorsqu'elle se décide à se lever du sol, 

Quoique prompte de l'aile autant que de la patte, 

Paraît gauche et très lourde au vol. 
Aussi, peu voyageuse et d'humeur sédentaire,* 

Elle s'attache au coin de terre 
Où le destin fixa son nid et ses amours. 
La zone environnante est sa Terre promise, 

Le refuge aimé dont toujours,^ 
Aux heures du péril, elle fait sa « remise » : 

Elle en sort, elle y reviendra; 
Elle y naquit «Perdreau », « Perdrix » elle y mourra. 
Et le sol est si bien la demeure qu'elle aime. 
Que la Grise s'y tient collée obstinéinent, 

Et qu'aux rameaux la Rouge même 
Ne se perche qu'aux jours de désespoir extrême, 

Et pour respirer un moment. 

Car, on le devine, craintive, 
Effarouchée, elle est toujours sur le qui-vive : 

Songez donc : quasi point d'amis, 

Et, par contre, que d'ennemis 
Qui courent par les champs ou planent aux espaces. 
Appétits grands ouverts, yeux jamais endormis, 

Hommes, chiens, fauves et rapacesl..» 



~ i3i - 

Il est vrai qii'étitrè soi l'on se rassure uil (/èti : 

Dans le monde d Perdrix », mieux qu'en d'autres; peùt-êtro, 

L'amour familial ne connaît pas un tta^ître : 

Cdmitie aux foyers bénis de Dieii, 
Là, les nids, regorgeant de marmailles nombreuses, 

Aut siliôtis, sous les arbrisseaux, 
Disent à qui Tentcrid que ce sont les berceaux 
Plèîhà de (chansons qui font lés familles heureuses. 

Et tods lès ans, chez la Perdrix, 

Qttarid rèvienhent les jours fleurie, 
Loin des yètix indiscrets jalousement cabhéès. 

Quelles adorables nichées! 
La coiichettè est creusée en terré ; les parois. 
Dont le rebord béant s*encadré d'herbes fraîches, 
Se ouatent cohtre les averses et lès froids 

D'trii matelas de tiges sèfches; 
Et c'è^t iS, tm par un pieusement rangés, 

Qtiè les chèrs œufs, doux et légers, 
Par Tamour maternel s'alignent étages. 

Je cortïpté, étage par étage : 
Côniblëd?... La Rouge eil a seize, pas davantage, 
Et c'est joli, vraiment; mais, c'est presque un abus, 
La Grise va jusqu'à deux douzaines, et plus! 

Pauvre mèret et pourtant, en elle 
Le bè^blh dé fcduver s'allume ; elle s'étend. 
Elle s'étéfld, se rase, ouvré large son aile, 
Et rêve, là, ïiiuette, immobile, écoutant 
Battre âhi fond dé son cœur la fièvre maternelle I 

Le père, au surplus, n'est pas loin : 
Clàtiê par un instinct pieux de la Nature, 
A quelqtiès pas du nid, silencieux témoin 
De ce présent où dort l'éclosion future, 

11 garde et surveille avec soin 

La mère et sa progéniture. 

Et lorsque, enfin, vifs et gentils, 



— l32 — 

En attendant le jour lointain de Tenvolée, 
Avec, au poil follet, leur coquille collée, 
Pêle-mêle, au soleil, sautent les tout petits, 
C'est lui qui dans cet inconnu qui les enivre 

Dirige leurs premiers ébats. 
Et, Tœil ouvert sur les corsaires d'ici-bas, 
Leur apprend le secret de s*aimer et de vivre; 
C'est lui qui leur fait voir la broussaille, et, parmi 

L'épais lacis des jeunes pousses. 

Leur enseigne à fouiller les mousses 
Pour y glaner des vers et des œufs de fourmi; 
C'est lui qui, dans les champs où la moisson ondule, 

Leur montre, à coups de b'ec, comment, 

Le long des tiges de froment. 
On happe tel ou tel insecte qui pullule 
On pique un escargot qui passe lentement... 
Et, ces petits, faut-il un moment les défendre? 
Père et mère autour d eux se hâtent d'accourir, 
Déroutent Tennemi, qui les suit sans attendre. 

Croyant qu'ils vont se laisser prendre. 
Ou, couvrant les pauvrets tremblants d'une aile tendre, 

Tombent avec eux pour mourir!... 

Bref, suivant des chances communes, 
Huit mois durant, parents aimés, enfants chéris 
Partagent à plein cœur, sous les mêmes abris. 

Bonnes et mauvaises fortunes, — 

Jusqu'à l'heure où, promu «Perdrix», 

Maille, comme il a droit de l'être 

Et devenu son propre maître, 
Chaque « Perdreau », nouvel Adam, hors du foyer 
S'en va, chantant, choisir Eve — et se marier... 



— i33 — 



IV 



Choses, bêtes et gens, comme montagnes russes, 
Ont des hauts et des bas — sans compter les travers : 
Poète et fromage ont leurs vers, 
Vieilles filles et chiens, leurs puces, 
Cœurs ^et médailles, leur revers : 

ILes Perdrix, dans la loi, qui régit leur espèce — 
ILoi de monogamie et de haute sagesse — 

Ont un point noir et douloureux : 
<!omme les « perdrillons » éclosent plus nombreux. 

Dans les nids, que les « perdrillonnes », 
31 arrive qu'à l'heure où de leurs « papillonnes » 

Les (( papillons w sont amoureux, 
beaucoup de jeunes gens, faute de jeunes filles, 
It n'ayant jamais lu VAbbesse de Renan, 

Doivent renoncer pour un an 
A fonder sous leur nom de nouvelles familles. 

Mais, célibataires forcés, 
Eux que nul Dieu n'appelle, eux que jamais la Grâce 
N'accompagne devant l'occasion qui passe, 

Us disent qu'ils en ont assez. 
Et, comme un froc, jetant la pudeur aux orties. 

Chez les époux ou fiancés 
Voisins, au cœur des paires les mieux assorties. 
Us sèment les soupçons et les antipathies, 
Et font pour brouiUer tout des efforts insensés : 

De là, bientôt, d'aigres querelles 
Entre mâles jaloux et folles chanterelles ; 

De là, d'inévitables chocs 

Entre coqs jeunes et vieux coqs. 
Et des duels, suivis de fuites clandestines. 
Et des enlèvements tapageurs de Sabinesl 



— ,34 - 

Parfois, tel soupirant peureux, 
Évincé, le matin, par l'époux légitime, 
Se glisse, nuit tombante, au sanctuaire intime. 
Et, des pattes, du bec, assassinat affreux 
Dont toute une couvée innocente est victime. 
Brise l'espoir germant sous la coque des œufs, 
Et, loin de là, les pieds encor teints de son crime. 
Sans un remords au cœur s'en va dormir — heureux!. 

Er^fin, en Apût, de guerre lass.e, 
N'ayant plus un atout dans leur jeu, Tœil battu. 
Les insurgés se résignent, et, tête basse, 

Font de nécessité * vertu : 
On les voit, syndiqués sous des règles austères. 

Faire bande à part, solitaires^ 
Se grouper et courir le monde tristefment. 
Attendant la mort, ou, qui sait? Theurjeux moment 

Qui les dédommagjB amplement 
D'être restés tout un printemps célibataires... 

Hélas! combien d'entre eux qui rêvent, sans songer 
Que rêve d'avenir est rêve mensonger! 
Combien dont l'espérance, un beau matin, s'envole, 
Et qui, parés, le soir, dans le garde-manger. 

Pour la broche ou la casserole, 
Parmi les croûtons d'or où leur aile risgole^ 
Entrelacent aux choux le bouquet d'oranger! 



SlANCE PUBLIQUE 



DU 28 DÉCEMBRE 1903 



PréKdtniBf A* V. B. CUVBL, Préiid«at. 



Une très nombreuse assistance où se confondent 
l'8iï>mée, le clergé, l'Université, les associations 
sG^îcntifiques. artistiques et littéraires, la magistra- 
ttiï^e, le barreau, le haut commerce et la politique, 
aiiiàsi que beaucoup de dames en élégantes toilet- 
^S j g?ifmU jusqu'aux plus li^uts gradins, le g^£^nd 
^rçipljitlip^fre de l'Athénée. Parqai les personnalités 
Pr^sei^tes pn remarque M. Je général ep chef Ppul- 
'é^ii, UJse ye^ve froment, M"* Frpmept, coipte et 
coïptesse de MarcpUus, M. le D'' Ç|]aleix-Yiyj[^, 
viiciomte et barpn d^ Pelleport-Biirète, M. Clabrit 
GO|Dservateur dij Musée de peinture et de sculp- 
ta* re, p|;ç. 

Son Éminence le Cardinal et M. Lutaud, préfet 
d^ la Gironde, se sont fait excuser. 

La séance est ouverte à huit heures et demie 
^^r un discours dans lequel M. Clavel, président, 
évoque la mémoire de Deschamps, l'éminent ingé- 



— i36 — 

nieur qui a attaché son nom à la construction du 
pont de Bordeaux. M. le Président donne ensuite 
la parole à M. de Bordes de Fortage, secrétaire 
général, pour le rapport de tradition sur les tra- 
vaux et les événements de Tannée académique 

1902. 

M. de Loynes, ayant obtenu la parole, prononce 
son discours de réception. L'érainent récipiendaire 
fait en termes élevés l'éloge de son prédécesseur, 
M. le vicomte de Pelleport-Burète, qu'il envisage 
surtout comme citoyen dévoué à son pays et à 
sa cité, et administrateur, fondateur ou président 
d'associations philanthropiques et de solidarité 
sociale. 

M- le Président répond. Il rend hommage aux 
mérites éminents du juriste, du philanthrope et du 
savant qu'est M. de Loynes, et donne la parole à 
M. leD'de Nabias, lequel, en un discours empreint 
d'une émotion discrète et délicate, fait revivre 
l'humaniste distingué, le professeur dévoué, le 
poète et le lettré de haute valeur, le parfait 
académicien, l'homme de bien et le dévouement 
à toutes les nobles causes, que fut Théodore 
Froment. 

M. Clavel loue à son tour, en M. le D' de Nabias, 
le savant de grand mérite, l'administrateur et 
l'écrivain charmant et délicat. 



- i37- 

Tous ces discours ont un succès qui se traduit 
par les chaleureux applaudissements de l'assis- 
tance. 

Le Secrétaire général proclame ensuite les 
résultats des concours de 1902. Au bruit des 
acclamations, les lauréats viennent recevoir leurs 
récompenses des mains de M. le Président et des 
membres du' Bureau. 

Puis, en. quelques mots aimables, M. le Prési- 
dent remercie l'assistance qui n'a pas hésité à 
braver les rigueurs de la saison, pour répondre 
à l'invitation de l'Académie. 

La séance est levée à onze heures et demie. 

Le Secrétaire général, Le Préiidentf 

L. DE BORDES DE FORTAGE. G. CLAVEL, 



f 



DISCOURS D'OUVERTURE 

Par M. CLAVEL, président. 



Il y a quelque huit ans, j'assistais, en séance privée 
de rAcadémie,, à la réception d'un nouvel élu. Celui-ci 
s'était présenté dans l'attitude modeste qui convient à 
tout membre récemment admis au sein d'une docte 
assemblée. II lut un petit discours où il s'était évertué, 
en un style qu'il croyait académique, à remercier la 
Compagnie de ses suffrages, à se déclarer, selon 
l'usage, indigne de l'honneur qui lui était fait et à 
promettre de justifier cet excès de bienveillance par un 
zèle et un dévouement à toute épreuve. 

Son allocution produisit un certain effet; nous devons 
en croire le président d'alors qui joignait aux préro- 
gatives de ses hautes fonctions celles que donne une 
vieille amitié. Et vous savez que les amis ont le droit, 
dont ils se font volontiers un devoir, de dire toute la 
vérité. Dépouillée des fleurs et des louanges habituelles 
en la circonstance, la réponse présidentielle laissait 
discrètement percer cette réflexion : Vous êtes plus 
familiarisé avec les chiffres qu'avec l'art de la parole; 
je n'en veux pour preuve que la brièveté de votre dis- 
cours. 



— i4o — 

Notre nouvel élu sentit tout le bien fondé de la c 
tique et, faisant, ce qu'il avait eu grand tort de néglig 
jusque-là, son examen de conscience, il se trouva bies=^ 
obligé de reconnaître, au fond du cœur, cette indigni 
dont il n'avait parlé que du bout des lèvres. Au^ 
jura-t-il, mais un peu tard, d'éviter avec soin toutes le 
occasions de prononcer des discours. 

Hélas! la fatalité s'acharnait après lui; e*. voilà qu'ur 
jour la trop bienveillante sympathie de ses collègueî 
lui imposa la présidence de l'Académie en même tempj 
que la mission de prendre la parole dans maintes cir 
constances solennelles et notamment dans une de c- 
séances publiques qui sont ordinairement l'occasion d 
beaux discours, à la grande joie des amateurs du bien, 
dire. 

Supposez que le malheureux académicien dont je 
viens de vous résumer les tribulations soit le président 
d'aujourd'hui, pénétrez-vous de ses angoisses et ré- 
servez-lui les trésors de votre indulgence. 

Puisque la tradition veut que cette séance débute par 
une allocution présidentielle, permettez-moi d'expli- 
quer ou d'excuser en quelques motsi le choix de l'Aca- 
démie qui m'a porté à cette place. 

Notre Compagnie ne s'attache pas seulement à en- 
courager les œuvres brillantes de l'esprit qui séduisent 
et qui charment. Elle considère que la vie des sociétés 
est faite de plusieurs sortes d'éléments, d'ordres moral, 
intellectuel et matériel. A ce dernier point de vue, 
elle s'est de tout temps intéressée à ce qui peut favo- 
riser les progrès du commerce et de l'industrie, et elle 
s'est plu en particulier à stimuler les travaux des fonc- 
tionnaires qui ont dans leurs attributions l'améliora- 
tion et l'entretien des voies de communication. Il fut 



- i4i - 

me une époque où, les subventions des pouvoirs 
puWics lui permettant des largesses, elle distribuait 
oliaque année, dans une cérémonie solennelle, des ré- 
ooinpenses aux maires et aux agents de tout ordre, 
ingénieurs, agents voyers, cantonniers, qui s'étaient 
fait remarquer par leur zèle et avaient contribué à la 
construction des routes et des chemins dans le dépar- 
tement de la Gironde. 

Bans le même ordre d'idées, elle a jugé bon, à côté 
des poètes, des littérateurs, des savants, des artistes, 
d'appeler à elle des administrateurs, des hommes de 
science appliquée et, parmi eux, des ingénieurs. Vous 
voyez par quelles raisons générales, et non person- 
nelles, a été dicté le choix de l'Académie. 

ftuand on dit de quelqu'un qu'il est ingénieur, on 
li'a guère défini ses fonctions. Les sciences appliquées 
embrassent une telle somme de connaissances, lesi in- 
dustries auxquelles elles ont donné lieu comportent des 
branches si multiples et de natures si diverses que forcé- 
nneiit, ici comme ailleurs, se sont établies des catégories. 
-Autrefois, sans doute, avant les invraisemblables 
progrès qui ont. marqué le xix* siècle et transformé 
la. vie économique des peuples civilisés, un même 
homme, armé d'une forte instruction générale, pouvait 
prétendre à exercer ses talents sur un champ de vaste 
étendue et de cultures variées; mais, à l'heure actuelle, 
il n'en est plus ainsi. Chaque parcelle du domaine 
sdentifique renferme des richesses considérables. Il 
n'est au pouvoir de personne de les acquérir toutes 
et il importe, d'autre part, qu'aucune d'entre elles ne 
i^ste improductive. Pour ce double motif, force a été 
de restreindre la surface mise en valeur par chacun 



— i4a — 

et de diviser le travail. C'est uiie cons6(|Uétiëé fatale 
de la loi du progrès. 

Ainsi est née la disllnctioii (|ui s'est faite ëiitre Ih^' 
nieurs des ponts et chaussées, des minés,- . des cUëiiiiiié 
de fer, des constructions navales^ ingénieurs toêlàllur- 
gistesi agronomes, électriciens, etc... 

Ce n'est pas à dire, feependant, qu'il existe eiitrë 
ces diverses catégories des barrières îhtranchissàbles. 
Bien loin de là; l'ingénieur traiftient digne de ce nom 
doit jeter un regard curieux sur le» doiflaiiiës voisins 
du sien, s'enquérir des découvertes qui y sont faites et 
en tirer profit pour son art. C'est alfisî seulement 
qu'il remplira pleinement son rôle^ èh sa tenant dâhs 
une sorte de collaboration constante avec les trà^àîf^ 
leurs des autres catégories. Celui qui se confinerait 
dans son métier, le regard borné comme par deâ vi- 
sières, deviendrait alors l'esclave de la routine et né 
marcherait pas avec son temps. 

Comment admettre, par exemple, qu'un ingénieur 
des ponts et chaussées puisse rester étrange^ aiix 
choses de l'électricité, alors que celle-ci ôohititiie lé 
plus merveilleux et le plus souple des agents? Comment 
pourrait-i! se désintéresser des progrès des chéftiîhs 
de fer ou de la navigation, alors qu'il aura pour mis- 
sion de construire des voies ferrées, de créer des ca- 
naux, d'améliorer de^ rivières, de creuser et d*(mtiller 
des ports? Comment négligerait-il la métallurgie, là 
chimie, puisque le judicieux emploi des matériaux qu'il 
doit mettre en œuvre nécessite leur connaissance? 
Pourrait-il enfin rester détaché des choses de Tagrl- 
culture, du commerce ou de l'industrie, sa principale 
fonction étant d'aider à l'expansion et à l'utilisatioA de 
leurs produits? 



— t43 — 

Sa lâche, Vous le Voye:^, est assez cointiléxé. Elle 
l'était certainement mcins autrefois, mais sans être 
ni moins grande ni moins difficile. Sien au contraire. 
De quel esprit inventif ont dû faire preuve les cons- 
tructeurs du temps passé, quelle ingéniosité ôht-ils 
dû déployer pour ctéer certaines dé ces œuvres Im- 
périssables que noua admirons aujourd'hui, et cela 
sans avoii' à leur disposition les. théories qui se sont 
fondées après eux sui» l'expérience même de leurs tra- 
vaux, ni les moyens perfectionnés d'exécution que 
donne l'outillage moderne, ni les ressources financières 
qu'assure l'organisation actuelle de l'Etat! 

Parmi les ingénieurs que l'Académie de Bordeaux 
s'honore d'avoir possédés, de Bitry, Brémontier, Teu- 
lère, Didier, Deschamps, Billaudel, Manès, de Bouche- 
porn, Linder, Fargue, une figure se détache au pre- 
mier plan : c'cîst celle de Deschamps. Je voudrais re- 
tenir un instant votre attention sur elle ou plutôt sur 
son œuvre capitale, pour vous donner la mesure du 
talent, je dirai plus, du génie de nos illustres devan- 
ciers. 

De tous les monuments dont notre cité s'enorgueilht 
à juste titre, il n'en est pas un, je crois, qui impres- 
sionne l'étranger plus vivement que le pont majestueux, 
aux lignes sobres, imposantes et harmonieuses, auda- 
cieusement édifié par Deschamps pour la traversée de 
la Garonne devant Bordeaux. Il n'en est pas qui puisse 
invoquer plus de services rendus; aucun, sans doute, 
n'a nécessité la solution d'autant de problèmes déli- 
cats. 

Sur son emplacement, le fleuve a plus de 500 mètres 
de largeur, le fond du lit est vaseux, affouillable et 
sans consisiance sur une grande épaisseur, ce fond so 



- i44 - 

profile à des profondeurs variables de 6 à 10 mètres 
sous les basses eaux, la marée y produit un reflmc:: 
qui atteint jusqu'à S°*50; la vitesse de Teau, toujours 
rapide, dépasse en temps de crue, 3 mètres par se — - 
conde. 

De nos jours, la construction d'un pont dans de pa — 
reilles conditions serait considérée comme œuvre par- 
ticulièrement ardue; on ne la confierait qu'à un ingé- 
nieur éprouvé, et lei succès de l'entreprise suffirait à 
consacrer la réputation de celui qui l'aurait conçue 
et dirigée. Et cependant conception et direction seraient 
singulièrement simplifiées par nos procédés actuels de 
fondation. 

Mais ces procédés étaient inconnus au début du 
siècle dernier. Auspi, malgré le besoin, depuis long- 
temps ressenti, d'assurer des moyens de communica- 
tions promptes et sûres entre les deux rives de la 
Garonne, était-on encore réduit, il y a moins de cent 
ans, devant Bordeaux, à traverser le fleuve — mar- 
chandises, voitures et gens — dans de fragiles bateaux, 
non sans danger quelquefois, toujours au prix de sujé- 
tions et de retards à peine tolérables dès cette époque. 

L'état précaire de ces moyens de traversée ne pou- 
vait se prêter à des transports rapides de troupes et 
d'approvisionnements vers le midi de la France; aussi, 
lorsque Napoléon voulut faire sentir le poids de ses 
armes en Espagne, ordonna-t-il, sans se préoccuper 
des obstacles à vaincre, la construction d'un pont en 
bois devant Bordeaux. Gomme vous le pensez, grand 
fut l'émoi causé par cet ordre subit. Des projets fu- 
rent immédiatement dressés, mais leurs auteurs ne 
les présentaient qu'en entourant leurs propositions 
des plus expresses réserves et en s'abritant derrière 



— i45 — 

ravis du grand Perronnet qui avait toujours déclaré 
l'entreprise « éminemment douteuse et d'une dépense 
incalculable ». 

Les études se poursuivaient cependant, des essais 
de fondations avaient même été tentés et suivis... d'in- 
succès, lorsqu'en 1813 Deschamps fut placé t la tête 
de ce service. Il avait déjà accompli une brillante car- 
rière; il s'était distingué sur des chantiersi importants 
et avait, de 1802 à 1806, dirigé les travaux de cons- 
truction des grandes routes de traversée des Alpes par 
le mont Cenis et par le mont Genèvre, qui constituaient 
des œuvres de premier ordre exécutées au milieu de 
difficultés quasi insurmontables. 

Les incertitudes de l'entreprise, la crainte d'y com- 
promettre une réputation acquise, auraient fait hésiter 
de moins hardis; Deschamps fut, au contraire, attiré 
par la témérité même de la tâche et il s'y consacra tout 
entier, avec cette ardeur et cette confiance qui « sou- 
» tiennent et exaltent le zèle des collaborateurs, qui 
)) grandissent les intelligences et les portent à la décou- 
» verte des procédés les plus ingénieux, les plus sûrs, 
» les plus parfaits ». 

Un pont en bois ne pouvait constituer une solution 
définitive du problème, ce fut un pont en maçonnerie 
que Deschamps décidai d'exécuter, sans se laisser ar- 
rêter par les difficultés plus grandes d'établissement. 

Au droit de l'ouvrage s'exerçaient des courants obli- 
ques dangereux pour sa conservation; il les redresse 
par la construction d'une digue de 5 kilomètres de lon- 
gueur, qui servira plus tard d'assiette à un chemin et 
permettra la mise en valeur de grandes surfaces de 
terrain. 

Chaque pile devait supporter une charge de 5 mil- 

igoa '® 



é 



— i46 — 

lions de kilogrammes. Pour l'asseoir sur une base s 
iide, il va chercher le fond résistant avec des pilotS 
pénétrant jusqu'à 8 et 10 mètres au-dessous du lit d_ 
fleuve. Pour renJrj ces pilotis solidaires et empocha 
leur déversement, il les entretoise au moyen de ch&is 
sis en charpente et coule, dans les intervalles et toi-: 
autour, des enrochements auxquels est en outre conflB 
le rôle capital de s'opposer aux affouillements. 

Sur les pieux recépés & 4 mètres sous les basses 
eaux, il s'agissait d'édifler des maçonneries. On h 
pouvait songer à couler du béton dans des enceinte -- 
envahies à chaque marée par une eau vaseuse; il to* 
lait bâtir à sec pour bien b&tir. Cette obligation contf 
duit l'ingénieur à faire usage de caissons foncés, n- 
présentant pas moins de 23 mètres de longueur su^ 
7"40 de largeur et 6 mètres de hauteur, qu'il maintien- 
flottants, tout en construisant à l'intérieur les pre 
mières assises, et qu'il échoue ensuite sur les têtes des 
pieux bien arasées à un même niveau, grâce à l'em- 
ploi d'une scie spécialement inventée pour cet objei 
et devenue classique depuis. 

La nature des fondations commandait de réduire les 
charges au minimum; Deschamps forme le corps des 
maçonneries de briques poreuses et légères, et il évidç 
la construction entre les tympans en établissant, au- 
dessus des arches, des galeries qui ont l'avantage d'en 
permettre la visite, qui les mettent à l'abri des infil- 
trations et qu'on a été bien heureux d'utiliser plus 
tard, lorsqu'il s'est agi de poser entre les deux rives 
des canalisations d'eau, de gaz et d'électricité. 

Pour procéder avec certitude et s'assurer que les 
piles ne subirent pas des tassements dangereux après 
le décintrement des voûtes, il décide de leur imposer 



des surcharges provisoires au moins égales au poids 
qui devra finalement peser sur elles; mais en même 
temps il sait s'affranchir des retards que cette judi- 
cieuse mesure semble devoir entraîner, en établissant 
les surcharges au-dessus du premier cours de vous- 
soirs, de telle sorte que rien ne T empêche de commen- 
cer l'édification de la voûte dès qu'il a constaté l'ab- 
sence de mouvements appréciables. 

L'emploi de cintres fixes reposant sur des palées, 
entre les piles, aurait encombré les chenaux navi- 
gables et opposé à l'écoulement des eaux un obstacle 
dangereux; il a recours à des cintres retroussés dont 
les fermes, assemblées à terre, sont transportées sur 
des bateaux et mises en place, d'une seule pièce, sans 
autres appuis que les fondatiqns mêmes des piles. 

Les briques sont rares et chères dans le départe- 
ment de la Gironde; Deschamps en fait faj)riquer sur 
le chantier même, en utilisant le limon déposé par le 
fleuve sur ses bergas. 

Les enrochements sont l'objet de ses préoccupa- 
tions constantes, car c'est sur eux qu'il fonde son assu- 
rance du succès. N'a-t-il pas dit qu'il faudrait graver 
sur une table de marbre : « Ce monument demeurera 
» debout aussi longtemps que les ingénieurs donne- 
» ront leurs soins à la garde des enrochements? » 
Aussi, avec quelle attention il veille à leur mise en 
place! Il ne lui suffit pas de les jeter au hasard; il 
veut savoir où ils sont et comment ils se comportent; 
il y arrive par l'emploi d'une cloche à plonger où l'on 
trouve comme le germe d'où sortira le procédé de fon- 
dation par l'air comprimé. 

Ce n'était pas assez de lutter contre des obstacles 
naturels; les difficultés financières étaient venues s'y 



VX 



— i48 — 

ajouter. Après 1813, les ressources du trésor publi 
étaient presque totalement absorbées par les dépense 
de la guerre; il en arrivait bien peu au pont de Bor — 
deaux et c'est à peine si, jusqu'en 1817, on avait pu - 
édifier quelques piles. L'achèvement de l'ouvrage était^ 
mis en question; on discutait même, et la proposition 
en fut .faite au duc d'Angoulême, sur l'utilité de la 
destruction des fondations déjà exécutées. 

Il se trouva heureusement un groupe de Bordelais, à 
l'espiit clairvoyant, qui comprirent la nécessité de 
terminer rapidement l'œuvre entreprise. Confiants dans 
le génie de Deschamps, entraUiés par l'intelligente ini- 
tiative d'un négociant dont il convient de rappeler ici 
le nom, Balguerie-Stuttenberg, ils formèrent une asso- 
ciation qui prêta au Gouvernement les deux millions 
nécessaires pour continuer la construction interrom- 
pue, donnant ainsi un exemple fécond dont l'imitation 
dota la France de nombreuses et importantes voies 
de communication, à une époque où l'Etat ne dispo- 
sait pas de fonds suffisants pour cet objet. 

Enfin, le 1*' janvier 1822, le pont de Bordeaux était 
livré à la circulation et le Directeur général des Tra- 
vaux publics pouvait écrire à Deschamps : « Votre nom 
» est lié au plus beau monument hydraulique de l'Eu- 
n rope, il vivra dans les siècles. » Qui de nous songe- 
rait à contredire cette parole? 

Ce pont marque une étape dans l'art de la cons- 
truction; il a donné ses moyens d'exécution, ses ma- 
chines et jusqu'à ses plus habiles ouvriers à tous les 
ouvrages qui ont été érigés à sa suite dans les bas- 
sins de la Garonne, de la Dordogne et de l'Adour. 

Le collaborateur le plus intime de Deschamps (Billau- 
del) nous a dit les ressources de ce génie patient et 
souple. 



«Employant sa patience à poursuivre un but sans 
» se laisser jamais détourner, à user les obstacles par 
» sa longanimité, à discipliner les esprits de ses nom- 
» breux collaborateurs, à interroger et à féconder hs 
» intelligences les plus rebelles, à diriger les volontés 
» les plus contradictoires vers le succès de la cause 
» commune. 

» Employant sa souplesse à varier les moyens, à 
» accueillir les modifications que le temps et Tobser- 
» A/ation conseillaient, à procéder par la méthode expé- 
» rimentale qui explore, avance, revient, tourne autour 
» des difficultés, quand elles paraissent infranchissa- 
)> blés, et développe prudemment, par degrés, mais 
» sûrement, toute retendue d'un plan bien arrêté 
» d'avance . » 

Je termine, Mesdames et Messieurs. Le président d'il 

7 s huit ans trouvait dans la brièveté de mon discours 

J^ preuve de mon inexpérience de la parole; j'ai bien 

p^ur que ma trop longue allocution de ce soir vous 

<^c>nduise à la même conclusion. Excusez-moi en son- 

ant que les ingénieurs sont hommes de chantiers 

que l'éloquence n'a que faire avec leur profession. 

Deschamps, sous la protection de qui je veux me 

F^l^er, n'était point discoureur; s'il prenait la parole 

^vi la plume, c'était pour démontrer et convaincre, 

^>^ant d'entreprendre les œuvres qu'il avait méditées. 

Ci^lles-ci accomplies, il les laissait parler pour lui. 

^^ut-être devons-nous le regretter, car, s'il eût écrit 

^ne relation de ses travaux, un exposé de ses mé- 

^t^odes, nous y eussions certainement puisé de grands 

enseignements. Heureusement, les monuments qu'il 

^ous a légués subsisteront à jamais comme autant de 

modèles précieux. 



— i5o — 

Les ingénieurs du wx"" siècle s'en sont déjà maintes 
fois inspirés; ceux des génératioAli nouvelles ne man- 
queront pas d'y recourir à leur tour; ils s'instruiront 
dans cette étude et ils y apprendront en même temps à 
Gonnattre et à admirer leurs a!néa« Fiers de tels devan- 
ciers, épris comme eux de leur art, forts de leurs 
exemples, ils auront à cœur de s'en montrer les di- 

m 

gnes héritiers, et alors de grandes et belles choses 
s'accompliront encore pour le progrès de la science 
et pour le bien du pays* 



RAPPORT GÉNÉRAL 

suf les 

imiUI DE L'àCADKI» DES SCIBKCES. BEllEMETIBES 11 AITS 

DE BORDEAUX 
POUR L'ANNÉE lOO» 

F»r M. DB BORDBS DBS FO&TAâE 

Secrétaire général. 



Messieurs, 

Au moment où je me lève, pour tracer à grands traits, 
sous vos yeux, le tableau des événements et des tra- 
vaux qui remplirent Tannée académique 1902, ma pen- 
sée se reporte, invinciblement, sur celui qui, pendant 
dix-sept années consécutives, résuma ces événements et 
ces travaux devant vous, avec tant de verve et de clarté 
^ la fois, et qui fut, pour chacun de nous, et pour moi 
®^ particulier, plus encore qu'un confrère dévoué, un 
^^^i .bien cher. Le 27 décembre 1902, à cette même 
place, Aurélien Vivie vous exposait, avec sa méthode 
^t sa bonne grâce ordinaires, le compte rendu de Tan- 
^ée^ précédente, et j'entends encore sa voix chaude et 
^yiïxpathique égrener délicatement devant vous, comme 
autant de perles, les gracieuses stances de la jeune 
^Use que vous veniez de couronner. Peu d'instants 
auparavant, vous parlant de la fin récente de notre 
'^^grelté collègue Millardet, il citait, avec le ton d'assu- 
rance que lui inspirait sa foi si vive, ce vers, où Duci? 



ijv. 



— l52 — 

a essayé de résumer les doutes mélancoliques de 
pensée d'Hamlet : 

■ La mort c'est le sommeil... c'est le réveil peut-être ! 

Quelques jours plus tard, un mal perfide, dont 
avait bravé les premières atteintes, pour remplir Is 
devoirs de sa charge et ceux de Tamitié, l'enlevai 
malgré le dévouement des siens et les efforts de 1 
science, à Taffection de ses amis et de ses collègues, 
la tendresse de la famille désolée à laquelle je veux n 
dire, après le discours magistral de M. Roy de Clott( 
et au début de cette séance qui n'entendra plus la voi 
de celui que nous pleurons, que le deuil de TAcadém 
sera aussi durable que son deuil. 

Messieurs, 

Le secrétaire général modèle auquel l'excès de vot 
bienveillance m'impose le pesant honneur de succède 
avait coutume de l'affirmer : « l'Académiei est un foy 
de travail! » L'œuvre académique de 1902 n'egt pas inf 
rieure à celle des années précédentes; une rapide en 
mération va, je l'espère, vous permettre d'en juge 

L — TRAVAUX DES MEMBRES RÉSIDANTS 

Tous nos collègues ont contribué, par leur concoui 
à l'attrait et à l'éclat de nos séances : 

M. Aurélien de Sèze a détaché de nouvelles pag 
de son voyage en Italie. Il nous a fait visiter les musé 
et les galeries de Florence, et nous a décrit, avec l'âi 
d'un artiste, et tout le charme d'un écrivain délicat, qu 
ques-uns des chefs-d'œuvre de Michel-Ange et d'Andr 



— i53 — 

del Sarto. Nous avons parcouru, avec le guide le plus 
capable de nous la faire admirer, la merveilleuse route 
de Sorrente à Gastellamare, et nous sommes, trop vite, 
arrivés ensemble à Naples, célébrée par les ppètes de 
tous les temps. 

M. BouvY a fait une communication, que vous avez 
écoutée avec un très vif intérêt, sur une version ita- 
lîeniïe de la célèbre fable : Le Meunier, son Fils et VAne, 

Qu'autrefois à Racan Malherbe raconta. 

Nos Actes s'enrichiront, grâce à M. Bouvy, d'une remar- 
quable contribution à Tétude de ces fables et de ces 
contes, dont on s'occup-î tant aujourd'hui, et qui se 
transmettent de peuple à peuple et d'âge en âge, sans 
qu'oïl puisse toujours suivre exactement leurs traces, 
^t remonter à leur véritable origine. 

M. Brutails a mis sous vos yeux deux croix de plomb 
trouvées dans des tombes du Sud-Ouest, et datant : 
''une du règne de Philippe P^ l'autre de 1338. Les com- 
• '^^ntaires dont notre savant collègue accompagnait les 
^^lîques qu'il vous présentait, ont attiré toute votre 
attention. 

Le regretté Aurélien Vivie vous a lu Le Bonhomme 
^^ndredij une de ces fantaisies rimées qui échai paient 
^ Sa veine bienveillante et facile, ainsi qu'un travail 
^'un haut intérêt sur le Mobilier et la Bibliothèque de 
^^''^gmaud. Vous vjus souvenez. Messieurs, qu'après 
^^lle dernière lecture, l'Académie, sur la proposition 
^^ MM. JuUian et Démons, émettait le vœu de voir 
apposer, par les soins de l'Administration municipale, 
^^r la maison de la rue du Hâ, n° 41, une plaque indi- 
^^ant que le plus grand orateur de la Gironde à l'As- 
samblée législative et à la Convention nationale, habita 



— i54 — 

cette maison de 1788 à 1791. Je considère comme 
devoir d'ajouter, Messieurs, que, grâce aux procè 
verbaux résumés, par les soins d'Aurélien Vivie, av 
une scrupuleuse fidélité, et une clarté sans égale, vot 
nouveau Secrétaire général a pu rédiger le rapport qu 
a l'honneur de vous présenter ce soir. 

M. Gustave Labât vous a communiqué des notes 
quelques peintures en grisaille de Pierre Lacour fil 
correspondant de l'Institut et membre de TAcadëmi^ 
de Bordeaux, peintures qui ornent les salons d'une d^ 
nos grandes familles de négociants. Notre infatigable e^ 
savant collègue nous a lu, en outre, des lettres précîeu — 
ses pour l'histoire du commerce de Bordeaux et de la-^ 
marine, pendant .la glorieuse guerre de l'indépendance^ 
des Etats-Unis, et nous a encore fait applaudir deâ 
notes inédites sur le maréchal de Mouchy et le peintre 
Lonsing. 

M. Anatole Loquin a continué, d'une voix déjà dé- 
faillante, hélas! la lecture, qu'il n'a pu achever, d'un 
beau travail intitulé : Où vont les morts? travail dont 
l'inspiration élevée et la profondeur philosophique vous 
ont intéressés à un si haut point. 

M. Camille Jullian, s'appuyant sur des textes d'Am- 
mien Marcellin et du Misopogon, a résumé, devant vous, 
une de ces discussions où sa vaste et pénétrante éru- 
dition se complaît, sur la dénomination de Palais, appli- 
quée improprement, affirme-t-il, à certaines construc- 
tions gallo-romaines, le Palais-Gallien de Bordeaux et 
lo Palais des Thermes de Paris, par exemple. Tous, 
Messieurs, vous vous souvenez de l'intérêt que M. Jul- 
lian a su répandre sur cette communication, en vous 
parlant des Thermes de la vieille Lutèce tout peuplés 
encore des souvenirs de l'empereur Julien. 



— i55 — 

Slnspirant, en outre, de l'exemple donné, Tannée pré- 
cédente, avec Tœuvre d'Alexis de Chasteigner, par M. le 
marquis de Castelnau, que les suites d'un déplorable 
accident retiennent encore loin de l'Académie, au très 
gnand regret de tous ses collègues, M. Jullian à dressé 
l'importante bibliographie de M. le D' Azam. L'Acadé- 
mie serait très heureuse qu'un travail, aussi fécond en 
résultats,^ que propre à honorer la mémoire de ceux de 
ses membres que la mort lui aura ravis, fût tenté désor- 
niais pour chacun d'eux. 

Je me hâte de rappeler ici qu'une reconstitution his- 
torique de la plus haute valeur, un très beau livre sur 
Vercingétorix, a mérité à M. Jullian, antérieurement 
élu membre correspondant de l'Institut, une des récom- 
penses les plus enviées de l'Académie française, le prix 
Gobert, destiné à la meilleure étude sur l'histoire de 
France, Notre Compagnie a été aussi fière qu'heureuse 
du succès hors de pair et bien justifié de ce bel ouvrage, 
dans lequel notre cher et éminent collègue a fait revivre, 
si pûissamnient, le dernier épisode de la longue guerre 
^ù sombrèrent l'indépendance et les libertés gauloises, 
^t le vieux héros national auquel il fut donné, en un 
jour qui ne devait pas avoir de lendemain, de voir fuir 
^^Vant lui les aigles romaines. 

M. le D' MicÉ vous a présenté un rapport très com- 
plet et très consciencieusement documenté sur un vo^ 
i^nne de M. le D'' Lalesque intitulé : Cure marine de la 
Vh^tisie pulmonaire. Vous avez voté l'insertion de la 
^ôlle étude de M. Micé dans nos actes. Nous devons en- 
core à M. Micé une note sur M. Marvaud, directeur du 
Service de santé du 18* corps, membre correspondant 
Aô VAcadémie de Médecine, officier de la Légion d'hon- 
ûô\irj mort le 4 novembre 1902,, à Bordeaux. M. Mar- 



— i56 — 

vaud, alors aide-major de notre Hôpital militaire, obti 
à nos concours de physiologie de 1869, une médail 
d'or de 300 francs, pour un important mémoire s 
les Effets physiologiques et thérapeutiques des ingest 
qui excitent au travail et à la veille, question sur laquell 
on ne possédait encore que quelques vagues indications- 
La note de M. le D' Micé conservera, dans nos annales. 
la mémoire d'un savant distingué, trop tôt ravi à 1 
science, et qui obtint, de notre Compagnie, la premier 
de ses récompenses académiques. 

M. le D'Bergonié vous a présenté un portrait de Ro- 
mas, précurseur de Franklin, et qui fut membre associé, 
de l'Académie de Bordeaux au xvni* siècle. Cette image, 
découverte par notre collègue, après de persévérantes 
recherches, au Musée d'Agen, vous a révélé les traits 
inconnus Jusqu'ici de l'illustre savant dont les mémoires 
inédits sur l'électricité, conservés à la Bibliothèque de 
la Ville, seront bientôt, nous l'espérons, publiés par les 
soins de l'Académie. 

Vous êtes encore redevables à M. le D' Bergônié 
d'une étude de physiologie mondaine sur le Vêtement, 
Vous avez entendu, avec plaisir et intérêt, ces pages 
aussi humoristiques dans la forme que savamment 
documentées. 

Sous le titre de Miscellanées, M. de Mégrbt de Belli- 
GNY V0U5 a récité quelques-unes de ces pièces char- 
mantes qui échappent trop rarement à sa verve toujours 
aimable et jeune. 

M. DuRÈGNE vous a fait hommage d'un travail im- 
primé intitulé : Les hautes vallées pyrénéennes et les 
communications franco-espagnoles en 1799, aiièsi que 
de nombreuses cartes et de savoureuses brochures où 
le goût de notre délicat et savant collègue pour notre 



— i57 — 

région arcachonnaise, les excursions de montagne, les 
études préhistoriques et botaniques, s*est donné libre 
carrière, pour notre plus grand profit. 

"Votre Secrétaire général vous a aussi offert un exem- 
plaire de VHistoire véritable, curieux roman de la jeu- 
nesse de Montesquieu, dont il a publié, dans la collection 
des Bibliophiles de Guyenne, une nouvelle et beaucoup 
plus complète édition, d'après un manuscrit qu'une 
bonne fortune, trop rare pour les chercheurs, lui a 
permis de découvrir. 

M. Céleste a remis sur le bureau de l'Académie deux 
brochures : l'une, sur notre compatriote, le célèbre 
financier Nicolas Beaujon; l'autre, intitulée : Un petit- 
fils de Montesquieu en Amérique; deux études documen- 
tées comme notre cher collègue sait les faire, et dont la 
dernière nous révèle, dans le petit-fils de l'auteur de 
VEsprit des Lois, un frère d'armes de La Fayette et de* 
Rochambeau. 

Revenant à d'anciennes traditions qui n'ont, d'ailleurs, 

jamais été entièrement interrompues, vous avez tenu, 

^^ 1902, deux séances publiques. Celle du mois de 

J^in, consacrée, presque en entier, à la réception 

^6 Mm. Durègne et Manès, vous a permis d'entendre 

^6s \obc amies vous parler, avec éloquence, des deux 

collègues que vous aviez perdus : M. le baron de Ver- 

lîeilïx.puyrazeau et M. le D' Azam. Des portraits, tracés 

^vec autant de charme que de vérité et d'émotion, aux- 

?^^ls les réponses de M. le président de Sèze ajoutèrent 

encore quelques traits, évoquèrent, un instant, devant 

^o^s et devant le public qui se pressait à la solennité 

^^- 26 juin, les figures des deux académiciens qui te- 

^^^nt, à des titres divers, mais éminents, une si grande 

place dans votre Compagnie. A la fin de cette intéres- 



— i58 — 

santé séance, M. le chanoine FERRANoa lu un poèiïfc- 
ornithologique sur la Perdrix, et vous avez prodiguS 
ainsi que l'assistance, les plus chaleureux applaudisse 
ments à cette jolie pièce. La seconde de vos séances 
publiques a eu lieu le 27 décembre, avec l*éclat accou - 
tumé. Vous y avez applaudi une éloquente et conscien- 
cieuse étude de M. AuréHenDE SÈZEsur les transforma- 
tions du plaidoyer. Aurélien Vivie vous lut ce rapport 
de 1901, qui devait être le dernier compte rendu qu'il 
prononçait devant vous; M. Bouvy vous retraça ensuite, 
avec un grand bonheur d'expression, la Adèle et très 
vivante image de M. le comte Alexis de Chasteigner. 
Le discours de M. Bouvy et la réponse de M. de Sèze 
ont replacé, pour un instant, sous vos yeux, dans, tout 
son charme fait d'aimable courtoisie et de spirituel 
savoir, le cher disparu. Après ces discours, M. db Tré- 
•VERRET a donné lecture d'une étude pleine d'humour, à 
laquelle vous avez fait, ainsi que le public, le meilleur 
accueil, sur une nouvelle de Rudyard Kippling, le ro- 
mancier anglais en si grande vogue. 

Enfin, Messieurs, quand j'aurai rappelé les nombreux 
et si consciencieux rapports de vos commissions, je 
crois que je n'aurai rien oublié de tant d'œuvres, très 
diverses d'inspirations, mais toutes d'un haut intérêt, 
qui me permettent d'en finir la rapide énumération 
comme je l'ai commencée, en affirmant que l'année aca- 
démique 1902 fut aussi féconde que les précédentes. 

Le 24 avril 1902, vous vous êtes donné un nouveau 
confrère. Seul, M. le D"^ de Nabias pouvait adoucir la 
vivacité des regrets que vous cause la perte de l'inou- 
bliable Froment. Le public a ratifié votre choix. M. le 
Doyen de la Faculté de médecine, physiologiste et nalu- 



— i59 — 

raliste éminent, est encore un lettré de la plus haute 
distinction. Tous, nous avons la certitude de Tentendre 
louer dignement le savant littérateur, le poète délicat, 
P excellent et cher collègue, auquel T unanimité de vos 
suffrages l'appelle à succéder parmi nous. 

Vous avez adressé, le 4 décembre 1902, des félicita- 
tions à M. Lespiault, lequel, élu en 1862, appartient, 
en conséquence, depuis quarante ans à l'Académie, 
où son éloîgnement de Bordeaux Tempôche malheu- 
reusement de siéger. Vous conservez le souvenir de la 
lettre charmante dans laquelle notre cher et vénéré 
doyen, au moins par la date de son élection, a, si 
aimablement, répondu aux vœux sincères que vous lui 
exprimiez. 

Vous vous souvenez aussi que M. Paul Laf argue, se- 
crétaire du Conseil des Prud'hommes, et chargé, par 
M"® Amélie Sarrail, de donner une destination à divers 
objets d'art composant le cabinet du frère de celle-ci, 
f^u M. Adolphe Sarrail, a eu l'excellente pensée de nous 
offrir le buste du statuaire Louis de Goëffard de 
Ma^erolles, œuvre de Prévôt. Vous avez été heureux 
^'assurer à l'image d'un collègue des plus regrettés 
''hospitalité de votre musée, à côté du buste de Verneilh- 
'^^yirazeau, et des remerciements ont été adressés, en 
^^tre nom, à M. Paul Laf argue. 

U m'est doux de rappeler que quatre de nos coUè- 
8^6s ont reçu quelques-unes de ces distinctions dont 
^'^nrichit, d'année en année, le livre d'or de l'Aca- 
*6mie : 

MM. Baillet et Ducaunnès-Duval ont été promus : le 
t^>*emler, officier du Mérite agricole; le second, officier 
^^ l'Iûstruction publique; 

M« DuRËG2f£ a été nommé ingénieur en chef de 



i 



— i6o — 

2* classe, et chargé, dans l'Administration des Post^ ^ 
et Télégraphes de la Gironde, de la direction du service 
de contrôle des installations électriques industrielle^ 
et des études scientifiques et techniques à Bordeaux; et 
tous, Messieurs, vous avez applaudi à des promotions 
et à un avancement que justifient si complètement les 
travaux et les services de nos chers collègues. 

Dans la séance des Sociétés de Géographie et 
d'Océanographie, réunies, le 26 mai, sous la présidence 
de Son Altesse le prince Albert de Monaco, il a été dé- 
cerné à M. Hautreux, au nom de ces deux Sociétés, 
une médaille d'or. Cette distinction flatteuse était bien 
due à Tauteur de recherches et de travaux intéressants 
sur le golfe de Gascogne et le bassin d'Arcachon, ainsi 
que de nombreux et savants mémoires sur les questions 
d'océanographie. 

Pourquoi faut-il qu'après avoir rappelé ces joies, je 
doive évoquer aussi devant vous, Messieurs, les deuils 
cruels de la famille académique? 

Le 9 janvier 1902, M. le chanoine Allain était en- 
levé par la terrible maladie que suivait, depuis deux 
mois, l'anxiété croissante de ses collègues et de ses 
amis, et l'Académie n'avait que la triste consolation de 
voir son deuil partagé par la paroisse Saint-Ferdinand, 
la ville et l'église de Bordeaux tout entière. La plus 
vaste érudition s'alliait, chez notre collègue, à toutes 
les séductions de l'esprit, à toutes les qualités du cœur, 
à tous les dons de l'écrivain. Elu le 4 mars 1897, ce 
grand travailleur succombait aux multiples occupations 
qui <( dévoraient sa vie », comme il le disait lui-même, 
en une expression d'une effrayante énergie, et aussi, 
hélas! d'une saisissante vérité. Dès 1881, vous cou- 



— i6i — 

ronniez son ouvrage sur V Instruction primaire en 
France avant la Révolution, et son étude sur les Parois- 
ses et les couvents de Bordeaux obtenait encore une mé- 
daille d'or à un autre de vos concours. 

Rappellerai-je toute une série d'ouvrages historiques, 
toujours sur ces questions d'enseignement où il fai- 
sait autorité, et dont l'un lui valut, en 1886, le prix 
Thérouanne, décerné par l'Académie française? Au mi- 
lieu de cette incessante production et des labeurs du 
ministère le plus fécond, l'infatigable écrivain trouvait 
encore le temps de fournir à de nombreux périodiques, 
et surtout à la Revue catholique de Bordeaux, dont il 
fut longtemps le directeur, une collaboration des plus 
assidues. Je m'arrête, Messieurs, Ténumération des 
titres de M. le chanoine Allain à votre estime et à vos 
'"egrets m'entraînerait trop loin; d'ailleurs, la parole du 
digne successeur que vous lui avez donné vous dira, 
bientôt, plus complètement et bien mieux que je ne 
saurais le faire, ce que fut l'aimable et savant collègue 
que vous avez perdu. 

Cette année 1902, qui débutait si tristement pour 
l' A^cadémie, devait se fermer, pour elle, sur un deuil aussi 
cruel. Dès les premiers jours de décemj)re, notre émi- 
ï^ent et cher collègue, M. Millardet, tombait à son tour, 
^ctime de la lente maladie qui le tenait, depuis si long- 
temps, éloigné de nos séances. Les voix éloquentes de 
MM. de Sèze, Gayon et Dezeimeris ont dit, après beau- 
coup d'autres, sur la tomb*e de notre -regretté confrère, 
ce que fut le grand savant « que la mort ravissait à la 
reconnaissance des viticulteurs du monde entier » et 
qui, depuis 1876, date de son arrivée à Bordeaux, rem- 
porta, suivant l'expression si vraie et si éloquente à 
la fois de notre président de 1902, a sur le champ de 

190) 1 1 



— r6a — 

bataille où il allait désormais lutter jusqu'à la fin, pour 
sauver la fortune de la France, autant de victoires qu'il 
a livré de combats ». 

Je veux seulement vous raconter, Messieurs, un sou- 
venir personnel, mais où l'Académie est assez mêlée pour 
que vous m'excusiez de l'évoquer devant vous. L'exquise 
délicatesse de M. Millardet l'amena, vers la fin de 1901, 
à donner sa démission. Il pensait que l'Académie pour- 
rait ainsi trouver une collaboration plus active et plus . 
assidue dans le successeur qu'elle lui donnerait. Vous 
savez quelle émotion souleva cette nouvelle inattendue. 
Personne de nous ne put admettre que la résolution de 
notre cher confrère fût irrévocable, et une délégation 
fut immédiatement chargée de l'affirmer à M. Millardet. 
Je faisais partie de cette délégation. Gomme mes collè- 
gues, je fus profondément touché de . l'accueil de 
M. Millardet, et je conserverai toujours le souvenir de 
Id cordiale simplicité avec laquelle il nous dévoila, en 
cédant aux vœux de l'Académie, les scrupules délicats 
qui avaient dicté sa décision. 

Tel fut l'homme, dans le grand savant que vous re- 
gretterez toujours! Ainsi, chaque année apporte à nos 
cœurs son contingent de deuil! Hélas! après Allhin. 
après Millardet, ViviE et Loquin nous ont quittés à 
leur tour, et voici que les yeux d'AuGuiN viennent de 
se fermer à cette lumière dont son pinceau aimait à 
fixer, sur les paysages de notre région, le doux et cares- 
sant reflet! Les Académies seules sont immortelles; 
ceux qu'elles réunissent dans le culte commun des plus 
belles et des plus nobles choses de ce monde, littéra- 
teurs, savants, artistes, 

N^y sont qu*hôtes et passagers (i). 
(}) Malheibe : Stances aux ombres de Danwn. 




'X 



II. — MEMBRES CORRESPONDANTS 

Nous avons encore un deuil à enregistrer parmi nos 
membres correspondants. 

M. Léon Périer, maire de Pauillac, est mort dans le 
courant de Tannée. C'était un savant distingué, un na- 
turaliste passionné et éminent. Il fut, par des essais 
patiemment poursuivis, par des sondages faits avec mé- 
thode, un véritable initiateur à ces intéressantes études 
«les fonds de la mer qui nous réservaient tant de sur- 
prises. La perte de M. Léon Périer a été vivement res- 
sentie par TÂcadémie, à laquelle il appartenait depuis 
4875. 

M. Albert Gaudry, un de nos plus anciens correspoa- 
o3ants, et professeur au Muséum d'histoire naturelle de 
Iffaris, a été fêté par ses élèves et les amis du laboratoire 
<le paléontologie, lesquels lui ont offert, à la fin de fé- 
"^rier, une médaille, œuvre du graveur Vernon. L'Aca- 
<lémie, invitée, n'a pu, à son grand regret, se faire re- 
présenter à cette fête de la science et de la reconnais- 
sance, fête à laquelle votre Secrétaire général a écrit 
qu'elle s'associait de tout cœur. 

Enfin, M. le D' Lalesque, d'Arcachon, a été élu, le 
10 juillet, membre correspondant. C'est là une acqui- 
. sition dont l'Académie a le droit de se féliciter, car vous 
avez tous présent à l'esprit. Messieurs, le remarquable 
rapport de M. le D' Micé, dont je vous parlais tout à 
l'heure, et dans lequel notre savant collègue rendait 
hommage aux mérites exceptionnels du travail de M. La- 
lesque sur la Cure marirce de la phtisie pulmonaire, 
travail auquel l'Académie de Médecine accorda, en 
1897, le prix Marie-Chevalier. 



— i64 — 

III. — TRAVAUX DES CONCOURS 

Les Académies, Messieurs, ne sont pas uniquemeiB- '^ 
comme on Ta trop souvent répété, des salons où qu^ ^ 
ques beaux esprits se réunissent pour s'entretenir ci ^ 
leurs travaux. Eles ont surtout été instituées afin de prc:^ - 
voquer et de propager autour d'elles le goût des lettres, 
des sciences et des arts, c'est-à-dire, et pour parler 
comme les Grecs, le culte du bon et du beau. L* Acadé- 
mie de Bordeaux est entrée, dès l'origine, résolument 
dans cette voie, et chacun de ses concours fait encore 
germer une moisson nouvelle d'oeuvres originales en 
tous genres. 

Le concours de 1902 mérite de figurer parmi les 
plus intéressants. Vous avez décerné. Messieurs, deux 
prix en argent, trois médailles d'or, six médailles d'ar- 
gent, cinq médailles de bronze, quatre mentions hono- 
rables, une lettre de remerciements, un rappel de mé- 
daille d'or, deux rappels de médailles d'argent. 

Permettez-moi de ne pas me borner à cette énumé- 
ration, et de passer une rapide revue des œuvres qui 
ont mérité ces récompenses. 

Le prix de numismatique de la fondation La Grange 
est décerné, pour la troisième fois, à M. A. Evrard de 
Fayolle. Je n'ai pas à faire l'éloge de ce vétéran de 
nos concours, lequel obtenait encore une médaille d'or 
en 1899 et un rappel de médaille d'or en 1901. Son 
Histoire des médailles du duc de Bordeaux, Henri de 
France^ Henri Dieudomié, Henri F, comte de Chambord, 
se recommande par les mêmes mérites que ses œuvres 
précédentes. Elle ne décrit pas moins de 253 pièces, 
réunion qui constitue, à beaucoup près, ce que nous 



— i65 — 

possédons de plus complet sur la matière. L^imposant 
ensemble des travaux de M. de Fayolle couronnés par 
TAcadémie, classe définitivement notre érudit et vail- 
lant lauréat parmi les maîtres incontestés de la numis- 
matique bordelaise. 

Le prix d'éloquence est parteigé entre deux concur- 
rents, dont les discours se recommandent sinon par des 
mérites de premier ordre, du moins par un ensemble de 
qualités très honorables. 

Comme chaque année, plusieurs ouvrages vous ont 
été adressés pour les concours d'histoire : 

Vous avez décerné un rappel de médaille d'or à 
M. Tabbé Bertrand, bibliothécaire du Grand Séminaire, 
pour sa Vie de Mes sire Henry dë( Béthune, archevêque 
de Bordeaux. Un très bel ouvrage et digne de tous points 
de réminent et si consciencieux écrivain qui, à l'heure 
actuelle, possède peut-être mieux que personne l'his- 
toire de l'Eglise de France aux xvu* et xviii* siècles; 

Une intéressante monographie de Tobna, envoyée par 
un des plus fidèles habitués de nos concours, M. Raoul 
Grange, lieutenant au 4* tirailleurs algériens, à Sousse, 
régence de Tunis, a obtenu un rappel de médaille d'ar- 
gent; 

C'est encore une médaille d'argent que vous avez ac- 
cordée à M. J. Gardère, bibliothécaire de Condom, pour 
VHistoire religieuse de cette ville pendant la Révolution, 
œuvre consciencieuse, fruit de longues investigations, 
et remplie de faits et de documents curieux; 

Vous avez enfin, Messieurs, décerné à M. Félix La- 
combe pour un important manuscrit intitulé : Le Cap- 
ialat de Buch, une médaille de bronze, que vous ne pou- 
vez, hélas! que déposer pieusement aujourd'hui sur la 
tombe de ce modeste et laborieux érudit, et adressé une 



— i66 — 

lettre de remerciements à M. J. Lochard, auteur â'um 
volume imprimé contenant une série d'Extraits de^ 
registres paroissiaux relatifs aux baptêmes^ mariages 
vêtureSy noviciats et sépultures dans les églises et cou 
vents de la ville de Pau (1553-1792). 

L'Académie avait mis et maintenu au concours, pen- 
dant plusieurs années, le sujet suivant : Faire Vhistori- 
que des progrès de V éclairage électrique... particuliè- 
rement au point de vue économique. 

Sous ce titre, M. Henry Chevallier, sous-directeur du 
laboratoire d'électricité industrielle à la Faculté des 
sciences de Bordeaux, vous a adressé un mémoire ma- 
nuscrit du plus haut mérite et du plus grand intérêt. 
Vous avez décerné à cette œuvre magistrale une mé- 
daille d*or. 

La numismatique, les beaux-arts, les sciences, la 
physiologie, ont obtenu deux médailles d'argent, une 
médaille de bronze, deux mentions honorables. 

J'arrive au concours de littérature et de poésie. Cha 
que année. Messieurs, votre Commission est appelée 
à se prononcer sur le mérite de productions de pluî 
en plus nombreuses. Le concours de 1902, je me h&U 
de le dire, est, dans l'ensemble, très supérieur à ceu3 
de ces dernières années. 

Vous avez décerné une médaille d'or à M"* Sem-Bou 
chérie, de Cavignac (Gironde), pour un beau recuei 
manuscrit intitulé : En Rêvant. Les vers de M°** Sem 
Boucherie, d'une inspiration constamment honnête e 
élevée, sont en même temps pensés et écrits ave une vi 
gueur bien rare sous une plume féminine, ce qui ne veu 
pas dire que le charme et la grâce y font défaut. Si j 
n'avais craint d'allonger un rapport déjà bien long, j 
me serais volontiers donné la satisfaction de vous lire 



— )()7 — 

Messieurs, une des jolies »^iè^-QG de M""* Sem-Boucherie, 
mais le temps s'écoule et je doiâ abréger. 

Un second recueil manuscrit ayant pour titre :Au gré 
du vent, se distingue également par des qualités émi- 
nentes de facture et d'inspiration. Vous avez été heu- 
reux d^accorder à son auteur, M. Alcide Marot, à Nijon 
(Haste-Marne), une médaille d'or» 

Des médailles d'argent, un rappel de médaille d'ar- 
gent ont été décernés à MM. Brunet, Fernand Gasc, 
Pierre Ardouin et Jean Maysonnave, pour des œuvres 
d'inspiration assez diverses, mais toujours intéres- 
santes. Je citerai, en particulier, le volume de M. Pierre 
Ardouin, intitulé : Reflets et Murmures, Fleurs du Nil; 
votre Commission aurait voté bien volontiers à l'au- 
teur une médaille de vermeil, si pareille récompense 
était dans les traditions de l'Académie, où, comme le 
disait spirituellement un des juges les plus autorisés 
du concours, on n'a pas encore voulu prendre l'habi- 
tude de dorer l'argent. 

J'appellerai, tout à l'heure, les noms de tous ces lau- 
réats, ainsi que ceux de MM. Henri Fromont, Henri 
Albouy, Georges Colson, Paul Rabot, Henry Lambercy, 
qui tous ont obtenu, pour des œuvres encore fort 
dignes d'intérêt, des médailles de bronze et des men- 
tions honorables, et auxquels un avenir prochain 
promet de plus hautes récompenses. 

Pourquoi n'ai-je pu vous faire partager. Messieurs, 
le grand plaisir que j'ai goûté, en parcourant tant de 
vers émus ou vibrants, qui prouvent bien que, grâce à 
Dieu, même dans ce temps d'œuvres décadentes, à 
tous les points de vue, hélas! la haute et pure inspira- 
lion qui enlève vers les sommets, n'est pas encore 
éteinte dans les âmes? 



r 



— i68 - 

Tel est, Messieurs, en y joignant la publication ré- 
cente du soixante-troisième volume de nos ActeSj le 
bilan de l'année aciadémique 1902, et il ne me reste plu^ 
qu'à m'excuser d'avoir si longtemps retardé le plaisii^ 
délicat qui vous attend, par ce long rapport, au coursE 
duquel je me sentais moi-môme trop avide d'écouter, . 
pour n'être pas impatient de me taire. 



DISCOURS DE RÉCEPTION 



DE M. DE LOYNES 



Messieurs, 

Il était noble et réconfortant le spectacle que donnait 
notre ville le 16 juillet 1900. Un char funèbre se diri- 
geait vers Téglise Notre-Dame. Il était entouré par les 
représentants les plus élevés de Tarmée, des admi- 
nistrations départementale et municipale, du clergé, 
ainsi que des principales œuvres d'assistance et de 
bienfaisance. Il était suivi d'un long cortège dans le- 
quel toutes les classes de la société étaient réunies et 
confondues, dominées par une même et unanime émo- 
tion. Groupée le long des voies publiques, la foule 
s'associait à ce suprême hommage. De toutes les bou- 
ches sortaient le même éloge et l'expression des mêmes 
regrets. Ainsi se vérifiait cette appréciation du général 
de Pelleport : « La population bordelaise est excellente, 
et nul ne se repentira jamais d'avoir consacré sa vie à 
son service (^). » 

Celui auquel la cité en deuil faisait ces solennelles 
funérailles était un homme de bien dans la plus haute 
acception du mot. Il fut, suivant une parole autorisée, 
le chevalier de la charité bordelaise. Il était des vôtres 
et vous m'avez fait l'insigne honneur de m'appeler 
au fauteuil qu'il occupait si dignement dans votre Com- 

0) Souvenirs militaires et intimes, t. II, p. 198. 



— 170 — 

pagnie. L'amitié sincère et profonde qui, de longue 
date, m'unissait à de Pelleport a, èans doute, inspiré 
votre vote. Vous avez voulu que, dans une de vos 
séances publiques, cette vie, tout entière consacrée au 
bien, jetât, devant un auditoire d'élite, un dernier reflet, 
et vous m'avez confié cette mission. Votre confiance 
m'honore. Je tiens à vous en exprimer de suite tous 
mes remerciements. 

L'universalité des regrets provoqués par la mort de 
Pelleport était bien faite pour donner à mon amitié la 
croyance que la tâche serait facile. Aujourd'hui que 
l'échéance est arrivée et que je dois acquitter ma dette, 
je me prends à douter de moi-même. Je me demande, 
non sans inquiétude, si je saurai répondre à vos désirs 
et traduire fidèlement les sentiments qui vous animent. 
Une seule chose me rassure un peu : c'est la bienveil- 
lance dont vous ne vous lassez pas de me donner des 
preuves. Je compte sur elle pour* m'aider à accomplir 
un mandat dont je sens tout le poids. 

J'aurais aimé à vous montrer dans Pelleport l'un des 
organisateurs de célèbres fêtes de charité, le causeur 
délicat qu'on se plaisait à écouter, le connaisseur éclec- 
tique qui avait sa place en quelque sorte marquée 
d'avance dans toutes les manifestations artistiques, le 
président qui pendant cinquante ans dirigea les desti- 
nées d'um de nos cercles les plus importants. J'aurais 
voulu vous rappeler la fête mémorable par laquelle fut 
célébrée la quarantième année de cette présidence. 
Mais il m'a semblé que Thommage rendu à sa mémoire 
serait plus grand, plus conforme à ses volontés, si 
je vous parlais surtout des œuvres sociales auxquelles 
il s'était voué et auxquelles il a plus particulièrement 
consacré les vingt dernières années de sa vie. C'est à 




— 171 — 

ra'accompagner dans cette étude, peut-être un peu sé- 
vère, que je vous convie. Je n'ai pas d'ailleurs Tinten- 
tion de suivre de Pelleport dans toutes les manifesta- 
tions de son infatigable activité et de son inépuisable 
initiative. Mon ambition est moins haute. Je voudrais 
seulement toucher quelques-unes des idées qui inspi- 
raient ses actes, dégager d'une existence noblement 
remplie les enseignements qu'elle renferme, trouver 
enfin dans l'exemple de celui qui n'est plus un stimu- 
lant pour les bons citoyens prêts à se vouer, comme il 
le fit, aux œuvrçs d'intérêt public. 

Né à Bordeaux le 27 décembre 1827, Charles de Pel- 
leport devint l'une des personnalités les plus mar- 
cjuantes et les plus connues de la cité. Qui ne se 
:r*appelle sa physionomie intelligente et singulièrement 
expressive? Sa conversation était vive et émaillée de 
ciurieuses anecdotes; elle était relevée par une pointe 
d'esprit gascon, dernier vestige de l'origine de la fa- 
xnille. Par ces qualités, il captivait ceux qui avaient 
l'honneur de pouvoir se dire ses amis. 

Au foyer domestique, de Pelleport apprit, dès le pre- 
mier âge, la pratique des vertus qui devaient être plus 
tard le guide de sa vie. Il acquit ces dons en quelque 
lorte par héritage, et dans le vaste champ du souvenir 
pouvait cueillir à pleines mains les fleurs de la cha- 
[1 sut, par tous les actes de sa vie, justifier la 
irité dont il jouissait, car il était de ceux qui 
[e la véritable supériorité se manifeste par la 
des services généreusement rendus. Il put 
accroître le précieux patrimoine qu'il avait 
fo père pour le transmettre à des mains dignes 
jcueillir et capables ùe lui faire porter de nou- 
[ux fruits. 




] 



— 172 — 

La première des vertus dont la sollicitude paternel 
s'ingénia à développer le germe fut Tamour de la Patri 
l'amour de cette France qu'ont faite la fusion des race 
les subtiles influences de la terre, les vicissitudes 
l'histoire, la tradition de gloires incomparables 
d'inoubliables épreuves. L'âme du jeune liomme s'ei 
flammait aux récits de la vie de son père, dont les prii 
cipaux événements sont consignés dans les Sorwenii 
militaires et intimes publiés par sa piété filiale en 185' 
De cette éducation, il avait conservé une empreinte pn 
fonde. Il se plaisait à lire et à relire les nomi)reux m( 
moires relatifs aux grands événements de cette époqu( 
il aimait à se rappeler que le drapeau de la Fran< 
avait porté, à travers l'Europe,, les idées d'afîranchii 
sèment et de justice; il était fier à la pensée que so 
père avait pris part à cette grandiose épopée; il 
glorifiait de lire sur TArc-de-Triomphe le nom de cel 
qui, engagé volontaire en 1793, avait conquis tous se 
grades à la pointe de son épée et qui, général, comm 
dait, vingt ans après, sur les champs de bataille d- 
1813. 

Ces souvenirs de famille avaient contribué à déve 
lopper en lui l'amour de ce petit soldat français qu'au 
cun obstacle n'arrête, qui, dans son élan irrésistible 
avance, comme le jeune duc de Lorraine, le beau e 
vaillant Robert, à la désastreuse bataille de Crécy, jus 
qu'au plus près des rangs ennemis et qui y trouve sou 
vent une mort glorieuse, mais obscure. Vous vous rap 
pelez certainement, Messieurs, l'émotion communica — 
tive avec laquelle il vous parlait, dans son discours d^ 
réception, de ce caporal français dont l'humble bièr^ 
fut trouvée à Saint-Ail au milieu des cercueils alle- 
mands, et vous citait ce passage du Journal du Soldat • 




- 173- 

« Le voyez-vous, là-bas, sur le plateau où pleuvent les 
obus et sifflent les balles? Lui, intrépide, n'entend rien. 
Il va toujours ajustant Tun, se préservant de l'autre, 
loin déjà de son régiment décimé par la mitraille. Le 
voyez-vous, en pantalon rouge, au milieu des unifor- 
mes sombres? Il passe,*il avance, il monte, il monte en- 
core pour la France envahie, pour la patrie qu'il chérit 
tant. Et soudain il tourbillonne dans la mêlée, il dis- 
paraît au sommet de la colline, il tombe frappé d'une 
balle en plein cœur, le plus approché des Prussiens. » 

Français avant tout, pénétré des graves dangers de 
l'internationalisme, de Pelleport nourrissait la géné- 
reuse amjbition de voir la patrie, après des désastres 
immérités, reprendre à la tête du mouvement civilisa- 
teur la place due à son désintéressement. Mettant à 
profit l'expérience du passé et les enseignements de 
l'histoire, il considérait le progrès comme une œuvre 
de paix. Il était l'adversaire de toutes les aventures. Les 
événements lui avaient démontré que, si la force ne doit 
jamais primer le droit, le droit est souvent obligé de 
recourir à la force pour se faire respecter. C'est pour- 
quoi il aimait, d'un amour profond et raisonné, cette 
armée dans les rangs de laquelle son père s'était illustré 
et qui a pour mission de tenir haut et ferme le drapeau 
national en défendant en tout temps et en tous lieux les 
intérêts et les droits de la France et de ses citoyens. 

Sous l'empire de ces sentiments, il s'associa, dès 
là première heure, à la fondation du Comité départe- 
mental de la Société française de secours aux blessés 
militaires. Un même devoir s'impose à tous aujour- 
d'hui. Le service militaire personnel est devenu uni- 
versel. Les soldats de ces armées nombreuses ont 
droit aux secours médicaux. Tous les citoyens, au 



— 174 — 
mfime titre que l'Etat, sont tenus de les leur p'^o- 
curer dans la plus large mesure possible. Si, en tenr^^ps 
de paix, le service de santé de Tarmée répond à td3U8 
les besoins, il est & craindre qu'en temps de guerrf==5 il 
ne suffise pas, malgré le plua admirable dévoueme^nt, 
à son écrasante mission. La guet re de 1859 et la guer=rre 
de 1870 ont péremptoirement démontré la nécessité de 
faire appel à l'initiative privée. Par ses créations, la 
Croix-Rouge procure aux médecins militaires la li- 
berté qui leur est indispensable pour suivre l'arn^^iée 
dans tous ses mouvements. A cette condition seuleme^snt, 
ils seront en mesure de donner les premiers soins ^i*qui 
conserveront un fils à son vieux père, un jeune p^Êre 
à ses enfants, un citoyen à la patrie. Ajouterai-je c^uc 
la régulière évacuation des blessés et des malacr^e-^ 
peut quelquefois aider efficacement à la reconstitut:£^on 
des corps appelés à combattre? 

A cette œuvre d'assistance nationale et fraternelle, ^^ 
Pelleport voua ses efforts les plus constants. Il lui dor»^*^^ 
sa dernière pensée. C'est li ce champ d'honneur du 
crifice volontaire que la mort le frappa au cours d' 
séance du bureau du Comité départemental, dont "^ 
était le président, en même temps qu'il représentait ^^ 
Conseil central comme délégué. Vous me permett:^^^ 
de ne cas insister sur les fruits de son activité, f '^ ^^ 
eu l'occasion, dans une autre enceinte, d'exprimer, ^^^ 
nom de tous, notre reconnaissance et nos regrets. 

Les sentiments patriotiques qui animaient de f^^' 
leport, le déterminèrent aussi à participer à deux c^^*' 
vres qui ne pouvaient avoir qu'une existence épï^ 
mère : l'œuvre des prisonniers en Allemagne et l'œu"*^ 
de la libération du territoire. 

De Pelleport était de ceux qui pensent que le p 



sent est plein du passé et gros de Tavenir. Il poursui- 
vait avec une rare ténacité la création des institutions 
nouvelles qu'engendrent les progrès de la civilisation. 
Mais il aimait aussi à se rendre compte de révolution 
des établissements d'assistance, et il mettait tous ses 
soins à découvrir le fil conducteur nécessaire pour re- 
connaître, à travers le labyrinthe de la vie, la voie 
dans laquelle nous devons diriger nos pas. Il était à 
la fois l'homme de la tradition et l'homme des réformes 
raisonnées, ce qui lui valut un jour l'honneur d'être 
ippelé « le plus libéral des conservateurs ». 

Défenseur des traditions, il recherchait tout ce qui 
ui rappelait son vieux Bordeaux. Il groupait avec 
imour les témoins d'un passé qui nous parait loin- 
ain et qui cependant date d'hier. Il éprouvait une véri- 
table satisfaction à revivre la vie des Bordelais d'autre- 
ois, à revoir, dans leur cadre ancien, les rues, les 
naisons, les enseignes, que sais-je encore, que ses 

Ir 

eunes années avaient connues. Il réussit à former une 
collection unique de tableaux, de gravures, d'objets 
le toute nature qui avaient pour lui, à défaut quelque- 
[ois de valeur intrinsèque, le prix inestimable de pré- 
:ieux souvenirs et dont quelques-uns constituaient de 
vénérables reliques de famille. Cette atmosphère dans 
laquelle il vivait pendant des heures lui permettait 
d'apprécier plus exactement les réformes accomplies et 
de rendre à notre époque la justice qu'elle mérite. 

Eu contact permanent avec le passé et en communi- 
cation constante avec le présent, de Pelleport ambition- 
nait pour sa ville natale toutes les grandeurs maté- 
rielles et morales. Lorsqu'il fut appelé à la mairie de 
Bordeaux, il n'eut pas d'autre préoccupation que de 
veiller aux intérêts généraux de la cité; il ne connut 



1 




— 176 — 

pas d'autre guide que la volonté bien arrêtée de s*i 
pirer, dans son administration, des règles de la j 
tice, sans prendre jamais souci des opinions de ce 
qui s'adressaient à son autorité. 

Parmi les affaires administratives qu'il eut l'ho 
neur de régler ou de terminer, je citerai, Messieurs 
rédification du Musée, dont les galeries longent 1 
rues Rohan et Montbazon, la concession du terra 
affecté à la Synagogue, l'érection de l'église Sai 
Louis, l'allocation d'une subvention au Grand-Théât 
et l'importante question du gaz. Mais ce fut aux int 
rets de l'enseignement public à tous les degrés qu 
consacra ses plus énergiques efforts. Un, accord he 
reux avec l'autorité militaire permit de rapproch 
l'époque à laquelle fut réalisé le casernement des tro 
pes de la garnison, et par suite la date à laquelle 
lycée de garçons put être installé dans les bâtiment 
qu'il occupe aujourd'hui. C'est par les études faite 
sous son administration que furent préparés le trans- 
fert des Facultés des sciences et des lettres, et la cons 
truction de la Faculté mixte de médecine et de phar 
macicv De longue date partisan de l'instruction popu 
laire, de Pelleport ne négligea rien pour développe] 
l'enseignement primaire. Il eut l'honneur de mettre 
pratique les idées généreuses et libérales qu'il avai'fc 
exposées dans ses Etudes municipales sur la charité 
bordelaise {^). Lors de la publication de l'ouvrage, la 
thèse qu'il y défend paraissait à quelques-uns d'une 
hardiesse inquiétante; elle serait aujourd'hui taxée de 
réactionnaire. Les espérances de l'auteur ne se sont 
pas réalisées. 

(•) Voy. op. cit.fX.l (seul paru), p. 191. 



— 177 - 

Ces études sur la charité bordelaise forment un Irn- 
ail considérable de 490 pages in-folio manuscrites. 
* ouvrage fut présenté à l'Exposition de 1867 et sou- 
lîs à Texamen du jury du X* groupe. Dans Timpos- 
.Mité où elle se trouva de lui décerner une récompense 
ors cadre, la réunion des bureaux exprima à Tau- 
t\iT le regret de n'avoir à lui adresser qu'un témoi- 
riage officieux, de la sympathie avec laquelle son tra- 
ail avait été accueilli. 

L'ouvrage est des plus importants. L'auteur y étudie, 
sns un ordre méthodique, toutes les institutions d'édu- 
ation, de prévoyance et d'assistance qui contribuent 

améliorer la condition physique et morale de la popu- 
ation bordelaise. 

Dans cette longue et minutieuse enquête, de Pelle- 
ort n'oublie aucun des établissements publics ou pri- 
és qu'embrasse le cadre très large qu'il s'est tracé. 
)e chacun d'eux il fait brièvement l'histoire. Il y joint 
es statistiques du plus haut intérêt. Il est profondé- 
lent regrettable que la première partie, relative à 
enfance, ait seule été publiée. Il serait à désirer, 
lême aujourd'hui, que les autres parties de cet ou- 
rajge soient imprimées. 

Celui qui lit attentivement ces études y trouve l'in- 
lication précise d'oeuvres que l'avenir devait se char- 
ger de réaliser, comme la Société protectrice de l'En- 
ance (^), le développement d'idées ou d'institutions 
^ers lesquelles nous nous orientons, comme la cons- 
truction d'habitations ouvrières à bon marché (*), la 
création hygiénique de bains gratuits pour les pau- 
vres p). 

(*) Op. du, 1. 1, p. 23. 
O Manuscrit, p. 467. 
(^ Manwcrit, p. 473, 474. 



1 



- 178- 

Ses travaux, ainsi que ses fçnctions de sous-préf^t, 
de conseiller de préfecture, d^administrateur du Bure etu 
de bienfaisance, de membre de la Commission de sixx*- 
veillance de l'hospice des aliénés et d'administrate'»-^^ 
du Mont-de-Piété, avaient supérieurement préparé ^i^ 
Pelleport au rôle qu'il allait remplir à partir de l'an»- ^^ 
1880, après la cessation de son mandat de sénatei:^-^- 
Ils lui avaient fait connaître les souffrances qui atte^ ^^' 
daient encore un soulagement. Ils lui donnaient J^ 
facilité de chercher, par des créations nouvelles, ^^ 
moyen de subvenir à ces besoins. Ils le mettaient 
mesure d'indiquer aux patrons des institutions exL 
tantes les directions réformatrices qu'il împort»- ' 
d'imprimer à leur activilé. Du jour où il s'engage ^*' 
dans la voie qui s'ouvrait ainsi devant lui, de Pellepo^^ ^ 
devint l'un des représentants les plus autorisés d^ 
l'initiative privée en matière charitable. Nulle fondatiol^ 
ne se fit sans qu'un pressant appel lui fût adressé- 
Souvent, la présidence de l'association lui était conférée 
comme un hommage rendu à son expérience, à son zèle, 
à son dévouement, à ses qualités éminentes. 

Il est inutile d'insister, Messieurs, sur les servicea 
que rend l'initiative privée. Une organisation d'Etal 
serait certainement impuissante à la remplacer. 
L'initiative privée apporte, dans la distribution de ses 
secours une réserve, une discrétion, une délicatesse 
qu'on ne peut demande^ à des employés liés par les 
dispositions rigoureuses des règlements. Inspirée par 
l'amour dm prochain, elle trouve facilement la parolô 
d'encouragement, le conseil amical propre à soutenir 
la volonté défaillante et à prévenir les chutes parfois 
irréparables qu'expliquent les épreuves de la vie. Elle 
console ceux qui pleurent; elle nourrit ceux qui oiit 



Icvini; elle soulage ceux qui souffrent; elle met une im- 
mortelle espérance au bout de toute douleur humaine; 
Au point de vue social, elle a l'immense avantage 
de rapprochri* des hommes qui souvent ne se connais^ 
sent pas; elle diminue la largeur et la profondeur du 
fossé qui les sépare, quand elle ne le comble pas com- 
plètement; elle les réunit et les groupe sur un terrain 
où ils apprennent à s'apprécier et où ils rendent mu- 
tuellement justice à leurs qualités réciproques; elle 
leur fait comprendre que, pour si sacré et si intangible 
que chacun tienne le domaine de ses convictions per- 
j^onnelles, il est obligé de respecter celles de son 
voisin. Ces unions accidentelles préparent les futures 
alliances dans lesquelles ces hommes associeront leura 
efforts pour défendre les droits de la liberté. A cette 
école s'apprend ce large esprit de tolérance qui, ayant 
pour base le respect des droits primordiaux de l'indi- 
vidu, comprend qu'il existe, en dehors du domaine dés 
^^-^victions iulimes, des intérêts généraux communs à 
*ous, dont la satisfaction exige un accord unanime dans 
l harmonie et la paix. 

Les manifestations de cette initiative privée revê- 
tBiit des formes différentes, suivant le caractère de 
c^ux qui les conçoivent et en poursuivent la réalisa- 
tion. 

Quelquefois, c'est une de ces fondations que la 
^^Bîslation de peuples voisins consacre expressément 
^^ que les rédacteurs de nos Godes ont ignorées. Le 
l^ge chargé de prononcer même dans le silence de la 
^^i et la jurisprudence appelée à suppléer à l'insuffi- 
saaoc des textes n'ont pas failli à leur mission; ils 
S6 Sont ingéniés à adapter leurs décisions aux néces- 
sités sociales et à procurer aux légitimes aspirations 



— i8o — 

de rhomme les justes satisfactions qui leur sont dues. 
Avec un libéralisme auquel nous nous plaisons à rendre 
hommage, avec une hauteur de vues digne des plus 
beaux jours de nos anciens Parlements, ils ont, par 
le développement lent et continu de la théorie du legs 
avec charges, réussi à combler la lacune de nos lois. 
Ils viennent récemment de proclamer la validité et la 
régularité d'une fondation privée (^). 

Mais les fondations privées portent en elles, comme 
toutes les créations de Thomme, un germe de mort. 
L'instabilité des fortunes, le partage des successions, 
quelquefois la ruine des héritiers, sont des écueils 
redoutables pour la perpétuité de ces institutions. La 
prévoyance du disposant est impuissante à mettre 
Tœuvre à Tabri de ces dangers. La déclaration d'uti- 
lité publique est le seul moyen d'échapper à ces périls. 

Les œuvres de l'initiative privée se présentent le 
plus souvent sous la forme d'une association de bonnes 
volontés et d'énergies qui s'unissent pour engendrer 
une institution d'assistance. 

C'est principalement à ces associations nées du libre 
épanouissement de l'initiative individuelle que Charles 
de Pelleport voua ses efforts et son activité. Il est 
grand le nombre des Sociétés à la constitution ou à 
l'administration desquelles il prit ainsi une part consi- 
dérable. Souvent il fut appelé par ses collègues à 
l'honneur de la présidence. Je me contenterai de citer le 
Comité girondin de la Société nationale d'encouragement 
au bien, TAssocialion confraternelle des membres de la 
Légion d'honneur de la Gironde, la Société pour l'ex- 
tinction de la mendicité, l'œuvre des Enfants aban- 

(I) Civ. rej., 12 mai 1902, D. P. 1902.1.425. 



«*»*«WWiW*»"i^"«iiW"i"'«»""*^".<" I ' ■■- 



— i8i — 

onnés ou délaissés de la Gironde, THospitalité de nuit. 
t fut aussi le président de TOffice central de la charité 
ordelaise, et fut appelé, en cette qualité, à diriger les 
^avaux du Conseil d'administration de l'Assistance par 
B travail. Il fut enfin le président de la Société des Am- 
ulances urbaines, dont la mission, par sa nature 
lême, me paraît rentrer plutôt dans la classe des ser- 
ices publics. 
Entre toutes ces œuvres, l'une de celles qui ont le 
>lus spécialement captivé l'activité de Pelleport fut la 
îociété pour Textinction de la mendicité. Ici, sa tena- 
nte sa trouvait aux prises avec une de ces questions 
)lus particulièrement angoissantes qui ont, de tout 
enips, attiré l'attention de l'observateur et préoccupé 
s autorités publiques. La solution semble fuir devant 
lous. Le législateur édicté des pénalités dont l'effet 
ui paraît certain. Le lendemain, il se retrouve en face 
3u problème qu'il croyait avoir résolu. La variété 
les remèdes employés ne prouve que l'inefficacité ré- 
formatrice des peines prononcées et la quasi-impossi- 
bilité de guérir le mal. Car la mendicité est un mal. 
Une bonne organisation sociale devrait la prévenir. 

Les termes du problème semblent cependant simples. 
Dans le domaine de la logique pure, la solution appa- 
raît facile. 

Aux vieillards, qui ne trouvent pas dans la famille 
les appuis nécessaires à leur faiblesse, la société doit 
un refuge. Sous l'impulsion de Pelleport, la Société 
pour l'extinction de la mendicité leur ouvrit, aussi 
larges que possible, les portes de son asile. Elle les y 
reçoit et assure leur existence jusqu'au jour, souvent 
très éloigné, où ils peuvent être admis aux hospices. 

Aux mendiants accidentels, aux ouvriers atteints par 



— |§9 — 

\% chdm£^ge, l'Asslstariue par le travail offre une ooou- 
pqtion temporaire, facile, légèrement rémunératrice, en 
attendant qu'ils aient trouvé remploi de leurs forces. 

Qiiant aux mendiants professionnels, ils méritent 
toutes les sévérités de la loi. Ils exploitent la charité 
publique. Ils volent aux malheureux des fonds qui de- 
vraient être destinés à soulager leur misère. Contre tes 
professionnels de la mendicité, de Pelleport, dans £C3 
rapports annuels, réclamait la répression la plus éner- 
gique. Il va môme jusqu'à proposer d'appliquer la 
peine de la relégation à ces pirates de la charité. Ils 
sont un fléau. 

C'est enfin sur l'initiative de Pelleport que fut prise 
en 1894, par les représentants les plus qualifiés des 
œuvres de bienfaisance ou d'assistance d'initiative pri- 
vée, la délibération par laquelle on sollicitait des 
pouvoirs publics l'application aux dons et aux legs 
charitables du tarif le plus réduit que pourraient 
comporter les exigences budgétaires. Cette juste 
demande fut accueillie favorablement par le législateur. 
Sans dispenser ces libéralités de tout droit, comme le 
font cependant certaines législations étrangères, 
l'article 19 de la loi de finances du 25 février 1901 leur 
a accordé, dans certains cas, le bénéfice d'une très 
importante réduction. 

Par les nombreuses créations de l'initiative privée, 
l'homme apprend à mieux connaître les différents maux 
qui le menacent et il se grandit lui-même en cherchant, 
par un effort personnel, à se garantir contre ces dan- 
gers. De là est né ce puissant mouvement qui en- 
traîne notre génération vers la création d'institutions 
nouvelles inspirées par l'esprit de prévoyance : Sociétés 
de secours mutuels, assurances, caisses de secours 




M i n —1 ■ -■ ■ ■■ I ■■ ■■■*■>■■■ ■ ' ■■ ?' M .. ' ' M. "" 



I — - ■ 



ït de prévoyance. Le législateur lui-même Qi dû qéder 
L rîmpulsion que l'opinion publique lui imprime; pour 
nettre dans les rapports des hommes entre eux un 
)eu plus de justice et d'équité^ il a voté un certain 
lombre de lois qu'on a qualifiées de lois sociales* Mai$ 
es prévisions humaines, quelque fondées et quelque 
ustifiées qu'elles nous paraissent^ sont souvent dé- 
Quées par les événements; alors la mesure édictée 
e retourne contre ceux-là mêmes qu'on avait le projet 
ie protéger, Des exemples récents le prouvent à Tévi- 
lence (^). 

C'est donc avec la plus extrême réserve que le légis- 
ateur doit intervenir en ces matières* La loi n*a pas 
a souplesse nécessaire pour se plier aux exigt^nrcs 

(1) Il est pea de lois qui se justifient plus facilement au point de vue de 
i ju&tice et de l'utilité pratique que celle du 12 janvier 1895, relative à la 
ausie-aiTét sui* les salaires et petits ti'aitements des ouviiers et employés. 
.6 législateur a cru assurer la subsistance de la famille de Fouviner en 
lettant à l'&bri des cessions qu'il pourrait consentir et des saisies-airêts 
ui pouri*aient être pratiquées, les huit dixièmes du salaire lorsqu'il ne 
épasse pas 2,000 h\ Des renseignements récemment publiés prouvent 
ne cette loi est devenue, entre les mains de certaines personnes, un ins- 
iniinent d'exploitation. Elle motive, en conséquence, de nombreux chan- 
ements d'ateliers; elle entraine ainsi Tinstabilitédu personnel, au grand 
étriment de tous : patit)ns et ouvriers. 

Il en est de même de la loi du 9 avril 1898 concernant les responsabi- 
ités des accidents dont lesouvi*iers sont victimes dans leur travail. Édictée 
lans l'intérêt de Touvrier et de sa famille, elle donne au patron un intérêt 
ncontestable à employer un ouvrier célibataire de préférence à un ouvrier 
narié ; elle menace de devenir une nouvelle cause de dépopulation. 

Enfin, je citerai, comme de i-nier exemple à l'appui de mon observation, 
à loi du 30 mai-s 199Q relative au travail des enfants, des fiUef minêUret 
it des femmes dans les établissements industriels. Le mobile qui a guidé 
e législateur, la volonté de protéger les enfants et les femmes, mérite 
assurément une approbation unanime. Cependant, la limitation de la 
lurèe du ti*avail journalier a eu pour résultat le renvoi d'un grand nombre 
râteliers des enfants et des jeunes gens âgés de moins de dix-huit ans, I>a 
famille a été privée de ressources qui lui étaient nécessaires. Par contre- 
coup, Tapprentissage disparait; on ne forme plus d'ouvriers; les indus- 
triels sont contraints, pour certains travaux délicals, de faire appel à la 
main-d'œuvre étrangère, qui exige des salaires élevés, au grand préjudice 
des ouviMers français mis dans l'impossibilité de confectionner les ouvrages 
demandés. 



— i84 — 

de la pratique et le juge, enchaîné par le texte, n. ^ 
pas à tenir compte des inconvénients et des danger 
de sa décision. 

Une entente directe avec les intéressés, négociS 
en dehors de toute influence extérieure, me paraît seu - 
capable de résoudre ces délicates questions. Mais poL 
atteindre ce résultat, il faut que tous soient profond* 
ment pénétrés du principe de la solidarité, qui es 
peut-être appelé à jouer dans Tordre moral le rftl 
que la division du travail remplit dans Tordre indus 
triel. 

La tâche est des plus difficiles. Car, pour la rem 
plir d'une manière satisfaisante, il ne suffit pas d'assu 
rer à chacun le libre développwnent de ses facultés 
il faut, en outre, combattre les dangers d'un indivS 
duaUsme exagéré, et à la morale utilitaire substitue 
la morale sociale; il faut à Tinstinct du lucre et di 
Tégoïsme opposer l'obligation morale de la justice e 
chercher dans le désintéressement un frein aux appé 
tits individuels. Par la pratique constante du devoii 
social, de Pelleport nous a donné le plus précieux dei 
enseignements. Il avait une foi absolue dans le triom 
phe définitif des idées qu'il défendait; nulle épreuvi 
n'était capable de l'ébranler. Il était optimiste par na 
ture parce qu'il avait un idéal et qu'il était de ceui 
dont Pasteur a dit : « Heureux celui qui porte en se 
un Dieu, un idéal de beauté et qui lui 0|béit; idéal di 
l'art, idéal de la science, idéal de la patrie, idéal dei 
vertus de l'Evangile. Ce sont là les sources vives de; 
grandes pensées et des grandes actions. Toutes éclai 
rent des reflets de l'infini. » 



REPONSE DE M. LE PRÉSIDENT 



A M. DE LOYNES 



Monsieur, 

Oui, c'est un réconfortant spectacle que celui d'un 
gi*and concours de population, concentrée dans la dou- 
leur et les regrets, accompagnant à sa dernière de- 
^ï^eure la dépouille mortelle d'un homme dont la vie 
*out entière fut consacrée au bien public. On y trouve 
ï^ preuve consolante qu'en dépit de nombreuses défec- 
tions la masse reste susceptible de reconnaissance à 
^ 'égard de celui qui se voue au soulagement (Je ses 
semblables. 

Combien plus réconfortante encore est l'assurance 
5Ue l'exemple de cet homme de bien n'est pas de- 
nnouré stérile, que rfon seulement son œuvre lui sur- 
^i>^i:*a, mais encore qu'on aura dans ses enfants, dans 
anciens collaborateurs, dans ses amis, des héri- 
s élevés à son école et capables de faire fructifier 
^^ semence qu'il a répandue à pleine main. 

"V'ous êtes. Monsieur, au premier rang parmi les con- 

'•^^^viateurs de l'homme de cœur, aujourd'hui disparu, 

^^^ l'Académie regrette entre tous. Qui, mieux que 

^^Vis, pouvait être désigné pour occuper sa place dans 

^^t.re Compagnie? Vous venez de nous présenter l'éloge 

^^ Pelleport dans un remarquable discours, tout vi- 

^^^nt d'émotion, dont les accents vous ont été inspirés 

P^^ le souvenir du passé. Vous étiez uni à ce grand 



— i86 — 

philanthrope par les Mens d'une affectueuse intimi 
et vous avez ainsi pu pénétrer jusqu'au fond de s^ 
cœur compatissant et généreux; vous étiez son coll 
borateur dans nombre d'œuvres de charité et vot 
avez pu apprécier toutes les ressources de son espi 
éclairé, hardi et prudent à la fois. 

Nous vous devons des remerciements pour avoir 
magistralement gravé le portrait de celui qu'on a ju 
tement appelé le chevalier de la charité bordelaise. . 
me garderai d'y rien ajouter, de peur d'en affaibl 
les traits. 

Maïs c'est en vain qu'on chercherait dans votre di 
cours trace de la part importante que vous avez pris 
à plusieurs des travaux de votre ami; h peine laisse: 
vous entendre que' vous étiez un modeste soldat de 
troupes d*élite enrôlées sous sa bannière, alors qi 
vous en étiez un des premiers officiers. Il se plaisa 
cependant à dire le prix qu'il attachait à votre coi 
cours et les fruits qu'il en avait recueillis. Cet excè 
de réserve vous honore, mais ne m'en veuillez p£ 
d'être moins discret; l'Académie sç doit à elle-même c 
proclamer les titres de ses élus. 

Le passage de Pelleport à la mairie de Bordeaux fi 
marqué par l'accomplissement ou la préparation ( 
nombreuses améliorations. Vous étiez, si je ne n 
trompe, son adjoint, chargé du contentieux et du secr 
tariat, et votre nom doit être associé au sien dans 
reconnaissance qu'on lui garde pour l'heureuse sol 
tion des questions complexes louchant à Taménag 
ment des nouveaux casernements, à l'installation c 
Lycée dans ses locaux actuels, à la création de 
Faculté de médecine» De quel concours lui furent vot; 



- i87 - 

intelligence des affaires^ votre science du droit et de la 
pratique administrative pour la conclusion du traité 
relatif à la concession de l'éclairage par le gaz! Vous 
êtes maintenant tloigné de la gestion des affaires com- 
munales; mais, lorsque la question d'une nouvelle con- 
cession est venue à l'étude, la. municipalité en exercice 
a tenu à profiter de votre expérience et vous a demandé 
de faire partie de la Commission h laquelle elle con- 
fiait le soin de jeter les premières bases de ses travaux. 
C'est dire en quelle estime on tient à Bordeaux voâ ser- 
vices rendus au titre municipal. 

Une autre de vos collaborations avec de Pelleport — 
c'est bien, je crois, celle qui vous a été la plus douce — 
touche aux œuvres sociales, charitabres et patrioti- 
ques. Deux, de ces œuvres vous ont plus particulière- 
ment captivé. 

Vous avez été, de 1878 à 1900, le secrétaire général 
du Comité girondin de la Société nationale d'encoura- 
gement au bien; vous en êtes aujourd'hui le vice- 
président. Le rôle que vous y avez joué apparaît dans 
ces rapports clairs, éloquents et précis, où vous pré- 
sentez l'éloge de modestes héros dont la vie, faite de 
vertu et d'abnégation, remplit votre âme d'émotion et 
de joie. 

Vous êtes, .'epuis la mort de Pelleport, président de 
la Société française de secours aux blessés des armées 
de terre et de mer, et délégué de cette Société auprès 
du général commandant le 18° corps d'armée et de 
l'amiral commandant le 4* arrondissement maritime. 
Ce que vous avez dit de votre prédécesseur,, on pour- 
rait le répéter de vous, car vos d'eux cœurs vibraient 
à l'unisson, inspirés par un même souffle charitable 
et patriotique. 



— i88 — 

Vous avez bien senti comme lui ce qu'il y a de grand 
et de noble dans le but poursuivi par « la Croix- 
Rouge » : porter assistance aux victimes de la guerro 
et grandir les forces du pays en allégeant la tâche déjà 
bien lourde du service de santé militaire et en rendant 
à Tarmée, après les avoir guéris, ses, malades et ses 
blessés. Ce double but vous Tavez merveilleusement 
tracé dans votre ouvrage : La Convention de Genève et 
la Société française de secours aux blessés et dans 
une brochure sur V Assistance en terrvps de guerre aux 
familks des soldats et des marins. 

Esprit éminemment pratique, vous avez compris 
qui'une organisation, un outilllage, quelque parfaits 
qu'ils paraissent, doivent être soumis au contrôle de 
l'expérience, surtout lorsque de leur fonctionnement 
au moment critique peut dépendre le succès ou la 
défaite. Et nous savons le concours que, sur votre 
initiative, la section bordelaise de la Croix-Rouge a 
apporté aux récents et concluants essais poursuivis par 
le Service médical de l'armée. 

Les titres que vous vous êtes acquis à cet égard 
suffiraient à justifier votre élection à l'Académie. Mais 
vous en aviez bien d'autres à faire valoir sur votre 
terrain professionnel, celui du droit. 

Ici, Monsieur, commencent ma confusion et mon em- 
barras. Il eût fallu un Roy de Glotte ou un de Sèzc 
pour parler, ainsi qu'elle le mérite, de votre œuvre de 
juriste. Que ne puis-je, moi profane, à peine nourri de 
quelques notions de droit administratif, leur emprunter 
ici pour un instant leur parole élégante et persuasive, 
et leur connaissance approfondie de ces éludes qui vous 
sont communes! 

Docteur en droit à vingt-trois ans, agrégé deux ans 



mmmmmm 



- i89 - 

après, vous êtes aussitôt chargé d'un cours à la Fa- 
lîulté de Rennes; vous ne tardez pas à vous y faire re- 
marquer, vous êtes envoyé à Poitiers, puis à Douai, 
et vous arrivez à Bordeaux, où vous appelait la chaire 
de Droit civil. Ce qu*est votre enseignement, quelles 
sont ses qualités de clarté, de méthode, d'érudition, 
il faut Tentendrç dire aux élèves que vous avez formés 
et dont certains sont aujourd'hui des maîtres au Bar- 
xeau. Ils ont tous conservé, avec le souvenir de vos 
leçons, le culte de leur ancien professeur, et nombre 
d'entre eux, même parmi les plus expérimentés, con- 
fiants en votre savoir et en votre jugement, viennent 
journellement frapper à votre porte et prendre votre 
avis sur les cas épineux. 

Vos travaux sont constamment mis à contribution 
au Palais. Un avocat académicien nous le disait : « Ils 
» empruntent à votre science, à la fois si profonde et si 
» sûre, à l'ingéniosité de vos aperçus, à l'élévation de 
» vos pensées, à la probité absolue de vofre enseigne- 
» ment et de vos avis, une autorité que ne saurait même 
» affaiblir le reproche de spéculation qu'on adresse gé- 
» néralement à la doctrine, car nul praticien ne se préoc- 
» cupe plus que vous des difficultés que fait naître l'ap- 
)) plicafion des lois et ne se tient plus exactement au 
«courant des moindres fluctuations de la jurispru- 
» dence. » 

Vous obéissez en outre, comme professeur, aux mê- 
mes aspirations qui vous ont porté vers les œuvres 
d'assistance; vous tendez vers un idéal de paix et de 
justice. Vous comprenez l'enseignement du droit ap- 
puyé sud le passé, mais s'harmonisant avec les situa- 
tions nouvelles et préparant les transformations, les 
améliorations qu'elles appellent. 



— KJO — 

Vous Lvez proclamé vous-même que vous êtes de 
ceux qui « affirmant leur impuissance à séparer la 
» théorie de la pratique, se laissent guider par la convic- 
» tion ralsonnée que, si le droit est immuable dans ses 
» principes, la loi, manifestation de la vie morale et so- 
» ciale des peuples, est le résultat d*une conception 
» actuelle et subjective de notre intelligence; qu'elle ne 
» saurait dès lors demeurer cristallisée dans un texte... 
» et qu'elle doit se plier aux besoins nouveaux, nés des 
» transformations incessantes dont nous sommes les té- 
» moins ». C'est ainsi, pensez-vous, que se marqueront 
les étapes successives de l'humanité vers cet idéal de 
justice qu'elle ne peut atteindre sur cette terre, mais 
qu'elle poursuit de ses efforts constanta. 

L'évolution graduelle et raisonnée que vous souhaitez 
justement, le professeur, pas plus que le juge, ne peut 
sans doute la réaliser. Il doit enseigner la loi, comme le 
juge doit l'appliquer, sans la corriger, avec ses défauts 
et ses lacunes; mais par des commentaires, des inter- 
prétations, des critiques, il peut préparer les change- 
ments désirables, et vous ne manquez pas à ce rôle. 
Combien il est à regretter^ que la constitution de notre 
pays n'ait pas prévu, à côté du législateur, la présence 
d'un corps consultatif composé d'hommes tels que 
vous! 

Votre œuvre écrite est considérable et touche aux 
sujets les plus divers de la science du droit et de l'ad- 
ministration. Elle fait autorité, non seulement en 
France, mais à l'étranger; les éditeurs, les recueils 
périodiques, les revues vous sollicitent de tous côtéâ. 
Je ne saurais donner ici la nomenclature de vos tra- 
vaux; je me bornerai à citer celui qui domine parmi eux 
et qui constitue un véritable monument en la matière : 



— KJI — 

votre Traité du nantissement, des privilèges et hypothè- 
ques et de r expropriation forcée. 

Quelle activité doit être la vôtre pour faire face à 
la fois aux charges de l'enseignement, de la consul- 
tation, de la critique et vous consacrer encore, sans 
compter, à la direction d*œuvres multiples d'assistance 
et de prévoyance! Et cependant vous ne vous en tene« 
pas là. 

Est-ce pour vous reposer de l'étude des lois humaines 
ou pour chercher des modèles en vue du perfection- 
nement de ces lois? Vous demandez à la nature les âev 
crets des siennes. Celui qui voudrait s'enquérir de vos 
distractions et vous suivrait un jour de loisir vous ver- 
rait partir de cette allure décidée qui vous est propre, 
franchir les limites de la ville, sortir des sentiers battus, 
pénétrer dans les bois,; vous baisser, scruter l'herbe, 
cueillir quelque fleurette, la lîontempler amoureuse- 
ment et la serrer précieusement au plus près de votre 
cœur. Vous les aimez, vos chères plantes, vous goûtez 
en leur compagnie une joie sans mélange! N'est-ce pas 
un peu parce que, dans leur royaume, vous voyez 
s'épanouir des lois parfaites — étant d'essence divine 
— auxquelles tout obéit, sans heurt, sans froissement, 
dans la^ plus délicieuse harmonie? 

Vous vous qualifiez de volontaire de la science. Un 
volontaire qui a conquis ses grades par des actions 
d'éclat! Vos collègues de la Société Linnéenne vous ont 
par deux fois porté à la présidence de ce foyer des étu- 
des botaniques;. les savants proclament la haute valeur 
de vos travaux sur la flore de notre région et les ser- 
vices que vous avez rendus à la science, notamment 
par vos études sur les plantes du Sud-Ouest et sur la 
flore cryptogamique de l'Ouest. 



Administrateur éclairé, philanthrope agissant et con- 
vaincu, juriste éminent, naturaliste distingué, vous 
aviez depuis longtemps votre place marquée à TAcadé- 
mie. Si vous n'y êtes pas entré plus tôt, c'est que vous 
avez retardé vous-même l'heure de votre élection. 
Nous vous attendions avec impatience, désireux de 
jouir plus intimement de l'ampleur et de la diversité de 
votre savoir, jaloux de faire rejaillir sur notre Compa- 
gnie une partie de l'éclat des travaux qu'on est encore 
en droit d'attendre de l'activité et de la fécondité de 
votre esprit. 



mmmmmÊÊmmÊÊÊÊÊmmÊÊÊÊm^ÊmmÊÊtmmm^ff 



DISCOURS DE RECEPTION 



j 



DE M. DE NABI AS 



Messieurs, 

Dans un coin de Bordeaux, à l'angle des rues du 

Tondu, de Belfort et de Saintoîige, se dresse une 

naaison blanche, une grande maison à colonnes, avec 

fcalcon en façade, demeure élégante, devant laquelle 

xxn bouquet d'arbres projette une ombre discrète. 

A travers la grille qui borde le mur et le portail d'en- 
trée à claire-voie, le regard attiré pénètre. La curio- 
sité vous fait demander : Qui habite là? Naguère on ré- 
pondait : 

C*est un professeur venu de l'Ecole normale. Il est 

^ntré à la Faculté des lettres. Il a écrit un livre de 

vers. Dame Fortune, qui se trouvait sur son chemin, 

lui a tout donné : son sourire, cette maison,, et mieux 

encore, dit-on, un grand bonheur. 

C'est de cet homme intelligent, bon, et, ce qui ne gâte 
rien, heureux entre tous, c'est de M. Froment que je 
>^iens vous parler. 

Si j'ai jamais éprouvé quelque embarras, c'est bien 
cejsoir au moment où je dois faire revivre pendant quel- 
ques instants ici l'homme éminent qui a laissé parmi 
nous de si profonds regrets. 

190a i3 



— 194 — 

Depuis longtemps, les médecins viennent à l'Aca- 
démie. Je trouve sur ses registres des professeurs de 
Tancienne Université, des directeurs de l'ancienne Ecole 
de médecine, tous les doyens depuis la création de la 
Faculté et plusieurs collègues ou confrères qui sont 
mes maîtres ou mes amis. 

Je me suis laissé entraîner dans leur sillage, avec une 
sérénité tranquille, sans même penser à la distance 
qui me séparait d'eux, à cause du grand honneur qui 
me semblait être fait à la Faculté de médecine. Mais 
combien il eût été plus sage de songer à la situation 
périlleuse qu'allait me créer une succession impru- 
demment acceptée! 

On éprouve tant de peine à dire ce que l'on sait. 
Comment parler de ce que l'on entrevoit si peu? Com- 
ment apprécier des nuances pour lesquelles l'éduca- 
tion n'est pas faite? Je me rassure à la pensée que le 
plus bel éloge d'un homme de talent n'est pas dans un 
discours, mais dans ses œuvres. C'est à ces dernières 
(jue remonteront toujours pour en saisir toute la beauté 
les esprits vraiment épris d'art et de vérité. 

Théodore Froment est né à Paris (^). Il a gardé le 
souvenir des jours de son enfance qui s'écoulèrent 
loin de la ville, dans une maison de campagne que 
la familld possédait à Saint-Firmin. 

Saint-Firmin, gai hameau baigné par la Nonnette, 
Pauvre en fruits, riche en fleurs, qui comptes peu de feux, 
Je t'aime cependant dans ta plaine muette, 
Avec tes champs de mauve où vole l'alouette. 
Et ta route poudreuse où notre maisonnette 
Rit au détour du chemin creux (*)* 

(0 Le 10 décembre 4839. 

(*) Rêveê et Devoirs. Paris, 1873» 



— 195 — 

Mais l'enfant grandit, et la maisonnette ne sera plus 
Dientôt qu'un rendez-vous de vacances pour le jeune 
écolier. 

Il sort de l'Ecole normale avec le nM . Il avait alors 
vingt-trois ans. L'heureux normalien ne s'endort pas 
sur ces premiers lauriers. S'il cesse d'être élève, c'est 
pour devenir un maître. Tout ce qui conduit à une bril- 
lante carrière professorale, agrégation, doctorat, tra- 
vaux littéraires, sera pour lui, à chaque étape nou- 
velle, l'occasion d'un réel succès. Il passe ainsi de 
l'enseignement secondaire à l'enseignement supérieur, 
du lycée à la Faculté, laissant partout des souvenirs 
charmants et la marque d'une supériorité incontestée. 

C'était un de ces éducateurs de race comprenant le 
rôle, la noblesse et la beauté de la mission à remplir 
et qui, par goût, par pensée intime plus que par métier, 
travaillent à cette œuvre délicate entre toutes qu'est la 
formation des intelligences. 

« Il y a, dit-il (^), des heures pénibles, heures d'ari- 
dité, de sécheresse, de découragement à traverser dans 
ces fonctions à la fois si hautes et si humbles, si mo- 
destes et si difficiles, qui demandent tant de dévoue- 
ment et d'expérience à l'âge où l'expérience n'est pas 
encore et où le dévouement sem,ble une dette qu'on a le 
droit d'exiger des autres avant de l'acquitter soi-même. 

De là, bien des mécomptes, des tristesses, des rêves 
déçus; les premières désillusions de la vie à l'époque 
tnême de l'illusion et de l'espoir. » 
Mais <( quelles consolations, quelles joies intimes, 

quelles nobles émotions pour ceux que n'effraient pas 

les premiers obstacles! » 

{*) Rêves et Devoin, Avant^propos. 



— 196 — 

Puis, « qui chante, son mal enchante. » 

Et la classe qu'il aime lui inspirera des vers. 

Ce sont ces vers que l'Académie française couron- 
nera bientôt sous le titre de Rêves et Devoirs. 

Ce ne sont pas « des vers immortels comme de purs 
sanglots ». Ce n'est « ni la plainte amère de Musset, 
ni le soupir mélodieux de Lamartine ». Il ne chante 
aucune blessure, aucune souffrance, « aucun des soucis 
de la jeunesse. » Une vibration intime lui échappe — 
une seule — pour celle qu'il n'ose point nommer. 

Ce ne sont, selon lui, que « des entretiens intimes, des 
épanchements familiers, une sorte de conversation 
amicale dans laquelle le maître, descendu de sa chaire, 
s'adresse au cœur des élèves après s'être adressé à 
leur intelligence. » 

C'est avant tout. Messieurs, une poésie à Tallure 
classique, tantôt aimable comme le rêve, tantôt aus- 
tère comme le devoir,, toujours sans pleurs, mais non 
sans enthousiasme : 

La pensée est le grain qu'aux âmes je confie, 
J'ensemence le champ où doit un jour mûrir 
Sous le ciel orageux, à Tété de la vie, 
Le blé d'or, tige fréie, espoir de l'avenir. 

Et plus loin, il ajoute : 

Qu'il est beau )e rôle du maître ! 
Instruire, convaincre, inspirer! 
Toutes ces âmes à connaître 
Et ces vérités à transmettre, 
E l'avenir à préparer ! 

Devant les mots sonores et le rythme des vers, les 
esprits ,blasés demeurent sceptiques. Ce sont pour eux 
choses usées. N'est-il pas heureux cependant celui qui 




MlBtfBnffi#%!'"!ff' 



— 197 — 
possède un idéal dans son cœur et qui, en dehors de 
conventions que d'ailleurs le temps change, se laisse 
émouvoir simplement par le doux accord des sons ? 
Celui-là est jeune; celui-là est bon; il a des ravissements 
que l'usure de la vie ne tarira pas. Pour lui, le soleil 
est aussi resplendissant qu'à la première aurore; la 
nuit étoilée aussi belle qu'au premier crépuscule; il a 
un écho^ pour toutes les plaintes comme pour toutes 
les joies; il vibre en harmonie avec tout ce que la na- 
ture recèle de frissons... 

La Faculté des lettres ne tarde pas à ouvrir ses portes 
au jeune maître. Ayant beaucoup reçu, beaucoup ap- 
pris, il peut beaucoup donner. Et la manière de donner 
est excellente. 

Il aime et captive les élèves de la Faculté comme « il 
avait aimé et captivé ceux que lui avaient donnés les 
lycées de Lyon et de Bordeaux ». 

Dans notre ancien amphithéâtre, rue Montbazon, a 
dit son collègue, M. de Tréverret (^), il professa la lit- 
térature latine avec un amour éclairé, dans un lan- 
gage soigné, mais toujours naturel, semé de familia- 
rités gracieuses, et souvent ému jusqu'à l'éloquence. 
On se pressa en foule dans la vieille enceinte pour re- 
cevoir cet enseignement à la fois jeune et mûr, moderne 
et traditionnel, où l'érudition avait sa part, mais où 
Vhumanisme dominait. 

De son côté, dans un rapport présenté au Conseil 
de l'Université au nom de la Faculté des lettres, M. le 
doyen Radet a dit de lui (^) : « C'était un galant homme, 
un humaniste solide, un professeur de race, élégant, 
lin, disert. » 

(*) Discours prouoncé sur la tombe de M. Th. Froment. Bordeaux, impi . 
Oounouilhou, 1901. 
O Rapport au Conseil de l'Université. Année scolaire 1900-1901. 



- 198 ~ 

Rien ne reste aujourd'hui de ces belles leçons qui 
jetèrent un moment tant d'éclat sur la Faculté des let- 
tres, rien, sfxuf le souvenir. Trop soucieux peut-être 
d'une forme (ju'il n'avait point donnée à des questions 
faites pour être exposées oralement en public, le pen- 
seur a mieux aimé laisser perdre l'idée que porter tort 
à l'écrivain. Il a voulu que ses notes manuscrites, que 
l'heure trop rapide ne lui permettait plus de revoir, 
disparussent avec lui. Sa modestie a été plus forte que 
nos désirs... 

Au IV* siècle de notre ère, le plus célèbre des Borde- 
lais de ce temps, Ausone, professait la grammaire et 
la rhétorique. Ecrivain ingénieux, spirituel, élégant, il 
fit aussi des vers. Sur le bruit de son mérite, il devint 
précepteur d'un futur empereur romain. En récompense 
de ses services, il fut porté au faîte des grandeurs. 
Comte de l'empire, questeur, préfet d'Italie, de l'Afrique 
et des Gaules, consul enfin, jamais professeur-poète 
ne reçut autant de titres ni d'honneurs. 

Mais touché par la gloire, puissant et riche, son plus 
grand bonheur fut de revenir à Bordeaux pour terminer 
sa vie, Bordeaux la première pour son cœur des villes 
qu'il aime, Bordeaux où « le ciel est clément et la terre 
fertile, le printemps long et l'hiver tiède, où le fleuve in- 
tarissable baigne de ses flotsi pareils à ceux de la mer 
des collines couvertes de bois » (^). 

A quinze siècles de distance, celui qui ressemble à 
Ausone presque comme un frère, mais. Messieurs, un 
frère chrétien, car Froment avait l'âme aussi chré- 
tienne que celle d'Ausone flirtait avec le paganisme — 

(*) Burdigala est natale solum^ clementia cœli 

Mitis ubi, et riguœ larga indulgentia terrm, 
Ver longum brumœque brèves, juga frondea subsunt, 
Fervent tsqtwreos imitata fluenta meatus. 






celui qui, jusque dans Quintilien (i), a montré pour l'édu- 
cateur Tidéal à atteindre, devient aussi précepteur d'un 
prince. Mais depuis quinze siècles, une évolution s'est 
faite. Les temps sont changés. — « les trônes ébranlés 
s'effondrent — les couronnes trem/blent sur la tête des 
rois. » Plus de titres, plus d'honneurs, seule la pers- 
pective d'un avenir peut-être brisé. 

Et c'est là. Messieurs, une supériorité de Froment 
sur Ausone. Car Ausone, lui, savait que son élève 
serait empereur et roi... 

Le voilà libre maintenant, libre et de retour à Bor- 
deaux, dans cette ville choisie, si favorable à l'éclosion 
des lettres. * 

Craignant de s'user dans l'atmosphère de Paris, de 
ses salons, de ses brouillards, de ses coteries, c'est à 
Bordeaux aussi que revint Montesquieu, dans ce pays 
privilégié, où il fait si bon vivre, où l'air marin, la sen- 
teur des pins, « les vins des bords de la Garonne et 
i'humeur des Gascons sont, comme il le dit lui-même, 
d'excellents antidotes contre la mélancolie. » 

L'écrivain se donne alors libre carrière. C'est le jour- 
naliste travaillant cette fois à l'éducation de tous — le 
journaliste dans le bon sens du mot, ne cherchant point 
cians sa plume un métier ou une arme, mais le moyen 
cl'instruire encore, de corriger des erreurs, de propa- 
ger des idées justes et saines. — C'est le critique de 
bonne souche qu'il faut mettre dans la lignée inaugurée 
par Villemain, illustrée par Sainte-Beuve, à côté des 
Saint-Marc-Girardin et des Nisard, un parisien retiré 
dans l'atmosphère chaude de la province comme pour 



(*) Quid e Fdbii Quintilianx oratoria Inatilutione ad libéras ingénue 
'n,unc educandos excerpi possit, (Thèse de la Faculté des lettres de Paris, 
1874.) 



— 200 — 

célébrer avec plus de couleur les gloires locales, Mon- 
taigne et Montesquieu. 

« Quand régnent dans la; société, dit-il (i), le goût et 
la manie de l'exotique, quand nos romans et nos théâ- 
tres nous initient aux secrets de l'âme saxonne, russe, 
Scandinave ou japonaise; que nous passons de Tolstoï 
à Ibsen, de la Puissance des ténèbres à Hedda Gabier, 
et des brouillards du Nord aux fantômes de TOrient, il 
est bon de trouver une âme française — purement fran- 
çaise — qui n'a subi l'influence ni de l'Espagne ni de 
l'Italie, ni de l'Angleterre, ni de la Norwège, ni du Nord, 
ni du Midi, mais qui, mûrie dans le pays et dans le ma- 
noir paternels, garde intactes nos qualités nationales : 
l'esprit gaulois, la ve^ve gasconne, le bon sens fran- 
çais. » Ces qualités, il ne les trouve nulle part comme 
dans nos gloires girondines, qui sont en même temps 
des gloires de la France. 

En dehors des pages d'une éloquence émue qu'il a 
consacrées aux descendants d'une maison de France (»), 
il faut lire ses articles du Correspondant, du Courrier 
de la Gironde, de la Revue philomaihique, ses discours 
à l'Académie de Bordeaux, toutes ces études si judi- 
cieuses, si pittoresques et si brillantes, non pas seule- 
ment sur Montaigne et Montesquieu, mais sur Chateau- 
briand, Saint-Marc-Girardin et Nisard, Jules Simon et 
Taine, Xavier de Maistre et Sainte-Beuve, Rivarol et 

(*) Montaigne. Uhomme et Vœuvre. Discours prononcé à rAcadémie de 
Bordeaux, 1892. 

(«) V. Recueil d'articles historiques et littéraires de Th. Froment 
(imp. Gounouilhou, 1902) : 

Le grand Condé et le duc d' Au maie. 

Le grand Condé à Chantilly, d'après le duc d'Aumale. 

Le duc d'Aumale à Chantilly {Correspondant du 25 mai 1897), 

M. le prince de Join ville et la marine française à Chantilly {Correspon- 
dant du 10 mai 1894). » 

Le duc d'Orléans à Chantilly {Correspondant du 25 février 1890). 



Oï^JL 



< .. . 



— 20I — 

les précurseurs du roman moderne, sans oublier ce qui 
est plus près de nous, notamment la querelle du Beuve 
et du Ciron, la question morale au xix' siècle posée par 
le professeur Paul Dupuy, et le salon charmant de 
M""* Duplessy au xvni** siècle où se rencontrent, avec 
Montesquieu, toutes les notabilités de Bordeaux, le 
physicien de Romas, le comte de Marcellus, les conseil- 
lers Jean-Jacques Bel, de Navarre, de Caupos, les 
présidents Barbot, du Gascq, de Ségur, de la Tresne 
jusqu^à Leberthon après son retour d'exil où la royauté 
l'avait impitoyablement relégué pour ses justes remon- 
trances contre l'accroissement des taxes et les procédés 
fiscaux des gouverneurs du royaume. 

...Combien devrait-on en exiler aujourd'hui, s'il 
fallait frapper tous ceux qui se plaignent des impôts?... 

Ecrits dans une langue élégante, alerte, claire et 
bien française, c'est un régal, même pour des profanes 
comme nous dont la perception manque d'acuité pour 
saisir de telles flnesses de style et de pensée. 

C'est vivant, c'est enjoué, c'est personnel. Selon la 
remarque d'un de ses collègues (^), il a le talent de 
railler tout en louant, de louer tout en persiflant; mais 
c'est un persiflage léger, aimable, un peu de poivre 
sur un bon plat. 

... Il y a toujours un peu de poivre dans les produc- 
tions bordelaises : c'est le commerce des épices qui a, 
vous le savez, enrichi notre ville... 

Une œuvre magistrale, c'est ainsi qu'elle ïut jugée 
en Sorbonne, nous paraît être son histoire sur l'élo- 
quence judiciaire en France avant le xvn** siècle (2). 

(») G. JuUian. 

(*) Essai sur l'histoire de V éloquence judiciaire en France avant le 
dix-septième siècle, Paris, E. Thorin, éd., 1874. 




1 



— aoa — 

Tout ce qui a trait à la prédication, à l'éloquence d^^ e 
la chaire, à ses transformations successives, depuis le^ ^s 
premiers scolastiques jusqu'aux grands orateurs : Bos- -^- 
suet et Bourdaloue, avait été soigneusement exhum^^ -é 
de la poussière des i)ibliothèques. 

Mais nul ne s'était inquiété jusqu'à Froment d'étudier: ^sr 
cette éloquence du barreau qui a joué un si grand rôieip le 
dans l'histoire de ce pays. 

Moins ancienne que l'éloquence de l'Eglise, qui a tou- Mi-i- 
jours eu ses apôtres, l'éloquence judiciaire en France^ -:^c 
n'a pris vraiment naissance qu'au xii* siècle, avec^^c 
saint Louis, le premier des rois de France qui rendll" i Jit 
la justice. — C'est alors seulement que la voix de la rai— i -ti- 
son put se faire entendre devant les tribunaux ef^^et 
remplacer le champ clos où jusque-là luttent deujMCJt-iX 
adversaires les armes à la main, les nobles avec l'épée^ ^ -e, 
les vilains avec des bâtons. 

De cette époque lointaine, l'histoire a gardé trois i<^is 
grands noms d'avocats dont Froment souligne la desti-i J"*^' 
née avec une douce ironie ; 

L'un, Guillaume Duranti, devient évêque de Mende ^ii^ 
C'est l'auteur du Miroir judiciaire (Spéculum judiciale^^ ^^ 
devant lequel se voient les péchés et les bonnes actiona x^ <3ïi 
des avocats; — l'autre, Gui Foucault, entré dans les^-ï'^ 
ordres après son veuvage, arrive jusqu'à la tiare pojiti iJ"-^' 
ficale : c'est le pape Clément IV; — le 3*, Yves de Ker-^x^^: 
martin, surnommé l'avocat des pauvres, est canonis» ^i-* -^ 
au siècle suivant et reste à jamais connu sous le nom d*-t> ^ 
saint Yves, comme patron des avocats. 

En ce temps-là, existait aussi un avocat que Fromenr^^^' 
nous dépeint sur un ton de fine raillerie, un avocat prcz^^^^^' 
lixe, gesticulant, frappant des mains et des pieds, él^ JBe- 
vaut la voix pour donner (( la réplique, la duplique etM^ ^3 



i 



.riplique à son adversaire, s*égarant en de prétentieuses 
ligressions et déployant parfois autant d'érudition juri- 
lique pour six gerbes d'avoine que pour le comté de 
Champagne, » tellement qu'il ne messied point de lui 
:'ecommander de laisser les divagations pour aller droit 
iux moyens décisifs, d'éviter les répliques et les redites 
inutiles, de ne pas employer ni subterfuges ni détours, 
« de ne pas ouvrirt en parlaiit une bouche démesurée, 
de ne pas agiter au hasard les pieds et la tête, de ne 
pas défigurer le visage par des contorsions, de ne pas 
déployer dans les petites affaires une pompe déplacée; 
en un mot de mettre la voix et le discours en harmonie 
avec la cause à défendre (^). » 

Mais que peuvent des recommandations, surtout pour 
un compère hâbleur, avisé, fripon, expert en chicane 
et contre-batterie, et voilà encore « maître Patelin » 
qui s'avance avec la perspective d'un gros lucre pour 
un procès auquel il ne voit goutte ; 

(L Ami, fais ta g^eline pondre 

£t porte assez de qaoi, 
Car en ton fait goutte ne voi (•). » 

La satire qui n'a pas ménagé les médecins ne devait 
pas épargner davantage les avocats. 

Maître Patelin n'est qu'une exception. 

A rencontre de Voltaire qui ne fut pas précisément 
aimable pour les ancêtres du Barreau qu'il traitait de 
Welches^ Froment prouve, en demandant la vérité au 
document, que le corps judiciaire fut en tout temps res- 
pectable et respecté. 

Plusieurs membres du Barreau consacrèrent au bien 
du pays soit leur fortune, soit leur éloquence. 

0) Gr. duBreul, Le style du Parlement, 1330, 
(*) Eustache Déschamps. 



— 3o4 — 

Au XIV* siècle, deux d'entre eux, Jean des Mares 
Regnault d'Acy, meurent pour une cause patriotique 
Ce sont les précurseurs de Gerson, d'Etienne Pasquier^ 
d'Antoine Arnaud, de Simon Marion, de Michel de 
l'Hôpital et de tant d'autres qui au xv* et au xvi' siècl 
prirent hautement la défense du droit méconnu et det 
franchises publiques contre toutes les tyrannies. Quel 
ques-uns d'entre eux qui se reconnaissent au franc par 
1er, à la libre allure et au sel gaulois de la parole, n 
furent pas les moins dignes contemporains de Rabelais^ 
et de Ronsard. 

Je désire être franc. Le livre de Froment m'inspire ^ 
deux regrets. Le premier, c'est qu'il n'ait point songé - 
à demander aux Annales de Bordeaux quelques types 
d'orateurs. Je parle des plus vieilles Annales. Il en 
eût trouvé un admirable : Guillaume Leblanc. Vous con- 
naissez la rue, mais combien peu connaissent l'avocat? 
C'était sous Henri IL La ville de Bordeaux venait d'être 
conquise. On lui avait tout enlevé; ses murailles avaient 
la honte de la brèche; ses privilèges étaient en cen- 
dres. Elle avait perdu sa grosse cloche, cette âme vi- 
brante et solennelle de notre ville que nous n'entendons 
plus comme jadis. Messieurs. 

Guillaume Leblanc alla trouver le roi. Lui seul n'eut 
point peur. Et le roi, l'ayant écouté, pardonna. Bor- 
deaux répara la brèche de ses murailles; on lui rendit 
ses privilèges. Et la grosse cloche fit de nouveau pal- 
piter, de ses sons formidables et doux, l'âme bordelaise. 
Ce Guillaume Leblanc fut un de nos sauveurs, pater 
patrisBy eussent dit les anciens. Quel dommage que Fro- 
ment n'ait pas parlé de lui! 

Je regrette aussi qu'il n'ait pas poursuivi jusqu'à 
notre époque, comme il en avait conçu le dessein, je 



— 205 — 

crois, son histoire de réloquence judiciaire dans ce 
pays. Je ne sais dans quelles proportions il eût tracé 
les lignes nouvelles de Tédifice, mais, sur les bases déjà 
établies,- l'ensemble eût été harmonieux. 

Il eût mis en scène avec Tauréole que la postérité 
met au front des défenseurs de la patrie ceux qui fureni 
appelés plus tard les Girondins, ceux que Lamartine a 
glorifiés, qui demeurent à jamais inséparables de notre 
histoire nationale, mais qui semblent être nés sous notre 
ciel pour Timmorlel renom de ce beau coin de France. 

Et il eût pu montrer aussi que de notre temps, avec 
les Brochon, les de Sèze, les Roy de Glotte, le Barreau 
bordelais maintient toujours sa vieille réputation et ne 
le cède à aucun autre pour Téloquence, la science juri- 
dique et les traditions essentielles de patriotisme, de 
probité et d'honneur. 

Grand, mince, élancé, élégant dans son port comme 
dans ses manières, de physionomie distinguée, d'un 
blond clair, avec des yeux vifs abrités sous un front 
large, un nez à la ligne légèrement courbe et des lèvres 
qu'il semblait mordre quelquefois, il plaisait d'avance 
sous ces allures de gentilhomme, comme si un lien eût 
existé entre la distinction de sa personne et celle de 
son esprit. 

Quelle verve dans ses causeries, quel humour! Et 
quel art de bien dire! 

Le dernier discours qu'il prononça, c'était ici même, 
il y a trois ans, quelques jours à peine avant la mort 
soudaine que rien ne faisait prévoir. Le souvenir qui 
nous est resté de cette .belle soirée est encore trop vi- 
vant en nous pour risquer d'en atténuer le charnie et la 
délicatesse pari une parole trop imparfaite. 

L'iAcadémie a fait en lui une perte irréparable. Elle 



— ao6 — 

n*a pas perdu seulement un historien éloquent^ un cri- 
tique judicieux et spirituel, un érudit, un écrivain de 
premier ordre, un poète aussi et un brillant causeur, 
elle a perdu celui qui, aux yeux de tous, était- sa pro- 
pre incarnation. Elle a perdu l'académicien modèle. 

Froment fut aussi une nature d'élite. Respectueux du 
passé, Adèle aux traditions de famille, ferme dans des 
idées où se trouvait essentiellement pour lui la marque 
des âmes nobles, d'un caractère à l'abri de toute fai- 
blesse, il marcha droit devant lui, ignorant les courbes 
de la vie, n'ayant et ne voulant avoir d'autre guide que 
sa conscience. 

Il aima le bien et il fut heureux de tout celui qui se 
faisait autour de lui. 

Il m'a été donné de faire, au nom de la Faculté de mé- 
decine, une visite à celle qui était pour lui une sœur, 
celle à qui l'on doit l'une des plus belles œuvres de bien- 
faisance de cette ville, le magnifique hôpital Tastet- 
Girard. 

Après des remerciements que je venais lui transmet- 
tre, elle me permit, avec une exquise affabilité, de lui 
parler de celui que la famille avait si bien adopté. 

J'appris d'elle quel ascendant exerçait son esprit 
sur tous ceux qui l'approchaient, mais aussi quelle 
était sa bonté, sa grandeur d'âme, et avec quelle joie 
désintéressée il avait accueilli l'idée d'une fondation 
familiale destinée au soulagement des malheureux. 

<( Entouré d'une famille élevée dans les sentiments les 
plus purs, a dit votre Président, M. Démons, le jour de 
ses funérailles, il avait vu son âge mûr égayé par une 
union qui lui donnait un fils selon son cœur. Et la nais- 
sance d'un petit-fils, héritier de si belles races, promet- 
tait à sa vieillesse des joies profondes. » 







— 207 — 

Froment n'est plus. La maison où je vous introduisais 
tout à l'heure ne lui donne plus asile. 

S'il existe quelque force invisible qui les attire, ce ne 
sont plus que des atomes errants dans l'espace de ce 
<jui fut son énergie de vivre, de penser, de sentir, 
qui se rencontrent dans ce lieu. 

J'ai ouvert un jour le portail à claire-voie qui donne 
accès au domicile. J'ai pénétré dans le sanctuaire où 
se déployait sa pensée. C'était à l'heure triste du cré- 
puscule et du silence de la nuit tombante. 

Deux êtres vêtus de deuil, d'âge différent, mais d'une 
grâce également prévenante, m'accompagnèrent le long 
des grands escaliers. Une porte s'ouvrit sur une pièce 
spacieuse où une lueur atténuée jetait quelques scin- 
tillements clairs. 

Aux premières paroles désolées qui tombèrent de sa 
bouche, je reconnus celle qui fut son aimable compa- 
gne, ôelle qui vécut son rêve et le réalisa. 

A côté d'elle, appuyée sur elle, dans le gracieux aban- 
don de la jeune fille qui se sent enveloppée de toute la 
tendresse dont une mère est capable, je vis rayonnante 
par ses beaux cheveux blonds, son doux visage, ses 
regards lointains, comme perdus dans l'extase de la 
piété familiale la plus attendrie, celle qui reflétait si 
fidèlement à mes yeux l'image du cher disparu. 

Je restai longtemps, retenu par je ne sais quel charme 
infini. Elles ne me parlèrent que de lui. 

Tout ce qu'il y a d'émotion dans les cœurs les plus 
sensibles se traduisit dans leur voix un peu tremblante 
comme un appel suppliant pour qu'il assistât à notre 
entretien. . 

Elles le voyaient, elles. Il était présent partout'comme 
le génie du lieu. Elles me le montraient la tête inclinée 



— 208 — 

sur la page à écrire ou donnant, la voix à demi-éteinte, 
ses derniers conseils. 

Puisque rien ne disparaît, je songe aux métamor- 
phoses de Tau-delà sans essayer d'y riea comprendre, 
et je me laisse emporter idéalement bercé dans la terre 
promise du rêve où je voudrais ne point m'éveiller. 

Ce soir-là, en saluant, pour Tadieu du départ, ces 
deux êtres éplorés qui ne vivaient que pour d'autres 
espoirs, il me sembla que l'ombre d'un esprit se proje- 
tait autour de leurs voiles noirs dans ce sanctuaire où 
se déploya sa pensée, au temps de sa vie humaine. .. 



REPONSE DE M. LE PRESIDENT 



A M. DE NABIAS 



N'est-ce pas. Monsieur, vous avez été séduit par le 
charme pénétrant qui se dégageait de la personne 
de Froment? Qui ne Fa été comme vous, après avoir 
eu la bonne fortune de l'approcher? Tout en lui sub- 
juguait : intelligence supérieure, bonté accueillante, 
bonheur communicatif . Vous nous l'avez dit : Froment 
fut un homme heureux, et cela simplement, noble- 
ment, en faisant du titre d'un de ses ouvrages, Rêves 
et Devoirs^ la devise de toute sa vie. Il sut chercher dans 
le rêve, aux heures d'amertume, VonjûVi des misères 
humaines; il trouva dans l'accomplissement continu 



Ml 



— 209 — 

du devoir la calme sérénité d'une conscience sûre 
d'elle-même. 

Professeur, il a bien compris la grandeur de sa mis- 
sion; il s'est enthousiasmé pour elle et il a chanté son 
enthousiasme. Comment, dès lors, n'aurait-il pas été 
un éducateur exquis? « Il s'attache à ses élèves, U 
» pense à eux partout et toujours, môme en vacances, 
«même en pays lointain; c'est pour eux qu'il re- 
» cueille des impressions poétiques, » des observations, 
pour leur en faire part, au retour, dans l'unique but 
de les instruire, de former leur âme, sans nul souci 
de succès personnel. 

Cet érudit charmant n'avait pas connaissance de sa 
valeur, il se défiait de lui-même. Il s'est accusé de 
n'être ni un penseur ni un savant! Et il en donne des rai- 
sons qui prouvent seulement sa grande facilité de tra- 
vail. Il s'en voulait de cette facilité, dont tant d'autres 
eussent tiré vanité, il était presque honteux de l'ardeur 
avec laquelle il passait d'une étude à une autre : 

Tout m'attire et me plaît; oui, mais rien ne m'arrête. 
Du travail, du plaisir, je ne prends que la fleur. 

et il hésitait au moment d'entrer dans l'enseignement 
Supérieur! Bordeaux se souvient encore des éminentes 
qualités qu'il y déploya. Froment fut, selon l'heureuse 
expression d'un de ses anciens collègues, un des meil- 
leurs « parmi les humanistes qui n'ont pas fui l'érudi- 
tion et qui ont su l'employer avec grâce et avec 
noblesse.» 

Passionné pour son apostolat, c'est à son titre de 
professeur qu'il voulut attribuer l'honneur de son élec- 
tion, quand il entra à l'Académie. Accueilli à bras 

190S i^ 



— aïo — 

ouverts, il prit bien vite dans notre Compagnie Is* M\^ 
[)lace qui était due à son caractère et à son savoir^^:«: ï*- 
C'était plaisir de l'entendre lire les rapports au styl^ X^le 
élégant, à l'argumentation solide, où il analysait e 
appréciait les ouvrages soumis à nos concours. C'étai 
un vrai régal de le suivre dans les discussions où s£ 
critique fine et toujours courtoise, son ironie de hor%i 
goût trouvaient à s'exercer, sans jamais blesser per- 
sonne, mais en laissant l'impression de sa réelle su- 
périorité. Et, la séance finie, ses collègues se grou- 
paient autour de lui pour l'entendre encore; c'étaien^ -t^t 
alors des causeries délicieuses où il laissait libremenf -^^t 
s'épancher sa verve brillante et délicate, et dont oi 
ne s'arrachait qu'à regret. Il aimait nos réunions in- 
times de l'Académie parce qu'il y goûtait les plaisir 
de l'esprit, hbrement, sans aucune contrainte. Vouî 
savez, écrivait-il à un de ses collègues, « que je pré- 
M fère aux salons de la rue de Grenelle notre petit( 
» salle de l'Athénée ». 

L'auditoire qui m'écoute se souvient de ce que fut 
Froment comme conférencier ou comme président dans 
nos séances solennelles. « Que de fois dans des réu- 
» nions de ce genre, nos yeux et nos oreilles cherche- 
» ront et redemanderont en vain cette physionomie 
» souriante et distinguée, cette taille élevée et svelte, 
)) cette diction si nette et si pure, ce geste sobre, na- 
» turel, expressif, tout cet extérieur enfin, si bien d'ac- 
» cord avec les pensées choisies, mais sincères, que 
» ce littérateur aussi aimable qu'instruit exprimait dans 
» un langage impeccable et charmant! » 

Vous venez de faire revivre devant nous la figure de 
cet ami regretté, dans des termes qui nous sont allés au 




— 'Jll — 

cœur. Vous avez iien saisi les beautés de ce caractère 
et nous ne devons pas nous en étonner. Gomme Fro- 
ment, mais sur un autre terrain, vous avez à instruire 
et à former des jeunes gens, et vous apportez dans 
Taccomplissement de cette tâche les mêmes scrupules, 
les mêmes enthousiasmes, la même défiance de vous- 
même. 

En prenant séance, pour la première fois, au milieu 
de nous, vous nous avez exprimé la crainte que la 
place à laquelle vous aviez été appelé ne fût pas la 
vôtre. Gomment pourrions-nous partager vos appréhen- 
sions — alors même que nous ne vous connaîtrions 
pas de longue date — après vous avoir entendu ce 

SOÎP? 

Et, à ce propos, vous l'avouerai-je, mon cher col- 
lègue? La forme délicate, le style harmonieux, les pen- 
sées élevées, la poésie, en un mot, de votre éloge de 
Froment ont été pour moi cause d'une espérance suivie 
d'une déception. Notre aimable secrétaire général 
rn'avait adressé, pour la préparation de ma réponse, 
les ouvrages de vous que possède notre bibliothèque; 
je n'y avais vu que des titres scientifiques, quelques- 
xins même d'aspect un peu rébarbatif. Toute l'œuvre de 
notre collègue n'est pas là, me dis-je; je cours chez 
le libraire le plus voisin et je lui demande : Les œuvres 
littéraires de M. de Nabias? — Mais, me répond-on, 
M. de Nabias est un homme de science. — Quoi, pas 
la moindre poésie? — Non, à moins qu'il ait écrit en 
>/ers son cours sur la matière médicale ou ses études 
sur le système nerveux des gastéropodes. Rentré chez 
moi, j'ouvre bien vite votre ouvrage sur les gasté- 
ropodes : il n'était pas en vers! 

Mais alors, je devrais porter devant cette assemblée 



\ 



— aia — 

une appréciation sur vos savantes recherches histo- 
logiques? Il me faudrait parler tféminences senso- 
rielles, de cellules ganglionnaires, cellules chroma- 
tiques, protocérébron, mésocérébron? Autant vaudrait 
pour un aveugle discuter des couleurs. Je me suis sou- 
venu de votre recommandation : « Glissez rapidement 
sur mes travaux. » Elle vous était dictée par votre mo- 
destie; je m*y conforme pour sortir d'embarras et 
pour ne pas risquer le ridicule en faisant étalage d'une 
science que je ne possède pas. 

Ma réserve ne saurait aller cependant jusqu'au si- 
lence absolu; et je m'en voudrais de ne pas rappeler 
ici que l'Académie des sciences vous a décerné en 
1900 le prix Lallemand pour l'ensemble de vos re- 
cherches sur le « Système nerveux des gastéropodes 
pulmonés aquatiques ». 

Vos travaux scientifiques ont porté sur les matières 
les plus diverses; vous êtesi membre de la plupart de 
nos Sociétés savantes, et à chacune d'elles vous avez 
fourni un riche contingent d'études et de découvertes, 
principalement en botanique, en physiologie, en his- 
tologie, en zoologie générale. Vous avez particulière- 
ment étudié les parasites animaux et végétaux et, 
presque toujours, vous indiquez un remède pour com- 
battre le mal que vous décrivez. 

Mais laissons de pareils sujets, puisque je n'en peux 
parler avec compétence. 

Je me sens plus à l'aise pour retracer la carrière 
brillante que vous avez parcourue à la Faculté de méde- 
cine. Chef des travaux pratiques en 1883, encore étu- 
diant, vous vous imposez déjà comme un maître à vos 
camarades de la veille par votre savoir et par vos 
conseils. Reçu docteur en mars 1886, vous êtes pro- 



m— ' 



-^ t-Hl*! \.«*.^.- _•— *MW^ 



— 2l3 — 

clamé agrégé en juillet 1886, moins de cinq mois après. 
Ce simple rapprochement de dates rends tout commen- 
taire superflu. 

En 1893, vous êtes chargé du cours de matière médi- 
cale — on entend, je crois, par là Tensemble des corps 
qui fournissent les médicaments. — Votre enseigne- 
ment doit s'adresser, non seulement à de futurs méde- 
cins, mais aussi à des élèves pharmaciens; vous tenez 
à rendre encore plus intimes vos lienis avec ces der- 
niers et, le 4 novembre 1893, vous êtes reçu pharma- 
cien de 1" classe. 

Cela ne vous suffit pas, et vous allez cueillir en Sor- 
bonne, le IS mars 1894, le titre de docteur es sciences 
naturelles. 

Nommé professeur titulaire le 25 juillet de la même 
année, vous ouvrez votre cours par une leçon que j'^ 
eu Taudace de lire; elle m*a séduit par retendue de 
l'érudition et Télégance de la forme. 

Vos travaux scientifiques vous recommandaient à 
l'attention des savants, la haute probité de votre ensei- 
gnement vous attirait l'estime des professeurs, votre 
affabilité vous avait acquis la sympathie de vos collè- 
gues. Aussi, lorsque M. le doyen Pitres (un des nôtres), 
crut devoir résigner ses fonctions, est-ce entre vos 
mains que la Faculté trouva bon de remettre le soin 
de ses destinées. 

On ne pouvait savoir encore quelles seraient vos 
qualités d'administrateur; vous avez vite fait vos preu- 
ves à cet égard et, lorsque votre mandat est arrivé à 
son terme, c'est à l'unanimité des suffrages qu'il vous a 
été maintenu. Quel témoignage plus éclatant pourrait- 
on chercher de la haute opinion que professe pour vos 
services le corps enseignant médical, ce corps d'élite 



— 2l4 — 

dont s'honorent notre Université et notre ville tou 
entière? 

Gomme doyen, vous représentez la Faculté en tout 
circonstance. Qu'il s'agisse d'adresser des félicitation 
à un collègue, de prononcer l'éloge d'une célébrité dis 
parue, de résumer les travaux de l'année dans un rap 
port d'ensemble ou de présider une séance solennelle, 
c'est à vous que ce soin incombe. Vous êtes passé 
maître dans ce rôle. Vos discours sont des bijoux admi- 
rablement ciselés, où vous vous révélez tout à la fois 
penseur puissant, savant émérite et écrivain de talent. 

Notre Faculté de médecine et de pharmacie vient de 
fêter ses noces d'argent; vous avez pensé que le moment 
était propice pour jeter un regard sur le passé et me- 
surer le chemin parcouru, et, dans votre discours de 
rentrée, vous avez présenté, sur l'enseignement mé- 
dical à Bordeaux, une, étude rétrospective qui est une 
vraie page d'histoire originale, précise et éloquente. 

C'est au 7 juin 1441, date de la fondation de l'Uni- 
versité de Bordeaux, par bulle du pape Eugène IV, 
que vous faites remonter l'origine de cet enseigne- 
meht. 

Vous appelez le sourire par la description de la Fa- 
culté naissante, avec son personnel presque toujours 
étranger, réduit à un seul professeur, Faculté où les 
cours étaient intermittents, mais où l'indulgence exces- 
sive était permanente et quasi réglementaire, à tel point 
que nombre de bacheliers, de licenciés, de docteurs 
réussissent à prendre leurs parchemins en vivant de 
loisir, de songe et d'Idéal. Heureux étudiants! Pauvres 
malades! 

Vous éveillez l'intérêt, lorsque vous dépeignez les 
incertitudes de la médecine et les progrès de la chi- 




— 210 — 



r^urgie aux xvP et xvii* siècles, et quand vous signalez 
Ie^ développement de cette Ecole de Saint-Côme, où 
I^s « sujets venaient de toutes les provinces du royau- 
me, des pais même étrangers pour apprendre un art 
qui s'enseignait à Bordeaux avec honneur et célébrité ». 
Vous excitez Témotion lorsque vous retracez les éta- 
es parcourues au xix' siècle avec les Moulinié, Bru- 
1 stour, Mabit, Elie et Henri Gintrac. 

C'est Tenthousiasme que vous provoquez, avec Fes- 

I^érance d'un avenir plus brillant encore, quand vous 

^i.rrivez à la pei(nture de la Faculté d'aujourd'hui. 

« Certes, dites-vous, l'idéal n'est pas atteint, et les gé- 

» nies qui devront apporter les premières clartés sur 

» des maux qui nous déciment encore ne sont peut- 

>5 être pas près de venir. Mais, déjà la gerbe est fort 

>:> belle et, tout en portant, envie à l'avenir, nous pou- 

>3vons nous estimer heureux de traverser le monde 

^ dans un moment intéressant. » 

Qui donc m'avait dit ne pas connaître votre œuvre lit- 
téraire? Mais elle se trouve dans vos délicats et élo- 
quents discours. Pourquoi faut-il aller les chercher 
dans des feuilles éparses que, seuls, quelques privi- 
légiés peuvent avoir la bonne fortune de se procurer? 
laissez-moi exprimer ici le vœu qu'ils soient bientôt 
réunis en un volume qui sera accueilli avec joie par 
tous les amis des lettres. Ils suffisent, vous pouvez 
en croire la voix unanime de ceux qui les ont entendus, 
à établir votre réputation d'écrivain à la suite d'autres 
savants, tels Flourens, Dumas, Pasteur, Bertrand, à 
qui l'Académie française ne craignit pas d'ouvrir ses 
portes. Gomment notre Gompagnie, qui se recom- 
mande à la fois des sciences et des lettres, n'aurait- 
elle pas tenu à honneur de vous posséder? 



— 2l6 — 

La place que vous allez y occuper est la vôtre à 
bien des titres, quoi que vous en ayez dit. Si vous 
avez eu des craintes à cet égard, rassurez-vous, et 
appréciez mieux votre œuvre en tenant pour bien 
fondé le jugement qu'ont porté sur elle vos nouveaux 
Collègues, savants, lettrés ou simplement amis. 



"ft" 



LISTE 



DES 



ERIX DÉCERNÉS PAR L'ACADÉMIE 

Pour les Cioncours de Tannée 1902. 



PREMIERE PARTIE 

RÉSULTATS r^ES COISTCOURS 

Ouvrages reçus par rAcadômie. 

Résultats des Concours ouverts pour l'année 190S. 



I 



li' Académie a reçu les ouvrages suivants, soit pour 
^ Concours ouverts en 1902, soit pour l'obtention 
s récompenses accordées en vertu de l'article 48 de 
ïi Règlement, soit enfin à titre d'hommage : 

FONDATION DE LA GRANGE 

IHuinisiiiatiqae . 

!• Histoire des médailles du duc de Bordeaux, Henri 
? France, Henri Dieudonné, Henri V, comte de Cham- 
bra, par M. A. Evrard de FayoUe. 
2* Premier supplément à l'Iconographie des médailles 
jetons de Bordeaux, par M. A. Evrard de FayoUe. 



ai8 — 



PRIX DE LA VILLE DE BORDEAUX 

Prix d^élo^uciice. 

I* Éloge de Philippe Ferrure. 

Devise : Erudimini. 

2° Le barreau de Bordeaux au XVIIP siècle et en 
Darticulier après 1750. 

Devise : Virtuti et Scientiœ, 



PRIX DE L'ACADÉMIE 

fo Histoire. 

V La vie de Messire Henry de Bélhune, archevêque de 
Bordeaux, par M. Tabbé Bertrand, bibliothécaire du 
Grand Séminaire. 

2® Histoire religieuse de Condom pendant la Révolur 
lion, par M. J. Gardère, bibliothécaire de la ville de 
Condom. 

3° Monographie de Tobna, par M. le lieutenant Raoul 
Grange, à Souase (Régence de Tunis). 

4** Registres paroissiaux relatifs aux baptêmes, rtia- 
riages, vétures, noviciats et sépultures , dans les églises 
et couvents de la ville de Pau (1553-1792), par 
M. Joseph Lochard. 

5*» Le Ctiptalat de Bach, 

Devise : Loquentiœ satis, sapientiœ parum» 

6** Vie admirable de sainte Germaine Cousin, 

Devise : Beati paupereê sp^riia^ 

2° mainlsniatiqae. 

Collection de M. le D'' Levtier, à Aire-sur-l'Adout*^ par 
M. l'abbé Daugéj curé de Beylongue (Landes); 




mm^ m »*^ ■ ■ % 



3° IScicnccs. 

:k "* Ùe la contamination par les vieux papiers, par 
<jeorges Hyvert, ingénieur-conseil^ à Carcassonne. 

z^ *• Histoire des progrès de r éclairage électrique^ état 
t. wiel de la question, pariiculièremeni au point de vue 
nomique. (Sujet spécialement mis au concours par 
eadémie.) 

Devise : Aide-toi, le ciel l'aidera. 

3* LHnjini et le fini, essai de synthèse philosophique, 
M. Marcel Méril. 

4<> Plijsioloj(le et Médeelne. 

X® L'entraînement complet de l'homme, par M. le 
"^ Georges Rouhet. 

2*^ Alimentation et hygiène des enfants, par M. le 
^^ Cayla. 

S** Alimentation, boissons et condiments; Repas des 
^J- allés et des vieillards, par M. le D' Cayla. 

&^ Bcau!K - Jirts. 

Album d'art décoratif, par M. G. Hamm. 



et Littératare. 



I' Paillettes de cœur, poésies, par M. Paul Rabot. 
2" En rêvant, poésies. 

Devise: Qu'on rêve avec plaisir quand notre âme blessée 
Autour de ce qu'elle aime est toute ramassée. 

(P. Corneille.) 

3** Les Arcs-en-ciel, poésies, par M. J.-P. Brunet. 
4* Premiers vers. 

Devise : Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien. 



— 220 — 

5** Reflets et Murmures, Fleurs du Nil, poésies, j^ 
M. Pierre Ardouin. 

6" i4u gré du vent, poésies. 

Devise : Quel esprit ne bat la campagne ^ 
Qui ne fait châteaux en Espag 
(La Fohtaihe.) 

7** Pins et Dunes, Impressions d'art, prose. 

Devise : Non sine labore, 

8* La Fille de Bethuel, mystère en trois pai^ties, 
vers libres. 

Devise : Elle était vierg^e, et nul homme ne Tavait conn 

9"* Victor Hugo, poème. 

Devise : Cet enfant que la vie effaçait de son li 
Et qui n^avait pas même un lendemain à vi 
C'est moi... 

10* Glane de sonnets. 

Devise : Le soldat exilé qui défend et qui sert 
La France, en Tadorant avec idolâtrie, 
Sous le drapeau retrouve un coin de la patrii 
Même au fond du désert. 

Il** Le Sachet noir, poésies, par M. Fernand Gasc. 
12* L'Engrenage, pièce en quatre actes et en prose.- 

Devise : Avec un grain d'orge et un peu d'ea 
le sage peut rivaliser de félicité avec Zeu^ 

(ËPICURB.) 

i3° Les Sourires, poésies. 

Devise : Le poète est un oiseleur 

Qui cherche à prendre des pensées^ 

(V. Hugo.) 





aai. — 



OUVRAGES REÇUS A TITRE D'HOMMAGE 



I" Journal des campagnes de Jacques Danton sur le 
'^in de 1794 à 1800 y par M. Thévenot. 

2" Inventaire sommaire des Registres de la Jurade, 
' 1520 à 1583, tome II. 

3" Les Hautes Vallées pyrénéennes et les communi- 
'éions franco-espagnoles en 1792, d'après un manuscrit 
-^dit, par M. Durègne. 

4" Les jeux de paume à Bordeaux avant la Révolution, 
3u M. Pierre Meller. 

5** Les statuts des maîtres jardiniers de Bordeaux, 
3ir M. Pierre Meller. 

6** Les familles protestantes de Bordeaux, d'après les 
-gistres de l'état- civil, avant 1789, par M. Pierre 
leller. 

7** La misère en Agenais de 1600 à 1609, et la grande 
tmine de 1630-1631, par M. le D"^ Couyba. • 

S" Notes inédites sur le maréchal de Mouchy et le 
eintre Lonsing, par M. Gustave Labat. 

9** Bibliographie des travaux de M. le D^ Azam, par 
I. Camille JuUian. 
10** Nicolas Beaujon, par M. Céleste. 
II** Un petit -fils de Montesquieu en Amérique, par 
I. Céleste. 
12* U abbé Joseph Rousselle, par M. Tabbé Manceau. 
i3** Sur Faire de dispersion de VArbutus unedo, aux 
nvirons d'Arcachon, pdiV M. Durègne. 
i4* Météorologie générale, par M. Bénard. 



*' 



— 323 — 

i5** Carte des vents dans le goffe de Gascogne, pendant 
le mois de novembre, par M. Ilautrcux. 

i6** Pêche maritime, par M. Bonard. 

17° Carte des courants du golfe de Gascogne, par 
M. Bénard. 

18° Dunes primitives et forêts antiques de la côte de 
Gascogne, par M. Durègne. 

19° Le littoral de la Gascogne, manuscrit avec boîte 
d'échantillons. 

20° Les fleuves côliers de la Gascogne, par M. Saint- 
Jours. 

ai** Sur le mode de formation des dunes primaires de 
Gascogne, par M. Durègne. 

22° Carte des dunes anciennes ou primaires de Vancien 
captalat de Buch, par M. Durègne. 

23" L* Alpinisme dans le Sud-Ouest; de Cauterets au 

Vignemale; en Ecosse, porphyres et basaltes; Excursion 

de Noël à Gavarnie; Excursion aux gorges du Ciron; 

Sur une station Robenhausienne à rentrée du bassin 

d'Arcachon, côté sud, par M. Durègne. 

2.4° A propos de la loi sur les associations et étude sur 
la mutualité, par M, le vicomte de Pelleport-Burète. 

25° Projet de fondation d'associations diocésaines catho- 
liques à formes mutuelles et coopératives, par M. le 
vicomte de Pelleport-Burète. 

26° La naissance, le mariage et le décès, parM. Guzacq, 

27° La Société d'Anthropologie en 1901, par M. le 
D*^ Chervin. 

28° L'imitation du proloplasma (suite), par M. Herrera. 

29° Les hypothèses scientifiques de M, Zénobe 
Gramme, 

3o° Album de coupes longitudinales et transversales 
de mollusques gastéropodes, appartenant au musée 



^ 



— 323 — 

i^eanographique de S. A. le prince de Monaco, par 
. Bénard. 

3i' Cure maritime de la phtisie pulmonaire, par M. le 
"■ Lalesque. 

Sa** Prix des matières résineuses dans les Landes, 
^^:a: M. Cuzacq. 

33" Épamprement ou écimage tardij de la vigne en 
€.w^onde, perturbations qu'il produit sur le cep, le fruit et 
-win, par M, Georges Duclou. 

34° Note sur quelques peintures en grisaille de Pierre 
cour fils, par M. Gustave Labat. 
35** Montesquieu : Histoire véritable, nouvelle et plus 
mplète édition avec une introduction et des notes, 

M. L. de Bordes de Portage. 
36° Les neveux de Charlemagne, par M. A. Jeunesse. 
37° Saint Pietamen, par M. Paul Auvard.* 
38° Littérateurs et tarifs postaux, par M. Arsène 
rhévenot, 

39° ^loge de M. le comte Alexis de Chasteigner, par 
M. ]E, Bouvy, 

4o* Éloge de M. le D' Azam, par M. J. Mariés. 



— 224 



II 



Après avoir entendu les rapports qui lui ont ^^ 
présentés sur les ouvrages soumis à son examen, ^* 
après avoir pris Tavis de la Commission génét"^"--^ 
des concours, l'Académie a décerné les prix et 
récompenses suivants : 

FONDATION DE LA GRANGE 

nf aiuismatique . 



s 



Le prix de 600 francs de cette fondation est décer 
M. A. Evrard de Fayolle, pour ses deux ouvra 
manuscrits intitulés : Histoire des médailles du â^ x>M^ 
de Bordeaux, Henri de France, Henri Dieudonr^^f 
Henri V, comle de Chambord; — et Premier Supplém^^^^^ 
à l'Iconographie des médailles et jetons de Bordeaux. 

PRIX DE LA VILLE DE BORDEAUX 

PriiK d'èloqacnec. 

Le prix de 5oo francs de ce concours annuel e? 
partagé dans les proportions suivantes : 

3oo francs à M. Vital Mareille, avocat à Bordeau:?^ 
auteur de V Éloge de Philippe Ferrère, 

200 francs à M. Paul Péquignot, avocat à Bordeau^c^ 
pour son discours intitulé : Le barreau de Bordeaux iiv^ 
XYiii* siècle et y en particulier, après 1750. 



— aa5 — 

PRIX DE L'ACADÉMIE 

fo Histoire. 

L** Un rappel de Médaille d'or à M. Tabbé Bertrand, 
>liothécaire du grand séminaire, pour ses deux 
Lûmes imprimés intitulés : La vie de messire Henry 
Béthune, archevêque de Bordeaux, 
î* Une MÉDAILLE d'argent à M. J. Gardère, biblio- 
îcaire de la ville dé Condom, pour son Hisloire 
igieuse de Condom pendant la Révolution^ un volume 
primé. 

î* Un rappel de Médaille d'argent à M» Raoul 
ange, lieutenant au l\^ tirailleurs algériens, à Sousse 
îgence de Tunis), pour son volume imprimé, inti- 
é : Monographie de Tobna. 

i" Une MÉDAILLE de bronze à M. Félix Lacombe, de 
Teste (Gironde), pour cinq volumes manuscrits 
itulés : Le Caplalat de Buch. 

>** Une Lettre de remerciements à M. Joseph 
3hard, pour son travail imprimé intitulé : Registres 
oissiaux relatifs aux baptêmes, mariages, vêtures, 
nciats et sépultures dans les églises et couvents de la 
e de Pau (1553-1792). 

90 IVumismatiquc. 

Jne Mention honorable à M. l'abbé Daugé, curé 
Beylongue (Landes), pour son volume imprimé 
itulé : Collection de M, le D' Lévrier, à Aire-sur- 
dour/ 

3® f^eicnecs. 

t" Une Médaille d'or à M. Henry Chevallier, sous- 

1902 i5 



directeur du laboratoire d'électricité industrielle à la 
Faculté des sciences ^e Qorfleai;^, ppi)p son mémoire 
manuscrit intitulé : Histoire des progrès de l'éclairage 
électrique; état actuel de la question, particulièrement au 
point de vue économique, spjet spécialement iqis au 
concours paf l'Académie. 

2° Une MÉDiMLLï: d'argç^T ^ M. M^rç^} Méril, de 
Paris, pour un volume impriii^é in);itulp : L'ffiftni ^t Ift 
fini, essai de synthèse philosophiguç. 

3** Une MÉDiViLLE d'argent ^ IVJ. le D' (3. Routtist) 
pour son volume imprimé intitulé ; 1,'Enlrqînçm^ni 
complet de l'homme, 

4° Une Médaille de bmn^b ^ M. Q^Q^^ieis Pyvert, 
ingénieur- conseil à Ç^rpassonne, ppuç ^^ YQiTi^inc 
imprimé intitula : p^ la Contamination par le^ vf^ws 
papiers, 

4» Beaux -Arts. 

Une Mention honorable à M. Gj. Haniip, de Q?^^' 
déran, pour son Album d'art décoratif. 

50 liftlèratnre el; Poésie* 

V Une Médaille d'or à M"' Sem -Boucherie, ^^ 
Cavignac (Gironde), pour son recueil manuscrit ^^ 
poésies intitulé : En révqnf» 

2° Une Médaille d'or à M. Alcide Marot, à Nij ^^' 
par Bourmont (Haute-Marne), pour son recueil ^ 
vers manuscrit intitulé : Au gré du vent. 

3" Une MÉDAILLE d'argent à M. J.-P. Brunet, aut^^^'^ 
d'un recueil de vers manuscrit intitulé : Les Ar^'^' 
en-ciel. 

4° Une Médaille d'argent à M. Pieryg Afdouii^ ^ 



n recueil de vers iiuprimû intitulé : Reflets el 



ne MépAiLLE d'abgest à M- Fornand Gasc, de 
X, pour un volume de vers inlitalé : Le Sachet 



n rappel de Méd.ville d'argekt, ù M. Jean 

;iave, ù Rebenacq (Basses-Pyrénées), pour un 

Tianuscrit intitulé : Giane de sonnets. 

ne Médaille de bro»ze à M. Henri Albouy, 

an (Médoc), pour une pièce manuscrite, en 

des et en prose, intitulée : L' Engrenage. 

ne MÉDAILLE DE Biio^zE h M. Georges Colson, 

leaux, pour son recueil inanusorit do poésies 

: Les Sourires. 

ne MÉDAILLE DE uuo.N/E Ù M. Henri Fromont, 

neins, pour ses deux manuscrits e(i vers 

I : le premier, La Fiile de Betkuel; le second, 

fugo. 

ne Mention honorable à M- Paul Rabot, de 

IX, pour son volume de vers intitulé : Paillettes 



'ne Me>tion honorable à M. Henri Lambercy, 
leatix, pour un manuscrit en prose intitulé : 
Ottnes. 



— 328 — 



DEUXIEME PARTIE 

Concours ouverts pour l'année 1904 et les anné( 

suivantes. 



FONDATION FAURÉ 

Un des membres les plus regrettés de rAcadém^^, 
M. Fauré, voulant donner un dernier témoignage ^e 
l'intérêt qu'il avait toujours porté aux travaux de Ja 
Compagnie, a, par son testament en date du 3o ncia's 
1868, fait la disposition suivante : 

« Je donne et lègue à TAcadémie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de 
n Bordeaux, à laquelle je m'honore d'appartenir, un coupon de 5o fr. ^^ 
» rente 3 o/o, pour fonder un prix de 3oo fr. à décerner tous les six ans bu 
» meilleur Mémoire sur une question posée par l'Académie, intéressant ^^ 
» bien -être de la population peu aisée de notre ville. L'Académie sera seule 
» appelée à juger de la valeur de ces Mémoires. » 

L'Académie met au concours la rédaction d'un mé- 
moire sur la question suivante : 

(( Résumé des règles de l'hygiène intéressant la popti* 
lation ouvrière de Bordeaux. » 

Le prix sera décerné, s'il y a lieu, en 1906. 

Les ouvrages destinés à ce concours devront êtf^ 
parvenus au secrétariat de l'Académie le 3i décembi^^ 
190G au plus tard. 

FONDATION DE LA GRANGE <*> 

M. le marquis Lelièvre de La Grange et de Fourille ^=^' 
membre de l'Académie, par testament olographe du—-^ 



(^) Dans sa séance du i5 mars 1888, l'Académie a pris la délibératior:^^^^^--^ 
suivante : 
« Article premier. — Les sujets des concours ouverts pour les prix de U 



— 229 — 

t 1871, visé par décret du 20 octobre 1880, a 
la Compagnie : 

itc de six cents francs « destinée à fonder un prix annuel, sous le 

Prix de MM U marquis de La Grange, qui sera décerné alternati- 

i Fauteur du meilleur livre ou mémoire sur la langue gasconne 

» phases diverses, ses poésies, sa prose, et à Tauteur du meilleur 

mémoire sur la numismatique de nos provinces méridionales. » 

conséquence, rAcadémie décernera les prix 

is : 

îours de 1904 - 600 francs pour la numisma- 

îours de 1905 : 600 francs pour la langue 

ne. 

ouvrages destinés à ces concours devront être 

us au. secrétariat de TAcadémie : pour la numis- 



La Grange seront choisis chaque année par TAcadémie sur la 
)n du Conseil, dans la première Assemblée générale du mois do 

2. — Le Secrétaire général de l'Académie est invité à donner à 
! des prix la plus large publicité, en faisant appel au bienveillant 
des directeurs des journaux de la région et des revues scienti- 
isacrées à la linguistique, à la numismatique et à Tarchéologie. 
5. — Le délai accordé aux concurrents pour traiter les sujets 
par l'Académie est de deux années. Les mémoires devront être 
k peine de déchéance, au secrétariat de l'Académie, le 3 1 juillet 
ird. 

1. — Les ouvrages imprimés dont les auteurs désirent prendre 
concours de la fondation La Grange devront pareillement être 
ous peine de déchéance, au secrétariat de l'Académie, le 3i juillet 

ird. 

5. — Si aucun des mémoires ou livres déposés n'est jugé digne du 

le cependant l'un d'eux ait une valeur suffisante pour mériter une 

ise, l'Académie pourra, à titre d'encouragement, lui attribuer une 

u prix total. 

G. — Les sommes restées sans emploi seront mises en réserve pour 

l'année suivante la valeur ou le nombre des prix décernés par 

lie au nom de M. le marquis de La Grange. 

7. — Les articles A5, /i6 et 67 du Règlement général de l'Académie 

lent aux prix de la fondation La Grande. » 



matiqiie, le 3i juillet igo4, dernier délai ; poùt* la lâtlgli 
gasconne, le 3r juillet igoo, dernier délai. 

L'Académie recommande spécialement les sujet- 
suivants : • 

Pour la numismatique : Étadë siir tes rnomak 
frappées ù Bordeaux pendant la domination anglaise. 

Pour la langue gasconne : Étude philologique su 
hdiome bordelais, en vite de constituer te tôc'abulàu 
local des termes employés soit dans un corps de nvilieï 
soit dans une application du commerce ou de VagricultiXr 

A défaut de travaux sur la numismatique et la lang^ue gasconne jug 
digfnes des t)rix en igo4 et igbS, l'Acadéitiie est autoHséé à décerner c 
prix à un mémoire d'archéologie locale ou régionale. . 

FONDATION CARDOZE 

M. Cardoze (Salomon-Antoine-Amédée) a, dans se 
testament du 2 janvier 1880, inséré une dispositic 
ainsi conçue : 

« En outre des legs qui viennent d'ôtrc énoncés, il sera remis à TAcac 
» mié de Bordeaux un titre de rente au capital de io,ooo fr., pour la fbn* 
» tion de deiix prix comme il est dit ci-après : 

» i" Un prix quinquennal de la valeur des intérêts accumulés de 
» sommo do 6,000 fr., pour être décerné à l'auteur d'actes jugés les pi 
» méritoirns, soit d'ordre moral ou matériel, et accoinplis dans l'arrond 
»> sèment de Bordeaux. 

>) 2' Avec les intérêts du surplus de la somme léguée, soit 4,000 fîr., te 
» les trois ans, l'Académie fera un choix de bons livres qu'elle oCRrin 
)) l'instituteur primaire le plus méritant du départcmétit. — Partie de < 
» livres lui sera donnée en toute propriété; l'autre moitié restera à l'écoh 

L'Académie a été autorisée, par décret de M. 
Président de la République en date du 12 mars 188 
à accepter le legs de M. Cardoze. 

Le premier de ces prix, d'une valeur de i,oo6 franc 
sera décerné en 1904. Le deuxième sera décerné, s 
y a lieu, en 1906: 



f 



- 23l — 



FONDATION BRIVES-CAZES 

td. Brives-Gazes (Joseph-Emile), conseiller à la («our 
d'eippel de Bordeaux et membre de TAcadémle, a TuiL 
psLr xm testament du i^ janvier 1877 et par un codicille 
du. 3i octobre 1882, la disposition suivante : 

« Je lègue à rAc«démie le capital d*une tente de aSo ît, Mir l*Êtat Cette 
» T^onte est destinée à fonder un prix de 5oo fk*. qui sera donné tous It^ii doux 
» ci.viS au meilleur travail présenté à l'Académie, pondant la itérlodo bUan- 
» ratielle précédente, sur un sujet relatif à Thistoiro de la n^rion dti Htid 
^> Ouest (ancienne Aquitaine), et plus particuliùroment do Kordtmux. Mo« 
^ t;rx>is médailles d'or serviront à faire les frais d'un coin ttpécial ffravé pour 
*^ Cette fondation. » 

L'Académie a été autorisée, par décrol du 18 mai 
ÏÔ89, ^ accepter le legs de M. Brives-Cazcs. 

Ce prix sera décerné en 1905. 

Les ouvrages destinés à ce concours devront Atro 
parvenus au secrétariat de T Académie le 3i décembre 
<9o5 au plus tard; 

FONDATION AftMAND LALANDE 

M. Armand Lalande fils et M. et M"*" Lawtr)n, née 
iLialànde, se conformant aux dernières voloritéH (ht 
M. François-Louis-Marie-Armand Irlande, leur p^re ol 
beau-père, ancien président de la Charnbro de com 
merce de Bordeaux et ancien député rie la Gironde, 
lequel désirait la création d'un prix dentiné U l'auteur du 
meilleur livre écrit pour démontrer auf ;jveu{(le«j '♦• aux 
incrédules la certitude de Texi^itencf; de liieu, ont, pat 
afete du 1 3 janvier 1^97. rftU:nu pnr M* Pe5f*lon;^u<^. 
notaire à Bordeaux, fait donation h TAe^d^rrii^^ d un^ 



— a32 — 

somme de 20,000 francs dont les intérêts, déduction 
Jaile des frais, doivent servir à la fondation d'un prix 
quinquennal sous le nom de prix armand lalande, qui 
serait décerné à Vouvrage écrit et publié dans cette 
période, qui tendrait soit directement, soit indirectement, 
à la démonstration de l'existence de Dieu par la défense 
de la doctrine spiritualiste en opposition avec les idées 
matérialistes et positivistes. Cette donation, autorisée 
par décret de M. le Président de la République du 
3i juillet 1897, ^ ^^^ acceptée, par acte authentique 
passé devant M" Peyrelongue, notaire, le 3o novem- 
bre 1897. 

Ce prix, d'une valeur de 5, 000 francs, sera donné, 
pour la première fois, en 1907. 

Les ouvrages destinés à ce concours devront être 
parvenus au Secrétariat de l'Académie le 3i décembre 
1907 au plus tard. 

PRIX DE LA VILLE DE BORDEAUX 

Prix d'èloquenec. 

« Le Conseil municipal do Bordeaux a délibéré, le ao février 
» i885, qu'une somme de 5oo francs était allouée à TAcadé- 
» mie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux pour 
» le rétablissement du prix d'éloquence, lequel prix sera exclu- 
» sivement aflecté à l'éloge des illustrations bordelaises dont 
» le choix est réservé à ladite Académie. » 

L'Académie met au concours de 190/* V éloge de 
Rosa Bonheur, * 

Les ouvrages destinés à ce concours devront être 
parvenus au Secrétariat de l'Académie le 3 1 décem- 
bre 1904 au plus tard. 




.^L^ 



PRIX DE L'ACADÉMIE () 

10 Histoire. 

L'Académie met au concours les sujets suivants : 

!• « Notice biographique sur un des hommes remar- 
» quables qui ont appartenu à cette province. » 

2** « Monographie de Tancienne paroisse Saint-Remi 
» de Bordeaux, d'après les titres originaux et les mo- 
» numents. » 

3"* « Histoire de l'amirauté de Guyenne. » 

4*" « Étude sur la situation des personnes du Sud- 
» Ouest et des terres dans une paroisse rurale aux 
» XVII* et xvin* siècles, surtout d'après les minutes des 
» notaires. » 

5** « Étudier, d'après les documents originaux, l'admî- 
» nistration et le rôle d'un archevêque de Bordeaux au 
» moyen âge, Pey Berland excepté. » 

6° (( Dresser un état des documents sur l'histoire de 
» Bordeaux et de la province, gardés en dehors de la 
» Gironde, notamment dans les dépôts de Paris, Lon- 
» dres et Rome. » 

7** « Monographie de l'initiative privée bordelaise 
» en matière charitable de saint Paulin à nos jours. » 

to Arehèoioi^ie ioeaie* 

L'Académie récompensera le meilleur livre ou mé- 
moire d'archéologie locale. 
Elle accueillera de préférence : 
1° « Des monographies d*un des anciens monu- 



(') Pour les conditions du concours, voir page a3C. 



— 334 - 

» ments de la Guyenne, — églises, monastères : 
» châteaux, etc. » 

2** « Des monographies, au point de vue archéolc^- 
» gique, des villes ou bomttitinès de l'ancienne prc^- 
» vince de Guyenne. » 

I* Recherche des procédés pratiques et écono- 
miques d'accroissement de la valeur alimentaire des 
fourrages. 

2** Étude complète d'un des nouveaux cryptogames 
parasites de la vigne. 

3*" Étude sur les maladies du vin. 

4** Dresser la carte agronomique de l'un des arrondis- 
sements suivants de la Gironde : Bordeaux, Libourne, 
Blaye^ La Réole, ou de l'un des cantons ou de l'une 
des communes de ces arrondissements (i). 

5** Étude sur la maladie dite le blanc du tabac. 
' 6° Étude sur l'influence, au point de vue écôno- 
miqu^e et social, de l'automobilisme sur la production 
et l'élevage du cheval en France. 

4» Physioloi^ie. 

L'Académie nlët ati concours le sujet suivant : 

« Indiquer les conditions physiologiques et tech- 



(') L* Académie désire que les natures physique et chimique du sol et 
tiiétne celles dii soiiâ-sol^ Ibrsquc cëlui-cl est fâlilJrdbhê de là éurface, 
y soient indiquées clairement, aussi bien, si cela est possible, que leur ori- 
gine géologique et que le relief du terrain. Cette carte devra être com- 
plétée par une série d'analyses jphysiqiies et chiini^tiès defe principaux 
types de sols et de sous-sols suffisant à établir, s'il y a lieu^ des lois générales 
qui permettraient de déterminer, sans autre donnée, le genre de culture, 
là composition de la fumure, etc., qui seraient applicables dans chaque cas 
particulier. 



— à35 — 

» niques d'où dépend la gravité des accidents causés 
» par les applications de Télectricité industrielle. » 

&o Beaii^-Arts. 

« 

L'Académie met au concours les sujets suivants : 

i"" « Étude de Tinfluence de l'École française du 
:x- vni* siècle sur la peinture moderne. » 

2° (( Étudier les origines et les évolutions du paysage 
»> contemporain en France. » 

3"* « Étude sur les façades des maisons construites 
» dans la ville de Bordeaux à l'époque de Louis XVI. >) 

4° « Étude sur la transformation du rôle de l'archi- 
>j tecte, avec les progrès des procédés de construction 
» et avec les nécessités nouvelles résultant pour 
» l'habitation des changements survenus dans la vie 
» sociale. )) 

5** (( Esquisse d'une histoire du romantisme dans 
» une province française. » 

6"* « Étude sur le miniaturiste bordelais de Abbate 
» d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale 
» (xv* siècle). » 

L'Académie récompensera, en outre, les meilleurs 
travaux relatifs à l'histoire des arts (architecture, pein- 
ture, sculpture, gravure et musique) dans l'ancienne 
province de Guyenne. 

60 Poésie. 

L'Académie décernera des récompenses aUx auteurs 
des pièces de poésie qui lui paraîtront dignes d'une 
distinction. 



— 236 — 



CONDITIONS DU CONCOURS 



Les pièces destinées à concourir pour les prix pro- 
posés par l'Académie devront remplir les conditions 
suivantes : 

1° Être écrites en français ou en latin. 

2° Être rendues au Secrétariat de 1* Académie, Hôtel de 
TAthénée, rue des Trois-Conils, 53, avant le 3i décem- 
bre de chaque année, irrévocablement. 

3° Elles devront être affranchies. 

4° Les] pièces ne devront point être signées de leurs 
auteurs, ni renfermer aucune indication qui puisse les 
faire connaître. 

5" Elles porteront une épigraphe. 

6° Cette épigraphe sera répétée sur un billet cacheté 
annexé à la pièce à laquelle elle se rapportera. Ce billet 
contiendra encore l'épigraphe, plus le nom et l'adresse 
de l'auteur de la pièce, avec la déclaration qu'elle est 
inédite, qu'elle n'a jamais concouru, qu'elle n'a été commu- 
niquée à aucune Société académique. 

Toute pièce venant d'un auteur qui aurait préalable- 
ment fait connaître son nom serait, par ce seul fait, 
mise hors concours. Cette mesure est de rigueur. 

Les billets cachetés ne seront ouverts que dans le cas 
où les pièces auxquelles ils seraient joints auraient 
obtenu une récompense académique. 

Sont exemptés de l'observation des formalités préci- 
tées : r les travaux des aspirants aux médailles d'en- 
couragement (art. /|8 du Règlement) et aux prix dont 
l'obtention aurait exigé des recherches locales, ou des 




't 



— 237 — 

procès-verbaux d'expériences qu'ils auraient faites eux- 
mêmes ; 2° les livres envoyés aux concours ouverts pour 
la Fondation de La Grange, 

Sont admis à concourir : les étrangers et les régni- 
coles, même ceux de ces derniers qui appartiennent à 
l'Académie à titre de membres correspondants. 

7° L'Académie s'interdit toyite discussion sur les ques- 
tions politiques ou religieuses : les concurrents sont 
priés de tenir compte de cette prescription dans les 
travaux qu'ils voudront bien lui adresser. 



- a38 - 



EXTRAIT DU RÈGLEMENT DIS L'ACApËmiE 



Art. 45. Les mémoires et autres travaux envoyés ^\\ 
concours sont confiés pçir le Président, en as^em|3lée 
générale, a des comipissions 3pcciales(0. 

Art. 46. Aussitôt que l'Académie a rendu sa déci- 
sion sur chaque question, et lorsqu'il y a l}eu de décef^ 
ner des prix ou des mentions honorables, le Président 
procède, en assemblée générale, à l'ouverture des billets 
cachetés annexés aux ouvrages couronnés. 

Les billets des ouvrages qui n'ont obtenu ni prix ni 
mention honorable sont détaches dea Mémoires, scellés 
par le Président et conservés par l'Archiviste. 

Les auteurs des ouvrages couronnés sont immédiate- 
ment informés de la décision de l'Académie. 

Les décisions de l'Académie, sur tous les sujets de 
prix, sont rendues publiques. 



(') Sur la proposition du Conseil, rAcadémie a pris, le i4 janvier 1875, 
la décision suivante : 

«Toutes les fois que le rapporteur d'une commission chargée de 
» rcxamcn d'un travail envoyé au concours conclut à une récompense, le 
» Président consulte rassemblée générale sur le seul point de savoir si elle 
» prend ces conclusions en considération, 

i> S'il y a vote affirmatif, le Président renvoie l'examen de ces conclusions 
» à une Commission spéciale, composée des membres du Conseil et de tous 
}) les rapporteurs des concours ; en cas d^ompéchcment de l'un d'eux, il 
n sera remplacé par un membre de la majorité de la Commission. 

» Cette Commission spéciale, après que la clôture des concours a été 
» prononcée en assemblée générale, procède au classement des travaux 
» proposés pour une récompense, en tenant compte do leur valeur 
» relative. Elle dresse en conséquence, après avoir consulté le trésorier, 
» un "état des récompenses à proposer à l'assemblée générale. 

» Cette assemblée arrête eniin^ après avoir entendu le rapport de la 
» Commission^ la liste des travaux récompensés^ n 




• 4 



Art. 47. Les manuscrits et toutes les pièces justifica. 
tives de quelque nature qu'elles soient, adressés à TAca- 
démie pour le Concours, restent aux archives, tels qu'ils 
ont été cotés et paraphés par le Président et le Secré- 
taire général, et ne peuvent, dans aucun cas, être 
déplacés. Toutefois, l'Académie ne s'arrogeant aucun 
droit de propriété sur les ouvrages, les auteurs peu- 
vent en faire prendre copie aux archives, après avoir 
prouvé, néanmoins, que ces travaux leur appartiennent. 

Art. 48. Indépendamment des prix dont les sujets 
sont déterminés dans le Programme annuel, l'Académie 
accorde des médailles d'encouragement aux auteurs 
qui lui adressent des ouvrages d'un mérite réel, et aux 
personnes qui lui font parvenir des documents sur les 
diverses branches des sciences, des lettres et des arts. 

Art. 49. L'Académie peut également décerner un 
prix à celui des membres correspondants qui aura le 
mieux mérité de l'Académie, par l'utilité de ses com- 
munications et l'importance des travaux qu'il lui aura 
soumis. 



Bordeaux, le a 8 décembre 1903. 



Le Prés ident, 

Georges CLAVEL. 



Le Secrétaire général, 

Louis de BORDES de PORTAGE. 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 
iliiDis utlHili in I6xm, Idlii-Udm it irti li lirlmi 



RÉDIGÉ PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL. 



ANNÉE 1902 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1902. 

Présidence de M. Aurélien de SEZE, Prénident. 
M. le D' A. DEMOI^S, Président sortant. 



procès-verbaux des séances des 12 et 23 décembre 
lus et adoptés. 

Aurélien de Sèze fait connaître que la Commission 
fée par TAcadémie de faire une démarche auprès 
Millardet a été reçue de la façon la plus courtoise, 
îst heureux d'annoncer que notre éminent collègue 
Lsenti à retirer sa démission, et qu'il continuera 
ndre part aux travaux de la Compagnie. 

Secrétaire général dépouille la correspondance, 

rès avoir présenté les excuses de M. A. Loquin, 

ane la nomenclature ci -après des ouvrages par- 

$ au Secrétariat général avant le 3i décembre 

er, et qui ont été envoyés pour participer aux 

)urs ouverts par l'Académie pour l'année 1901 : 

îmes ironiques, Contes et nouvelles, 

190B I 



— a — 

Éléonore de Guyenne (la reine Aliénor), poème drama- 
tique en cinq tableaux en vers, par M. Judde de 
La Rivière. 

Monographie de la commune de Mios, par M. Achille 
Delest, instituteur à Miois. 

Anne de Montmorency, drame en quatre actes et sept 
tableaux, par M. Ducoing, à Omet. 

Lettre de M. Neymon, sollicitant une médaille d'en- 
couragement pour M. Gamin (Gabriel), instituteur à 
Saint-Augustin, directeur du journal VÉclair sténogra- 
phique. Renvoi à une Gommission spéciale, composée 
de MM. Manès, Bouvy et de Loynes. 

Étude sur la météorologie du bassin occidental de la 
Méditerranée, par M. Marcel Gharrol. 

Les Propylées, volume imprimé de poésies, par 
M. Emile Langlade. 

Récits et Légendes, en prose. 

Labor improbus omnia vincii. 

Le Président Émérigon et ses amis, i795-18U7, par 
M. Emile de Perceval. 

Le grand maître d*Aviz, d'après le « Prince Gonstant )) 
de Galdéron, drame en trois parties, par M. H. -A. Guadet. 

Le Parti libéral à Bordeaux et dans la Gironde sous la 
seconde Restauration. 

Pax atquo Libertas. 

Histoire numismatique de la Chambre de commerce de 
Bordeaux (1705-1898), par M. Evrard de FayoUe. 

Tous ces ouvrages sont renvoyés aux Gommissions 
compétentes. 

Girculaire de M. le Ministre de l'instruction publique 
et des beaux -arts, relative au 4o' Gongrès des Sociétés 






— 3 — 

avanies, qui doit s'ouvrir à la Sorbonne le i*"" avril 
prochain. 

M. Thévenot fait hommage à TAcadémie d'un volume 
ntitulé : Journal des Campagnes de Jacques Danton sur 
^ Rhin, de i79U à iSOO. Remerciements. 

M. le vicomte Pierre de Pelleport fait hommage à 
Académie de cinq brochures portant les titres suivants : 
L propos de la loi sur les Associations et Études sur la 
mutualité. Remerciements. 

M. R. Dezeimeris dépose un pli cacheté contenant 
Les renseignements relatifs à l'histoire littéraire de ce 
lays, au sujet desquels il désire prendre date. 

On passe à l'ordre du jour et à l'installation du Bureau 
le igo2. 

M. le D^ A. Démons, président sortant, prononce le 
iiscours suivant : 

Mes chers Confrères, 

J'avais accepté avec crainte les fonctions dont il vous a plu 
ie me charger Tannée dernière; je les ai remplies avec plai- 
jir, et je ne les quitte pas sans regret. Ma reconnaissance 
30ur rhonneur que vous m'aviez fait s*est accrue par le 
bonheur qu'il m'a procuré. 

La présidence de l'Académie n'est pas, en effet, M. Vivie 
sait pourquoi, la lourde tâche dont j'avais peur. J'y ai trouvé 
an charme ignoré dont je fie soupçonnais ni retendue ni 
toute la saveur. J'ai senti que je faisais avec chacun de vous, 
avec vous tous, plus amplement connaissance, que j'entrais 
plus profondément dans votre intimité, que le lien qui m'at- 
tachait à vous devenait plus solide et plus tendu. J'ai mieux 
goûté, si je puis ainsi dire, la tendresse de votre amitié. 



- 4 - 

Le malheur lui-même nous a rapprochés plus intimement 
les uns des autres. Quand une famille est bouleversée par 
la disparition de l'un de ses membres les plus chers, l'affec- 
tion réciproque de ceux qui demeurent semble s'enrichir de 
toute celle qu'ils viennent de perdre. Et ils éprouvent comm-* 
une amère joie à parler souvent ensemble de celui qui ©^ 
parti. 

Ce serait donc méconnaître vos sentiments et faire violen 
aux miens que d'hésiter à évoquer encore aujourd'hui le so 
venir de M. Froment. 11 venait de présider l'Académie av 
celle distinction rare, cette amabilité supérieure, cette él 
quence à la fois familière et haute qui faisaient de lui, no 
pas seulement, comme on l'a dit, Tincamation même 
l'Académie, mais encore la représentation vivante et inou 
bliable de l'Académie. 11 m'invila d'un geste encouragean 
et d'une voix pleine de bienveillance à prendre sa place. 
EfTrayé jusque-là, je me sentis réconforté. C'est le propre des 
hommes d'élite comme lui de faire monter ainsi jusqu'à eux, 
par une invincible attraction, pour un moment et quand ils 
le veulent, et de grandir à leur contact les hommes les plus 
éloignés d'eux par le mérite. 

J'aurais pu croire, j'ai cru un moment que mon cœur avait 
été frappé d'un deuil plus cruel que celui dont tous vos 
cœurs ont été blessés par la mort qui nous l'a si brusque- 
ment ravi. Pardonnez mon orgueilleuse erreur. Nous l'ai- 
mions tous d'une égale afiection : la même douleur nous a 
réunis près de sa tombe et mêle encore aujourd'hui nos 
larmes. 

Par une conséquence heureuse de cette hérédité singulière 
qui donne souvent au petit-fils la ressemblance de l'aïeul et 
non pas celle du père, l'Académie aura à sa tête, durant Tan- 
née présente, celui de ses membres qui pouvait le mieux lui 
rappeler le président qu'elle a perdu. Elle retrouvera en lui la 
même délicatesse de manières, la même élégance du langage, 
la même alTabililé courtoise, la même autorité persuasive et 
forte. 

Venez donc, mon cher Président, vous asseoir au milieu 
de nous, diiiger nos paisibles débats, exciter notre zèle. 
Venez nous faire entendre plus souvent ces harmonieuses 



périodes que le Palais a si longtemps gardées pour lui et 
qu'il nous tarde de lui disputer. 

Peut-être, en vos heures de loisir, vous rêverez des temps 
meilleurs pour Thabitation de l'Académie. Vous la verrez 
logée dans un petit hôtel bien à elle, n'ayant rien d'em- 
prunté ni de banale avec un portique charmant, une entrée 
spacieuse, des salles claires aussi tièdes l'hiver que fraîches 
l'été, un salon hospitalier, une bibliothèque bien garnie et 
plaisante à l'œil. Vous regarderez, en passant, les portraits 
cie nos aînés, aussi bien des morts glorieux que de tous ces 
liommes modestes ou inconnus de la foule, qui portent ici 
leurs labeurs et leurs travaux et nous laissent une portion de 
leur âme, sans une image qui nous rappelle leurs traits. Ce 
l>eau jour viendra peut-être. 

En attendant, vous penserez qu'on travaille avec autant 
d'entrain, sinon avec autant de plaisir, dans un appartement 
meublé que dans un palais somptueux. En tout cas, on ne 
s'y aime pas moins. Le Président prend la meilleure part de 
l'aflection de tous, quand il mérite, comme vous, de l'obtenir 
et de la garder. 

M. Aurélien de Sèze, ayant pris possession du fauteuil 
delà présidence, répond en ces termes àM. le D' Démons : 

Messieurs, 

Je suis parmi vous un des derniers venus, et il n'y a de ma 
part aucune affectation de modestie à reconnaître que j'ai été 
jusqu'à présent pour l'Académie un membre à peu près 
inutile. 

Qu'est-ce donc qui m'a valu vos suffrages, et comment 
expliquer une désignation qui devait m'appeler sitôt à l'hon- 
neur de vous présider? 

Le procès-verbal de la séance du 8 novembre 1900 répond 
à cette question : — « M. le marquis de Gaslelnau d'Essenault, 
^> élu vice-président, remercie l'Académie de l'honneur qu'elle 
^^ vient de lui faire, mais qu'il est obligé de décliner par suite 
^^ de son âge, de l'état de sa santé et de son éloignement de 






- — 

» Bordeaux. M. Aurélien de Sèze est élu en remplacement de I ^ 
» M. deCaslelnau d'Essenault. » ■!•'* 

Ainsi c'était bien le plus méritant, le plus digne et le plus fl;-^ 
respecté que vous aviez choisi: le plus méritant par son j-^- 
ancienneté comme par le nombre et l'intérêt de ses travaux, 
le plus digne par sa science et ses hautes vertus, le plus 
respecté en raison de la noblesse de ses sentiments si heureu- 
sement en harmonie avec celle de sa race. 

La juste opinion que vous avez de lui, jointe à la considér 
ration qui l'entoure, devait élever le marquis de Castelnau 
d'Essenault à la présidence de notre Compagnie, et je trou- 
verais ma tâche bien facile si j'avais à vous féliciter de Tavoit 
élu, tant je suis persuadé qu'il eût été de ces présidents 
dont s'honore l'Académie. 

Pour moi, duc son refus met momentanément à votre 
letc, je devrais éprouver plus d'appréhensions que de grati- 
tude puisque j'ai déjà pu juger des difûcultés de ma fonction • 
laissez-moi, Messieurs, les oublier aujourd'hui pour ï^® 
souvenir seulement de la sympathie et de la confiance qtie 
vous m'avez montrées, vous en remercier sans réserve ^* 
m'engager à les reconnaître au moins par mon exactitude ^* 
par mon dévouement. 

11 faut dire aussi que rien n'est fait pour réconforter, ^^ 
pareil cas, comme la parfaite aisance, le ton libre et lég"^^' 
Tair rassuré — un peu fanfaron même — avec lesquels -^^ 
Président qui sort parle de ses frayeurs passées et va prescj"^^ 
jusqu'aux regrets au moment de céder le fauteuil à s<^^ 
successeur. 

Vous avez su, Monsieur, trouver de si aimables rais^^^*^^ 
pour justifier ces regrets que nos cœurs sont intéressés k ^^^ 
pas les mettre en doute. Bien au contraire, l'Académie v^^ ^ 
que vous sachiez qu'ils sont réciproques et qu'elle n'oublî^^ ^ 
pas de longtemps la haute distinction, le talent, l'esprit e"t ^^ 
charmante bonne grâce dont vous avez fait preuve d^^ -* 
l'exercice de votre trop courte magistrature. 

A ces brillantes qualités, qui, après avoir déterminé nc^^ 
choix, en ont été la récompense, vous joignez la constaX^ 
dans vos aflections et ce culte du souvenir qui perpétu© 
mémoire des amis disparus. 



Il y a un an qu'à pareille date Froment, dont vous nous 
parliez tout à Theure, inaugurait le siècle dont il devait à 
peine voir se lever Taurore. 11 le saluait sans l'ombre de la 
mélancolie ou d'un pressentiment, bien loin de soupçonner 
jue l'adieu qu'il adressait à une époque, la cruelle ironie de 
a mort allait l'appliquer au Temps. 

Vous avez raison de penser que ce souvenir assombrit pour 
;ous la solennité de ce jour. 11 est peut-être encore plus 
poignant pour moi qui suis entré à l'Académie sous le patro- 
lage de Froment et à la faveur d'un rapport dans lequel il 
semble avoir égrené, comme des perles, toutes les finesses 
de son esprit et toutes les délicatesses de son cœur. 

Vous seriez le premier à m'en vouloir, Monsieur, si je vous 
disais que vous nous avez fait oublier votre prédécesseur; 
constater que vous étiez digne de lui succéder, est faire de 
vous un plus bel éloge. 

Et maintenant. Messieurs, à l'œuvre! 

Il est de tradition qu'à celte époque de l'année chacun de 
vos présidents vous encourage de ses préceptes et se répande 
en d'excellents conseils — toujours plus faciles à donner que 
des exemples. 

Il suffirait cependant, pour vous convier au travail, d'ouvrir 
le règlement et de vous rappeler que chaque membre résidant 
« contracte l'obligation de fournir à l'Académie, au moins une 
» fois par an, un travail inédit qui sera lu en Assemblée 
)) générale. » 

Combien la simple observation de cette règle ajouterait à 
l'intérêt de nos séances et qu'il serait facile à la plupart d'entre 
vous, Messieurs, de nous réserver cette lecture annuelle. 
Savants, historiens, jurisconsultes, poètes, littérateurs, artistes 
qui m'écoutez, faites de nous, une fois par an, les confidents 
et les témoins de votre tâche journalière. Choisissez, parmi 
les productions incessantes que les nécessités professionnelles 
exigent de votre intelligence toujours en travail, une obser- 
vation, une critique, un mémoire, une étude, où, plus que 
d'ordinaire, vous aurez laissé votre âme s'envoler vers les 
régions attirantes et sereines de la théorie, de l'abstraction 
ou des lettres et portez-nous le fruit de votre labeur accoutume. 
Que ni l'aridité du sujet, ni la spécialité et le caractère tech- 



— 8 — 

nique de l'œuvre ne vous préoccupent et ne vous arrêtent, 
car si aucun de vos collègues n'a la prétention de tout savoir, 
tous sont au contraire désireux de s'instruire et par consé- 
quent de tout entendre. 

Souvenez-vous qu'il en est du monde de la pensée comme 
de la société humaine, où, grâce aux heureux effets de l'al- 
truisme, la vertu des uns fait le bonheur des autres, et si vous 
voulez être heureux en tant que collectivité, que chacun de 
vous soit généreux et bienfaisant et ouvre largement le trésor 
de ses richesses intellectuelles. Ayez — ce sera mon dernier 
mot — cette science dont le grand chancelier d'Aguesseau 
disait qu'elle n'amasse que pour répandre et qu'elle n'acquiert 
que pour donner ; et soyez sûrs que la réalisation de ce pro- 
gramme ferait de l'année 190a l'une des plus fécondes dont 
vos actes aient conservé le souvenir. 

Je déclare le Bureau de l'Académie installé pour l'année 
1903. 

Ces, discours soniaccueillis par des applaudissements. 

I 

M. le Président annonce à l'Académie que l'un de 
nos plus distingués et affectionnés collègues, M. l'abbé 
Allain, curé de Saint-Ferdinand, est mort ce matin, et 
il propose en signe de deuil de lever la séance. Cette 
proposition est votée à l'unanimité. 

La séance est levée à cinq heures. 



OUVRAGES OFFERTS A l' ACADÉMIE. 

Revue économique de Bordeaux, 190a. 
Mémoires de la Société d'Émulation de Cambrai, 1900. 
Travaux de la Société d'Agriculture de l'Eure, 1901 . 
Bul'etin historique et scientifique de V Auvergne, 1901. 
Société d'Agriculture de Caen, 1901. 

Krifier utgifna af Kongl hamanistika nekhskaps samfundit i 
Upsnla, Band IV. 
Bulletin de la Société Archéologique de Béziers, 1901. 
Bulletin de la Société d'études de Draguignan, 1900. 



— 9 — 

Mémoires de la Société des Sciences physiques et naturelles ae 
Bordeaux, igoi. 

Journal des Savants j décembre 1901. 

Le Mois scientifique, janvier 1902. 

Anomalies magnétiques dans la région des mines de Krevoî-Rog, 
[goi. 

Bulletin of the Lloyd lihrary of hotany, pharmacy, and materia 
nedica, n* 2, 1901. 

Boletin mensal do Observatorio do Rio de Janeiro, 1900. 

Geological Survey of Canada, 1900. 

Wisconsin geological and liatural History-Survey, 1901. 

Memorias y revista de la Sociedad cientifica Antonio Alzate, 1901. 

Proceedings of the American Academy of Arts and Sciences, 
foh XXXVII, n" I, 2, 3, 4, 5, 1901. 

Proceedings of the American Philosophical Society, 1901. 

Étaient présents : 

MM. Aurélîen de Sèze, A. Démons, Aurélien Vivie, Garai, Léon 
Drouyn, R. Dezeimeris, J. Manès, E. Bouvy, A. Ferrand, de Tré- 
verret, Gustave Labat, F. Clavel, F. Samazeuilh, de Bordes de Por- 
tage, Brutails, D' L. Micé, Ducaunnès-Duval, P. de Loyiies, A.-R. 
Céleste, Bergonié, Gaston Leroux, JuUian, A. Sourget. 



SÉANCE DU 23 JANVIER 1902. 
Présidence de M. Aurélîen de SÉZE, Président. 



Le procès-verbal de la séance du 9 janvier est 
lu et adopté. 

M. le Secrétaire général, atteint d'une légère indis- 
position, s'est excusé et M. Gustave Labat le remplace 
au bureau et dépouille la correspondance : 

MM. Manès et le D*^ Garât s'excusent de ne pouvoir 
assister à la séance de ce jour. 

M. le D' de Nabias, doyen de la Faculté de médecine. 



— lO — 

pose sa candidature au fauteuil vacant de M. Th. Fro- 
ment. Sa lettre est renvoyée au Conseil conformément 
à l'article 54 du règlement de l'Académie. 

M. Tabbé L. Bertrand envoie pour les concours 
de igo2 deux volumes imprimés intitulés: La vie de 
Messire Henri de Béthune, archevêque de Bordeaux 
(i60^-i680). Renvoyé à la Commission d'histoire. 

M. le D' Démons, présente au nom de M. le D' Rouhet 
un volume intitulé : L'entraînement complet de l*homme. 
Renvoyé aux Commissions des sciences et de médecine 
réunies. 

Conformément aux traditions, M. le Président donne 
lecture du discours qu'il a prononcé sur la tombe de 
M. Tabbé AUain, curé de Saint-Ferdinand et membre 
résidant de l'Académie; ce discours, écouté dans un 
religieux silence, résume admirablement les senti- 
ments de la Compagnie pour le confrère éminent que 
la mort vient de lui enlever, et il obtient une approba- 
tion générale. 

Messieurs, 

L'Académie, douloureusement atteinte par la mort du 
prêtre vénérable qui fut, jusqu'à ces derniers jours, un de 
ses membres les plus actifs et les plus distingués, prend sa 
part du deuil de la paroisse de Saint-Ferdinand, et je puis 
ajouter de l'Église et de la ville de Bordeaux. 

Gardien de la foi et des mœurs, pasteur des âmes, père et 
protecteur des pauvres, le chef d'une grande communauté 
religieuse est, en efTet, du nombre de ces autorités dont le 
choix importe à la cité tout entière et dont la perte est res- 
sentie bien au delà des limites étroites de leur juridiction 
territoriale. Et s'il en est ainsi du curé de paroisse par le 
seul efTet de son caractère sacré et de la hauteur de sa mis- 



— II — 

sion, à plus forte raison doit-il en être de même lorsque sa 
personne commande l'admiration, impose le respect et ins- 
pire la sympathie, et lorsque ses vertus sacerdotales, l'érudi- 
tion la plus vaste, un talent d'écrivain incontesté, les séduo- 
ductions de son esprit et Tattrait de son caractère font de 
lui un des citoyens les plus éminents et un des hommes les 
plus aimés d'une ville. 

Tel est bien le fait du curé de Saint- Ferdinand. Tel nous 
l'ont fait connaître et nous le montreront encore ceux qui 
ont mission de mettre en relief les beautés de son âme de 
prêtre, de retracer sa noble et utile existence de pasteur et 
de rappeler les bienfaits qu'il ne cessa de répandre autour 
de lui. 

A mon tour, je salue sa tombe, au nom d'une Compagnie 
qu'il a honorée en consentant à lui appartenir et où son 
court passage laissera des souvenirs ineflaçables. 

C'est le 4 mars 1897 que M. labbé Allain fut élu membre 
résidant de l'Académie des Sciences, Bell es -Lettres et Arts de 
Bordeaux. Absorbé par les préoccupations de son ministère 
qui — selon la forte expression qu'il employait lui-même 
sans en saisir peut-être toute la tragique réalité — dévoraient 
sa vie, il prétendait avoir «quitté le service actif de la 
science» et n'appartenait plus à l'érudition et aux lettres 
que par le bagage considérable de ses' œuvres passées, son 
immense savoir, sa passion persistante pour les recherches 
historiques, son goût des choses de l'esprit et les regrets 
qu'il ne pouvait s'empêcher de donner à sa vie d'écrivain 
et à la chère solitude de son cabinet de travail. 

Mais c'avait été un rude travailleur que ce jeune vicaire 
qui, sans négliger aucun des devoirs que .lui imposaient ses 
fonctions dans des paroisses comme Sainte-Marie de La Bas- 
tide et Saint-Louis, s'adonnait aux études les plus ardues, 
et ne pouvant trouver de loisirs à leur consacrer prolongeait 
ses veilles, au risque et sans souci de compromettre une 
santé précieuse pour les siens et déjà si utile pour le bien 
des âmes. Élève d'un des plus doctes membres du corps 
savant de Saint-Sulpice, il avait pris au contact du maître, 
avec sa méthode et sa puissance de travail, son amour des 
patientes investigations et surtout son ardent désir de con- 



12 



sacrer toutes ses facultés et toutes les conquêtes de sa scien(?^' 
à la défense de la vérité et à la glorification de TËglise. 

La date de la première publication de l'abbé Ailain (1881^ 
et les circonstances historiques qui l'entourent classent 
parmi les œuvres de polémique le livre de V Instruction pri- 
maire en France avant la Révolution. 

Le pays se passionnait à cette époque pour toutes les 
questions relatives à l'inslruclion, et ce terrain qui, au pre- 
mier abord, semblait par sa destination même voué à la 
neutralité et au culle des arts de la paix, était journellement 
transformé par les partis en un champ clos où se livraient 
de rudes combats. Dans l'excès d'ardeur de ces luttes la 
vérité historique souffrait, soit qu'elle fût inconsciemment 
altérée, soit qu'on la défigurât sans scrupules; et des histo- 
riens allaient jusqu'à refuser à l'Église et à la monarchie la 
part qui leur revient dans l'organisation de l'enseignement 
public en France, prétendant rapporter au début de la 
Révolution le premier souci de l'instruction du peuple. 

C'est alors que parut cet ouvrage dont vous avez reconnu 
le mérite en le couronnant, et dont un juge impartial et 
d'une haute compétence a dit qu'il fut une révélation his- 
torique. 

Rendre à l'ancienne monarchie française cette justice 
qu'elle avait posé le principe de l'instruction gratuite et 
obligatoire, et que, dès le règne de Louis XV, les écoles se 
multipliaient à ce point qu'on en trouvait jusque dans les 
plus modestes bourgades, constater la sollicitude et le 
dévouement mis au service de la cause de l'instruction du 
peuple par un monarque comme Louis XIV, un grand 
seigneur comme le duc de Bourbon, un saint ecclésiastique 
comme Jean-Baptiste de la Salle, tel était le but que se 
proposait l'abbé Ailain. Il le poursuivit en historien cons- 
ciencieux, ne s'écartant jamais des méthodes modernes de 
documentation et de contrôle, n'avançant que des faits et 
des opinions dont il pût fournir de fortes et éclatantes 
preuves; conquérant du môme coup l'estime et l'admiration 
de ses adversaires qui, je le dis à leur honneur, se montrè- 
rent aussi avides que ses amis de lire ses ouvrages. 

La voie était désormais ouverte pour l'abbé Ailain. La 



^ i3 — 

direction qu'il imprimait instinctivement à ses recherches, 
le désir de mieux connaître et d'utiliser les documents qu'il 
n'avait fait qu'explorer dans les investigations nécessitées 
par son premier livre, enfin un goût et un attrait naturels 
pour tout ce qui touchait à l'enseignement public, l'amenè- 
rent à écrire une série d'ouvrages historiques dont l'un, la 
Question de r Enseignement en 1789 d'après les cahiers , fut 
couronné par l'Académie française, et un autre, VÉtude sur 
les paroisses et couvents de Bordeaux, obtint une médaille 
d'or à l'un de nos concours. 

En outre de ces trois livres, on lui doit encore: VŒuvre 
scolaire de la Révolution, Contiibulion à rhisloire de V ins- 
truction publique dans la Gironde avant la Révolution, deux 
longs mémoires parus dans la Revue des questions historiques 
(y Enquête scolaire de 1791-1792 et V Enquête scolaire de 
Van IX)y plusieurs notices intéressantes au point de vue de 
rhistoire du diocèse de Bordeaux et tirées des Archives de 
l'archevêché, enfin un article sur une vie de saint Émiiion 
publiée dans les Bollandistes. 

Tous ces travaux attestent une érudition profonde, une 
impartialité et une probité auxquelles il est impossible de 
ne pas rendre hommage et un talent d'écrivain dont la 
souplesse se prête merveilleusement à la diversité des sujets. 
Doué d'une nature énergique et d'un tempérament généreux, 
l'auteur a dû souvent sentir bouillonner en lui toutes les 
fougues de la jeunesse et toutes les ardeurs de la passion : 
ce pouvait être un écueil pour l'écrivain. Aussi faut-il lui 
savoir gré de les avoir toujours contenues et de ne s'être 
jamais départi de cette double règle : que le prêtre doit 
écrire sans violence, comme l'historien doit juger sans parti 
pris. 

Messieurs, Tabbé AUain n'a trouvé à l'Acadéniie que de 
sincères et solides affections, et sa perte sera, certes, ressentie 
par chacun de nous. J'ai conscience cependant que notre 
douleur doit se faire discrète et s'effacer devant les manifes- 
tations plus poignantes de la douleur du peuple. 

Ici repose celui qui a répandu à profusion sa pensée 
et abrégé ses jours pour la cause de l'enseignement. N'est-il 
pas émouvant de voir autour de sa dépouille des légions 



~ i4 - 

d'enfants dont l'instruction fut l'œuvre par excellence de son 
ministère, la dernière préoccupation et la suprême joie de 
sa vie ? 

Ici repose celui qui, parlant de son prédécesseur à l'Aca- 
démie, a résumé en ces quelques traits éloquents les vertus 
du prêtre : « l'inébranlable fidélité au devoir, la piété éclairée 
» et suave, le dévouement à toutes les misères, le zèle pour 
» les grandes causes, l'amour de Dieu et l'amour des hom- 
» mes. » 11 est bon que les malheureux et les déshérités de 
ce monde se pressent reconnaissants autour de son cercueil, 
témoins vivants de l'accord entre ses paroles et ses actes. 
Il est consolant que celte paroisse confonde ses larmes et 
l'expression de ses regrets autour de la tombe de son curé. 

Les titres que j'énumérais tout à l'heure feront vivre 
l'abbé Allain dans l'esprit et dans la mémoire des hommes, t 
Ceux dont je parle maintenant gravent son nom pour jamais 
dans le cœur de l'humanité. 

On passe à rordre du jour. 

M. Loquin, un peu souffrant, réclame rindulgence 
de ses collègues et lit une partie du travail dont il a 

antérieurement commencé la lecture : Oà vont les 

» 

morts? 

M. le Président le remercie et de sa lecture et de la 
bonne volonté qu'il a mise à surmonter sa fatigue. 

M. Camille JuUian fait ensuite une communication 
sur le nom de Palais dont on a qualifié, à tort d'après 
lui, certaines constructions gallo-romaines à Paris, à 
Bordeaux et ailleurs; il cite notamment le Palais des 
Thermes, le Palais Gallien, etc., etc. 

M. le Président remercie M. JuUian de son intéres- 
sante communication. 

La séance est levée à six heures. 



•- ■ - »- — ' 



— i5 - 

OUVRAGES OFFERTS A l' ACADÉMIE. 

Proceedings ofthe Royal Society, n**" 453 et 454, 1901 et 1902. 
Proceedings of the Academy of National Sciences of Philadelphia, 

KQOI. 

Annuario publicado pelo Observatorio do Rio de Janeiro, 1901. 

Proceedings ofthe Portland Society ofNatural history, 1901. 

Transactions of the Academy of Sciences of Saint-Louis, 1900 et 
1901. 

Archives du musée Teyler, 

Bulletin of the Geological Institution of the University of Upsala, 
1901. 

BuUetin de la Société impériale des Naturalistes de Moscou, 1900. 

Société impériale minéralogique de Saint-Pétersbourg, 1900. 

Annales de la Société Malacologique de Belgique, 1900. 

Atti délia reale Accademia di Scienzi morali e politiche, 1901. 

Upsala Universitets Aroskrift, 1900. 

Mémoires de la Société des Naturalistes de la Nouvelle- Russie 
(Odessa), 1899- 1900. 

Annals ofthe Astrophysical Observatory of the Smithsonian Insti- 
tution, 1900. 

Transaction ofthe American Philosophical Society, 1901. 

Il Pensamiento latino Revista internacional latino Americano- 
Europea, 1901. 

Thirtieth Annual Report ofthe board of trustées ofthe Ohio Sta 
University, 1900. 

Étaient présents : 

MM. ÂLurélien de Sèze, Gayon, F. Samazeuilh, Léon Drouyn, 
Bpuvy, Gustave Labat, A. Loquin, de Mégret, F. Glavel, F. Vasil- 
lière, de Bordes de Fortage, Démons, A.-R. Céleste, A. Pitres, 
Camille Jullîan, marquis de Castelnau d'Ëssenault, P. de Loynes, 
Ducaunnès-Duval, de Tréverret, D' Micé, A. Sourget. 



SÉANCE DU i3 FÉVRIER 1902. 
Présidence de M. CL.AVEL., Vice-Président. 



M. Clavel donne lecture d'une lettre de M. Aurélien 
de Sèze s'excusant de ne pouvoir assister à la séance 



-^ i6 - 

de ce jour, et il prend place au fauteuil de la pré^^' 
dence. 

Le procès-verbal de la séance du 23 janvier est lu ^ ^ 
adopté. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondanc( 



M. Anatole Loquin annonce que l'état de sa santé n-tfr:Ae 
lui permet pas de continuer aujourd'hui la lecture d-K::ade 
son travail: Oh vont les morts? 

La Société des Sciences et Lettres de Loir-et-Cher, l '^ 

Blois, demande à échanger ses publications avec le^^cs 
nôtres. Cette demande est accueillie. 

Le Muséum d'histoire naturelle de Paris donne avi: -S^ "is 
que les élèves de M. Albert Gaudry, l'un de nos mem -^=^*" 
bres correspondants, et les amis du Laboratoire d^ -^^ 
paléontologie du Muséum offriront à la fin de ce mois ^^^ 
une médaille 'à leur maître; le Muséum espère qu^^ ^^ 
l'Académie pourra se faire représenter à cette céré— ^" 
monie: quand la date en sera connue, le Secrétaire 
général est chargé de répondre à cette communi- 
cation. 

M. le Président fait connaître que le Conseil a déli- 
béré favorablement sur la candidature de M. de Nabias, 
en remplacement de M. Th. Froment. En conséquence^ 
après avoir pris l'avis de l'Académie, il désigne une^ 
Commission composée de MM. Démons, Micé et^ 
Bergonié, pour faire un rapport sur les titres du_ 
candidat. 

M. Gayon, trésorier, présente son rapport sur la. 
situation des finances de l'Académie, et soumet un 
projet de budget pour Tannée 1902. 



— 17 — 

Ces deux documents sont ainsi conçus : 

I. — Situation financière de FAcadémie au 31 déc. 1901. 

L'Académie possède cinq titres de rente 3 o/o représentant 
les sommes léguées par divers bienfaiteurs pour des fonda- 
tions de prix, savoir : 



Pour le 


legs Gardoze Ulre i" 1 33, 1 3 1 . 


R«Dto iBDMlle F. 


363 


— 


Brives-Gazes — 1 3 7,44a • 


— 


• 1 


25o 




de La Grange — 1 4a, 846. 


— 


• • 


6oo 


— 


Fauré — i47»479- 


— 


• • 


5o 


— 


Arm. Lalande — 43o,9ai. — 
Pour l'ensemble des rentes annuelles. 


» a 

.F. 


5o5 




1,767 



Sur ces diverses fondations, après avoir payé les prix 
décernés pour le concours de 1899, il reste disponible : 

Sur les legs Gardoze F. 2,3o4 35 

— Brives-Gazes i,o63 39 

— de La Grange a, 100 » 

— Fauré 100 » 

— Armand Lalande a,o3o 10 

Total 7»597 86 

II. — Projet de budget pour l*année 1902. 

A. PROJET DE RECETTES. 

Subvention .du Gonseil général F. i,5oo 

Subvention de la Ville de Bordeaux 2,5oo 

Cotisation des Membres pour 1901-1902 700 

Total F. 4,700 

B. PROJET DE DÉPENSES. 

Traitement de M. Poiraudeau F. 600 

Gagés du concierge de TAthénée aoo 

Chauffage 100 

Voitures 4o 

Frais de bureaux 60 

Frais de convocations 3o 

Frais de distribution des Actes 5o 

Entretien du mobilier 100 

Souscription à la Société des Amis des Sciences 10 

Frais de séance annueUe 3oo 

Médailles pour le concours de 1900 55o 

Publication des Actes pour 1900 a, 600 

Réserve pour imprévu 60 

Total F. 4v70o 

190a a 



~ i8 — 

Le rapport et le projet de budget pour 1902 som-^ 
adoptés. 

La séance est levée à cinq heures et demie. 



OUVRAGES OFFERTS A l'aCADÉMIB. ' 

United States Geological Survey. Triangulation, metallic, nom^ -^n 
metallic, 1899- 1900. 
Annual Report ofthe Smithsonian Institution, 1900. 
Smithsonian Miscellaneous Collections, i835- 1887 -1899. 
Journal des Savants, 1902. 
Annales du Musée Guimet, 1901. 
Annales de l'Histoire des religions, 1901. 
Académie de Cracovie, 1901. 
Revue Philomathique de Bordeaux, février 1902. 
Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 1901. 
Mémoires de l'Académie de la Savoie, 1902. 
Annales de l'Académie de La Rochelle, 1900. 
Annales del Museo nacional de Montevideo, 1901. 
Boletin mensal do Observatorio do Rio de Janeiro, 1901. 
Anales de la Universidad, 1901. 
Bulletin de la Société de Borda, 1901. 
Société nationale d'Agriculture de France, 190a. 
Société d'Agriculture de Boulogne-sur-Mer, 1901. 
Société d'Agriculture de la Basse-Alsace, 1901-1902. 
Société d'Encouragement au bien, 1901. 

Étaient présents : 

MM. Clavel, Aurélien Vivie, Gayon, Manès, Gustave Labat, 
marquis de Castclnau d*Essenault, de Bordes de Fortage, de Tré- 
verret, D' L. Micé, Bouvy, Camille JuUian, A.-R. Céleste^ F. Sama* 
zeuilh, Léon Drouyn, P. de Loynes, Ducaunnès-Duval. 



SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1902. 
Présidence de M. Aurélien de SÈZE, Président. 



Le procès-verbal de la séance du i3 février est lu et 
adopté. 



i 



— 19 — 
Le Secrétaire général dépouille la correspondance : 

MM. Loquin et Dezeimeris s'excusent de ne pouvoir 
assister à la séance de ce jour. 

M. Paul Rabat soumet au concours de l'Académie 
un volume imprimé intitulé : Paillettes de cœur. Renvoi 
à la Commission de littérature et de poésie. 

On passe à l'ordre du jour : 

M. Aurélien de Sèze donne lecture de quelques nou- 
velles pages de son voyage en Italie ; nous parcourons 
avec lui de riches galeries, à Florence notamment, et 
il nous donne des appréciations d'une note tout à fait 
personnelle sur des peintures célèbres d'Andréa del 
Sarte, de Michel- Ange et de quelques autres; il nous 
fait ensuite traverser un des plus beaux paysages de 
l'univers, de Sorrente à Gastellamare^ et nous conduit 
jusqu'à Naples, d'où l'on domine une mer bleue, 
souvent chantée par les poètes. Cette lecture est 
accueillie par des applaudissements. 

M. Brutails, au nom d'une Commission composée 
avec lui de MM. Camille Jullian etBouvy, présente sur 
la demande de M. Calore, de Pesco-Sansonesco (Italie), 
un rapport concluant à ce que les travaux envoyés par 
lui soient classés aux archives et que des remerciements 
lui soient adressés. Adopté. 

M. le Président annonce que notre collègue M. Baillet 
vient d'être nommé officier du Mérite agricole. Il lui 
adresse des félicitations au nom de la Compagnie. 

M. Bouvy fait ensuite une communication, qui est 
accueillie avec un vif intérêt et très applaudie, sur une 
Version italienne de la fable Le meunier, son fils et l'âne. 



— ao — 

M. le Président remercie M. Bouvy de sa communicatio 
qui sera insérée dans les Actes de l'Académie. 

La séance est levée à six heures. 



OUVRAGES OFFERTS A l'aCAD^MIB. 

Mémoires de la Société des Sciences de Loir-et-Cher, 1901. 
Siudi Sassaresif 1901. 
Le Mois médico-chirurgical, février 1902. 
Gazette des Sciences médicales de Bordeaux, janvier et février 1902 
Journal des Savants, février 1902. 

Collège of Science Impérial University of Tokio, Japan, 1901. 
Publications ofthe University of Pensylvania', Philadelphia. 1901 
Mémoires de la Société de médecine et de chirurgie de Bordeam 
1901. 
Geological Survey of Canada, 1901. 
Revue Philomathique de Bordeaux, mars 1902. 
Annales du Conservatoire des Arts et Métiers, 1901. 
Société d* Agriculture de la Loire, 1901. 
Société impériale minéralogique de Saint-Pétersbourg, 1901. 
Bulletin de la Société impériale des fsiaturalistes de Moscou, 1901 ^^ 
Bulletin du Comité géologique de Saint-Pétersbourg, 1901. 
Travaux de V Académie Delphinale, 1900 et 1901. 
Myco log ical Notes, 1 900 . 
Board oftrusties, 1900 et 190 1. 

Étaient présents : 

MM. Aurélien de Sèze, Clavel, Auréiien Vivie, Garât, Léocp- 
Drouyn, Bouvy, Brutails, D' Micé, J. Manès, Camille Jullian^ 
Gustave Labat, marquis de Gastelnau d'Essenault, A. Sourget^ 
Baillet, de Bordes de Portage, A.-R. Céleste, Bergonié, P. d^ 
Loynes. 



— ai — 



SÉANCE DU i3 MARS 1902. 
t*pésidence de M. le D' GARAT, doyen d'âg:e. 



Le procès-verbal de la séance du 27 février est lu et 
sidopté. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondance : 

MM. Micé et de Castelnau d'EssenauIt s'excusent de 
pouvoir assister à la séance. 



L'Académie de Stanislas, à Nancy, communique le 
I>rogramme de ses prix pour les années igo3 et igo4. 

M. Ch. Bénard envoie pour nos concours un Album 
cies coupes longitudinales et transversales des coquilles de 
mollusques gastéropodes et céphalopodes, etc. Renvoyé 
il la Commission d'histoire naturelle. 

M. le D' Chervïn, de Paris, fait hommage à l'Aca- 
démie d'une brochure imprimée intitulée : La Société 
d'Anthropologie en 1901. Remerciements. 

M. le D' Cayla envoie pour nos concours deux vo- 
lumes imprimés intitulés : le premier. Alimentation et 
Hygiène des 'enfants, et le second. Repas des adultes et 
des vieillards. Renvoyé à la Commission de médecine. 

On passe à l'ordre du jour : 

Après une discussion à laquelle prennent part le 
Trésorier et divers membres de la Compagnie, la 
question relative au placement des fonds disponibles 
est renvoyée à un mois. 

Par suite de l'absence de MM. Micé et Bergonié, le 



— aa — 

rapport sur la candidature de M. le D' de Nabias et h 
lecture sur le Vêtement sont renvoyés à la prochain! 
séance. 

Conformément à la décision prise par l'Académie 
la lettre ci-après a été adressée à M. le Directeur d 
Muséum, à Paris, à l'occasion de la remise qui devai 
être faite à M. Albert Gaudry, membre correspondant 
d'une médaille, œuvre du graveur Vernon. 

7 mars 1903. 



Monsieur le Directeur du Muséum, 

L'Académie eût été heureuse de se faire représenter à la réunioi 
où réminent chef de l'Université, M. Leygues, remettra à M. 1( 
professeur Albert Gaudry, notre confrère, la médaille résultat-^ 
d'une souscription faite par ses amis et par ses disciples. 

Nous nous associons de tout cœur à cette manifestation, qui 

honore autant le professeur que ceux qui l'ont organisée, et nous 

vous prions de vouloir bien être dans cette circonstance l'interprète 

de nos sentiments. 

Veuillez agréer, etc. 

Le Secrétaire général de V Académie, 

AURÉLIEN VIVIE. 



M. Brutails lit une note sur deux croix de plomb 
trouvées dans des tombes du Sud-Ouest, et qui datent : 
Tune du règne de Philippe P% l'autre de i3i8. M. le 
Président remercie M. Brutails de son intéressante 
communication. 

M. Aurélien Vivie donne lecture d'une poésie inti- 
tulée : Le Bonhomme Vendredi, fantaisie rimée. Cette 
lecture est très applaudie et M. le président Garât, 
avec sa bonne grâce accoutumée, félicite le Secrétaire 



— 23 — 

Sréiiâral de sa poésie originale et du succès qui Ta 
cueillie. 

La séance est levée à six heures. 



OUTRAGES OFFERTS A l'aGADÉIHIE. 

Bibliothèque géologique de la Russie, igoi. 

Mémoires du Comité géologique de Saint-Pétersbourg, igoi. 

La Recomposizione délie porte di san Clémente a Casauria, 1894. 

L'Abbazia di san Clémente a Casauria, 1891. 

Mémoires de V Académie des Sciences de Toulouse, 1901. 

Bulletin de la Société des Sciences naturelles de Rouen, 1901. 

Commission géologique du Canada, 1897. 

Memoirs ofthe National Academy of Sciences, 1898. 

Publications de la Société havraise d'Études diverses, 1900 et 190T . 

Revue Philomathique de Bordeaux, janvier 1902. 

Le Mois scientifique, mars 1902. 

Proceedings ofthe American Academy of Arts and Sciences, 1901. 

Société d'Agriculture d^ Indre-et-Loire, 1900 et 1901. 

Actes de la Société helvétique des Sciences naturelles, 1900 et 1901. 

Société des Sciences, Agriculture et Arts de la Basse-Alsace, 1902. 

La Mutualité scolaire, par M. le vicomte de Pelleport-Burète, 

1001. 

Mémoires de l'Académie de Caen, 1901. 

Reports to the Malaria committie ofthe Royal Society, 190a. 

Société nationale d'Agriculture de France, 1901 et 190a. 

Proceedings ofthe Royal Society, march 1902. 

Comités catholiques, par M. le vicomte de Pelleport-Burète, 1901. 

The Scientiflc Transactions of the Royal Dublin Society. 

Étaient présents : 

MM. le D' Garât, Aurélien Vivie, D' Démons, Céleste, Camille 
Jullian, Gayon, J. Manès, A. Sourget, E. Bouvy, A. Ferrand, 
Bnitails, Gustave Labat, de Tréverret, Ducaunnès-Duval, Baillet 
et D' Pitres. 



24 — 



SÉANCE DU 10 AVRIL 1902. 
Ppësidence de M. Aupélien de SÈZE, Ppésident. 



Le procès-verbal de la séance du 1 2 mars est lu e^^ ^* 
adopté. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondance ^ • 

MM. JuUian et Loquin s'excusent de ne pouvoi 
assister à la séance de ce jour. 

M. Paul Auvard envoie un fragment imprimé de 
ouvrage intitulé : Saint- Dictamen. Remerciements. 

La Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles — 
Lettres de Tours communique le programme de soa^ 
concours de poésie pour igo3. 

Circulaire d'une Société, dont le siège est à Paris, 
pour développer l'enseignement de l'art religieux. 

Lettre de M. le Maire de Bordeaux envoyant un 
exemplaire du tome II publié par la municipalité de 
VInventaire sommaire des registres de la Jurade de 
1520 à 1783, Remerciements. 

M. Georges Lafargue, secrétaire du Conseil de Prud'- 
hommes, adresse la lettre ci -après : 

Bordeaux, le 25 mars 1902. 

Monsieur le Secrétaire général, 

Par un codicille ajouté à son testament, M"* Amélie Sarrail, 
sœur de feu M. Adolphe Sarrail, ancien président du Conseil de 



prud'hommes, m*a confié le soin de donner une destination à 
divers objets d'art qui faisaient partie du cabinet de son frère. 

Parmi ces objets se trouve le buste du sculpteur Louis de 
Ck)êffard,qui fut membre de TAcadémie de Bordeaux. Ce buste est 
l'œuvre de Prévôt, son élève et son successeur â l'Académie. 

J'ai pensé qu'à ce double titre il pourrait être agréable à votre 
Compagnie de posséder cette image d'un artiste distingué qui a 
contribué à orner les monuments de notre ville et qui jouissait de 
l'estime publique. 

J'ai l'honneur de vous prier de bien vouloir me faire connaître le 
sentiment de l'Académie à ce sujet, pour que je puisse, le cas 
échéant, prendre les dispositions utiles en vue du transport du 
buste. 

Veuillez agréer^ Monsieur le Secrétaire général, l'assurance de 
ma respectueuse considération. 

Georges LAF ARGUE. 

A Monsieur Aurélien Vivie, secrétaire général de V Académie, 



Après en avoir délibéré, rAcadémie accepte le buste 
de M. de Coëffard, pour être placé dans les locaux 
qu'elle occupe, et charge M. le Secrétaire général 
d'adresser à M. Georges Lafargue les remerciements de 
la Compagnie pour roflfre gracieuse qu'il a bien voulu 
lui faire. 

On passe à l'ordre du jour : 

M. le Président annonce que M. Durègne vient d'être 
nommé ingénieur en chef de 2* classe et chargé dans 
l'Administration des Postes et Télégraphes de la 
Gironde de la direction du service de contrôle des ins- 
tallations électriques industrielles et des études scienti- 
fiques et techniques à Bordeaux, et que M. Ducaunnès- 
Duval, archiviste de la ville de Bordeaux, a été, dans 
les premiers jours d'avril, promu officier de l'Instruc- 
tion publique. M. le Président adresse au nom de la 



— a6 — 
Compagnie des félicitations à nos deux honorabl^^s 
collègues pour les avancement et promotion qu'i^^s 
viennent d'obtenir et que justifient leurs services ^^^ 
leurs travaux. 

M. Ducaunnès - Duval remercie M. le Président d^^ 
ses courtoises félicitations. 

M. Micé, au nom d'une Commission composée avec^ 
lui de MM. les D" Démons et Bergonié, présente uim. 
rapport favorable sur la candidature de M. de Nabias» 
au fauteuil vacant de notre regretté collègue M. Th- 
Froment. 

M. le Président remercie M. Micé du magistral 
travail dont il vient de donner lecture; son rapport, 
conformément à l'article 54 de nos statuts, restera avec 
ses annexes déposé au Secrétariat jusqu'au scrutin, qui 
est fixé au 24 de ce mois. 

M. Gustave Labat lit un travail intitulé : Noies sur 
quelques peintures en grisailles de Pierre Lacour fils, 
correspondant de l'Institut, existant chez un grand 
négociant de Bordeaux. Cette lecture est accueillie avec 
beaucoup d'intérêt; M. le Président remercie M. Gus- 
tave Labat et ajoute qu'il serait désirable que les 
grandes maisons de Bordeaux où existent des œuvres 
d'art voulussent bien imiter l'exemple donné par la 
famille Cruse. 

M. le Président rappelle ensuite que l'Académie a 
plusieurs membres à recevoir : il proposerait d'avoir 
au mois de juin une séance publique où pourraient 
être reçus MM. Durègne et Manès : il sera définitive- 
ment statué à noire prochaine séance. 

MM. Manès et Durègne déclarent qu'ils seront prêts. 



— 27 - 

M. Durègne remercie ensuite M. le Président des 
félicitations qu'il a bien voulu lui adresser au début 
de la présente séance, et il fait hommage à F Académie 
d'un travail imprimé intitulé : Les Hautes Vallées pyré- 
néennes et les communications franco-espagnoles en 1792- 

La séance est levée à six heures. 



OUVRAGES OFFERTS A l'aGADÉMIE. 

Boletin mensal do Observatorio do Rio de Janeiro, 1901. 

Bulletin de l'Académie des Sciences de CracoviCy 190a. 

Mémoires de l'Académie de Vaucluse, 1901. 

Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, 1901. 

Bulletin de la Société Philomathiqae Vosgienne, 1901-1902. 

Le Mois scientifique, avril 190a. 

Bulletin archéologique et historique de la Société de Tarn-et Ga- 
ronne, 1901. 

Proceedings of the American Académie of Arts and Sciences, 
1901-1902. 

Revue Philomathique de Bordeaux, avril 1903. 

Rad Jugasiavenske Academije Znanosti i Unijetnosti, looi. 

Proceedings of the royal Society, 1901 et 1902. 

Atti delta Accademia di Scienze, Lettere et Arti degli Agiati in 
Roveredo, 1902. 

Revue économique de Bordeaux, mars 1902. 

Bulletin de la Société Académique de Brest, 1900 et 1901. 

Proceedings of the American Philosophical Society, 1901. 

Société nationale d'Agriculture de France, 1902. 

Recueil de l'Académie de Législation de Toulouse, 1 900-1 901. 

Bulletin de l'Académie du Var, 1901. 

Société d'Agriculture et de Commerce de Caen, 1901 et 1902. 

Gazette des Sciences médicales de Bordeaux, mars et avril 1902. 

Journal des Savants, mars et avril 1902. 

Bulletin de l'Académie des Sciences de Cracovie, 1902. 

Étaient présents : 

MM. Aurélien de Sèze, Aurélien Vivie, de Castelnau d'Essenault, 
A. Sourget, A.-R. Céleste, Garât, Gustave Labat^ J. Manès, Gayon, 
Hautreux, de Bordes de Portage, Léon Drouyn, Démons, Micé, 
Ducaunnès-Duval, F. Samazeuilh, Brutails, Durègne. 



— a8 — 

SÉANCE DU 24 AVRIL 1903. 
Présidence 4e M. Aurélien de SÉZE, Président. 



Le procès- verbal de la séance du 10 avril est lu 
adopté. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondance 

M. Herrera, de Mexico, envoie la continuation de so 
travail intitulé : V Imitation du protoplasma. Remer^- 
ciements. 

Lettre de la Société française des Amis des Arts rela- 
tive au développement à donner à cette Société. Renvoi 
au Conseil. 

Lettre signée d'une initiale demandant des rensei- 
gnements au sujet du prix de la fondation Lalande. 
Après un échange d'observations, M. le Président 
nomme une Commission composée de MM. Roy de 
Clotte et de Loynes pour présenter un rapport à la 
Compagnie. 

On passe à l'ordre du jour : 

Le scrutin sur la candidature de M. de Nabias est 
immédiatement ouvert, pour être clôturé à la fin de la 
séance. 

M. le Président annonce la mort de Léon Périer, de 
Pauillac, membre correspondant de l'Académie; il 
rappelle les services de ce savant distingué, naturaliste 
éminent, et dont les travaux ont ouvert la voie aux 
études du fond de la mer par les sondages faits au point 
de vue scientifique : sa mort causera un grand vide 



et 



— 29 — 
dans la Compagnie, et M. le Président est certain d'être 
l'interprète de tous ses collègues en envoyant l'expres- 
sion des sincères regrets et des condoléances de l'Aca- 
démie à la famille de M. Périer. 

Sur la proposition de M. le Président, une séance 
publique pour la réception de MM. Durègne et Manès 
est fixée au jeudi 26 juin prochain. 

M. Micé présente un rapport très complet et très 
étudié sur le volume de M. le D' Lalesque intitulé : 
Cure marine de la Phtisie pulmonaire. 

Après un échange d'observations entre le rapporteur 
et M. le D' Garât, au sujet de la désinfection des locaux, 
M. le Président remercie M. Micé de son remarquable 
rapport, dont l'Académie décide l'insertion dans ses 
Actes. 

Il est ensuite procédé au dépouillement du scrutin 
ouvert au début de la séance : M. de Nabias ayant 
obtenu la majorité des suffrages, est proclamé membre 
résidant de l'Académie, en remplacement de M. Th. 
Froment, décédé. 

. L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 
six heures. 



OUVRAGES OFFERTS A l' ACADÉMIE. 



Mémoires de V Académie de Lyon, 1901. 

Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, 1901. 

Mémoires de l'Académie de VAube, 1901. 

Revue philomathique de Bordeaux, mai 1903. 

Catalogue de la Bibliothèque de Montpellier, 1901. 

Mémoires de la Société Royale des Antiquaires du Nord, 1 900-1 901 

Académie de Rouen, 1902. 

Capillaranalyse, par Freedrich Goppelsroeder, 1901. 



#• 



.ji . . 



— 3o — 

Year-Book ofthe Royal Society oj London, igoa. 

Société d'Agriculture de Boulogne-sur-Mer, igoa. 

Annuaire des Bibliothèques et des Archives, igoa. 

Smithsonian Contribution to Knowledge, igoi. 

Boletin del Instituto Geologico de Mexico, igoi. 

Nordiske fortidsminder, igoi. 

Schriften der physikalisch ôkonomischen Gesellschaft zu KÔnigs- 
berg, igoi. 

Proceedings of the Boston Society of natural History, voL XXIX, 
n** i5, i6, 17, 18, igoi, et vol. XXX, n?* i et 2, igo2. 

Report ofthe Commissionner of Education for the Year i90i. 

The Transactions ofthe Royal Irish Academy, vol. XXXI et XXXII, 
1901 et igo2. 

United States Geological Survey. Geology, Hydrography, 1899- 
igoo. 

Société d'Émulation des beaux-arts du Bourbonnais, 1901. 

Observatorio de Madrid, iSgS-iSgg. 

Société d'Agriculture de la Seine-Inférieure, 1901. 

Étaient présents : 

MM. Aurélien de Sèze, Aurélien Vivie, Démons, A.-R. Céleste, 
J. Manès, Léon Drouyn, Baillet, D' Micé, F. Glavel, Garât, Camille 
JuUian, marquis de Castelnau d'Essenault, A. Pitres, A. Loquin, 
Gustave Labat, A. Fcrrand, E. Bouvy, firutails, de Bordes de Por- 
tage, Hautreux, de Tréverret, Ducaunnès-Duval, F. Samazeuilh, 
P. de Loynes, A. Sourget, Roy de Glotte, Gayôn, Bergonié. 



SÉANCE DU i5 MAI igoa. 
Pi*ésideiice de M. Aurélien de S£ZE, Président. 



Le procès-verbal de la séance du 24 avril est lu et 
adopté. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondance : 

M. Camille JuUian s'excuse de ne pouvoir assister à 
la séance de ce jour. 



L'Académie royale d'Amsterdam envoie le pro- 
gramme de ses concours de poésie pour Tannée igoS. 

L'Association internationale des Botanistes de Leyde 
demande à échanger ses publications avec nos Actes. 
Accordé. 

Lettre de M. le Recteur faisant connaître que le 
4i* Congrès des Sociétés savantes de Paris et des 
départements se tiendra, en igo3, à Bordeaux, durant 
la semaine de Pâques. 

Lettre de M. le D"^ Lalesque, d'Arcachon, sollici- 
tant le titre de membre correspondant; une Commis- 
sion, composée de MM. Micé, Garât et Bergonié, est 
chargée de présenter le rapport à la Compagnie. 

L'Université de Montana et la Bibliothèque universi- 
taire de Lille proposent l'échange de leurs publications 
avec les nôtr^. Renvoyé au conseil. 

Lettre de MM. Huguet et Lemonnier, de Paris, annon- 
çant qu'à la demande de M"' de Verneilh, ils ont remis 
au chemin de fer, à Tadresse de l'Académie, une caisse 
contenant le buste de son père. 

M. Cuzacq, de Tarnos, fait hommage de deux volu- 
mes imprimés intitulés : le premier, La naissance, le 
mariage et le décès, etc., etc. ; le second. Prix des matiè- 
res résineuses dans les Landes. Remerciements. 

On passe à l'ordre du jour : 

M. le Président fait connaître que l'Académie fran- 
çaise a décerné, dans une de ses dernières séances, le 
prix Gobert, d'une valeur de 9.000 francs, destiné à 
récompenser le morceau le plus éloquent d'histoire de 



— 3a — 

France, à M. Camille JuUian, pour son ouvrage in^^' 
tulé : Vercingélorix ; il est heureux de féliciter notte 
cher collègue de la haute récompense qu'il vient d'ob*^" 
nir, à si juste titre, et il profite de cette circonstarx<5® 
pour rappeler que M. Jullian avait été élu antérieu:C^* 
ment Correspondant de l'Institut et que cette électi^^i* 
n'avait pas encore été notifiée à l'Académie. 

M. le D*^ Bergonié dépose sur le bureau un por**' 
trait de l'illustre Romas, membre associé de la Corn — 
pagnie au xviu* siècle, et qu'il a réussi à trouver, aprè 
de nombreuses et persistantes recherches, au Musëe 
d'Âgen, où son existence était à peu près ignorée; il 
demande si ce portrait ne pourrait pas être mis en tête 
de la publication, votée par l'Académie, de manuscrits 
inédits de Romas sur l'électricité, manuscrits retrou- 
vés dans la collection des mémoires ayant pris part à 
nos concours avant 178g et conservés à 1^ Bibliothèque 
de la Ville. 

M. le Président remercie M. le D' Bergonié de sa 
communication et du dépôt du portrait de Romas; 
il le félicite du succès de ses recherches et ne serait 
pas éloigné de s'associer à sa proposition, mais il rap- 
pelle qu'une Commission, composée de MM. Gayon, 
Bergonié, Céleste etDurègne, a été nommée le 29 mars 
1900 pour faire un rapport sur la publication des tra- 
vaux inédits de Romas, et que, dès que ce rapport 
sera présenté, il pourra être statué sur toutes les ques- 
tions relatives à cette publication. 

M. Brutails, au nom de la Commission d'histoire, 
composée, avec lui, de MM. Jullian et Céleste, présente 
un rapport concluant aux récompenses suivantes : 
1° une médaille d'or à M. le D' Durodié, de Bor- 



deaux, pour les quatre volumes in-4'' manuscrits de 
son Histoire de la ville de Sauveterre; 2° une médaille 
d'or à M. le D"^ Couyba, de Sainte-Livrade, pour 
les deux derniers volumes imprimés de son travail 
intitulé : La Fronde en A gênais; 3* une médaille de ver- 
meil à M. Dupuch, de Bordeaux, pour son travail 
manuscrit intitulé : Le parti libéral à Bordeaux et dans 
la Gironde sous la seconde Restauration ; 4** une médaille 
d'argent à M. Fabbé Dubourg, pour son volume inti- 
tulé : Monographie de Caudecosle; 5° une médaille de 
bronze à M. J. Gardouat, pour son volume intitulé : 
Monographie de la commune de Gironde, 

Ces conclusions sont prises en considération et ren- 
voyées à la Commission générale des concours. 

M. de Loynes, au nom d'une Commission, composée, 
avec lui, de MM. Àurélien de Sèze et Roy de Clotte, 
donne lecture du rapport suivant, au sujet d'une ques- 
tion posée à l'Académie relativement au prix Armand 
Lalande : 

La lettre signée d'une initiale, adressée à l'Académie au 
sujet du prix Armand Lalande, soulève une question délicate 
que l'auteur formule dans les termes suivants : a Un travail 
» manuscrit peut-il concourir, ou l'impression et la publica- 
» tion préalable de l'ouvrage sont-elles des conditions exi- 
» gées pour prendre part au concours ? » 

La réponse à cette question ne présenterait aucune incerti- 
tude si nous n'avions pour la résoudre que le texte des der- 
nières volontés de M. Armand Lalande exprimées dans les 
termes suivants par son testament mystique : a Je prie mes 
)) enfants de consacrer une somme de vingt mille francs à 
» créer un prix qui serait distribué par l'Académie de Bor- 
)) deaux, aux époques et conditions déterminées par mes 

» enfants, à l'auteur du meilleur livre qui serait écrit pour 
1903 3 



- 34 ~ 

)) démontrer aux aveugles et aux incrédules la certitude de 
» l'existence de Dieu. » 

Si dans l'expression de ses volontés dernières, M. Armand 
Lalande parle d'un livre écrit, il garde le silence le plus com- 
plet sur sa publication. Exiger que l'ouvrage ait été imprimé 
et publié, ne serait-ce pas ajouter une condition que Tauteur 
de la libéralité recueillie par l'Académie n'a pas imposée? 
Nous croyons que l'Académie n'aurait pas le droit de le faire. 

Mais il ne faut pas oublier que la première pensée de 
M. Armand Lalande avait été de créer un prix qui ne serait 
décerné qu'une seule fois. Alors il était logique de mettre les 
ouvrages manuscrits sur la môme ligne que les ouvrages 
imprimés et publiés. Prévoyant cependant des difQcultés et 
voulant faciliter à l'Académie l'exécution de ses volontés, 
il avait laissé à ses héritiers toute latitude pour déterminer, 
d'accord avec l'Académie, les époques auxquelles et les condi- 
tions dans lesquelles le prix serait décerné. 

C'est dans ces conditions qu'une Commission, composée de 
votre Président, de M. Gayon et de votre Secrétaire général, 
fut chargée de s'entendre avec les héritiers de M. Armand 
Lalande et vous proposa un projet de délibération qui fut 
adopté dans la séance du 2 décembre 1896. Soumis à la 
famille de M. Armand Lalande, ce projet reçut quelques 
modifications et fut ensuite monumenté dans la donation du 
1 3 janvier 1897. 

Par cet acte était institué un prix périodique, qui devait 
ainsi perpétuer le souvenir de Thommc de bien qui avait 
honoré notre ville par les services rendus et par la pratique 
des vertus sociales. Dès lors, les conditions dans lesquelles le 
prix devait être décerné subirent une modification importante. 
L'article 2 de l'acte de donation, dit qu'il sera décerné tous 
les cinq ans « à l'ouvrage écrit et publié dans cette période». 
La donation paraît donc faire delà publication antérieure 
une condition essentielle pour l'atiribulion du prix. La for- 
mule employée dans cet acte paraît d'autant plus significative 
que, dans la délibération prise par notre Compagnie, on 
relève les mots : écrit ou publié. La disjonctive ou a été 
remplacée dans le texte de la donation par la conjonctive et. 
Cette substitution paraît intentionnelle. Du moment où le 



> 



— 35 — 

prix devient périodique, il semble naturel d'exiger que 
l'ouvrage se place dans la période de temps à laquelle se réfère 
la récompense décernée et la publication est la circonstance 
<jui mieux que toute autre nous donne la date de l'ouvrage. 
Cependant, les héritiers de M. Armand Lalande n'ont pas 
^oulu enfermer l'Académie dans un cercle trop étroit. Dési- 
reux d'exécuter les volontés de leur père et de faciliter la 
mission de l'Académie, ils ont stipulé qu'à défaut d'ouvrages 
présentés ou couronnés, u l'Académie aurait la faculté de 
» remettre le prix à l'année suivante ou d'instituer un con- 
)) cours pour son obtention sur une question rentrant dans le 
» programme ci-dessus déterminé, soit de renvoyer pour 
» décerner le prix à l'expiration des cinq années suivantes. » 
C'est à ce concours, soumis aux règles ordinaires de nos 
concours, que les œuvres manuscrites nous semblent naturel- 
lement appelées à prendre part et à y prendre part, seules. 

En résumé, les héritiers de M. Armand Lalande, pour assu- 
rer dans la mesure du possible le respect des volontés de leur 
père, nous semblent avoir fait appel : 

En première ligne, à l'initiative personnelle des auteurs ; 
et alors les ouvrages publiés dans les cinq années précisées 
par l'acte de donation pourront seuls prendre part au 
concours ; 

En seconde ligne et à défaut de la première, à l'initiative 
de l'Académie qui, en choisissant une question pour la mettre 
au concours, provoquera un ouvrage destiné à remplir les 
hautes intentions de M . Armand Lalande : les œuvres manus- 
crites y seront seules admises. 

Bordeaux, le 37 avril igoa. 

M. le Président fournit quelques explications à 
l'appui des conclusions de la Commission et rappelle 
les termes des actes notariés qui ont consacré la dona- 
tion des héritiers Armand Lalande ; il met ensuite aux 
voix les conclusions du rapport, qui sont adoptées par 
l'Académie. Le Secrétaire général est chargé de don- 
ner avis de cette décision à l'auteur de la lettre signée 



\ 



— 36 — 

d'une initiale, adressée à la Compagnie le 23 avril 
dernier. 

M. Manès, au nom d'une Commission spéciale, com- 
posée, avec lui, de MM. Bouvy et Clavel, présente, sur 
la demande de récompense formée par M. Neymon, en 
faveur de M. Camin, directeur de V Éclair sténographi- 
quCy un rapport concluant à ce qu'il soit sursis à cette 
demande, la transformation du journal dont il s'agit 
remontant à une époque trop récente. Ces conclusions 
sont prises en considération. 

M. Anatole Loquin donne lecture de la suite d'une 
partie de son travail intitulé: Oà vont les morts. La 
continuation de cette lecture est renvoyée à une pro- 
chaine séance. 

M. le Président remercie M. Loquin de son impor- 
tante et profonde communication. 

La séance est levée à six heures et demie. 



OUVRAGES OFFERTS A l'aCADEMIË. 



Société nationale d* Agriculture de France, 1902. 

Académie de Besançon, 1901 et 1902. 

Société d* Agriculture de la Loire, 1902. 

Congrès des Sociétés savantes à Nancy, 1901. 

Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne, 1902. 

Bulletin de la Société de Borda, 1902. 

Bad Juqoslavenske Akademije, 189G. 

Société d'Agriculture de la Seine-Inférieure, 1898 et 1899. 

Bévue économique de Bordeaux. 

Société d'Anthropologie de Paris, 1901 . 

Proceedings ofthe Boyal Society, 1901 et 1902. 



-37- 
Étaient présents : 

MM. Aurélien de Sèze, Aurélien Vivie, Clavcl, A. Loquin, J 
Manès, A. Sourget, de Bordes de Portage, Bouvy, Gustave Labat, 
Bergonié, Garai, de Tréverret, D' L. Micé, Brutails, Ducaunnès- 
Duval, Hautreux, A.-R. Céleste, G. Leroux, P. de Loynes. 



SÉANCE DU 29 MAI 1902. 
Ppéaidenee de M. AaréUen de SÈZE, Président. 



Le procès -verbal de la séance du i5 mai est lu et 
adopté. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondance : 

MM. Camille Jullian, Anatole Loquin, Gustave Labat, 
de Bordes de Portage et Ducaunnès-Duval, s'excusent 
de ne pouvoir assister à la présente séance. 

La Société des Antiquaires de VOuest, à Poitiers, 
demande à échanger ses publications avec les nôtres. 
Cette demande est accueillie. 

On passe à Tordre du jour : 

M. le Président rappelle que dans la séance des 
Sociétés de Géographie et d'Océanographie, réunies le 
26 de ce mois, sous la présidence de S. A. le prince 
Albert de Monaco, il a été décerné, au nom de ces deux 
sociétés, une médaille d'or à notre éminent collègue 
M. Hautreux, qui s'est livré depuis vingt-cinq ans à des 
travaux et à des recherches dans le golfe de Gascogne 
et dans le bassin d'Arcachon,' et qui a publié plus de 
cinquante mémoires sur les questions d'océanographie. 
Il le félicite, au nom de l'Académie, d'une récompense 



— 38 - 

que justifient à tous les titres ses remarquables travaux 
et son initiative au sujet de la création de la Société 
d'Océanographie de Bordeaux. 

M. le Président, à l'occasion de la lettre de M. le 
Recteur relative à la réunion des Sociétés savantes qui 
doit avoir lieu à Bordeaux en igoS, durant la semaine 
de Pâques, propose de désigner M. le vice-président 
Clavel pour régler, s'il y a lieu, avec M. le Recteur les 
questions relatives à cette réunion et à la participation 
de l'Académie. Cette proposition est votée à l'unani- 
mité. 

Le programme de la séance publique du 26 juin 
prochain est fixé ainsi qu'il suit : 
Discours de M. Emile Durègne. 
Réponse de M. le Président. 
Discours de M. Julien Manès. 
Réponse de M. le Président. 

La Perdrix, poème ornithologique, par M. l'abbé 
Ferrand. 

M. le docteur Bergonié lit un travail intitulé : Le 
Vêtement, Cette lecture est accueillie avec un vif intérêt, 
et M. le Président remercie M. Bergonié de sa commu- 
nication. 

M. de Loynes, au nom de la Commission d'économie 
politique, composée, avec lui, de MM. Manès, Clavel, 
Sourget et Hautreux, présente, sur le livre de M. Ferdi- 
nand Moine, intitulé : Une plaie sociale, La mendicité. Le 
mal et le remède^ un rapport concluant à ce qu'il soit 
décerné à l'auteur un rappel de médaille d'argent. 

Ces conclusions sont prises en considération et 
renvoyées à la Commission générale des concours. 




y-^ IM 



- 39 - 

L'heure étant un peu avancée, et d'accord avec 
M. Micé, la lecture du rapport sur la candidature de 
tf . le D' Lalesque, d'Arcachon, au titre de membre 
correspondant, est renvoyée à une réunion ultérieure, 

La séance est levée à six heures vingt. 



OUVRAGES OFFERTS A l' ACADÉMIE. 

Société d'Agricttltare de Boulogne-sur-Mer, 1897. 
Société d'Agriculture de la Basse-Alsace, 1897- 1900 ®t 1901- 
Proceedings ofthe Boston Society ofnatural History, 1896. 
Gazette des Sciences médicales de Bordeaux, 1900, 1901 et 1902. 
Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris, 1901 et 1902. 
Bulletin de la Société des Sciences de l'Yonne, 190a. 
Jubilé de M. Albert Gaudry, 190a. 
Revue philomathique de Bordeaux, juin 190a. 
Société nationale d* Agriculture de France, 1902. 
Bulletin de la Société d'Émulation et de l'Industrie de la Seine- 
Inférieure, 1902. 

Étaient présents : 

MM. Aurélien de Sèze, Aurélien Vivie, Garât, Bergonié, P. de 
Loynes, D' L. Micé, A.-R. Céleste, J. Manès, F. Samazeuilh, R. 
Dezeimeris, A. Sourget, Durègne. 



SÉANCE DU 12 JUIN 1902. 
Présidence de M. Aurélien de SÉZE, Président. 



Le procès-verbal de la séance du 19 mai est lu et 
dopté. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondance : 

M. Brutails s'excuse de ne pouvoir assister aux séan- 
ces de l'Académie jusqu'à la fin du mois de juillet. 



— 4o — 

M. le Maire de Bordeaux annonce que T Amphi- 
théâtre de TAthénée sera à la disposition de la Compa- 
gnie pour sa séance publique du 26 de ce mois. 

M. le Préfet communique la note à remplir, au sujet 
de la subvention accordée par le Conseil général de la 
Gironde. Renvoyé pour réponse à M. Gayon, trésorier. 

M. Saint-Jours envoie pour les concours de igos un 
mémoire manuscrit sur le littoral de la Gascogne, 
Renvoyé à la Commission de géographie. 

M. Pierre Meller fait hommage de trois opuscules 
imprimés : i"* Les Jeux de paume à Bordeaux avant la 
Révolution ; 2" Les Statuts des maîtres paumiers de Bor- 
deaux , et 3° Les Familles protestantes de Bordeaux d*après 
les registres de r État-civil avant 1789, Remerciements. 

M. Durègne fait également hommage à FAcadémie 
d'une brochure imprimée intitulée : Les Hautes Vallées 

m 

pyrénéennes et les communications franco-espagnoles en 
1792, d'après un manuscrit inédit. M. le Président le 
remercie. 

On passe à Tordre du jour : 

M. de Nabias, élu membre résidant en remplacement 
de M. Th. Froment, est introduit par MM. les D" Dé- 
mons et Bergonié. 

M. le Président lui donne la parole, et il prononce 
le discours suivant : 

MoivsiEUR LE Président, 
Messieurs, 

Je ne puis me défendre d'une réelle émotion en venant au 
milieu de vous. Ma pensée se porte aussitôt vers Tacadémi- 
cien distingué, le lettré fin et délicat, qui, à la veille même du 



~ kl - 

jour où son énergie devait s'éteindre, donnait encore tant 
d'éclat à vos séances. El c'est alors comme un regret qui me 
vient de me voir élevé à une place que je sens bien ne pas 
être la mienne. 

Dans votre Compagnie, dont chaque nom révèle une supé- 
riorité, j'aperçois aussi, augmentant mon appréhension, plu- 
sieurs de mes anciens maîtres, à l'autorité et à la science 
desquels je dois d'autant mieux rendre hommage que, malgré 
l'empreinte qu'ils ont donnée à mon esprit, je n'ai pu les 
suivre dans un domaine où leur prestige n'a cessé de grandir. 
Je me rassure en songeant que c'est surtout la Faculté de 
médecine que vous avez voulu honorer encore en appelant 
son doyen à siéger parmi vous. 

En m'accordant vos suffrages, Messieurs, vous avez récom- 
pensé de modestes efforts, faisant ainsi à votre nouvel élu un 
lionneur auquel il ne saurait attacher trop de prix. 
Je vous en remercie. 

A défaut de dons rares qui ne me sont pas dévolus, je vous 
apporte tout ce que j'ai de bonne volonté et de cœur pour 
participer à vos travaux et justifier dans quelque mesure la 
confiance que vous m'avez témoignée. 

M. le Président répond en ces termes à M. de Nabias : 

Vous avouerai-je. Monsieur, qu'au premier regard jeté sur 
rénumération de vos titres mon admiration n'a pas été sans 
partage et qu'il s'y mêla tout de suite un peu de préoccupa- 
tion personnelle, pour ne pas dire un peu d'appréhension. 

C'est déjà une lourde tâche que d'avoir à vous souhaiter la 
bienvenue en des termes qui ne soient pas indignes d'un 
savant de votre envergure. Mais elle se complique singulière- 
ment par la difficulté de rappeler en quelques lignes les tra- 
vaux qui vous ont valu nos suffrages, alors qu'une notice de 
trente-sept pages, imprimée en 1894, suffît à peine à les 
résumer, et qu'une note manuscrite renvoie aux comptes 
rendus de l'Université de Bordeaux pour les publications 
postérieures à 1894. 

Si encore votre œuvre, accessible aux profanes, était de 
ceux qu'on peut analyser après les avoir parcourus! Mais 



- 4î - 

la botanique supérieure, la zoologie transcendante, la matière 
médicale, la physiologie raffinée, avec leurs dérivées rorgano- 
graphie des plantes, la parasitologie animale et végétale, la 
technique histologique et de zoologie générale, résistent à 
Tcnvi à toute tentative d'examen surperficiel et ne sont pas 
plus à la portée du vulgaire que la topographie cérébrale ou 
le système nerveux des gastéropodes ! 

Oh ! ce n'est pas que, dans notre Compagnie, ces sujets si 
intéressants, bien qu'un peu sévères, soient étrangers à tout 
le monde ; et vous auriez pu être reçu avec les honneurs dus 
à votre science, si seulement vous vous étiez avisé de frapper 
h notre porte avant la fin de Tannée 1901. 

Puisque, hélas. Monsieur, vous êtes de quelques mois en 
retard, il faudra bien vous contenter d'un accueil plus simple. 
Nous y mettrons toute la cordialité dont nous sommes capa- 
bles, nous vous dirons sincèrement tout le plaisir que nous 
avons à vous ouvrir nos rangs, et, si je vous ai bien jugé 
d'après les quelques mots de remerciements à la fois émus et 
modestes que vous venez de nous adresser, nous aurons ainsi 
trouvé la meilleure voie pour pénétrer jusqu'à votre cœur. 

N'allez pas, cependant, conclure de ce qui précède que 
votre candidature n'ait pas été appréciée ici comme elle 
méritait de l'être. Elle a, au contraire, inspiré à l'un de nos 
plus savants collègues un rapport d'un très grand intérêt où 
je puiserai sans scrupules pour retracer les étapes de votre 
laborieuse jeunesse et les justes succès qui l'ont couronnée. 

Licencié es sciences en novembre i883, docteur en méde- 
cine le 3o mars 1886, vous concouriez immédiatement pour 
l'agrégation d'histoire naturelle et vous obteniez ce grade le 
3o août de la même année, juste cinq mois après avoir coiffé 
le prestigieux bonnet. 

Il faut savoir ce que l'agrégation représente, à elle seule, 
d'efforts intellectuels, de difficultés vaincues et de connais- 
sances acquises pour bien comprendre la portée de ce simple 
rapprochement de dates. Il suffirait à expliquer foute votre 
brillante carrière, les marques de distinction qui Font déjà 
récompensée, celles qui vous attendent encore et la réputation 
qui, malgré votre relative jeunesse, met déjà votre nom en un 
si haut relief. 



- 43 - 

A partir de ce moment, vous marchez de triomphe en 
triomphe : lauréat de la Faculté de médecine et de pharmacie 
en 1887 et en 1888, lauréat de TAcadémie des sciences, 
ofQcier d'Académie et, plus tard, officier de l'Instruction 
publique, agrégé d'histoire naturelle, chargé du cours de 
matière médicale en remplacement de M. le professeur 
Perrens, reçu pharmacien de première classe le 4 novem- 
bre 1893, puis docteur es sciences le i5 mars 1894, nommé 
professeur de matière médicale le 26 juillet 1894, vous voilà 
enfin le doyen de cette Faculté de médecine et de pharmacie 
où vous faisiez naguère de si remarquables études. 

J'en passe, Monsieur, de même que je me garderai — et 
pour cause — d'entrer dans l'examen détaillé de vos travaux 
scientifiques. Il me suffira de rappeler qu'ils embrassent 
toutes les branches si nombreuses et si touffues de l'histoire 
naturelle, et que,' dans tous, vous vous êtes révélé penseur 
puissant, savant émérite et écrivain de talent. 

En fallait-il davantage pour nous déterminer à vous admet- 
tre parmi nous, alors surtout que le passé nous répond de 
l'avenir et que nous sommes en droit de compter pour l'inté- 
rêt de nos séances sur votre active collaboration. 

Venez donc, Monsieur, occuper le fauteuil laissé vacant par 
la mort de notre regretté collègue M. Froment. Il nous disait 
plaisamment au début de l'année dernière : « J'ai déjà remar- 
>î que que, par une faveur spéciale, l'Académie n'allait jamais 
^ mieux que quand elle avait un médecin à sa tête. » Puisse 
la multiplication des médecins dans ses rangs produire les 
mêmes effets tout en contribuant à rehausser son renom 
scientifique. Est-ce un vœu que je viens de formuler, Monsieur ? 
West-ce pas plutôt l'expression d'une certitude quand on 
admet un honmie tel que vous P 

Ces discours sont chaleureusement applaudis et 
M. deNabias est invité, suivant l'usage, k prendre place 
au Bureau à la gauche de M. le Président. 

M. Clavel annonce qu'il a rempli auprès de M. le 
Recteur la mission qui lui avait été confiée au sujet 



- 44 — 

de la réunion des Sociétés savantes qui doit avoir lieu 
à Bordeaux en igo3, durant la semaine de Pâques, et 
qu'il a fait connaître au chef de l'Université que TAca- 
démie lui prêterait son concours. 

Sur la demande de M. Gustave Labat, sa lecture 
relative à une communication intéressant la marine du 
règne de Louis XVI, est renvoyée à une séance ulté- 
rieure, par suite de l'absence de renseignements atten- 
dus de Paris et qui ne lui sont pas encore parvenus. 

La séance est levée à cinq heures et demie. 



t 
\ 

* 



OUVRAGES OFFERTS A l' ACADÉMIE. 

I 

Société d* Horticulture de Caen, 1901. 

Proceedings ofthe Royal Society, 1902. 

Reports to the Evolution Committee, 1902. 

Gazette des Sciences médicales de Bordeaux, juin 1902. 

Annales du Musée Guimet, 1902. 

Revue de l'Histoire des religions, 1902. 

Recueil de conférences au Musée Guimet, 1898-1899. 

Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de 
France, 1901 et 1902. 

Documents relatifs aux États généraux et Assemblées réunis sons 
Philippe le Bel, par Picat, 1901. 

Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie (li62^ 
i36i), publiés par Auguste Lougnon, 1901. 

Memorias y revista de la Sociedad cientifica Antonio Alzate, n* 2<' 
3, 4, 1901. 

Étaient présents : 

MM. Aurélien de Sèze, F. Clavel, Aurélien Vivie, Gayon, Garât, 
marquis de Castelnau d'Essenault, Lanelongue, Démons, A. Pi- 
tres, J. Manès, de Bordes de Forlage. A. Ferrand, Gustave Labat, 
E. Bouvy, Camille Jullian, P. de Loynes, Ducaunnès-Duval, Hau- 
treux, A. Sourget, Baillet, Bergonié, A.-R. Céleste, Gaston Leroux, 
Durègne. 



-- 45 - 



SÉANCE PUBLIQUE DU 26 JUIN 1902. 
Présidence de M. Aurélien de SÈZE, Président. 



Une assistance brillante, où dominent en grand 
nombre des dames en toilettes claires jetant une 
note élégante et gaie, remplit le grand amphithéâtre 
de l'Athénée. 

Monseigneur le cardinal Lecot, M. le Général en 
chef, M. le Préfet de la Gironde, M. le Maire de Bor- 
deaux, ainsi que quelques autres hauts fonctionnaires, 
expriment leurs regrets de ne pouvoir assister à la 
séance de l'Académie. 

Aux premiers rangs, on remarque M. Bayssellance, 
ancien maire de Bordeaux; M. le colonel Peletingeas 
(le brave général de la guerre de 1870); M. le baron 
de Verneilh, l'un des fils de notre regretté collègue; 
M"* de Verneilh, M. le baron de Marbotin, ancien préfet, 
beau-frère de M. de Verneilh-Puyrazeau ; M°** la baronne 
de Marbotin, M. le chanoine Jarris, M. le chanoine 
J. Gallen, directeur du journal T Aquitaine; M™' Jullian, 
fille de notre regretté collègue M. le D' Azam; M. le 
pasteur Cadène, président du Consistoire de l'Église 
réformée; des fonctionnaires des postes et télégraphes, 
des avocats, parmi lesquels nous remarquons M. Bra- 
zier, ancien bâtonnier, et M. Forsans; M. Maîgrot, 
directeur de la Société générale ; M. Baboulet, ingénieur 
des télégraphes à Toulouse; plusieurs ingénieurs du 
groupe du Sud-Ouest de l'Association des anciens élè- 
ves de l'École centrale, et notamment M. J. Avril, 
président, et M. Gazes, ancien président; des notaires. 



- 46 - 

MM. Bediou, Dartige, Duchône; M. Couronne, avocat- 
agréé, et un nombre considërable de personnages 
appartenant au inonde politique, administratif, reli- 
gieux, artistique et littéraire de la ville de Bordeaux. 

La séance est ouverte à huit heures et demie, et le 
Président donne la parole à M. Emile Durègne, élu 
membre résidant en remplacement de M. le baron J. 
de Verneilh-Puyrazeau, décédé. 

M. Durègne, dans une langue élégante .et claire, a 
fait revivre sous les yeux d'un auditoire charmé le 
vieux Bordeaux qui s'en va, chaque jour, remanié et 
rajeuni par les grandes voies qui s'ouvrent de toutes 
parts et qui répondent aux besoins de l'activité moderne 
et aux règles d'hygiène que la science préconise avec 
une haute autorité. Puis il fait l'éloge, en termes 
excellents, écoutés avec un visible plaisir, de son 
prédécesseur, M. de Verneilh-Puyrazeau, archéolo- 
gue, dessinateur, graveur, littérateur, et qui avait su 
conquérir par sa gruce charmante, par son amabilité 
et par son esprit, l'estime et l'amitié de tous ceux 
qui l'ont connu. Son discours a été chaleureusement 
applaudi. 

M. de Sèze répond à M. Durègne; il rappelle le 
nombre, l'importance et la diversité de ses travaux, 
justifiant le choix de l'Académie, qui l'a appelé dans 
son sein, et il salue en lui le poète et l'artiste; il 
trace en terminant un portrait du baron de Verneilh- 
Puyrazeau, aussi fin et aussi délicat dans la forme 
qu'au fond. 

M. J. Manès obtient ensuite la parole et prononce, 
non sans émolioii, l'éloge de M. le D*^ Âzam. Il cite les 



.. ..^g^g^^^g^^gi^^ 



-47- 
nombreux travaux de son prédécesseur, ses décou- 
vertes dans Thypnotisme, ses communications si remar- 
quées à l'Académie des Sciences, sa haute situation 
dans la cité bordelaise et Festime que lui avait méritée 
la dignité de sa vie. Il clôture son discours par une 
étude très intéressante et très documentée sur FEnsei- 
gnement technique. 

Des applaudissements accueillent le discours de 
M. Manès. 

M. Aurélien de Sèze lui répond ; il retrace sa carrière 
toute de travail et énumère avec un grand bonheur 
d'expression les titres qui lui ont valu son élection à 
l'Académie. 

Les deux discours de M. de Sèze ont été tout parti- 
i^ulièrement applaudis par l'assistance. 

M. Fabbé Ferrand lit un poème ornithologique inti- 
tulé: La Perdrix, et obtient, ainsi qu'il en a l'habitude, 
un succès qui se traduit en chaleureux applaudisse- 
ments. 

M. le Président remercie Félégant auditoire qui, 
pour répondre à l'invitation de l'Académie, a bien 
Toulu braver les chaleurs de la saison et ajouter par sa 
présence à la solennité de notre fête littéraire. 

La séance est levée à dix heures et demie. 



OUVRAGES OFFERTS A l'aCADÉMIE. 

Balletin du Comité des travaux historiques et scientifiques, igoi. 
Bulletin de V Académie des Sciences de Cracovie, iyo2. 
Publications of the Carthquake investigation Committee in foreign 
languages, n° g, 1902. 
Société antialcoolique de V Hérault j par Hoos. 



- 48 - 

Mémoires de la Société d*AgricuUare d'Angers, 1901. 
Annales de l'Académie de Mâcon, 1900. 
Mémoires de l'Académie d'Amiens, 190a. 
Académie de La Rochelle, 190a. 

Étaient présents : 

MM. Aurélien de Sèze, Aurélîen Yivie, Gustave Labat, J. Manè^^ 
Bcrgonic, Durègne, A. Ferrand, Léon Drouyn, Camille Julliar^ ^ 
de Tréverret, P. de Loynes, de Nabias, Hautreux, Roy de Cloll^^' 
Baillet, A. Pitres, Démons, E. Bouvy. 



SÉANCE DU 10 JUILLET 1902. 
Présidence de M. le D' GARAT, Doyen d'âgée. 



Les procès-verbaux des séances des i a et 26 juin 
sont lus et adoptés. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondance : 

MM. Aurélien de Sèze, président, Loquin, Gayon, 
Jullian et de Castelnau d'Essenault s'excusent de ne 
pouvoir assister à la séance de ce jour. 

M. Cornélis de Witt, à l'occasion d'une publication 
intitulée : La Vie rurale en France, qu'il a le projet 
d'entreprendre, demande le concours de l'Académie. 
Sa lettre est renvoyée à M. Vassillière pour rapport à 
la Compagnie sur la suile qu'elle est susceptible de 
recevoir. 

Lettre de M. le Préfet de la Gironde donnant avis de 
la revue qui sera passée le i4 de ce mois, sur la place 
des Quinconces, à l'occasion de la fête nationale. 

Lettre du Congrès international des Bibliothécaires 
relative au cinquantenaire de M. Léopold Delisle, 



-49- 
membre de rinstitui et administrateur général de la 
Bibliothèque nationale. Renvoi au Conseil. 

• M. le D' Couyba fait hommage à l'Académie d'un 
volume imprimé intitulé : La misère en Agenais de 
4600 à 1609 et la grande famine de 1630-1631. Remer- 
ciements. 

Un travail manuscrit intitulé : Mon patois de Laurède, 
étude grammaticale^ est renvoyé à la Commission de 
linguistique de la fondation La Grange. 

M. Ch. Bénard, président de la Société d'Océano- 
graphie, fait hommage à l'Académie des cartes desti- 
nées aux membres de la Compagnie, et présentant le 
résultat des dernières expériences de cette Société sur 
les courants du golfe de Gascogne. 

Après un échange d'explications et d'observations 
sur ces cartes entre MM. Hautreux et Durègne, le 
Secrétaire général est chargé d'adresser des remercie- 
ments à M. Bénard. 

M. de Bordes de Portage annonce que notre très 
honoré collègue M. le marquis de Castelnau d'Esse- 
nault a éprouvé un accident qui l'oblige, depuis un 
mois environ, à garder la chambre, mais qu'il est 
aujourd'hui en état de convalescence. L'Académie 
envoie ses condoléances à M. de Castelnau d'Essenault 
et forme des vœux pour son prompt rétablissement. 

M. Durègne fait hommage à l'Académie des cartes 
et brochures imprimées ci-après désignées : i** Dunes 
primitives et forêts antiques de la côte de Gascogne; 
2° Sur une station robenhausienne à Ventrée du bassin 

d'Arcachon (côté sud); 3° Sur le mode de formation des 

190a 4 



— 5o — 

dunes primaires de Gascogne; 4** Excursion aux gorges 
du Ciron; 5** Excursion de Noël à Gavarnie, 6* En Ecosse : 
Porphyres et Basaltes; 7'' Sur l'aire de dispersion de 
TArbutus unedo L., aux environs dArcojchon; 8** U Alpi- 
nisme dans le Sud-Ouest; 9° De Cauterets au Vignemale; 
10" Carte de la Grande Montagne ou Forêt usagère de 
La Teste de Buch et de ses abords; iV Carte des dunes 
anciennes ou primaires de l'ancien captalat de Buch, 
M. le Président remercie M. Durègne au nom de la 
Compagnie. 

On passe à Tordre du jour : 

M. le Secrétaire général donne lecture d*un rapport 
présenté par M. Ray et au nom de la Commission des 
sciences, et proposant : V de classer purement et sim- 
plement dans nos archives le travail manuscrit de 
M. L. Rémond, sur VAge de V homme et de la terre y ce 
travail ayant déjà été récompensé en 1891 par l'Aca- 
démie des Sciences de Toulouse; 2" d'accorder une 
médaille de bronze à M. Marcel Charroi, de Bordeaux, 
pour son mémoire manuscrit intitulé : L'état météoro- 
logique de la Méditerranée occidentale et l'ascension du 
Méditerranéen, Ces conclusions sont prises en considé- 
ration et renvoyées à la Commission générale des 
concours. 

M. de Mégret de Bellîgny donne lecture d'un recueil 
de poésies intitulé : Miscellanées, Cette lecture est ap- 
plaudie et M. le Président adresse des remerciements 
au poète, qui a su justifier le titre de son recueil par la 
variété des sujets traités par lui. 

M. Micé, au nom d'une Commission composée avec 
lui de MM. Carat et Bergonié, lit sur la candidature de 



— 5i - 

M. le D' Lalesque, d'Arcachon, au titre de membre 
correspondant, un rapport favorable très complet et 
très étudié. Il est immédiatement procédé au vote, 
et M. le D' Lalesque, ayant obtenu l'unanimité des 
suffrages, est proclamé membre correspondant de 
l'Académie. 

La séance est levée à six heures un quart. 



OUVRAGES OFFERTS A l'aGADÉMIE. 

Proceedings ofthe Royal Society, 1902. 

Gazette des Sciences médicales de Bordeaux, juin et juillet 1902. 

Études et données sur l'hydrologie générale de la France f 1902, 

Mémoires de la Société nationale des Sciences naturelles et mathé- 
matiques de Cherbourg, 1 901 -1902. 

Comité des travaux historiques et scientifiques, 1902. 

Mémoires et comptes rendus de la Société scientifique d'Alais, 1901. 

Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe, 1902. 

La Misère en France, de 1600 à 1629, 1902. 

Revue économique de Bordeaux, 1902. 

Bulletin de la Société d'Agriculture de Boulogne -sur -Mer, 1902. 

Société d* Agriculture, Sciences et Arts de la Basse- Alsace, 1902. 

Société nationale d'Agriculture de France, 1902. 

Bulletin de la Société académique d'Agriculture Belles-Lettres, 
Sciences et Arts de Poitiers, 1901. 

Société d^ Agriculture et de Commerce de Caen, 1902. 

Atti délia Accademia Gioenia di Scienze naturali in Catania, 1901- 
1902. 

Bibliographie des travaux historiques et archéologiques, 1901. 

Bulletin de la Société impériale des Naturalistes de Moscou, 1902. 

Bulletin de la classe des Lettres et des Sciences morales et politiques 
et de la classe des Beaux-Arts de V Académie royale de Belgique, 1902. 

Étaient présents : 

MM. le D' Garât, Aurélien Vivie, D' Micé, de Mégret, Gayon, 
Léon Drouyn, Gustave Labat, de Bordes de Fortage, Durègne, 
B. de Nabias, F. Vassillière, Hautreux, E. Bouvy, Ducaunnès- 
Duval, F. Samazeuilh, P. de Loynes, A.-R. Céleste» 



5a - 



SÉANCE DU 24 JUILLET 190a. 
Présidence de IH. le Dr GARAT, Doyen d'âgée. 



Le procès-verbal de la séance du 10 juillet est lu et 
adopté. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondance : 

Lettres de MM. Aurélien.de Sèze et Julien Manès 
s'excusant de ne pouvoir assister à la séance de ce 
jour. 

Lettre de M. le marquis de Castelnau d'Essenault 
ainsi conçue : 

Bordeaux, 21 juillet 1901 

r 

Monsieur le Secrétaire général et cher Collègue, 

Je viens de recevoir votre lettre du 18 courant dans laquelle, 
au nom et de la part de l'Académie, vous voulez bien m'exprimer, 
avec ses sincères condoléances, les vœux que forme notre Compa- 
gnie pour mon prompt rétablissement des suites de Taccident que 
J'ai éprouvé le 12 juin dernier. 

Je vous prie d'être auprès de l'Académie l'interprète de mes 
sentiments de reconnaissance pour ce témoignage de cordiale 
sympathie dont je suis vivement touché, et de vouloir bien, en lui 
exprimant mes remerciements à ce sujet, l'informer aussi de 
l'amélioration progressive que j'éprouve dans mon état de santé. 

Veuillez agréer. Monsieur le Secrétaire général et cher Collègue, 
l'assurance de mes sentiments très dévoués. 

Marquis de CASTELNAU D'ESSENAULT. 

Monsieur le Secrétaire général de l'Académie de Bordeaux. 

M. de Bordes de Foriage donne quelques renseigne- 
ments à la Compagnie sur Tétai de santé de notre cher 



— 53 — 

et vénéré collègue; il exprime Tespoir de sa prochaine 
guérison. 

Lettre de M. le D' F. Lalesque, d'Arcachon, remer- 
ciant TAcadémie d'avoir bien voulu l'élire membre 
correspondant. 

M. Céleste fait hommage d'une brochure intitulée : 
Nicolas Beaujon (1718-1786). Remerciements. 

M. Gh. Bénard fait aussi hommage de deux bro- 
chures imprimées intitulées : Météorologie générale et 
Pêche maritime, dont il a donné lecture au Congrès 
maritime international de Copenhague. Remercie- 
ments. 

Lettre d'invitation de M. le Proviseur à la distribu- 
tion des prix du Lycée qui doit avoir lieu le 29 de ce 
mois . 

M. Georges Hyvert, ingénieur à Carcassonne, envoie 
pour les concours de 1903 un volume intitulé : De la 
contamination par les vieux papiers. Renvoyé à la Com- 
mission des sciences. 

M. A. Jeunesse, de Sèvres (Seine-et-Oise), fait hom- 
mage d'un volume intitulé : Les Neveux de Charle- 
magncy jorneni historique, qui a été couronné déjà par 
l'Académie française et par la Société nationale d'en- 
couragement au bien. Remerciements. 

On passe à l'ordre du jour : 

M. Gustave Labat communique des lettres intéres- 
sant le commerce de Bordeaux et la marine pendant 
la guerre de l'Indépendance des États-Unis d'Amérique. 

M. le Président le remercie de sa communication. Il 



- 54 - 

fait ensuite connaître que, suivant Tusage, rAcadémie 
suspend ses séances jusqu'au mois de novembre pro- 
chain; mais, avant cette séparation momentanée, il fait 
un retour vers le passé, rappelle les travaux accomplis 
jusqu'à ce jour et se réjouit de l'entrée de M. le doyen 
de Nabias dans la Compagnie. 

Ces paroles sont accueillies avec une particulière 
sympathie, et la séance, est levée à cinq heures et 
demie. 



OUVRAGES OFFERTS A l'aCADÉMIE. 

Mémoires de V Académie de Vaucluse, 1902. 

Proceedings of the Academy of naiural Sciences of Philadelphia, 
1901. 

Revue de V Histoire des religions, 190a. 

Revue Philomathique de Bordeaux, août 190a. 

Proceedings of the American Academy of Arts and Sciences, 190a. 

Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 190a. 

Bulletin de la Société helfortaise d'Émulation, 1902. 

Revue de l'Histoire de Versailles et de Seine -et-Oise, 1901. 

Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, 1902. 

Travaux de V Académie nationale de Reims, 190a. 

The Journal of the Collège of Science impérial University of Tokio, 
Japan, 1902. 

Archives du musée Teyler, 1902. 

Transactions ofthe Canadian Institute, 1849-1899. 

Upsala University Arsskrift, 1901. 

Proceedings of the Canadian Institute (new séries), 1897, 1^9^) 
1899, 1900 et 1901. 

Opère matematiche de Francesco Brioschi, 1902. 

Commission géologique du Canada, 1898. 

Bulletin de la Société de Borda, 1902. 

Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles Lettres de l'Eure, 
1901. 

Étaient présents : 

MM. le D' Garât, Aurélien Vivie, B. de Nabias, Brutails, A. 
Sourget, Haulreux, de Mégret, de Bordes de Portage, Ducaunnès- 
Duval, A. Pitres, D' L. Micé, P. de Loynes, Bergonié, A.-R. Céleste. 



— 55 — 



SÉANCE DU 6 NOVEMBRE 1902. 
Présidence de AI. Aurélien de SÈZE, Président. 



^ 

Le procès- verbal de la séance du 24 juillet est lu et 
adopté. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondance : 

M. le marquis de Castelnau d'Essenault fait connaître 
que Fétat de sa santé, bien qu'en voie d'amélioration, 
ne lui permettra pas de pouvoir assister, de quelque 
temps encore, aux réunions de l'Académie. 

Le Président de l'Institut géologique de Mexico fait 
connaître que le siège de cet Institut vient d'être ins- 
tallé dans son nouveau bâtiment, 5" del Ciprés. 

M. le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux- 
Arts communique le programme d'un concours d'ar- 
chéologie espagnole qui aura lieu à Barcelone, et dont 
le prix sera décerné le 28 avril 1907, 

M. le Préfet fait connaître que, par une mesure géné- 
rale basée sur des considérations d'ordre purement 
financier, le Conseil général de la Gironde a réduit de 
i,5oo francs à i ,000 francs, à partir de 1908, la subven- 
tion annuelle qu'il accordait à l'Académie. 

Un manuscrit intitulé : Parémiologie gasconne , avec 
la devise : Petit à petit, Vaazel héi soun nie, est renvoyé 
à la Commission de linguistique de la fondation La 
Grange pour le concours de 1902. 

Un volume imprimé intitulé : Monographie de Tobna, 



— 56 — 

par le lieutenant Raoul Grange, est renvoyé à la Com- 
mission d'archéologie du concours de 1902. 

Un volume imprimé intitulé : Les hypothèses scienti- 
fiques émises par Zénobe Gramme en 1900, est renvoyé 
à la Commission des sciences du concours de 1902. 

Un volume imprimé intitulé : Registres paroissiaux 
relatifs aux baptêmes, mariages, vêtures, noviciats et 
sépultures dans les églises et couvents de la ville de Pau 
(1553-1793), par M. Joseph Lochard, est renvoyé à la 
Commission d'histoire du concours de 1902. 

Il est fait hommage à TAcadémie des ouvrages im- 
primés suivants : 

1° Projet de jondation d'associations diocésaines catho- 
liques à formes mutuelles et coopératives, par M. le 
vicomte Pierre de Pelleport-Burète. 

2° L'abbé Joseph Rousselle, par M. Tabbé Manceau. 

3** Épamprement ou écimage tardif de la vigne en 
Gironde, perturbation qu'il produit sur le cep, le fruit et 
le vin, par M. Georges Duclou. 

Il" L'état météorologique de la Méditerranée occidentale 
et l'ascension du Méditerranéen, par M. Marcel Charroi. 

5° Tableau chronological des tabacs, par le professeur 
O. Cowes. 

Le Secrétaire général est chargé de remercier les 
auteurs. 

On passe à Tordre du jour : 

» 
L'Académie déclare la vacance du fauteuil de 

M. rabl)é Allain, décédé en janvier dernier. 

M. de Tréverret fait connaître l'objet des lettres 
ci-après écrites en langue étrangère : 



-57- 

1° M. Arthur Mac Donald, de Washington, soumet 
un vœu, déjà présenté par lui dans son pays, et relatif 
à la création de laboratoires devant servir à l'étude 
psychologique, physiologique et sociale des indigents^ 
des criminels et des classes déshéritées. Remercie- 
ments. 

2** La Société d'Histoire naturelle, de Sciences phy- 
siques et de Médecine, établie à Giessen (Hesse-Supé- 
rieure), demande à échanger ses publications avec les 
nôtres. Renvoi au Conseil. 

3° La Smithsonian Institution, de Washington, 
communique la liste des ouvrages qu'elle a publiés 
sur les mœurs, la religion, les langues des nations 
indigènes de l'Amérique du Nord et du Honduras, 
et demande à les échanger avec nos publications. 
L'échange a lieu déjà entre nos deux Sociétés. 

4° M. Raths, professeur au Gymnase de Bonn (Alle- 
magne), fait connaître qu'il est arrivé à résoudre un 
problème de géométrie regardé jusqu'ici comme inso- 
luble, et demande s'il pourrait envoyer son manuscrit 
pour l'obtention d'un prix. Le programme des concours 
de l'Académie sera transmis à M. Raths. 

M. Micé obtient la parole et donne lecture de la note 
ci-après : 

Messieurs, 

Ce matin ont eu lieu les obsèques du Directeur du Service 
de santé du i8® Corps. 

M. Marvaud, médecin-inspecteur chargé de ces hautes 
fonctions, n'est pas un inconnu pour TAcadémie, et il appar- 
tient à un des ^anciens de notre Compagnie de rappeler des 
relations qui remontent à plus de trente-deux ans. 

Nous mîmes au concours de physiologie de 1869 la ques- 



- 58 — 

tion que voici, sur laquelle on ne possédait encore que quel- 
ques vagues indications et qu'il était important d'étudier plus 
à fond : u Effets physiologiques et thérapeutiques des ingesta 
» qui excitent au travail et à la veille, qui suppléent en partie 
» aux aliments, et dont quelques-uns sont reconnus comme 
» modérateurs de la combustion vitale : alcool, café, thé, 
» coca, maté, etc. » 

Un jeune aide-major de notre Hôpital militaire répondit à 
notre appel et fit une étude très scrupuleuse des agents pro- 
posés, les expérimentant de préférence sur lui-même et inter- 
calant dans son travail les tracés sphygmographiques et 
thermométriques, les compositions d'urines ou d'air exhalé 
nécessaires. 

La Commission conclut, à l'unanimité, à l'attribution du 
prix (médaille d'or de 3oo francs) et à la publication du 
mémoire dans nos Actes. L'Académie adopta les deux propo- 
sitions, et les aaS premières pages du volume de 1870 vous 
prouveront, si vous voulez bien les parcourir, l'importance 
de l'œuvre provoquée et couronnée par vous, œuvre dont les 
résultats ont été définitivement acquis à la science de la vie. 

Quinze jours après, vous appreniez que votre nouveau lau- 
réat venait d'être nommé, à la suite d'uii brillant concours, 
professeur agrégé au Val-de-Grâce. 

Celui qui débutait si bien dans le Service de santé de nos 
armées, a fait, depuis, son chemin dans le monde militaire 
et dans celui de la science : l'Académie de Médecine l'a admis 
au nombre de ses correspondants ; il a vite été décoré de la 
Légion d'honneur, fait ofïïcier de cet ordre, nommé médecin 
en chef, médecin principal, médecin inspecteur; et c'est au 
moment où, originaire d'un département qui touche au 
nôtre, il revenait, avec le plus haut grade, dans la ville qui 
avait été témoin de ses premiers succès, — c'est au moment 
où tous les Bordelais qui l'avaient connu alors, ou depuis, 
s'applaudissaient du retour d'un homme aussi distingué 
qu'aimable, — qu'une apoplexie foudroyante terrassait celui- 
ci, — l'enlevant, à cinquante-huit ans seulement, à ses amis, 
à ses subordonnés, à ses malades, à une nombreuse famille. 

Vous voudrez sans doute, Messieurs, envoyer un sympa- 
thique adieu à celui qui obtint chez vous la première de ses 
récompenses académiques, — vous laissant, comme trace de 
son passage, un mémoire qui fait autorité dans la question 
dont il s'occupe. 



-59- 

La communication de M. Micé est accueillie avec un 
vif intérêt et l'Académie décide son insertion au procès- 
verbal de la séance. 

M. Brutails, au nom de la Commission de numisma- 
tique, lit sur VHistoire numismatique de la Chambre de 
commerce de Bordeaux, par M. de Fayolle, un rapport 
de M. Dezeimeris proposant qu'une récompense notable 
soit décernée à l'auteur de ce remarquable travail. 

* 

M. de Tréverret, au nom de la Commission de lin- 
guistique, lit sur un manuscrit intitulé : Langue gas- 
conne, idiome du Bas-Médocy essai grammatical, un 
rapport de M. Dezeimeris proposant d'accorder à 
l'auteur une mention honorable. 

M. Brutails, au nom de la Commission de la fon- 
dation Brives-Cazes, lit un rapport sur les travaux 
envoyés par M. Marion, professeur à la Faculté des 
Lettres (L'impôt sur le revenu au dix-huitième siècle, 
principalement en Guyenne), et M. Robert Villepelet 
(Histoire de la ville de Périgueux et de ses institutions 
municipales jusqu'au traité de Brétigny), et sous réserve 
d'une observation qu'il a présentée de vive voix, laisse 
à l'Académie le soin d'attribuer le prix. 

Les conclusions des trois rapports présentés par 
MMfc Brutails et de Tréverret sont prises en consi- 
dération et renvoyées à la Commission générale des 
concours. 

Il est procédé au renouvellement du Bureau pour 
l'année igoS : 

M. Roy de Clotte est élu vice-président. 

M. Aurélien Vivie, dont les pouvoirs triennaux arri- 



— 6o — 

vent à expiration^ est réélu secrétaire général pour. 
trois ans. 

MM. de Loynes et de Nabias sont élus secrétaires 
adjoints. 

MM. Gayon et Céleste sont élus : le premier, tré- 
sorier; le second, archiviste. 

MM. Bergonié et Gustave Labat, membres sortants, 
sont remplacés par M. Aurélien de Sèze, président 
sortant, et D' Garât. M. Roy de Glotte, élu vice-prési- 
dent, est remplacé par M. Ducaunnès-Duval pour la 
durée d'un an. 

En conséquence, le Bureau de l'Académie est composé 
de la manière suivante pour Tannée 1908 : 

MM. Clavel, Président; 

Rot de Glotte, Vice-Président; 
Aurélien Vivie, Secrétaire général; 

DE LOYIfES, ) j. .. 

TVT c Secrétaires adjoints ; 

DE Nabias, ) ' ^ 

U. Gayon, Trésorier; 

R. Céleste, Archiviste; 

Aurélien de Sèze, 

D' Garât, , .^ , , ^ 

T^, T^ ? Membres du Conseil, 

D' Démons, 

Ducaunnès-Duval , 

M. Camille Juliian remet sur le bureau le travail 
dont l'Académie Tavait chargé, au sujet de la biblio- 
graphie des travaux de notre éminent et regretté 
collègue, le D' Azam. Ce travail sera inséré dans nos 
Actes, 

Après une discussion à laquelle prennent part plu- 
sieurs membres de la Compagnie, l'Académie fixe au 
samedi 27 décembre, à 8 h. 1/2 du soir, la date de la 



^ 6i - 

séance publique pour la distribution des récompenses 
ie Tannée 1901. 

L'ordre du jour de cette séance est arrêté provisoire- 
ment ainsi qu'il suit : 

Discours d'ouverture du Président ; 

Rapport du Secrétaire général sur les travaux de. 
l'Académie ; 

Discours de M. Bouvy; 

Réponse de M. le Président. 

Le programme des concours pour l'année 1908 est 
ensuite dressé, et l'Académie constitue les Commis- 
sions de concours de la manière suivante : 

Fondation Fauré. 
MM. Baillet, Millardet, Vassillière, Gayon. 

Fondation de La Grange. 
Linguistique, 
MM. Dezeimeris, Ferrand, de Tréverret. 

Numismatique, 
MM. Dezeimeris, Brutails, JuUian. 

Fondation Cardoze. 
MM. de Mégret de Belligny, Dezeimeris, Céleste 

Fondation Brives-Cazes. 
MM. JuUian, Roy de Clotte, de Tréverret, Gustave Labat. 

Commission d'Archéologie. 

MM. le marquis de Castelnau, Jullian, Brutails, Bouvy, 
Gustave Labat. 



- 62 - 

GoMBOssioiv d'Histoire. 
MM. Jullian, Céleste, Bnitails, Bouvy. 

Commission d'Histoire naturelle, Physiologie 

ET Médecine. 

MM. Lanelongue, Millardet, Pitres, Bergonîé, Démons. 

Commission d'Agriculture. 
MM. Dezeimeris, Gayon, Millardet, Vassillière, Baillet. 

Commission de Géographie, Commerce maritime 
ET Économie politique. 

MM. Hautreux, Clavel, Sourget, Manès, de Loynes. 

CoMMissio:« DES Beaux-Arts. 

MM. Auguin, Sourget, Léon Drouyn, Leroux, Gustave 
Labat, Bouvy, Loquin. 

Commission des Sciences. 
MM. Rayet, Micé, Gayon, Pitres, Clavel, Bergonié. 

Commission de Poésie et de Littérature. 

MM. Ferrand, D' Garât, de Tréverret, de Mégret, de Bordes 
de Fortage. 

Commission du prix d'Éloquence. 

MM. de Tréverret, Jullian, Brutails, Aurélien de Sèze, Roy 
de Clotte. 

Commission de publication des « Actes » . 
MM. Gayon, trésorier^ Céleste, Ducaunnès-Duval. 
La séance est levée à six heures et demie. 



— 63 — 



OUVRAGES OFFERTS A l' ACADÉMIE. 

Proceedings ofthe royal Society, 1902. 

Royal Society. Reports to the Malaria Committee, 1902. 

Atti delta Accademia di ScienzCi Lettere ed Arti degli Agiati in 
Rover eto, 1902. 

Geologicat Survey Minerai Ressources ofthe United States, 1900. 

Bulletin ofthe United States Geological Survey, part 7, Geography 
and Geology ofthe clack and grand prairies, Texas, 1899. 

Reconnaissances in the Cap nome and Norton Bay régions Alaska 
in 1900. 

United States Geological Survey. Annual Report, 1899-1900, ofthe 
Copper river district Alaska, 1900. 

Journal des Savants, juillet et août 1902. 

Boletin mensal do Observatorio do Rio de Janeiro, 1902. 

The Journal of the Collège of Science impérial University of Tokio, 
Japan, vol. XVII, 1902. 

Bulletin de V Académie des Sciences de Cracovie, 1902. 

Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, 1901. 

Mémoires de V Académie de Vaucluse, 1902. 

Société industrielle de Saint-Quentin et de V Aisne, 1902. 

Rad Jugaslovenske Akademije znanosti i unijetnosti, 1902. 

Revue de Saintonge et d'Aunis, 1902. 

Société nationale d'Agriculture de France, 1902. 

Étaient présents : 

MM. Aurélien de Sèze, Clavel, Aurélien Vivie, Léon Drouyn, 
A. Pitres, de Bordes de Fortage, Gustave Labat, B. de Nabias, 
Manès, A. Ferrand, Bouvy, Brutails, G. Clavel, Baillet, D' Garât, 
D' Démons, F. Samazeuilh, D' L. Micé, Ducaunnès-Duval, A.-R, 
Céleste, Camille Jullian, Durègne. 



SÉANCE DU 20 NOVEMBRE 1902. 
Présidence de M. Aurélien de SÈZE, Président. 



Le procès-verbal de la séance du 6 novembre est lu 
et adopté. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondance : 



- 64 - 

MM. Brutails et Loquin s'excusent de ne pouvoir 
assister à la séance. 

Lettre de M. Fabbé Callen posant sa candidature au 
fauteuil vacant de M. l'abbé AUain. Renvoi au Conseil 
conformément à l'article 54 des statuts. 

Lettre de MM. Panajou frères offrant à l'Académie un 
album photographique, à préparer, des memfcres qui 
la composent. Renvoi au Conseil. 

Lettre de M. Marion, professeur à la Faculté de Bor- 
deaux, par laquelle il déclare retirer des concours de 
1901 son livre intitulé : L'impôt sur le revenu au dix- 
huitième siècle, particulièremenl en Guyenne, qui vient 
de recevoir un prix Halphen à l'Académie française. 

Lettre de M. Emile de Perceval demandant l'autori- 
sation de retirer des concours de 1901 son travail 
intitulé : Le Président Émérigon et ses amis, afin de le 
compléter et de le présenter aux concours de 1902, 
déclarant d'ailleurs s'en rapporter à la décision que 
l'Académie croira devoir prendre. Après délibération, 
le travail de M. de Perceval est maintenu aux concours 
de 1901. 

Un volume imprimé intitulé : Reflets et Murmures. 
Fleurs du Nil, par M. Ardouin, est renvoyé à la Com- 
mission de poésie et de littérature. 

Lettre de M. Jean-Louis Faure, au château de Tanes, 
à Valserres (Hautes- Alpes), sollicitant le titre de membre 
correspondant. Une Commission, composée de MM. De- 
zeimeris, Baillet etVassillière, est chargée de présenter 
rapport à la Compagnie sur cette demande. 

On passe à Tordre du jour : 



- 65 -- 

M. Clavel, au nom de la Commission de géographie, 
présente, sur le livre de M. Charles Bénard intitulé : 
La Découverte^dii pôle Nord, un rapport concluant à ce 
qu'une médaille d'or soit décernée à Fauteur. Con- 
clusion prise en considération et renvoyée à la Com- 
mission générale des concours. 

M. le D' Garât, au nom de la Commission de litté- 
rature et de poésie, présente un rapport contenant les 
propositions suivantes : 

1° Lettre de remerciements à Tauteur d'une poésie 
intitulée : Étoiles mortes. 

2° Une mention honorable au recueil intitulé : Heures 
à vivre et Heures vécues, 

3° Une médaille de bronze au recueil intitulé : Le livre 
de Ruth. 

4° Une médaille de bronze à M. Judde de La Rivière 
pour son poème dramatique manuscrit intitulé : 
Éléonore de Guyenne (la reine Aliénor). 

5° Une médaille de bronze à l'auteur du manuscrit 
intitulé : Poèmes ironiques. Poèmes. 

6° Une médaille d'argent à M. Ducoing, d'Omet, pour 
son drame manuscrit en 4 actes et 7 tableaux, en vers, 
intitulé : Anne de Montmorency. 

7** Une médaille d'argent au recueil intitulé : Récits et 
Légendes. 

S*» Une médaille d'argent à M. André Chadourne 
pour ses trois brochures intitulées : La Poésie française 
au dix-neuvième siècle; Cent ans de théâtre, et La Colla- 
boration au théâtre. 

9° Une médaille d'argent à M. Emile Langlade, de 
Sannois, pour son volume imprimé de poésies intitulé : 
Les Propylées. 

10° Une médaille d'or à M. Guadet, membre corres- 

1902 ^ 5 



-^ (56 - 

pondant, pour son drame manuscrit en trois parties, 
en vers, intitulé : Le grand-maître d'Aviz, 

II® Une médaille d'or à M"' France Darget, à Tours, 
pour son volume imprimé intitulé : Premières Poésies. 

Ces conclusions sont prises en considération et 
renvoyées à la Commission générale des concours. 

M. Aurélien de Sèze, au nom d'une Commission 
spéciale composée avec lui de MM. Roy de Clotte et de 
Bordes de Portage, donne lecture d'un rapport con- 
cluant à ce qu'une médaille d'or soit décernée à 
M. Emile de Perccval pour son volume manuscrit 
intitulé : Le Président Émérigon et ses amis (1795-18^7), 
Ces conclusions sont prises en considération et 
renvoyées à la Commission générale des concours. 

La séance ayant été momentanément suspendue, la 
Commission générale des concours,* immédiatement 
réunie, a procédé à l'examen de l'ensemble des propo- 
sitions formulées pour les concours de 190 1 et a été 
d'avis de décerner cinq médailles d'or, cinq médailles 
d'argent^ quatre médailles de bronze, deux mentions 
honorables, une lettre de remerciements, deux rappels 
de médaille d'or et un rappel de médaille d'argent. 

L'Académie ayant repris séance, M. le Président lui 
fait connaître l'avis exprimé par la Commission géné- 
rale des concours. 

En conséquence, l'Académie arrête ainsi qu'il suit 
les prix décernés pour 1 90 1 , après ouverture des plis 
cachetés aftérents aux ouvrages qui ont obtenu des 
récompenses : 

FONDATION FAUKÉ 

Le PRIX de cette fondation sera décerné en 1906* 



-67- 

FONDATION LA GRANGE 

Langue gascoiiDe. 

Aucun travail n'a été couronné pour le concours 
de igoi. 

F0NDA.')riON CARDOZE 

Le PRIX quinquennal de i ,000 francs sera décerné en 
1904. Le PRIX des livres sera décerné, s'il y a lieu, en 
1903. 

FONDATION BRIYES-GAZES. 

Le PRIX de 5oo francs de cette fondation est décerné 
à M. Robert Villepelet, archiviste aux Archives natio- 
nales, à Paris, pour son volume intitulé: Histoire de 
la ville de Périgueux et de ses institutions municipales 
jusqu'au traité de Brétigny (1360). 

FONDATION ARMAND LALANDE 

Le PRIX de cette fondation sera décerné pour 1902. 

PRIX DE LA VILLE DE BORDEAUX 

Prix d'Éloquence. 

Aucun travail n'a été envoyé pour ce concours. 

PRIX DE L'ACADÉMIE 
lo Histoire. 

I® Une MÉDAILLE d'or à M. le D*" Durodié, de Bor- 
deaux, pour ses quatre volumes manuscrits intitulés : 
Histoire de Sauveterre-de -Guyenne, 

2° Une MÉDAILLE d'or à M. Emile de Perceval, de 



— 68 — 

Bordeaux, pour son volume manuscrit intitulé : Le 
Président Érnérigon et ses amis (1795-18^7). 

3° Un RAPPËirDE MÉDAILLE D* ARGENT à M. le D' Couyba, 
de Sainte-Livrade (Lot-et-Garonne), pour les deuxième 
et troisième parties de son Histoire de la Fronde en 
Agenais. 

/i° Une MÉDAILLE d'argent à M. Robert Dupuch, 
étudiant d'agrégation d'histoire, pour son travail sous 
la seconde intitulé : Le parti libéral à Bordeaux et dans 
la Gironde, Restauration, 

5° Une médaille d'argent à M. l'abbé Dubourg, curé 
de Layrac (Lot-et-Garonne), pour son travail intitulé : 
Monographie de Caudecoste, 

6° Une médaille de bronze à M. Cardouat, percepteur 
à Pujols (Gironde), pour son travail intitulé : Mono- 
graphie de la commune de Gironde. 

2^ Numismatique. 

Un rappel 1)1-: médaille d'or à M. Evrard de Fayolle, 
de Bordeaux, pour son volume imprimé intitulé : His- 
toire numismatique de la Chambre de commerce de 
Bordeaux (1705-1798). 

3<^ Linguistique. 

Une MENTION honorable à m. J. Neymon, à La Roche- 
sur-Yon, pour son travail intitulé : Langue gasconne, 
Idiome du Bas-Médoc. Essai grammatical, 

4° Sciences. 

Une médaille de bronze à M. Marcel Charroi, de 
Bordeaux^ pour son travail manuscrit inlitulé : Étude 
sur la météorologie da bassin occidental de la Méditerranée 
et Vascension du Méditerranéen. 



-69- 

5^ Géographie, Commerce maritime et Économie 

politique. 

I** Une MÉDAILLE d'or à M. Charles Bénard, pour son 
volume intitulé : La Découverte du pôle Nord, 

2° Un RAPPEL DE MEDAILLE d' ARGENT à M. Ferdinand 
Moine, de Bordeaux, pour son volume imprimé inti- 
tulé : Une plaie sociale: La mendicité. Le mal. Le remède, 

6® Littérature et Poésie. 

Une MÉDAILLE d'or à M"® France Darget, à Tours, pour 
son recueil imprime intitulé : Premières Poésies. 

Une MÉDAILLE d'or à M. H. -A. Guadet, à Paris, 
membre correspondant de FAcadémie, pour son 
manuscrit intitulé : Le grand-maître d'Aviz, drame en 
trois parties, en vers. 

Un RAPPEL DE MÉDAILLE d'or à M. Laugladc, de San- 
nois, pour son volume de poésies intitulé : Les Pro- 
pylées. 

Une MÉDAILLE d'argent à M. Ducoing, architecte à 
Omet, pour son travail manuscrit intitulé : Anne de 
Montmorency, drame en cinq actes et sept tableaux, en 
vers. 

Une MÉDAILLE d'argent à M. Henry Lambercy, de Bor- 
deaux, pour son volume de poésies intitulé : Récits et 
Légendes. 

Une MÉDAILLE d'argent à M. André Chadourne, de 
Brive, pour trois brochures intitulées : La Poésie fran- 
çaise au dix-neuvième siècle; Cent ans de théâtre, et 
La Collaboration au théâtre. 

Une MÉDAILLE DE BRONZE à M. Louis Feix, de Bor- 
deaux, pour ses recueils intitulés : Poèmes ironiques. 
Contes et Légendes. 



— 70 - 

Une MÉDAILLE DE BRONZE à M. Henry Fromont, de 
Tonneins (Lot-et-Garonne), pour son recueil intitulé: 
Le livre de Ruth, poème dramatique en six parties. 

Une MÉDAILLE DE BRONZE à M. Judde de La Rivière, 
de Bordeaux, pour son travail manuscrit intitulé: 
Éléonore de Guyenne (la reine Aliénor), poème drama- 
tique en cinq tableaux, en vers. 

Une MENTION HONORABLE à M"* Germaine Abadie, 
à Cavignac (Gironde), pour son recueil de poésies 
intitulé : Heures à vivre et Heures vécues. 

Une LETTRE DE REMERCIEMENTS à M. Fcmand Gasc, de 
Bordeaux, pour la poésie intitulée : Étoiles mortes. 

L'Académie arrête définitivement, ainsi qu'il suit, 
Tordre du jour de la séance publique du samedi 27 dé. 
cembre prochain : 

Discours d'ouverture de M. le Président; 

Rapport du Secrétaire général sur les travaux de 
r Académie en 190 1 ; 

Discours de réception de M. Bouvy; 

Réponse de M. le Président; 

Un romancier anglais à la mode, par M. de Tré- 
verrot; 

Distribution dos récompenses. 

La séance est levée à sept heures. 



OUVRAGES OFFERTS A l'aCADÉMIE. 

Société d'Agriculture de la Loire, 1902. 

Bulletin de V Académie DelpJdnale, 1901. 

Mémoires de la Société d'Agriculture de la Marne, 1902. 

Mémoires de V Académie de Stanislas, 1902. 

Bulletin de la Société d'Agriculture de Boulogne-sur-Mer, 1902. 



— 71 — 

Revue philomathique de Bordeaux, octobre igoa. 

Revue économique de Bordeaux, igo2. 

Memoirs ofthe national Academy of Sciences, 1902. 

Proceedings ofthe Davemport Academy of Sciences, 1901. 

The Chicago Akademy of Sciences, 1901. 

Proceedings ofthe American Academy of Art and Sciences, i^oa. 

Tufts Collège Studies, n" 7, 1902. 

Proceedings ofthe American Philosophical Society, 1902, 

Anales del Museo nacional de Montevideo, 1902. 

Boletin mensal do Observatorio de Rio de Janeiro, 1902. 

Bulletin historique et scientifique de V Auvergne, 1902. 

Étaient présents : 

MM. Aurélien de Sèze, J. Clavel, Aurélien Vivie, Garât, Gustave 
Labat« de Bordes de Fortage, Hautreux, A. Ferrand, J. Manès, 
B. de Nabias, D' L. Micé, Roy de Glotte, Démons, Camille Jullian, 
G. Leroux, Ducaunnès-Duval, P. de Loynes, E. Bouvy, A.-R, 
Céleste. 



SÉANCE DU 4 DÉCEMBRE 1902. 
Frésidence de M. Aurélien de SÉZE, Président. 



Le procès-verbal de la séance du 20 novembre est lu 
et adopté. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondance : 

MM. Anatole Loquin et de Bordes de Fortage 
s'excusent de ne pouvoir assister à la séance. 

La Bibliothèque de la Faculté des Sciences de Mar- 
seille et rUniversité de Bennes demandent à échanger 
leurs publications avec nos Actes. Ces demandes sont 
accueillies. 

M. Durègne fait hommage d'un exemplaire imprimé 
de son discours de réception en séance publique. 
Bemerciements. 



— 72 — 
M. Hautreux fait hommage d'un exemplaire de la 
carte des vents dans le golfe de Gascogne pendant le 
mois de novembre. Remerciements. 

M. Camille Jullian rappelle que notre éminent et 
vénéré collègue M. Lespiault appartient à TAcadémie 
depuis quarante ans, ayant été élu en 1862, et il pro- 
pose de lui adresser une lettre de félicitations. Cette 
proposition est accueillie à Tunanimité, et M. le Pré- 
sident est chargé de notifier à M. Lespiault la décision 
toute sympathique de la Compagnie. 

On passe à l'ordre du jour : 

M. le Président fait connaître Tavis favorable du 
Conseil à la candidature de M. Tabbé Callen au fauteuil 
vacant par le décès de M. Fabbé AUain, et, après avoir 
consulté l'Académie, il désigne une Commission 
composée de MM. Jullian, Tabbé Ferrand et Brutails 
pour présenter un rapport sur les titres du candidat. 

M. Gustave Labat donne lecture d'un travail intitulé : 
Le maréchal duc de Mouchy et le peintre Lonsing (1785), 
Notes inédites. 

M. lo Président remercie M. Gustave Labat de sa 
très intéressante communication : il est décidé qu'elle 
sera insérée dans nos Actes, accompagnée d'une repro- 
duction en photolypie du portrait du peintre Lonsing 
par lui-même. 

M. Aurélien Vivie demande le renvoi à notre pro- 
chaine réunion do son travail : La Bibliothèque de Ver- 

gniaud 

La séance est levée à cinq heures et demie. 



- 73 - 

OUVRAGES OFFERTS A l'aCADÉMIE. 

Proceedings of ihe Akademy of natnral Sciences of Philadelphia, 
1902. 

Memorias y revista de la Socledad cientifica Antonio Alsatr, 1901. 

Bulletin et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, 1902. 

Bulletin de V Académie royale de Belgique, 1902. 

Société centrale d'Agriculture de la Seine-Inférieure, 1902. 

L'Atlantique historique, par de Rosny, 1901. 

Société d'Agriculture et de Commerce de Caen, 1902. 

Boletin de la Academia ndcional de Ciencias, en Cordoba, 1902. 

Revue de l'Histoire des religions y 1902. 

Mémoires de la Société des Naturalistes de Kief, 1901. 

Société nationale d'Agriculture de France, 1902. 

Bollettino délie Sedute délia Accademia Gioenia, 1902. 

Revue philomathique de Bordeaux, 1902. 

Proceedings of the American Philosophical Society, 1902. 

Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, 1902. 

The University of Nehraska, 1902. 

Revue générale. Bulletin de la Société scientifique et littéraire 
d'Alais, 1902. 

Étaient présents : 

MM. Aurélien de Sèze, J. Clavel, Aurélien Vivie, Léon Drouyn, 
Gustave Labat, J. Manès, de Ti^verret, A.-R. Céleste, Camille 
Jullian, Hautreux, Garât, Gayon, P. de Loynes, Brutails, F. Sa- 
ma^euilh, Roy de Clôt te, D' L. Micé. 



SÉANCE DU 18 DÉCEMBRE 1902. 
Ppésidence de M. Aurélien de SEZE, Président. 



Le procès-verbal de la séance du 4 décembre est lu 
et adopté. 

Le Secrétaire général dépouille la correspondance : 

M. Tabbé Daugé, curé de Beylongue (Landes), envoie 



-74- 

pour les concours une brochure intitulée : Collection de 
M. te/)' Lemer. Commission Lagrange : Numismatique. 

M. Evrard de FayoUc envoie pour les concours: 
1° Une Histoire des médailles du duc de Bordeaux, et 
2^* un premier supplément à riconographie des médailles 
et jetons de Bordeaux. Commission Lagrange. Numisma- 
tique. 

M. Hannon envoie pour les concours un Album 
d'art décoratif. Commission des Beaux-Arts. 

L'Académie de Metz communique le programme de 
ses concours pour 1902 et igoS. 

Un manuscrit intitulé : Le Captalat de Buch est ren- 
voyé à la Commission d'histoire. 

M. Arsène Thévenot fait hommage de deux notices 
intitulées : Monographies communales, et Littérateurs et 
tarifs postaux. Remerciements. 

Deux recueils de poésies intitulés : le premier Les 
Arcs en ciel et le second En rêvant, sont renvoyés à la 
Commission de poésie et de littérature. 

On passe à Tordre du jour : 

M. le Président donne lecture de la lettre qu'il a 
reçue de notre émincnt et vénéré collègue M. Les- 
piault, en réponse aux félicitations que l'Académie 
Tavait chargé de lui adresser. 

Cette lettre est ainsi conçue : 

NÉRAc, le 16 décembre 190 . 

Monsieur le Président, 

Je suis plus sensible que je ne saurais le dire aux vœux que TAcadémie 
des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux veut bien adresser, par votre 
organe, au plus ancien, mais aussi, hélas I au plus irrégulier de ses membres 



-75- 

et je vous remercie, en même temps, des paroles trop aimables que vous 
ajoutez, pour votre compte personnel, à votre mission officielle. 

Je saisis cette occasion pour vous prier de vouloir bien m*oxcuser 
auprès de mes confrères anciens ou nouveaux de mes absences presque 
continuelles, depuis tant d'années. Je n*ai pourtant pas définitivement 
abandonné Bordeaux où j*ai conservé mon logement, et où je passe au moins 
un mois chaque année. Malheureusement, ayant mon domicile principal 
à Nérac, je ne m'absente guère que pendant les beaux jours, et c'est alors 
que l'Académie prend elle-même ses vacances. 

Je n'en suis pas moins confus de m'être si longtemps tenu à l'écart de 
vos séances, et, si je n'avais toujours conservé quelque arrière-pensée de 
retour, j'aurais depuis longtemps prié l'Académie de vouloir bien me 
remplacer par un confrère plus jeune et plus réel. 

J'ai fait part, à ce propos, de mes scrupules à notre ami M. Garât que j'ai 
eu le plaisir de voir au mois de septembre. Il a bien voulu se charger de 
vous dire, de ma part, que mon fauteuil, dont je suis très fier, mais qui me 
tend depuis si longtemps des bras désespérés, est à la disposition absolue 
de l'Académie. 

Le jour où, par suite d'une combinaison quelconque de candidatures, 
l'Académie aurait le désir de disposer d'une vacance de plus, il lui suffira 
d'un signe pour que je la prie de me conférer l'honorariat. Je n'en resterai 
pas moins attaché de^tout cœur à son souvenir, et fier des amitiés que j'y ai 
rencontrées. 

Je vous prie de nouveau, cher et honoré Président, de vouloir bien 
agréer, pour vous et pour tous nos collègues de l'Académie, l'expression 
de mes sentiments de haute estime et de bonne confraternité. 

6. Lespiault. 

Conformément aux traditions de T Académie, M. le 
Président donne lecture du diécours suivant qu'il a 
prononcé sur la tombe de M. Millardet, enlevé, il y a 
quelques jours, à l'affection de la Compagnie : 

Messieurs, 

Depuis plusieurs années Millardet n'assistait plus que 
rarement à nos séances. Le soin d'une santé chancelante et 
l'affaiblissement d'un organisme usé par l'excès de ses travaux 
le retenaient habituellement loin de nous. 

Par une exagération de cette probité native dont il appor- 
tait le souci jusque dans les menus actes de l'existence, il se 
fit un scrupule de conserver un titre auquel, lui semblait-il, 
d'autres auraient plus de droits que lui qui pourraient con- 



-76- 

sacrer à noire Compagnie un concours plus actif, et c'est 
alors qu'il résolut de nous adresser sa démission. 

Un an s'est écoulé depuis celle date, et nous n'avons pas 
oublié rémotion avec laquelle fut accueillie parmi nous celte 
nouvelle inattendue. 11 y a des noms, je puis bien dire, en 
parlant de Millardet, des célébrités, qui sont, par elles-mêmes, 
une contribution suffisante à l'honneur d'une Société comme 
la notre. Aussi nul ne voulut admettre que celte décision fût 
tenue pour définitive avant que notre cher et éminent col- 
lègue l'eût affirmée de nouveau à la délégation chargée par 
l'Académie de lui transmettre l'expression de ses sincères et 
profonds regrets. 

Son cœur ne résista pas à cette démarche. Lui, dont l'abord 
était plutôt fait de réserve et presque de froideur, nous répon- 
dit dans un élan de cordialité affectueuse, et, tout simplement, 
il nous dévoila, pour nous les sacrifier de bonne grâce, les 
délicatesses cl les susceptibilités de sa conscience. J'étais loin 
de penser, lorsque je le remerciais en votre nom d'avoir 
consenti à rester des noires, que je ne devais plus le revoir 
et que l'année ne se passerait pas sans que j'eusse à saluer sa 
tombe. 

Millardet nous appartenait depuis le 17 mai 1888. D'autres 
ont déjà dit et diront encore ici même ce que fut le savant. 
L'Académio consacrera à sa niénioiro une de ces réunions 
solennelles où le temps et les circonstances permettent d'ana- 
lyser (M)inplèteincnt et déjuger l'œuvre d'un homme. Je n'ai 
donc, en celte heure douloureuse, qu'à rappeler son passage 
au milieu de nous, et parmi les titres nombreux qui le dési- 
gnaient au choix de la Compagnie, qu'à signaler les prin- 
cipaux. 

11 en est deux qui, à nos yeux, domineront toujours les 
autres : le premier, c'est l'amour pur et désintéressé de la 
science, cl le second, les services rendus à l'humanité. 

A Tagc où les jcîunes gens cherchent d'ordinaire dans les 
connaissances qu'ils ont acquises le moyen d'arriver, ou tout 
au moins de subvenir aux nécessités de la vie matérielle, 
Millardet ne pensait qu'à s'instruire, et faisait de la science 
rien (jue j)our la science. La renommée d'un célèbre professeur 
allemand arrivait-elle jusqu'à lui, il partait aussitôt pour aller 



—■ 77 — 

recueillir ses enseignements, se faisait son disciple, se péné- 
trait de ses théories o t de ses idées, puis, sur le point de 
rentrer en France, après une absence déjà longue, se laissait 
entraîner encore par Tascendant d*un nouveau maître, et 
devenait cette fois, pour des années, son collaborateur. 

Il avait ainsi passé six ans en Allemagne et consacré près 
de quinze ans à des études auxquelles il n'avait demandé 
d'autre profit que son immense savoir et Taulorité qui s'atta- 
chait déjà à son nom, lorsqu'il se décida, en 1867, à entrer 
dans l'Université après avoir brillamment conquis ses deux 
grades de docteur en médecine et de docteur es sciences 
naturelles. 

Ses remarquables travaux sur la botanique et la cryplo- 
gamie le désignaient bientôt à l'attention de l'Académie des 
Sciences. Délégué par elle en de nombreuses missions phyl- 
loxériques, il arrivait enfin en 1876 à Bordeaux, sur ce champ 
de bataille où il allait désormais lutter jusqu'à la fin pour 
sauver la fortune de la France et remporter presque autant de 
victoires qu'il devait livrer de combats. 

Son œuvre est double à ce point de vue . 

La classification des plants américains, l'étude approfondie 
et expérimentale de leur force de résistance, et par là, la 
reconstitution du vignoble, voilà la première partie; la 
seconde, qui fut la plus féconde et la plus populaire, est la 
découverte d'un traitement efficace contre l'invasion du 
mildiou et de la plupart des maladies cryptogamiques. 

Étranger à notre ville par sa naissance, venu à nous, comme 
un sauveur, au milieu de la plus redoutable des crises, il a, 
pendant vingt-cinq ans, opiniâtrement lutté contre le mal, 
soutenu les énergies défaillantes, permis et encouragé toutes 
les espérances. 11 meurt après avoir reconquis le vignoble 
français sur ses ennemis implacables. Bien des hommes 
illustres dont les noms se sont transmis d'âge en âge et dont 
les statues ornent les rues et les places n'ont pas fait autant 
pour la prospérité publique et pour le bonheur de l'hu- 
manité. 

Gardons à l'Académie de Bordeaux le souvenir de notre 
grand savant! Que sa mémoire soit constamment honorée 
parmi nous, et que notre adieu, témoignage nouveau de la 



-7ê- 

reconnaissance publique, ajoute à la fierté des siens, s'il ne 
peut consoler leur douleur. 

De chaleureux applaudissements accueillent ce 
discours. 

M. Camille Jullian, après autorisation de l'Académie, 
donne lecture du Rapport favorable de la Commission 
spéciale, composée avec lui de MM. Tabbé Ferrand et 
Brutails, chargée d'examiner les titres de M. l'abbé 
Callen, qui a posé sa candidature au fauteuil vacant de 
M. l'abbé Allain. Conformément à nos statuts, le 
rapport ci-dessus et les titres produits par le candidat 
seront déposés au Secrétariat jusqu'au jour de l'élection. 

M. Aurélien Vivie donne lecture d'un travail inti- 
tulé : Le Mobilier et la Bibliothèque de Vergniaud. 

M. le Président remercie M. Vivie de son intéressante 
communication . 

Sur la proposition de M. Camille Jullian, l'Aca- 
démie adopte à l'unanimité le vœu suivant : 

L'Académie émet le vœu que l'Administration muni- 
cipale de Bordeaux, si intelligente et si dévouée aux 
intérêts publics, aussi bien qu'à nos gloires nationales, 
consacre le souvenir de Vcrgniaud, qui n'a pas encore 
de statue à Bordeaux, par l'apposition sur la maison 
rue du Hâ, n° /| i , d'une plaque de marbre noir portant 
en lettres d'or : 

P.-V. VERGNIAUD, 

MEMBRE DE l'aSSEMBLÉE LÉGISLATIVE 

ET DE LA CO?iVENTION NATIONALE, 

A HABITÉ CETTE MAISON DE I788 A I79I. 

Ce vœu sera transmis par M. le Président à la muni- 
cipalité bordelaise. 



-19^ 
M. de Bordes de Portage fait hommage de V Histoire 
véritable de Montesquieu, qu'il vient de publier dans 
la collection des Bibliophiles de Guyenne, d'après un 
nouveau manuscrit qu'il a eu la bonne fortune de 
découvrir. Remerciements. 

M. Céleste fait hommage d'une brochure intitulée : 
Un petit-fils de Montesquieu en Amérique, Remerciements. 

La séance est levée à six heures. 



OUVRAGES OFFERTS A l' ACADÉMIE. 

Société d* Agriculture, des Sciences et Arts de la Basse-Alsace, 1902. 

The University of Missouri Studies, 1902. 

Annual Report ofthe Smithsonian Institution, 1900. 

Mémoires de la Société Dunkerquoise, 1901. 

Annuaire de la Société Philotechnique, 1901. 

Annuaire de l'Observatoire de Hio de Janeiro, 1902. 

Smithsonian Institution, 1 901 -1902. 

United States Coast and Géodésie Survey, 1901. 

Annuaire des syndicats professionnels, 1901. 

Transactions ofthe Academy of Sciences of Saint-Louis, n"" i à 12, 
1902. 

Journal des Savants, 1Q02, ' 

Annales de la Faculté des Sciences de Marseille, 1902. 

The Journal of the Collège of Sciences impérial University of Tokio, 
Japan, 1902. 

Bulletin de la Société de Borda, 1902. 

Memorias y Revista de la Sociedad Scientifica Antonio Alzate, 
1902. 

Journal and Proceedings ofthe Royal Society, 1902. 

Mémoires de la Société d'Agriculture de Seine-et-Oise, 1902. 

Journal and Proceedings of the Hamilton Scientific Association, 
session 1901-1902. 

Étaient présents : 

MM. Aurélien de Sèze, Aurélien Vivie, Gayon, Camille JuUian^ 
J« Manès, Gustave Labat, B. de Mabias, Ë. Bouvyj Ducaunnès- 



- 8o - 

Duval, P. de Loynes, de Bordes de Fortage, Garât, Brutails, F. 
Samazeuilh, Démons, A.-R. Céleste, A. Pitres, D' L. Micé. 



SÉANCE PUBLIQUE DU 27 DÉCEMBRE 1902. 
Présidence de HI. Aupélien de SÈZE, Président. 



Le grand amphithéâtre de l'Athénée a été envahi de 
bonne heure par une foule élégante et choisie et par 
le Tout-Bordeaux littéraire, scientifique et artistique, 
qui se sont associés de tout temps aux solennités aca- 
démiques. S. E. M^' Lecot, archevêque de Bordeaux, 
s'est excusé de ne pouvoir assister à la séance, où 
il s'est fait représenter par M*^'^ Tourreau, vicaire 
général. 

M. le Premier Président, M. le Maire de Bordeaux, 
M. le Directeur de l'École de santé navale, et quelques 
autres hauts fonctionnaires de la ville et du dépar- 
tement se sont aussi excusés. 

Le Clergé, la Magistrature, le Barreau, l'Université 
sont largement représentés. Parmi les personnages 
appartenant au commerce ou à la politique, nous pou- 
vons citer notamment l'honorable M. Gruet, ancien 
député de la Gironde. 

M. Aurclien de Sèze, président, a ouvert la séance 
à huit heures trois quarts, par un discours où il a fait 
un histori([ue de la plaidoirie à travers les âges. L'élo- 
quent orateur a tracé le rôle de l'avocat, signalé les 
transformations du plaidoyer contemporain, rappelé 
les droits et les devoirs de la défense et semé son dis- 
cours (l'aperçus émouvants ou humoristiques qui ont 
été accueillis par de fréquents applaudissements. 



/ 



— 8i — 

M. le Secrétaire général a présenté ensuite son 
Rapport annuel sur les travaux de l'Académie et sur 
les récompenses accordées pour Tannée 1901. 

m 

Aussitôt après, la parole a été donnée à M. Bouvy. 

Le récipiendaire a, suivant Tusagé, fait Téloge de 
son prédécesseur, M. le comte Alexis de Chasteigner, 
dont, en termes charmants, il a rappelé les mérites, 
montrant en lui le numismate, le savant dont la science 
s'étendait à toutes les branches de l'archéologie, le 
fureteur, le collectionneur éclairé, l'initiateur des 
publications des Archives municipales; le fondateur, 
à Dax, d'œuvres d'un haut intérêt, en un mot, l'homme 
qui a fait honneur à son nom. 

Des applaudissements ont souligné la parole élé- 
gante de l'orateur. 

M. le Président a répondu à M, Bouvy en déclarant 
tout d'abord que le choix de l'Académie avait été dicté 
autant par ses mérites personnels que par l'importance 
de ses travaux, qu'il a succinctement rappelés et ana- 
lysés. 

Puis, en terminant, il a esquissé à son tour le portrait 
de M. de Chasteigner, homme privé, officier des haras, 
créateur des courses d'Agen et de Montauban, etc. 

M. de Tréverret a donné lecture d'un travail 
plein d'humour et d'un esprit charmant sur Rudyard 
Kipling, le romancier anglais à la mode. 

Cette lecture a été chaleureusement applaudie. 

La séance a été close à onze heures, après l'appel 
des lauréats, qui sont venus recevoir leurs récompenses, 
au bruit des applaudissements de l'Assemblée. 



1902 



\ 



r 



- 8a — 



OUVRAGES OFFERTS A l' ACADÉMIE. 

Nord American Fauna, igo2. 

Travaux de l'Académie nationale de Reims, 1902. 

Chronographical Table for tabaceo in Oceania by D' O. Cornes^ 
igo3. 

Société d'Océanographie du golfe de Gascogne, 190a. 

Mémoires de l'Académie de Vaucluse, 190a. 

Revue philomathique de Bordeaux, décembre 190a. 

Mémoires de la Société Géologique de Montpellier, 1902. 

Société nationale d'Agriculture de France, 1902. 

Annales de la Société d' Agriculture de la Loire, 190a. 

L'abbé Jean-Joseph Rousseille, par Fabbë Manceau, 190a. 

Projet de fondation d'association diocésaine catholique, par le 
'vicomte de Pelleport-Burète, 190a. 

The Transactions ofthe Royal Irish Academy, 1902. 

Travaux scientifiques de l'Université de Rennes, 190a. 

Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1901. 

Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, 1903. 

Catalogue de la Bibliothèque de la ville de Montpellier, 190a. 

Étaient présents : 

MM. Aurélicn de Sèze, Aurélien Vivie, de Bordes de Fortage, 
A.-R. Céleste, Gustave Labat, Garât, Lanelongue, Hautreux, 
Gayon, de Tréverret, E. Bouvy, Léon Drouyn, Démons, Camille 
JuUian, Roy de Clotte, B. de Nabias, Gaston Leroux, Baillet, 
Ducaunnès-Du val . 



— 83 



Table du Compte rendu. 

(1902) 



Séance du 9 janvier 1902 1 

Installation du Bureau pour 1902. — Discours de M. le D' Dé- 
mons, Président sortant. — Réponse de M. Âurélien de Sèze, 
Président. — M. le Président annonce la mort de M. le chanoine 
Âllain, membre résidant; la séance est levée en signe de deuil 

Séance du 23 janvier 1902 9 

M. le D^ de Nabias, doyen de la Faculté de médecine, pose sa 
candidature au fauteuil vacant de M. Th. Froment. — M. le 
% Président lit le discours qu'il a prononcé sur la tombe de 

M. le chanoine Allain. — M. Loquin continue la lecture de son 
travail intitulé: Où vont les morts? — Communication de 
M. Jullian sur le nom de Palais donné à certaines construc- 
tions gallo-romaines. 

Séance'du 13 février 1902 15 

Commission nommée pour présenter un rapport sur les titres de 
M. le D' de Nabias, candidat au fauteuil vacant de M. Th. Fro- 
ment. — Rapport de M. le trésorier Gayon sur les finances de 
l'Académie, et projet de budget pour 1902; rapport et projet 
adoptés. 

Séance du 27 février 1902 ^. 18 

M. Anrélien de Sèze donne lecture de quelques nouvelles pages 
extraites de son Voyage en Italie. — Remerciements à M. de 
Calore dont les travaux seront classés aux archives. — Félicita- 
tions à M. Baillet, nommé officier du Mérite agricole. — Com- 
munication de M. Bouvy sur une version italienne de la fable 
le Meunier, son Fils et VAne. 

Séance du 13 mars 1902 21 

Lettre au Directeur du Muséum de Paris. — M. Brutails lit une 
note sur deux croix de plomb trouvées dans des tombes du 
Sud-Ouest. — Le bonhomme Vendredi, poésie de M. Aurélien 
Vivie. 

Séance du 10 avril 1902 24 

Lettre de M. Georges Lafargue offrant à l'Académie un buste du 
statuaire Louis de Coëffard, œuvre de Prévôt, et provenant 
de la succession de M. Sarraii, ancien Président du Conseil des 
Prud'hommes; remerciements. — Félicitations adressées à 

1902 0* 



- 84 - 

MM. Durègne et Ducaunnès-Duval nommés: le premier, 
ingéniem* en chef de ^i» classe; le second, officier de Tlnstruc* 
tioQ publique. — Rapport sur la candidature de M. le D^ de 
Nabias. — Communication de M. Gustave Labat sur quelquet 
peintures en grisaille de Pierre Lacour. — M. Durègne fait 
hommage de son travail imprimé : .Sur les hautes vallées 
pyrénéennes. 

Séance du 24 avril 1902 28 

Commission nommée pour présenter un rapport sur le prix de la 
fondation A. Lalande. — Annonce de la mort de M. Léon 
Périer, membre correspondant; condoléances. — Fixation au 
26 jui.1 d'une séance publique pour la réception de MM. Du- 
règne et Manès. — Rapport de M. Micé sur la candidature de 
M. le D*" Lalesque au titre de membre correspondant. — M. le 
Di* de Nabias est élu et proclamé membre résidant, en rempla 
cément de M. Th. Froment, décédé. 

Séance du 15 mai 1902 30 

M. le Recteur fait connaître que le 41* Congrès des Sociétés 
savantes de France se tiendra, en 1903, à Bordeaux, pendant 
la semaine de Pâques. — Félicitations à M. Jullian, dont le 
Vercingétorix vient d'obtenir à l'Académie française le grand 
prix Gobert. — M. le D' Bergonié dépose sur le bureau de 
l'Académie un portrait du savant électricien Romas, • précur- 
seur de Franklin. — M. Brutaiis lit, au nom de la Commission 
d'histoire, le rappoii sur les ouvrages historiques soumis à 
l'Académie.— Rapport de M. de Loynes sur une question posée 
à l'Académie relativement au prix de la fondation Lalande. — 
Rapport de M. Manès sur une demande de récompense. — 
M. A. Loquin continue la lecture de son mémoire intitulé: 
Où vont les morts ? 

Séance du 29 mai 1902 37 

Félicitations à M. Hautreux, auquel les Sociétés de Géographie 
et d'Océanographie ont décerné une médaille d'or. — M. G. 
Clavel est désigné pour traiter, avec M. le Recteur, les ques- 
tions relatives à la participation de l'Académie au Congrès 
de 1903. — Programme de la séance publique du 26 juin. — 
M. le chanoine Ferrand lit son poème sur la Perdrix. — Com- 
munication de M. le D»" Bergonié sur le Vêtement. — M. de 
Loynes présente le rapport de la Commission d'économie 
politique. 

Séance du 12 juin 1902 39 

Discours de réception de M. le B^ de Nabias; réponse de M. le 
Président. 

Séance publique du 26 juin 1902 45 

Discours de réception de M. Durègne (éloge du baron de Verneilh- 
Puyraseau); réponse de M. le Président. — Discoure de récep^ 



. 1 



— 85 — ■ • . > 

lion de M. Maiiès (éloge de M. le D' Azam); réponse de M. le .-^ 

Président. — M. le chanoine Ferrand lit son poème de la 

Perdrix. 



Séance du 10 juillet 1902 48 



Séance du 24 juillet 1902 52 

M. Céleste fait hommage de son travail sur Nicolas Beaujon. — 
M. Gustave Labat communique des lettres intéressant le com- 
merce de Bordeaux et la marine, pendant la guerre de l'Indé- 
pendance. — Vacances de l'Âcademie. 

Séance du 6 novembre 1902 55 

Lettre de M. le Préfet annonçant que le Conseil général a réduit 
de 1,500 francs à 1,000 francs, à partir de 1903, la subvention 
annuelle que cette assemblée accorde à l'Académie. — La vacance 
du fauteuil de M. le chanoine Allain est déclarée. — M. Micé lit 
une note sur M. Marvaud, ancien lauréat de l'Académie. — Rap- 
ports de M. Brutails, au nom des Commissions de numismatique 
et Brives-Cazes. — Rapport de la Commission de linguistique lu 
par M. de Tréverret. — Renouvellement du Bureau pour 1903. 
— M. JuUian fait hommage de sa bibliographie de M. le 
D»" Azam. — Fixation de la séance publique pour la distribution 
des récompenses et la réception de M. Bouvy. — Programme 
des concours de 1903 et constitution des Commissions. 

Séance du 20 novembre 1902 63 

M. le chanoine Callen pose sa candidature au fauteuil vacant de 
M. le chanoine Allain. — M. Louis Faure sollicite le titre de 
membre correspondant; Commission nommée pour présenter 
un rapport sur cette candidatm*e. — M. Clavel lit le rapport de 
la Commission de géographie; M. le D' Garât présente celui 
de la Commission de littérature et de poésie. — M. de Sèze 
communique le rapport de la Commission spéciale nommée 
pour examiner le volume de M. de Perceval sur le Président 
Emérigon et ses amis. — Réunion de la Commission générale 
des concours. — Liste des prix décernés pour 1901. 

Séance du 4 décembre 1902 • 71 

MM. Dm'ègne et Hautreux font hommage de quelques-unes de 
leurs œuvres. — Des félicitations sont adressées à M. Lespiault 
à l'occasion du quarantenaire de son entrée à l'Académie. — 
Commission nommée pour présenter un rapport sur les titres 
de M. le chanoine Callen. candidat au fauteuil vacant de M. le 
chanoine Allain. — Communication de M. Labat sur le mare* 
chai duc de Mouchy et le peintre Lonsing. 



kl 



I 






e ■ 



M. Durègne fait hommage de cartes et de plusieurs brochures ^•'; 

imprimées. — Rapport de M. Rayet, au nom de la Commission 
des sciences. — M. de Mégret de Belligny lit un recueil de vers 
intitulé: Mlscellanees. — M. le D' Lalesque est élu membre ;^ 

correspondant. ^? 



i.i 



— 86 — 
Séance du 18 décembre 1902 73 

Lettre de M. Lespiault en réponse aux félicitations de rAcadémie. 
-^ M. le Président donne leclai*e du discours qu*il a prononcé 
sur la tombe de M. Millardet. ^ Rapport de la Commission 
chargée d'examiner les titres de M. le chanoine Callen, lu par 
M. C. JuUian. — M. A. Vivie communique un travail sur le 
Mobilier et la BiblioihéqtAe de Vergniaud; vœu exprimé par 
TAcadémie à cette occasion. — M. de Bordes de Foitage fait 
hommage de sa nouvelle édition de VHistoire véritable de 
Montesquieu ; M. Céleste fait aussi hommage de sa brochure 
intitulée : Un petit-fils de Montesquieu en Amérique. 

Séance publique du 27 décembre 1902 80 

Discours d'ouverture de M. Am'élien de Sèze. — Rapport de M. le 
Secrétaire général Vivie sur les travaux de l'Académie. — Dis- 
cours de réception de M. Bouvy (éloge de M. le comte de Chas- 
teigner); réponse de M. le Président de Sèze. — M. de Tré- 
ven*et lit le résumé d'une nouvelle de Rudyaixl Kipling. — 
Distribution des récompenses. 



-87- 



OFFICIERS DE L'ACADEMIE DE BORDEAUX 



pour l'année 1909. 



Messieurs 

ÂURÉLiEN DE SÈZE, Président. 
6. CLAVEL * , Vice-Président. 
AuRÉLiEN VIVIE ^, Se'^rétaire général. 



L. DE BORDES DE PORTAGE, ) ^ .^ . .. . , 
EMILE DURÈGNE, U L, ) ^''^''''''' ^*^*^''- 



GAYON *, M Im Trésorier. 
CÉLESTE, ^ A., Archiviste. 



D' DEMONS, 0. *, 
ROY DE GLOTTE '^ , I Membres du Conseil 

D^ BERGONIÉ !^, ^ A., \ d'administration. 
Gustave LABAT, ^ A., 



— 88 — 



OFFICIERS DE L'ACADÉMIE DE BORDEAUX 



pour Tannée tOOÉ. 



Messiburs 

CLAVEL *, Président. 

ROY DE GLOTTE *, Vice-Président. 

AuRÉLiEN VIVIE *, Secrétaire général. 



DE LOYNES, U I. ) 

DE NABIAS, ] 



Secrétaires adjoints. 



GAYON *, M Im Trésorier. 
CÉLESTE, Q A., Archiviste. 



AURÉLIEN DE SÈZE, 

Dr GARAT. i Membres du Conseil 

Dr DEMONS, 0. ^, [ d'administration. 

DUCAUNNÊS-DUVAL, M L, 



-r- 89- 



TABLEAU 



DIS 



lEIBRES DE L'ÂCADËIIE DE BORDEAUX 

arrêté au Si décembre i902. 



MM. 

LE PRÉFET DE LA GIRONDE. 

LE MAIRE DE BORDEAUX. 

BOUGUEREAU (W,), C. *, peintre, membre de l'Institut. 

CUQ (E.), M I., à Paris. 

MINIER (Hippolyte), rue du Commandant-Ârnould, 39*41. 

DANEY (Alfred), C. ^, ancien maire de Bordeaux. 

DUPUY (Dr Paul), allées de Tourny, 8. 

HM. 

1862. LESPIAULT ic, ancien doyen de la Faculté des 

sciences, rue Michel-Montaigne, 5. 

1863. DEZEIMERIS (Reinhold), 0. ^, correspondant de 

l'Institut, rue Vital-Caries, H. 
1865. De MÉGRET DE BELLIGNY, négociant, à Talence. 
1865. MICÉ, 0. i^, recteur honoraire, rue du Champ-de- 

Mars, 8. 
1869. LOQUIN (Anatole), O I., homme de lettres, cours 

Saint-Jean, 39. 
1876. CASTELNAD D'ESSENAULT (marquis de), château 

du Casse, à La Tresne. 
1878. AUGUIN ^, peintre paysagiste, rue de la Course, 67. 



— 90 — 

1880. TRÉVERRET (de) ^, professeur à la Faculté des 
lettres, rue de Pessac, 170. 

1880. RAYET, 0. *, professeur à la Faculté des sciences, 
directeur de l'Observ. de Floirac. 

1884. GAYON, 0. !^, Q L, doyen de la Faculté des sciences, 
rue Duffour-Dubergier, 7. 

1884. CÉLESTE, O A., bibliothécaire de la Ville, rue Jean- 
Jacques-Bel, 2. 

1884. VIVIE (Aurélien) *, rue Émile-Fourcand, 6. 

1887. HAUTREUX *, M L, rue Mondenard, 20. 

1887. JULLÏAN (Camille), i», O I-> professeur à la Faculté 

des lettres, cours Tournon, 1. 

1888. Abbé FERRAND, curé de Baurech, rue Saint-James, 8. 
1890. D' PITRES *, correspondant de l'Académie de 

Médecine, cours d'Alsace-et-Lorraine, 119. 
1890. LANELONGUE ^, professeur à la Faculté de méde- 
cine, correspondant de TAcadémie de Médecine, 
rue du Temple, 24. 

1890. BRUTAÏLS (J.-A.), archiviste du département, rue 

d'Aviau. 

1891. SOURGET (Adrien) ^, i^ A., cours de Gourgue, 8. 

1891. SAMAZEUILH (Fernand) ^, rue Bardineau, 1 bis. 

1892. DROUYN (Léon), architecte, rue Leo-Drouyn, 2. 
1895. BERGONIÉ (D^ *, M A., rue du Temple, 6 bis, 
1895. GLAVEL ^, ingénieur, agent voyer du département, 

rue Ferrère, 20. 
1895. LEROUX (Gaston), sculpteur, rue de la Concorde, 9. 

1895. VASSILLIÈRE ^, professeur d'agriculture du dépar- 

tement, cours Saint-Médard, 52. 

1896. GARAT (D^, place du Prado, 1. 
1896. BAILLET *, cours Saint-Jean, 156. 

1896. DEMONS (D^), 0. *, rue du Champ-de-Mars, 15. 

1897. DUGAUNNÈS-DUVAL père, u L, archiviste de la 

Ville, rue Croix-de-Seguey, 85. 
1897. LABAT (Gustave), u L, rue Émile-Fourcand, 32. 
1897. De SÈZE (Aurélien), avocat, i:ue des Remparts, 23. 



— 9ï — 
1897. ROY DE GLOTTE *, avocat, rue du Temple, 17. 
1900. De bordes DE PORTAGE (L.), rue Billaudel, 86. 

1900. DURÈ6NE DE LAUNA6DET (baron E.) (u I.), bou- 

levard de Caudéran, 309. 

1901. MANES (J.) *, U L, directeur de l'École supérieure 

de commerce, rue Judaïque, 20. 
1901. BOUVY (E.), bibliothécaire de TUniversité, professeur 
à la Faculté des Lettres, cours Victor-Hugo, .143. 

1901. LOYNES (Paul de), U L, professeur à la Faculté de 

Droit, rue Vital-Caries, 6. 

1902. NABI AS (D^^ B. de), M L, doyen de la Faculté de 

médecine, cours d'Aquitaine, 17. 

MmwnhweB mBëoeiéë non ••éêMmni» : 

MM. 

JACQUOT, 0. *, inspecteur général des mines, rue Mon- 
ceaux, 83, à Paris. 

LINDER (Oscar), 0. !^, inspecteur général des mines, rue du 
Luxembourg, à Paris. 

C0LLI6N0N, professeur adjoint à la Faculté des lettres de 
Paris. 

FARGUE, 0. *, inspecteur général des ponts et chaussées, à 
Paris. 

RAULIN ^^ professeur honoraire à la Faculté des sciences 
de Bordeaux, à Montfaucon-d'Argonne (Meuse). 

MM. 

1853. GAUDRY (Albert) *, professeur au Muséum d'his- 

toire naturelle de Paris. 

1854. SAINT-ANGE (Martin), docteur en médecine, à Paris. 
1858. MASSON (Gustave), professeur de littérature au Collège 

de Harrow on the Hill, près de Londres. 
1858. PI06EY, avocat, à Paris. 



— 92 — 

1862. GRIMAUD (Emile), rédacteur de la Revue dé Bretagne 

et Vendée, à Nantes. 

1863. SERRET, membre de la Société d'Âgricultore, Sciences 

et Arts d'Agen. 
1863. DEBEAUX, pharmacien princ. des hôpitaux militaires. 

1863. ENGEL, professeur à la Faculté de Médecine de Nancy. 

1864. LE JOLIS, docteur médecin, à Cherbourg. 

1865. HAILLECOURT, inspecteur d'Académie honoraire, 

à Périgueux. 

1866. GOUX, membre de la Société d'Agriculture, Sciences 

et Arts d'Agen. 

1867. ROSNY (Léon de), président de la Société d'Ethno- 

graphie, professeur de langues orientales, à Paris. 

1868. MILLIEN (Achille), homme de lettres, à Beaumont- 

Laferrière (Nièvre). 
187-2. RÉVOIL, 0. *, architecte, à Nîmes (Gard). 
1874. PARROCEL^ homme de lettres, à Marseille. 
1874. TOURTOULON (de), à Montpellier. 

1876. BONNETON, conseiller à la Cour d'appel de Riom. 

1877. CAFFARÉNA, avocat à Toulon. 

1878. FOLIN (marquis de), ancien off. de marine, à Biarritz. 
1886. TESTUT (Léo), professeur à la Faculté de médecine 

de Lyon. 

1890. FUSTER (Ch.), homme de lettres, à Paris. 

1891. GUADET (J.-B.), boulevard Saint-Michel, 141, à Paris. 

1891. BORRELLI (vicomte de), à Paris. 

1892. BONNEFON (Paul), bibliothécaire à l'Arsenal, Paris. 
1892. BOUILLET (le docteur), à Béziers. 

1896. CRAHAY DE FRANCHIMONT, ingén. en chef, à Paris. 

1898. BONVALOT, à Paris. 

1898. BALLÏON (le D' Paul), à Villandraut. 

1902. LALESQUE (le DO, à Arcachon. 



-93- 



LISTE DES ACADÉyiES ET SOCIÉTÉS 

ATEC LESQUELLES 

LlCUlâOE SE MiliE&IIX âSAIGE SES PQUGàniiS 



Académie d^Aix« 

— d\\mieiis. 

— de Besancon. 

— de Caen. 

— de Clermont-Ferrand. 

— Delphinale, de (kenoble. 

— de Dijon. 

— du Gard. 

— de Grenoble. 

— des Jeux floraux, à Toulouse. 

— de Lyon. 

— de Mâcon. 

— de Montpellier. 

— de Nancy. 

— Stanislas, à Nancy. 

— de La Rochelle. 

— de Reims. 

— de Rouen. 

— de la Savoie, à Chambéry. 

— de Toulouse. 

Smeiéié» fÈ^mmemê^es, 

Société Académique de Brest. 

— Académique de Cherbourg. 

— Académique du Puy. 



-94- 

Société Agricole et Scientifique de la Haute-Loire, au Puy. 

— Académique de Saint-Quentin. 

— d'Agriculture d'Agen. 

— d'Agriculture d'Angers. 

— d'Agriculture d'Angouléme. 

— d'Agriculture de Boulogne-sur-mer. 

— d'Agriculture de Caen. 

— d'Agriculture de Douai. 

— d'Agriculture de Lille. 

— d'Agriculture de la Marne. 

— d'Agriculture de Rochefort. 

— d'Agriculture de Rouen. 

— d'Agriculture de la Sarthe, au Mans. 

— d'Agriculture de Saint-Élienne. 

— d'Agriculture de Tours. 

— d'Agriculture de Valenciennes. 

— d'Agriculture de Vaucluse. 

— Archéologique de Béziers. 

— Archéologique de Tarn-et-Garonne. 

— Archives historiques (des) de la Saintonge. 

— Antiquaires (des) de France. 

— Antiquaires (des) de l'Ouest, à Poitiers. 

— Beaux-Arts (des) à Caen. 

— Borda, à Dax. 

— Centrale d'Agriculture, à Paris. 
Conservatoire du Muséum d'histoire naturelle, à Paris. 
Conservatoire des Arts et Métiers, à Paris. 

Société Dunkerquoise, à Dunkerque. 

— d'Émulation d'Abbevllle. 

— d'Émulation de Cambrai. 

— d'Émulation d'Épinal. 

— d'Émulation du Jura. 

— d'Émulation de Moulins. 

— d'Émulation de Rouen . 

— d'Études historiques, à Paris. 

— d'Études, à Draguignan. 



— y> — 

Société HaTraise dlSlodes direrses, aa Barre 

— d^Histoire de Chalon-sur-Saône. 

— Historiqae et Arcbéologiqne da Maine. 
— - d^orticaltnre, à Caen. 

— Industrielle d^Angers. 

— Industrielle de Saint-Quentin. 

— Musée (du) Guimet, à Lyon. 

— Philomathique du Mans. 

— Philomathique rosgienne. 

— Sciences (des) d'Anras. 

— Sciences (des) de TAube. 

— Sciences (des) de TAveyron. 

— Sciences et Arts (des), à Bayonne 

— Sciences (des) de l'Eure. 

— Sciences naturelles (des), à Cherbourg. 

— Sciences naturelles (des), à Rouen. 

— Sciences (des) de Perpignan. 

— Sciences morales (des) de Versailles. 

— Sciences (des) de l'Yonne. 

Sciences et Lettres (des) du Loir-et-Cher, à Blois. 

— Scientifique d'Âlais. 

— Scientifique d'Arcachon. 

— Statistique (de) de Marseille. 

— Statistique (de) de Yaucluse. 
Feuille des Jeunes Naturalistes de Paris. 
Revue des Sciences naturelles de l'Ouest. 
Bibliothèque de l'Université de France, à la Sorbonne. 
Annales de la Faculté des Sciences de Marseille. 
Annales de TUniversité de Rennes. 



Académie royale des Sciences d'Amsterdam. 

— royale de Belgique. 

— américaine des Sciences de Boston. 



Académie des Sciences de Californie, à San-Francisco. 

— des Sciences de Chicago. 

— du Connecticul. 

— nationale des Sciences de la République Argentine, 

à Cordova. 

— de Davemport (lowa). 

— royale d'Irlande. 

-- Dei Lincei, à Rome. 

— Leopoldino-CarolinadesNaluralistes,àHalle-s.-Saal. 
— - Leyde (de) (Hollande). 

— Metz (de). 

— Modène (de). 

— Péabody (Salem). 

— Sciences (des) de S^-LouiSj à Washington (États-Unis). 

— Sciences (des) du Visconsin, à Madison. 

— Sciences et Arts (des) de Zagrabia (Croatie). 

— des Sciences, Lettres et Arts des Agiati« à Rovereto 

(Italie). 

Soeiéiés éivangëre9 

Antiquaires du Nord (des), à Copenhague. 
Aslatic du Bengale, à Calcutta. 
Basse-Alsace (de la), à Strasbourg. 
Bibliothèque de Metz. 

— de l'Université d'Upsala (Suède). 

— de Tuffs-Collège, Massachusetts (États-Unis). 
Bureau d'éducation, à Washington. 

Collège des Sciences de l'Université impériale deTokio (Japon). 

Comité de géologie de la Russie, à Saint-Pétersbourg. 

Essex Institut, à Salem. 

Helvétique des Sciences, à Berne. 

Histoire naturelle (d'), à Boston. 

Impériale technique de Russie, à Moscou. 

Industrielle de Mulhouse. 

Institut canadien français, à Ottawa. 



— 97 — 

Institut Canadien de Toronto. 

Institut Smithsonien, à Washington. 

Jardin botanique de Missouri. 

Malacologique de Belgique. 

Musée Teyler, à Harlem. 

Musée de Stockholm. 

Muséum national de Ri o-de- Janeiro. 

Naturalistes de la Nouvelle-Russie (des), à Odessa. 

Observatoire de Bruxelles. 

Observatoire de Madrid. 

Philosophique de Philadelphie. 

Sciences (des) de Liège. 

Sciences naturelles (des), à Philadelphie. 

Sciences physiques (des), à Kœnigsberg (Prusse). 

Société des Lettres à Upsala. 

Société des Naturalistes de Kieff (Russie). 

Société Antonio Âlsate, de Mexico. 

Uniled States geological Survey, à Washington. 

Université de Californie, à Berkeley (Alameda-Couen-dy). 

Université Impériale de Saint-Wladimir, à Kiew. 

Université de Sassari (Italie). 



Lk. 



h.' 






— 99 — 



TABLE! DES MATIERES 



DU SOIXANTE ET UNIÈME VOLUME (1902) 



Miscellanées, par M. de Mégret de Belligny 5 

A propos de quelques lettres intéressant le commerce de 
Bordeaux et la marine pendant la guerre de Tlndépen- 
dance des États-Unis d'Amérique (1779-1782), par M. Gus- 
tave Labat 23 

Le mobilier et la bibliothèque de Yergniaud à Bordeaux, 
par M. Aurélien Vivie 35 

Le maréchal Philippe de Noailles, duc de Mouchy et le 
peintre F.-J. Lonsing (notes inédites 1785-1799), par 
M. Gustave Labat 47 

Séance publique du 26 juin 1902, sous la présidence de 

M. Aurélien de Sèze 59 

Discours de réception de M. Durègne 63 

Réponse de M. le Président à M. Durègne 78 

Discours de réception de M. Manès. 89 

Réponse de M. le Président à M. Manès 117 

La Perdrix, poème ornithologique, par M. Tabbé 

Ferrand 127 

Séance publique du 28 décembre 1903 135 

Discours d'ouverture, par M, Clavely Président 139 

Rapport général sur les travaux de l'Académie des 
Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux pour l'an- 
née 1902, par M. de Bordes de Portage, secrétaire 
général 151